LETTRE DE M. MARTIN. — PÉNIBLE DOCUMENT
M. Louis- Auguste Martin, l'auteur du rapport sur certains papiers « trouvés » des Tuileries, concernant les affaires de l'Église (voir Y Univers du 11), s'est piqué de nos critiques et nous envoie copie intégrale de la lettre de Mgr Lecourtier, évêque de Montpellier. Nous pensions que la partie citée de cette lettre était suivie de quelques réserves que l'analyse laissait dans l'ombre. Nous devons avouor que les réserves n'existent point.
Nous imprimons sans plaisir et sans scrupule la copie que nous envoie M. Martin. Si cette pièce secrète n'avait pas été livrée au public par llndiscrétion du gouvernement, et s'il eût dépendu de nous de la divulguer immédiatement ou d3 la taire, nous eussions pris sans doute ce dernier parti. Elle vient, nous l'enregistrons. Elle aura d'ailleurs son utilité.
Cette utilité regrettable n'empêche point que le gouvernement ne fasse un fort vilain métier, en permettant ainsi que l'on saccage des pièces très-confidentielles dont les auteurs sont vivants. C'est trahir un peu le secret de la confession. On ne devient pas possesseur légitime des secrets ni des mouchoirs que
Ton peut prendre dans les poches d' autrui, et par ces manières encore la révolution du 4 septembre se donne un caractère de brigandage dont elle n'avait plus besoin. Les tribunaux interdisent ces publications de papiers intimes, même à ceux qui les ont acquis par les voies correctes de l'héritage.
M. Louis-Auguste Martin saisit l'occasion pour se faire une physionomie distincte dans La foule des Martin. A notre avis, il se presse trop, et la grosse pièce qui nous occupe aurait dû lui foire davantage sentir le danger de se produire ou se reproduire inopportunément. Il se déclare auteur d'un livre condamné en police correctionnelle à Paris et en congrégation de Y Index à Rome. Cela lui fait deux beaux chevrons! Nous nous souvenons maintenant de son livre, et c'était co qu'on appelle un méchant livre. Aucune cour littéraire n'eût fait difficulté de lui appliquer un troisième chevron. Ces trois chevrons ne lui constituent nulle compétence en politique, ni en religion, ni en littérature ; ils peuvent momentanément expliquer son entrée et son emploi dans la commission des papiers trouvés.
La République, qui aime fort à parodier l'Évangile, dit comme Notre-Seigneur : Je né suis point renuc pour les justes, et elle le fait bien voir. Mais ceux à qui elle vient, ello ne les sanctifie point, et c*est pourquoi elle s'en va, et il en viendra une autre.
1 M. Louis Veuille*.
Dan* la critique que vous faites du trarail publié hier sons mon nom au Journal officiel, une seule chose me touehe dire©-
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tement, c'est l'accusation daroir arbitrairenwnl càoèâ les sages du oe lettre adressée en 1813 par lévèque de au ministre des cultes, à propos de rEnrjciiqm.
La meilleure réponse que je puisse Caire à cette qui serait grave si elle était fondée, c'est de tous copie textuelle de cette lettre, que sa mettait pas de publier entièrement.
Veuillez, monsieur, agréer
uoonelle à la fin de 1 année 1*51, et mis à l'Index par 1a Gongréfafie» 4e Rome en I8S8.
i\Uai m aosnTEUii*.
Montpellier, le f# janvier 11
A Son Excellence M. le garde des sceaux, wmmstrt de kijutfie*
et des culte*.
iTrés-coofidenlicUe.)
Monsieur le ministre,
Puisque le* journaux nous apprennent que les évêques «envent à Votre Kx<vll»»nc#», je puis juge de 1a foi comme eux, vous apfiorter ma pensée.
L'évéque d»* Monta ul «an admire Pie IX • à deux d*»ijrt* de sa « port»», parlant néanmoins comme Boniface VIII et comme « saint Crégoin* Ml. t 11 me semble qu'on aurait pu mieux choisir l»»s niod»*l»*s. Car, enfin, il faut s'entendre : Si tout re*crit pontifical doit être accepté « avec une S7umi*sion absolue, m demain Hoim» |ieut nou* envoyer la déposition de Napoléon III, comme llililchrand pri\a H**nri IV de l'empire et délia l'Allemagne .lu «arment de fidélité, et il faudra que 1er Français catliMliipi*«« *•• «oumettent dune manière absolue. C'est un
système comme un autre, mais il est peu étonnant en 18*.. L'évèque de Montauban regrette la marche des douze dernière* années qui nous ont amenés au point où nous en sommes: en 4 82% on n'aurait pas moins soupçonné ce qui se passe aujourd'hui.
L'archevêque de Cambrai prétend « qu'ayant laissé les jour- « naux publier l'Encyclique, il est bien étonnant qu'on en dé- « fende la publication aux évèques. » La conclusion du prélat est naïve ! Ne fallait-il pas que le gouvernement laissât circuler dans le public l'acte pontifical , pour qu'il fut soumis à l'opinion, et que cette opinion put se prononcer sur l'arrêt du conseil d'État? Et d'ailleurs, autre est la publication solennelle adressée à la conscience catholique par ceux que c k « Saint-Esprit a posés pour régir l'Église de Dieu. »
Veut-on nier que l'État ait le droit de viser les bulles, bref». rescrits? C'est alors tout un système à établir, une législation ù refondre, un nouveau droit public religieux à fonder.
Plaignez-nous, monsieur le ministre, nous élevés à la saîntr et digue école de Saint-Sulpice, plaignez surtout celui qui a, a sa gauche, la tirade hâtive de Carcassonne, à sa droite les éruptions du Gard, et derrière lui le tranchant de Rodez. Cette lettre doit rester toute confidentielle, mais si le gouvernement ne ré* prime pas, quoique avec mesure, tous les timides vont parier, et on signalera une fois de plus à la haine des partis les quelques hommes sages qui savent allier avec une foi sincère l'honneur d'appartenir à l'Église de France.
Agréez, monsieur le ministre, l'assurance de ma haute et res|iectueuse considération.
Signé : f François, ÉvAque de Montpellier.