‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 64 sur 150 · DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

DE LA FRANCE

On lit dans le Journal officiel :

Plusieurs journaux reprochent au gouvernement de suivre une politique indécise et de compromettre la défense par ses hésitations. Ils l'accusent aussi de ne pas mettre le public incessamment au courant de ses espérances et de ses moyens d'action, et de garder quelquefois pour lui les dépêches qui lui parviennent.

Le gouvernement n'a pas de prétention de faire toujours ce qui serait jugé le meilleur par chacun de ceux qui ont le droit et le devoir de contrôler ses actes. S'il voulait réaliser cet idéal, î 1 serait forcé de faire à la fois plusieurs choses contradictoires. Ce à quoi il s'efforce, c'est d'accomplir sans arrière-pensée la u. f

lourde tache qui pèse sur lui, et, surce point, son progr.unm* est simple : comltfittre l'invasion étrangère juvru'.i a* «juii Tait repoussée par la force ou par un arrangement ]n*n<>rjb>.

Ce programme, par lui formulé dès les premiers ji»ursf m pas cessé, ne cessera pas «l'être le sien. Paria fùt-il seul insister, le devoir continuerait à l'imjioser. Mais, grAoe à IKeu! malgré ses fortunes diverses, l'effort de la province s'unit au notre et se prononce chaque jour davantage. Là aussi, aux ruines de l'empire la république a fait succéder des années improvisées qui s'affirment par leur héroïsme. Dans la douloureuse situation où nous sommes, nous ne i»ouvons retracer l'histoire glorieuse de leurs combats de chaque jour sur î-ms les points du territoire. L'imperfection de nos communications ne nous permet de recueillir que des renseigntriuents incomplets, et nos concitoyens voudront bien ne pas exiger <1< nous des détails qui ne nous parviennent pas.

Quand nous recevons des dépèches, nous ne gardons r*»ur nous que les appréciations confidentielles; nous avons toujours publié, et nous publie ions toujours les faits qu'elles renferment. De ees faits constants, il résulte pour tout esprit impartial que la nation accepte résolument la lutte et qu'elle ne « laissera pas dominer par l'étranger. Qui aurait pu croire, il y a quelques semaines, que nos jeunes recrues de la Loire irriteraient, par dix jours de combats, les bandes victorieuses de Frédéric-Charles, du prince de Meckleiubourg et du prince roval de Saxe? Non-seulement elles les ont tenues en écher, mai* elles les ont fait reculer en leur infligeant des pertes considérable*.

Elles forment une i»nné> intarte prête à donner In Ban i H ri mit vers l'ouest, à llourbaki nu sud, alors que le Kaidherbe, dont chacun sait la distinction et le courage, •lu coté du nord. Telle est notre situation résumée en pic* mot*. Non* ne di^imnlors ni sa gravité ni se* périls, mais nous disons qu'elle est simple, et qu'elle noue impose l'obligation de tenir et de coiiilmflr*. Depuis trois meis Psrâ accepte les plus dures souffrances, et sa constance grsaAt avec l'épreuve. Il sait qu'il peut souffrir davantage, et

PARIS MKDAJtt IM SIÈGE. g

.iwr horreur l'idée d'une capitulation que la crainte de cette aggravation lui arracherait.

Le gouvernement n'a d'autre mérite que de s'astecier à ce sentiment et de se faire l'exécuteur de cette volonté. Il est résolu à y mettre toute son énergie, et il ne demande d'autre récompense quejde n'être pas indigne du dévouement chique de ceux qui lui ont donné leur confiance* Il combattra avec eux, et, il en a le ferme espoir, avec eux et par eux, il vaincra. L'ennemi qu'il sagit de repousser est puissant; mais quelle que soit sa force, elle est moins grande que celle de la nation française; et quand Paris, quand le gouvernement de la défaille nationale annoncent leur inébranlable dessein de combattre et de vaincre, ils peuvent affirmer, sans craindre de se tromper, qu'ils ont pour eux la France^tout entière, et qu'avec la garde nationale, la garde mobile et l'armée ils réussiront dans leur sainte entreprise. %

La note du Journal officiel nous donne de ces lionnes raisons sur lesquelles il n'y a rien à dire et qui pourraient aussi opportunément n'éire pas données. La situation est difficile, les hommes ont fait ce qu'ils ont pu. Cela est connu et admis de tout le mou de. Personne ne doute de la bonne volonté de* hommes, personne n'ignore que ee qu'ils ont pu n'a pas été brillant. Le génie a manqué.

C'est un grand sujet de regret, ce ne serait pu tout à fait un légitime sujet de reproche. Nul n'est tenu d'avoir du génie, pas même lorsque l'on s'est proposé pour Caire en ee genre des miracles. D y a des époques où tout le monde est persuadé de posséder le plus grand mérite et s'offre à jouer triomphalement avec l'impossible, le véritable, l'unique impossible étant de ne pas triompher. M. le maréchal Le Bœuf a eu cette conviction-là, qui était l'idée de

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TEmpire. Dans le moment que M. le maréchal Le Bœuf voyait fuir son illusion, les illustres députés de Paris, MM. Favrc, Crémieux, Glais-Bizoin, Ferry, etc., se sentaient absolument capables de rétablir les affaires et l'es prenaient en main très-gaillardement, comme on Ta vu, attendu qu'il est impossible que II République ne triomphe pas, surtout conduite par MM. Ferry, Crémieux, Glais-Bizoin, Favre, etc., lesquels sont l'amour des peuples et l'espérance du monde. Le Journal officiel en est encore persuadé. U nous le dit, selon sa fonction qui est de nous le dire jusqu'au dernier jour et jusqu'à la dernière minute. Merveilles à Paris, nous en sommes tous témoins; merveilles en province, les pigeons l'attestent : « Là aussi, aux ruines de l'Empire, la République a fût succéder des armées improvisées qui s'affirment (?) par leur héroïsme. »

Il faut avoir beaucoup de pitié et beaucoup de clémence pour les époques où tout le monde est pieu de génie, où les officines d'avocat, les coulisses des théâtres, les boutiques de libraires, les bureaux de rédaction, les cafés et les cantines regorgent d'hommes universels, tous également certains de sauver le pays, moyennant quelque petit appointements En fait de génie militaire, que peuvent à bon droit se reprocher le ministre impérial Le Bœuf et le ministre républicain Gambetta , et dans toutes les autres branches du génie de gouvernement tous les autres ministres impériaux et tous .les autres ministres républicains, et des deux côtés, ces couches remuantes que Ton appelle le peuple politique ?

Depuis un demi-siècle, le genre humain politique n'est guère que le même faquin ou le même sot tiré à plusieurs milliers d'exemplaires. La pauvre espèce humaine gémit sous ce mille-pattes qui l'avilit et la gruge. Elle attend un homme qui tire l'épée pour faire enfin ce qui est la soûle vraie gloire de l'épée : obéir à la vérité, déchirer Terreur.

Il est certain cependant, comme dit l'Officiel, que rien n'est perdu. La raison qui fait que [rien n'est perdu, V Officiel ne la dit pas et ne la connaît pas. Rien n'est perdu parce que les événements, à l'insu et contre la volonté de ceux .qui les brassent ou plutôt les tripotent, forment tout à la fois et l'homme que le véritable peuple attend, et le peuple dont cet homme aura besoin. Dans ce siècle de machines, les événements sont comme les rouages inconscients d'un mécanisme immense et mystérieux. L'ingénieur se cache. On ne saura son nom que lorsqu'on verra son ouvrage, et alors l'acclamation de l'humanité saluera Celui qui fait les mondes.

Oserons-nous dire que tout ce qui se passe depuis cent ans est ce que Ton appelle ^vulgairement une lessive ? Et pourquoi ne le dirions-nous pas? L'œuvre est assez forte pour élever le mot à sa hauteur. Une telle lessive vaut bien une création. Mille souillures qui apparaissent à la surface de la formidable cuve, sont des parcelles immondes qui se détachent. Cette écume sera enlevée. En ce moment elle couvre tout, mais déjàellene tient plus à rien; et ce qui sortira de la cuve en sera tiré autre qu'il n'y fut mis, c'est-à-dire nettoyé, pur, salubre, préparé pour de nobles usages.

fi PARIS PiaWANT LE SIÈGE.

Il y a comme une mystérieuse attente de ce bienfait dans la patience invincible avec laquelle la France supporte et même bénit les douleurs de l'opération. Elle veut être lavée, elle veut renaître, elle veut resplendir, et elle a foi dans le succès de la « sainte entreprise » sans avoir aucune foi dans les hommes qui en ont la conduite, lesquels, eu vérité, ue sont pas dignes, et, en réalité, ne conduisent rien.

Sainte entreprise! c'est le Journal officiel îui-niémr qui écrit ce mot étrange dans ses colonnes. Comme il est vrai ! Et comme il ne le sait pas !

On escompte l'histoire, on se décerne des couronnes dont il ne sera plus guère question au jour du véritable jugement. Oui a fait ce qui est fait ? CeM un mouvement d'instinct et de multitude, dont nul ne peut discerner les causes. Presque partout la digue et le ilôt se sont également trompés. Les accoucheurs de la République croyaient mettre au monde la paix. La plupart de ceux qui hurlaient le cri de guerre ne voulaient point se battre. Les murailles de Paris seraient tombées d'elles-mêmes s'il leur avait été «lit qu'elles tiendraient si longtemps. Jamais Dieu n'a davantage montré l'obstination de ses miséricordes sur la France.

Depuis cent ans, l'histoire «les Français n'est pas» glorieuse, celle de la France l'est infiniment. Quelle autre nation soumise à de tels guides, renversée par tant de surprises et de séductions contraires de la gloire, de la prospérité, de l'esprit, de l'orgueil et de la honte, aurait pu espérer d'en sortir, comme le inonde en aura hk spectacle, avec toute sa foi, tout

son bon sens et toute sa vertu ! Mais ceux qui s'attribuent ici quelque chose, qui pensent que la France subit ce combat pour conserver les présents qu'ils lui ont fait et demeurer dans le cul-de-sac où ils encensent leur propre et imbécile idole, ceux-là ne connaissent ni la France, ni eux-mêmes, et n'ont pas le pressentiment de l'avenir vers lequel s'élanceront nos drapeaux purifiés.

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