‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 66 sur 150 · LA FRANCE IKA-T-ELLE AU CONGRÈS · texte numérisé non relu

LA FRANCE IKA-T-ELLE AU CONGRÈS

Le gouvernement « de la défense nationale » ne sait gouverner ni les mairies, ni les ambulances, ni les écoles primaires, ni les corps de garde de certains quartiers, et ne sait pas beaucoup non plus se gouverner lui-même. Sous l'œil bénin du membre Favre et du membre Ferry, l'insulte au Christianisme est licite dans le centre de la ville* Mottu le maire, assisté de Cadet l'ambulancier, rafraîchit son vieux blason du jardin de Gethsemani et du tribunal de Caiphe. Dans les régions éloignées de l'Empire, an* près de la muraille, l'insulte à la propriété complète I l'ont rag« à la religion. La partie facétieuse de la garde nationale, s'étant soûlée à raison de trente sous par ventre, aux frais de l'État, s'amuse \ dire la inesse et à piller la chapelle, comme il vient d' rivera Issv.

Mais ces mésaventures abondantes n'empêchent pas ie gouvernement de la défense nationale d'avoir toutes les belles ambitions. Il aspire à être reconnu, il veut entrer dans la noble famille des gouvernements européens et se mêler des grandes affaires du monde. Sa petite besogne de Paris ne lui suffit pas.

S'il était reconnu, le roi d'Italie, l'empereur de Russie, le grand-duc de Bade lui écriraient : Monsiew mon bon ami. Quel honneur pour notre patrvre France ! Il y a si longtemps que nous ne recevons plus do ces douceurs-là!

Nous ne sommes encore reconnus que par le président des Amériques et par le roi d'Italie, un particulier et un parvenu! Et nous n'avons d'ambassadeur qui fasse quelque chose que le vieux Senart, lequel aura peut-être l'honneur de représenter la France à Tentrée solennelle de Victor^Emmanuel dans Rome. Donc, ils cherchent à se faufiler ailleurs, et ils accepteraient pour la France un tabouret, ou un bout de banc, même sans accoudoir, dans le congrès qu'il serait question de rassembler pour régler les choses d'Orient. Ils y enverraient sans doute le jeune Ferry, c'est le meilleur pendant qu'ils puissent fournir au vieux Senart. Si M. le général Trochu entend parler de ces beaux projets et s'il a jamais vu la figure du vieux Senart ou celle du jeune Ferry, il doit souffrir.

Nous savons o^ue M. le général Trochu a fort à faire; néanmoins nous croyons qu'il néglige trop la partie civile de son gouvernement. Un jour il regrettera de n'avoir pas entendu parler de Mottu, de Cadet, de Senart, de la garde nationale soûle qui dit la

messo sous l'œil bénin do M. Jules Favrc et de M. Ferry; il regrettera d'avoir ignoré l'ardeur qui pousse ses collègues civils à se faire admettre dans la très-noble et très-auguste assemblée des gouvernements européens.

Pour rhonnour de la France, général, prenez-v garde. Si l'on vous parle du congrès, prenez la plume. Cette fois, c'est le cas. Ecrivez-leur que la France aimerait d'être laissée tranquille en matière de congrès, et qu'ils règlent leur affaire d'Orient et les autres comme ils l'entendront.

Que tout cela ne regarde plus la France, qu'elle n'a plus d'affaires dans le monde, qu'elle fait l'économie des ambassadeurs et des représentants à 1 étranger; qu'elle n'a plus do traités à maintenir, ni de traités à observer, ni de traités à conclure ; qu'elle remet tout cela à d'autres temps;

Qu'elle n'a plus d'alliés et n'est plus alliée ; qu'elle ne se regarde plus comme faisant partie du corps de» nations européennes ; qu'en ce sens elle est morte, qu'elle veut rester un temps au fond de son tombeau ;

Que Paris est l'image de ce tombeau où la corruption n'entrera point, où tout au contraire la corruption périra. Car la France en a maintenant fait l'expérience. Elle sait maintenant quelles sont les causes de la mort, et quels baumes amers tuent les germes de mort.

La France n'a rien à dire là où elle n'émettrait qu'un avis que l'on pourrait mépriser. Elle ne signe pas des traités où aucun article ne serait écrit de sa

main. Elle ne traite pas avec les forts et se borne à ne point reconnaître les traités qu'ils font.

Elle ne livrera pas sa faiblesse présente, elle ne vendra pas sa force future.

Elle restera dans son tombeau inexpugnable. Elle y restera comme morte, mais le tombeau sera vivant. 11 n'en sortira point d'ambassadeurs, et les ambassadeurs n'y entreront point.

Elle ne s'occupera de paix que chez elle et pour elle. Elle fera du fer, elle fera du blé, elle fera des hommes. Elle prendra le temps qu'il faut pour dégriser sa populace sur laquelle compte l'ennemi, et qui a pris l'habitude de ne pas compter avec les lois. Elle a lïune et le cœur, elle se refera l'intelligence et le bras.

Et alors elle ouvrira ses portes et elle rentrera dans le monde, non pour étudier les choses qui s'y seront faites, non pour se soumettre aux arrangements qu'on aura pris, mais pour voir si la justice règne et si quelque peuple barbare a encore son pied brutal sur quelque troupeau de la famille du Christ. Alors la démocratie chrétienne sera née.

A présent donc, arrangez-vous, et faites un équilibre européen. Faites des conquêtes, des annexions, des empires, des traités. La France n'en est pas, n'est de rien.

Nous en reparlerons dans dix ou quinze ans, quand nous aurons ce qu'il nous faut de fer et d'hommes, quand nous aurons enterré dans la chaux vive le cadavre pestilentiel de la Ré volution,et quand la race humaine sur le reste delà terre aura besoin du libérateur.

tendent que la puissance populaire est immaculée en sa source et en ses actes. Elle n'en a pas moins sujet de dire entre toutes : In peccato concepù me mater mea, et ses années en subissent les conséquences. Seulement elle ajouteà ses fautes la faute redoutable doue les point reconnaître et de n'en imputer la faute qu'à ses généraux. Elle ne permet pas que ses généraux soient malheureux. Elle les injurie , elle les casse , elle les tue. C'est ce qui explique pourquoi

Le premier qui fut roi fut un soldat heureux.

La République tue le soldat malheureux ; le soldat <r heureux » viole la République, l'épouse, la bat, la tue. Autre justice.

Et si la République ne rencontre pas de soldat heureux, alors, à force de tuer le soldat malheureux, elle tue enfin son armée et se trouve face à face avec l'ennemi vainqueur. Généralement elle ne lui fait point voir cette âme magnanime qui domine toute fortune contraire ; du coutelas de ses ignobles justices, elle ii« fait point cette arme de vertu que Dieu prend dans sa main. Elle s'affaisse, elle traite; le vainqueur la fait travailler pour lui sous le bâton , ou la lie, ou l'envoie au marché.

11 est probable que le fier Ganibetta, s'il était à Paris, ne dirait point à M. le général Trochu, rentrant après un effort sans succès : «Eu notre âge démocratique on n'est pas heureux. » 11 verrait plutôt la nécessité de le remplacer par le citoyen Flourens ou par le citoyen Delescluae, général de Bisquonstout. Heureusement que M. Jules Favre est plus sage,

Résister était le possible immédiat; cela esl fait. L'honneur en est dû au gouverneur de Paris. Dieu sait seul si davantage eût valu mieux. Nous sommes de ceux qui croient que pour l'avenir il nous était plus désirable et meilleur de résister même que de vaincre. La victoire nous eût délivrés de l'ennemi extérieur; la prolongation de la résistance nous délivrera et de l'ennemi extérieur et de l'ennemi intérieur; elle ne fermera pas seulement la plaie, elle corrigera un vice du sang qui l'eût bientôt rouverte, et l'eût rendue probablement incurable.

La plaie de la France est en elle-même. Napoléon 111 fut l'ulcère qui attira le vautour; mais d'où venait l'ulcère, et quel peut être un corps que cet ulcère a rongé vingt ans ? Si les douleurs que nous souffrons nous préservent et préservent nos enfants des causes profondes et des prospérités d'un pareil règne, qu'elles soient bénies !

Aucun échec ne nous peut perdre, si ce n'est la durée de l'aveuglement des esprits et de l'avilissement des Ames; aucune victoire ne nous peut sauver que le réveil de la foi aux grands devoirs de l'àme et aux destinées chrétiennes de la patrie. Bénis soient les désastres qui tourneront enfin nos regards vers le ciel, et qui nous feront enfin souvenir que la France ne fut pas créée, baptisée et élue de Dieu pour être le proxénète d'erreur le plus riche et le pins amusant du monde.

jj.

Citoyen Cadet,

Sortir d'une bataille et combattre, à l'instant !

Un nommé Sanche, roi do certaines Espagnes, parlait ainsi à un nommé Rodrigue, surnommé le Cid^ chef de bataillon d'un arrondissement de ces «quartiers-là. Seulement , c'était un 106e bataillon, ot ce Cid était un jésuite. Mais dans votre genre , vous le valez bien. Quoique votre adversaire, je salue en vous le Cid des ami ulanciers.

J'apprends avec [laisir, citoyen Cadet, que vous vous êtes fendu de sept cent dix francs et quatrevingts centimes au profit de vos ambulances. Jésus- Cliri>t n'a donné que son san«< pour le salut des Ames que vous eherrbez à lui preudre. M. Mot tu doit trouver que vous Jaites mieux les choses. Non moins généreux que vous, il saura vous faire rentrer dans vos frai s.

S'il faut avoir dépensé de Tardent pour mériter l'honneur de vous parler, sachez, citoyen Cadet, que iu pierre et la UépubUquo m'ont, à ma connaissance actuelle, c«»ùté cent ciu quaute ou deux cent mille francs, et que je dépense environ cinq cents Crânes par jour atiu oV ne point licjucier mou atelier» Je né^li^e les centimes.

Et von* arrivez du champ do bataille ! Voilà qui est merveilleux et bien Uatteur pour le cha'np de bataille1. Le frère ignorant in qui %j eat fait tuer wt serait pas capable d'en dire autaat.

Mottu mettra là une colonne aux frais du XI* arrondissement :

Ici se fit voir mon CADET.

De l'autre côté il évidcra la colonne et il y collera des prospectus de son dictionnaire Larousse, pour rentrer dans les frais de l'arrondissement.

TANT QU'A moi, citoyen Cadet, je ne reviens pas du champ de bataille, mais je me porte bien, tout comme vous, Dieu merci.

Et TANT QU'A votre lettre, je la publie avec un vrai plaisir, citoyen Cadet.

A votre service.

24 décembre.

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