‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 51 sur 150 · LES GREDINS · texte numérisé non relu

LES GREDINS

Le général Trochu a dit un grand mot et nommé une grande chose lorsque, dans une proclamation, il a parlé de ces espèces qui pèsent sur la misérable humanité moderne, de ces gredim dont il faudrait enfin terminer le règne.

Je crois que ce jour-là le siècle dix-neuvième a enfin reçu son nom historique. Il a été scélérat et sanguinaire, il a été lâche, il a été hypocrite, bavard, charlatan : tout s'est mêlé , tout s'est éteint , tout est resté dans cette pâte grise et bête de la gredinerie. Le siècle est gredin. .

Qui composera, qui chantera la Marseillaise de Tanti-grcdinerie? Qui sera le Tyrtéede la conscience humaine insurgée contre les gredins ? Qui secouera dans le monde entier les dernières étincelles du vieil honneur et les emportera d'un souffle assez véhément pour qu'enfin le feu prenne partout ?

À bas les gredins, nous n'en voulons plus, qu'ils

disparaissent ! Que la gredinerie ne porte plus le

sceptre ni l'épée ; qu'elle n'ait plus voix au conseil ;

qu'elle soit balayée et d'en haut et d'en bas, et

mémo du ruisseau; qu'elle soit raclée menu- Jr l'égnut !

Qu'elle n'apporte plus ses abominables suggestions, qu'elle n'ose plus ses ignobles crimes, qu'elle ne répande plus son infecte haleine, qu'elle ne montre plus son visage réprouvé! Il y a cent ans qu'elle empoisonne le sang des peuples. Lâchons sur elle l'inexorable justice. Que la justice nous fasse en&D revoir le beau visage de l'honneur!

Que l'honneur se montre, commande et soit victorieux ! Que ce soit comme un beau matin, un matin de renouveau, clair, Âpre et saluhrc! Depuis ass« longtemps nous vivons, nous genre humain, dans le» terreurs, dans les trahisons et dans les infections de la nuit. Nous demandons le jour.

Voila cent ans qu'il n'y a de place sur la terre que pour les gredins. Ou il faut être gredin comme eux, c'est-à-dire beaucoup, et tout faire avec eux et par eux, <>u il faut l'être un peu, et tout faire pour eux.

Voilà cent ans qu'il n'est pas permis d'être juste, et ils ont décrété qu'on ne le serait pas ou qu'on ne serait rien, sinon leur serf et leur victime.

On travaillera, ou se privera, ou souffrira pour être régi par les gredins; on versera de la sueur pour leur paver tribut, on versera du sang pour leur payer un tribut plus lourd.

Kl l'on sera bafoué, humilié, opprimé, déshonoré. On passera du tigre au renard, du scélérat ù l'escroc, du menteur au faussaire, du méchant à la brute; on finira par subir les lois qu'ils feront pour tarir jns-

qu'au* sources de l'honneur et de la probité. Ainsi Von périra corps et âme.

Sauve-toi, race humaine, c'en est assez! Invoque la justice et qu'elle te délivre! Et toi, France, qui t'es la première laissé mettre les menottes, sois la première à les briser!

Quand ta baïonnette aura percé le buffle allemand, qui compte sur la gredinerie pour dorer ses cornes et épaissir sa litière, alors travaille de la crosse ou du fouet contre la gredinerie. Proclame que tu ne veux plus de gredinerie nulle part, que tu t'es levée pour faire justice du gredin.

C'est la justice qui te donnera la liberté.

Et le monde te bénira, parce que tu lui auras fait revoir l'honneur!

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