‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 70 sur 150 · UN ROI AU PALAIS DES CÉSARS · texte numérisé non relu

UN ROI AU PALAIS DES CÉSARS

La voie publique longe les ruines du Palatin. Une porte bâtarde s'ouvre dans uu mur croulant. On y lit cette inscription : îngreuo al Palazzo dei Ce tari ; entrée du |»alais des Césars.

La porte s'ouvrit ; nous vîmes descendre ou plutôt dégringoler du palais des Césars un vieillard ch£tif. Il gagna lentement sa modeste voiture.

Quelqu'un me dit : « Voilà plus qu'il ne semble. Vous voyez

Sa iMajeaté Frédéric-Guillaume, roi de Prusse. Il y m éiz on voulut le faire empereur d'Allemagne; iJ pouvait &>■ ser l.i fantaisie. »

C«» roi me Ht songer. Il a rê«rué, il rèjçiie uieore no m intiment sur une nation de 10 millions d'homme*, qui se pro-Lun? essentiellement militaire et «avant*», ef qui est assez ee* 4nu choses-là.

1/armée prussienne se laisse dire, comme une autre, quelle est « l'armée, la plus h:\ivc du mmdc; » les académies prussiennes ne se croient pis les moins illuminées.

Le roi que voilà est général de celte amiV, pn*«iJent Jt ces académies; il e>t, en outre, pipe de son Earlise. Mai» il a une uni lad ie fâcheuse- Il se croit sous-lieutenant.

Il a été fort savant, fort élo-iueut, fort é ru -lit, vraiinral fait d'une lionne pâte, excellent particulier prussien. Mai<, jKiuvre homme! — protestant et pape, — il est tombé en enfance.

lise promène dans Rome, environné partent d'une compassion respectueuse. Ailleurs on le tiendrait prisonnier. Les nàs devraient encore protéger Rome pour avoir une retraite eu cas d'accident.

(Ju.ind il passait pour un sain d'esprit, ce roi a heta un palais sur le C.ipilolt». Il projetait d'v étaMir un temple et un pnVre de sa religion. Il a m toujours de certaines idée»!

Néanmoins, dans la question de l'empire, il vit qu'on ue loi proposait rien d'iioiior.ilile. H dit uue loyale parole, forte pour un protestant.

I l'était sou « cher Arndl » qui lui ollïait l'empire au nom du parlement de Francfort. Il répondit : « Mon cher Anidt. wu< «'•li'> mon \ieil ;nni, et vos ;mii- île Fraui tort, qui se di*«*nt assemblée nationale, sont tout o» qu'il \ a de plus est i mairie en Allemagne. Je les considère lieaticoup.

<• Ile concert avec eux, vous me f lites une proposition «VÙV honnête Quel mandat les autoris » ,i mettre un roi au-dessus ■les autorilés légitimes auxquelles ils ont prêté serment ?

Notilie/-leur i e|.» dou< ••iiii-nt. Ils m'iuspireut «le l'urgiidl et *\" la n.'ejMiiuiis inre cumin** à toute l'Allemagne, ai je se*

Ràlifc PENDANT fc* Site*. .43

rais désolé de leur faire de la peine. La vérité est qu'ils me sa* veut ce qu'ils disent

« Que ra'oflrent-ils? Cet enfantement des révolutions de 1849 est-il une couronne? Il ne porte pas la croix sainte, H nlntprime pas sur le front le sceau de la gràti de Dieu. Ce n'est pas une' couronne.

« ("est le collier de fer qui réduirait au rôle d'esclave de la Révolution le fils de vingt-quatre prince*, le chef de sebe millions d'hommes et de l'armée la plus brave et la plus déveuée du monde.

« Pour prix de ce bijou, je devrais violer la parole que j'ai donnée, d'essayer de m en tendre avec les autres princes etavec l'assemblée sur la constitution de l'Allemagne. Je ne violerai ni cette promesse ni aucune autre.

« Vous si mhiei croire que la Révolution n'est que la démagogie et le communisme. La Révolution est l'abolition de l'ordre divin, le renversement du droit et de la justice. Kl le soufflera la iuort tant que l'ordre divin ne sera nos rétabli. »

Voila qui est noblement pensé, noblement dit. Le roi ajoute: « Le Parlement n'a rien à offrir que des mains pures poissent toucher, i 11 termine par ces mots solennels : Diri, et seMart animarn meam.

Mus, en même temps, pour rétablir « l'ordre divin » il prt>pose un congrès des puissances allemandes et de l'assemblée de Francfort afin de constituer l'Allemagne.

11 croit que les puissances allemande*, les unes catholiques, les autres protestantes de divers Lunaire*, d'accord avec le Parlement, qui renferme tous les ulaxnents d'antichristiinisnie, ourdiront l'unité!

Lt alors la fabrication d'une ronronne impériile sera l'opération la plus simple du monde; et cette couronne recevra naturellement de toutes ces mains divisées • la croix sainte qui confère la irraee de Dieu! • J

Ou. j**ut-étre, la couronne allemande jKHirra se passer de la <roi\ et «le la grâce de î>ieu. puisque • l'ordre divin » sera rétibii...

Merveilleuse déraison de re$ I h m nés létesî I. arrVWque Sa-

Sa Majesté Frédéric-Guillaume, roi de Prusse. Il y m 4ix on voulut le faire empereur d'Allemague ; iJ pouvait s'en ser la fantaisie. »

Ce roi nu» lit songer. 11 a régné, il régne tiieore nominal» ment sur une nation de 10 millions d'homme*, qui se fira-Lun* essentiellement militaire et savante, et qui est assez ee* tan chose s-là.

L'armée prussienne se laisse dire, comme une autre, qu'eUr est « l'armée la plus brave du inmde; » les académies prossiennes ne se croient pis les moins illuminées.

Le roi que voilà est général de cette ann^e. président Jç <*cs académies; il est, en outre, pipe d»» son Eglise. Mais il a une maladie fâcheuse. U se croit sous-lieu tenant.

11 a été fort savant, fort élojueut, fort érudit, vraiment fait d'une bonne pâte, excellent particulier prussien. Mai*. )>au>re homme! — protestant et pape, — il est tombé en en* fance.

lise promène dan* Home, environné partout d'une eotn passion respectueuse. Ailleurs on le tiendrait pli *ounier. Le* rub devraient encore protéger Home pour avoir une retraite eu us

d'accident.

Ouand il passiit pour un sain d'esprit, ce roi acheta un palais Mir le Capitule. 11 projetait d'y établir un temple et un prêtre de sa religion. Il a eu toujours de certaine* idée*!

Néanmoins, dans la question de l'empire, il vit qu'on ne lui proposait rien d'tauior.ible. Il dit une loyale parole, f«»rte polir

1111 prote>(.int.

(.'et. lit son <« elier Arndt » qui lui nllrail l'empire au nom du parlement de Fia in fur t. 11 répomlit : <• Mon cher Anidt. vous ète< mon \ieil ,imit et vo* aini-t île r'riiic fort, qui se disent assemblée natioiiiile, sont tout ce qu'il va île plus estimable en Allemagne. Je les roi .sidère beaueoup.

*» Ile concert aver eux, vous me fuies une proposition nvùV honnête Ouel inand it les .ititoris » à mettre un roi au-dessus des autorités légitime** aiixqucllt»* ils ont prêté serment?

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rais dénié de leur faire de la peine. La vérité est quttb me ea~ vent ce qu'ils disent.

« One ra'offrent-ils? Cet enfantement dea révolutions de ifift est-il une couronne? Il ne porte pas la croix sainte, H nlnb* prime pas snr le front le sceau de la gvtkt iê Dieu. Ce n'est pas une couronne.

« C'est le collier de fer qui réduirait au rôle d'esclave de la Révolution le fils de vingt-quatre princes, le chef de aetae millions d'hommes et de l'armée la plus brave et la plus déveuée du monde.

c Pour prix de ce bijou, je devrais violer la parole que j'ai donnée, d'essayer de m'en tendre avec les autres princes etavec l'assemblée sur la constitution de l'Allemagne. Je ne violerai ni cette promesse ni aucune autre.

« Vous * mhtat croire que la Révolution n'est que la démagogie et le communisme. La Révolution est l'abolition de l'ordre divin, le renversement du droit et de la justice. Bile souillera la mort tant que l'ordre divin ne sera pas rétabli. »

Voilà <]ui est noblement ]>ensé, noblement dit. Le roi ajoute: « Le Parlement n'a rien à offrir que des mains pures poissent toucher, » II termine par ces mots solennels : Dixi, al safcevi artmam mer?».

Mus, en même temps, pour rétablir « l'ordre divin » il pru- |iose un congre* des puissances allemandes et de l'assemblée «le Francfort aiin de constituer l'Allemagne.

11 «Toit que les puissances allemandes, les unes catholiques, les autn-s protestantes de divers lainage*, d'accord avec le Parlement, qui renferme tous les blamcnts d'untiebrtsthnisme, ourdiront l'unité!

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Merveilleuse déraison de res lu m nés létes! l.'areVWqu* Sa-

linis disuit : « Ce qui manque, c'est la théologie. ■ Quutqtp érudit, le roi de Prusse n'a pas connu les conditions de l'empire. Il y a une érudition où parviennent difficilement les roi* modernes.

L'empire était institué pour être le bras de l'Église et la «rantie des royaumes chrétiens. Ainsi les Électeurs l'ont enimêmes déliai, lorsque Rodolphe de Habsbourg fit confirmer les actes de Pépin et de Charlemagne touchant l'inviolabilité des États du Saint-Siège.

Ecoutons l'esprit qui fait les choses grandes et durables :

« La mère Église de Home, embrassant depuis longtemps « l'Allemagne d'un amour quasi paternel, l'a honorée d'une « dignité terrestre* dout le nom est • au-dessus de tout nom « parmi les pouvoirs temporels.

« Elle y a établi des princes comme des arbres choisis, eU* « a ré|>andu sur eux des grâces particulières, afin que, soute- « nus par l'autorité de cette Eglise, ils fissent germer par leur « élection, comme une semence précieuse, celui qui devait te- « nir les rèues de l'empire romain.

« C'est lui qui, comme rostre secondaire à la voûte de VEgltse « militante, reçAt sa lumière de l'astre suprême, le Vicaire du « Christ. C'est lui qui, A la volonté de ce dernier, prend H aV- « pose le glaive matériel, afin que, aidé par son secours, le « Pasteur des pasteurs donne la paix et la vie aux brebis, en « les protégeant de son glaive spirituel, et qu'avec le glaire « temporel il réprime et corrige, punissant les coupables, ho*v « rant les bons et les croyants.

« Afin donc que toute cause de discussion ou luéuie foule « occasion de froideur disparaisse entre cette Église et l'em- « pire, et que ces deux glaives établis dans la maison du Sei- « gneur, unis p*ir une juste alliance, puissent concourir à l'utile « direction du gouvernement du monde, et afin que notre vo- « lonté et nos actes montrent que nous sommes des tils dê- « voués et pacifiques, nous qui sommes tenus à défendre en- « semble, dans notre autour. l'Eirlise et l'empire, eh.»

Tel êt.ût donc l'esprit de ran<i<»n empire, l'esprit qui l'avait toudé, qui r.tuiiinit; l'esprit «pli le ramenait dans la voi<*

PAHIS PENDANT LE 81ÉGE. 45

l«.i»i|in' l'ambition des empereurs l'en avait écarté. L'empire, «•< la ire «le la lumière apostolique, devait maintenir la paix, « Vst-à-dire le droit et Injustice dans le peuple de Jésus-Christ.

Si le roi île Prusse avait su cela, s'il avait eu ce qu'il faut •le jour théologique pour voir clair dans l'histoire, il aurait rompris que le pape prussien ne pouvait pas être empereur d'Allemagne, même avec l'adhésion des autres princes, même i\ec l\idhé ion du Parlement.

H aurait compris qu'il n'y a plus d'empereur ni d'empire d'Allemagne possible, ni même d'Allemagne vivante d'où puisse « germer comme une semence précieuse celui qui doit « tenir les rênes de l'empire romain. » L'esprit qui faisait ces grandes choses n'est plus, et ces grandes choses ne sont plus que des noms sans >ie, cadavera nomitium.

Kt quand même on décréterait des résurrections et l'on simulerait des couronnements, on ne parviendrait qu'à organiser «le \ aines pompes, tout au plus à évoquer des fantômes. « e< f.iu tomes apparaîtraient comme des messagers funèbres, pour signifier que les sépulcres sont rouverts et demandent une grande proie.

Allemagne, Allemagne, à qui le ciel avait tant donné ! «quand tu \ erras reparaître un fantôme d'empereur qui ne sera ni IVlu de tes princes, ni l'oint du Christ, et qui ne tiendra pas le ulaîxe pour protéger la justice et défendre le vieux droit, m. »i> qui <e dira l\iinpereur du peuple et le glaive du droit n«'ij\e.iii.

M«»is, , ,- ^,'r.i l'heure de la jrrande expiation 'I).

I I •• l'-u/uu, ,lt Home.

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9 M. L'ABBÉ GMt.

Tandis que des magistrats municipaux persécutai nos prêtres et nos religieux, sans qu'aucune von, ayant le devoir absolu de parler, fasse entendre une défense ou une protestation, le zèle des âmes hit chaque jour de nouvelles victimes parmi les prêtas qui se sont dévoués à l'armée. Voici la lettre que nous adresse M. l'abbé d'IIulst, pour nous annoncer la mort de M. l'abbé Gros , tué hier à Àvron :

Monsieur, Notre cher collègue et ami, l'abbé Henri Gros, vicaire à Saint-Ami iuise, aumônier volontaire du 6* bataillon des mobiles de la Seine, vimt d'être tué hier par uii obus sur le pUteau d Avron. Api es un ministère des plus fructueux exercé pendant six semaines au milieu de l'année de Saint-Denis, il s'était dévoué à une mission (»a teille auprès des mobiles parisiens, et la remplissait depuis uu mois à Avron malgré 1rs rigueurs de la saison.

Ses obsèques auront lieu à Saint-Ambroise, boulevard «lu Prince-Eugène, demain jeudi.

Agréez, monsieur, l'assurance de mes sentiments déroue*.

Ch. d'IIulst.

D'un autre cûté, nous trouvons cette mention éloquente dans un billet écrit du plateau d'Avron, par uu mobile parisien :

Ce fiiiitin, ju coiiiuifih'fiiK'iit du Ifcimburdenient» je

PARIS PENDANT LIC 81ÉHK. 48

U messe, sa demie e messe de noire cher aumônier, JL i'obbé Gros. Je viens de le revoir, les matus jouîtes, les jeux levés vers le ciel C'est un martyr de plus.

M. l'abbé Gros a acheté son martyre. Nos lecteur» peuvent se rappeler son nom. C'est lui qui avartorgaiiisc des conférences pour les soldats de l'église de Saint-Denis. Elles faisaient du bien. Elles forent supprimées par la brutalité du maire de Satnt-DeMs et des municipaux qui l'entourent. M. l'abbé Gros fit son devoir. 11 défendit son troupeau et protesta publiquement.

A cette occasion nous eàraes l'honneur de le voir et de nous entretenir avec lui. C'étaitnn vrai prêtre. Rien ne dépasse cette gloire.

11 ne fut pas soutenu. 11 put voir qu'on eût souhaité plutôt qu'il se retirât. 11 resta, et fit bien. On n'a pu l'empêcher do mourir pour ceux qu'on l'empochait d'instruire et de consoler. Il a atteint son k*t et reçu sa récompense.

29, 30 et 31 décembre.

A HOME, LE JOlR CE NOËL.

Partout on me demande si j'ai des nouvelles de Rome. Non, hélas! Néanmoins, il me semblo que j'en pourrais donner, et de très-sûres. Véritable-

48 PARIS Pt>DAM LL SILGE.

nient j'étais tout à l'heure à Rome, ou plutôt j'y sui» encore. J'ai quitté Paris ce (matin pour cesser un moment d'appartenir au monde qui relève de Bismark, de fiambetta et deMottu. Toute la journée, j'ai umni Home. J'ai vu tout ce qui se fait d'important, j'ai entendu tout ce qui se dit de sérieux, j'ai même entendu les pensées, j'ai même entrevu l'avenir, et je suis consolé. Les nouvelles sont bonnes, sont trèsbonnes. Dieu est là; Pie IX est là près de Dieu, interroge Dieu, obéit à Dieu, et Rome continue de remplir sa fonction dans le monde.

Sans doute, Pie IX est prisonnier au sein de Rome. elle-même prisonnière ; mais Dieu n'étant pas prisonnier, cette prison de la Ville et du Pontife est absolmnent nulle. Peut-être que M. Pyat, le terrible athée, ne comprend point. M. Pyat, comme Luit d'autres mortels, ne comprend pas toujours tout. Quand il est prisonnier, lui, ou dans les conciergeries ou dans les blanchisseries, quand sa phrase e>t prisonnière ou dans la bourbe de son encrier ou dan* les ténèbres de sa pensée on dans les conseils île son co'iir sujet aux venelles, cela fait quelque chose. L'homme ne sort pas, la phrase ne retentit |»as, !'#►«•- < a>ion s'évade, les plans sont dérangés. Mais le Pape n'est jamais prisonnier de celte manière-là, et sa pnmle ne reste captive ni îles ténèbres ni de la terreur. ni des murs de la prison, ni des murs du tombeau. Kilt* sort, elle retentit, elle est opportune, elle est persévérante, et ce qu'elle veut détruire est renversé, il ce qu'elle veut éditier s'élève. Ce n'est pa* du tout h même chose que M. Pyat <m tout autre homme

et le Pape. Si M. Pyat possédait pour deux liards de jugement cette seule différence le mènerait à la connaissance de Dieu.

Mais laissons ce galant homme, qui n'a pas deux liards de jugement, montrer au ciel son poing d'Ajax catarrheux, orné d'un trognon de plume.

Donc, à Rome, tout va bien.

Je suis parti soudain, quand l'aube allait naître; je suis arrivé quand l'aube naissait. Cette rapidité de locomotion, antérieure àladécouverte de l'électricité, n'étonnera personne. Tout le monde eu jouit. Je suis île «eux qui reconnaissent ne l'avoir point inventée. M. Pyat et d'autres écrivains croient qu'ils se sont eux-mêmes fabriqués de la sorte. Je me demande pourquoi, étant si ingénieux, ils n'ont pas su encore s'orner du don de penser juste et d'écrire poliment. Il y a bien des mystères !

Entin, je suis à Rome, sur le Pincio, près de ma demeure, à l'aube naissante, sous le ciel bleu, parmi les arbres verts. Au ciel restent quelques sereines étoiles ; les arbres gardent encore quelques grâces du dernier printemps, reçoivent déjà quelques caresses tlu printemps futur. Voici, à droite, Monte-Mario; à gauche, l'Esquiliu, riche de Sainte-Marie-Majeure; à mes pieds, le champ de Mars avec le panthéon d'Agrippa; un peu plus loin, le mausolée d'Adrien. Pour |e moment les Piémontais, j'allais dire les Prussiens, sont là.

Je tourne les yeux vers Sainte-Marie du Peuple ^ où fut enterré Néron, où Luther célébra sa dernière messe. Ah! Néron et Luther, vous faites, en ce inon. 4

50 PARIS PEMiAKT LE SIÈGE.

ment, une sortie, et la brunie s'élève comme une famée de l'abîme ! Mais un premier rayon de soleil accourt du coté de Sainte-Marie-Majeure, traverse la brume qu'il change en poussière d'or et vient sourirr sur le Vatican. Voici le jour, voici la splendeur, voici la croix resplendissante*! tous les sommets ! On sonne partout la messe, et la montagne sacrée est réjoui* des feux du soleil et du chant de la prière; lesbromes montent en nuages d'encens. L'Eglise chaute aujourd'hui l'accomplissement des paroles d'Isaie, prophétisant le roi de paix. En ce temps, l'enfant jouera avec l'aspic et le basilic : « Ces bétes ne nuiront point, « elles ne tueront point sur toute ma montagne « sainte; non noctbnntt et non occident in mhtrso c monte sancto meo. » Et je suis tranquille quant i Rome, sur les entreprises de Néron et sur celles de Luther. Mon occident, non prœvakbunt, ko» 500» bu.nt!

Il y a un an, à pareil jour, à pareille heure, j'étais là. Je voyais ce beau soleil de Dieu dorer cette montagne «le Dieu, ce véritable Sinaî d'où jaillirait bientôt une lumière pour le genre humain. Je me sentais alors moi-inéme au plein de mon soleil et de ma joie. J'étais heureux dans mou espoir, dans non cœur, dans mou Ame. Entouré de ce que Dieu n'a donné de plus cher, j'habitais l'Eden de mes yeux et de ma pensée. J'y venais contempler ce que je ver* rais jamais de plus luau, j'avais à raconter ce que le siècle présent laisserait de plus auguste et de meilleur, le pacifique avènement d'une vérité immortelle. flette vérité était contestée encore, mais jo savais,

PAIU8 PENDANT LK S1ÉGS. Si

comme les contestants, que la cou testât ion serait vaincue» et ne s'élèverait que pour suivre le triomphe.

Nous entendions tous une Autre parole qui dissipait toute alarme : Le Seigneur vient pour sauver le* nations ; vous entendrez sa voix, et la joie sera dam vos caurs.Ei j'avais aussi une grande joie de la France, j'étais heureux encore comme citoyen. Il y a un an, à pareil jour, la France était la grande nation de Tidée et la grande nation de l'épée. A l'ombre de l'épée française, plantée sur le bord de la mer se tenait le Concile, et cela suffisait. Ainsi la France protégeait cette éclosion prolongée du Verbe qui s'achevait sous la voûte d'or du Vatican. Pauvre chère France ! tu faisais cette faction d'honneur,' et elle pesait à ton aveuglement. Néanmoins tu Tas faite. Tu ne tes relevée que lorsque les cloches de Saint- Pierre eurent sonné Y Alléluia de la définition. Dieu te sera reconnaissant de l'honneur qu'il t'a imposé, encoro que tu n'en voulusses point.

Il y a du changement. J'entends la voix de Bossuet : Quel état, et quel état ! La France a retiré son factionnaire du bord de la mer. Elle avait besoin de lui, disait-elle, pour prendre Berlin. Le factionnaire, en effet, est aujourd'hui à Berlin! Et le roi d'Italie est au fort Saint-Ange, et le roi de Prisse, son allié, à Versailles, où il reçoit la couronne de César. Cette couronne est venue à son front charriée jusque-là par des flots de sang. Peut-être que, si le factionnaire français avait cté laissé à Civita-Yecehia, le flot de sang <*ùt pris un autre cours et charrié autre chose de Paris à Berlin. Mais les hommes fournissent les

tleuves de sang et Dieu les dirige. Il leur fait porter ce qu'il veut, même lorsqu'il laisse les hommes y mettre ce qu'ils ont voulu. Où ira cette couronne 1 Les vraies couronnes ni ne se prennent à Berlin, ni ne s'affermissent à Paris. C'est ici, au Latran, que» trouve et se perd la couronne.

L'église de Noël à Rome, c'est Sainte-^ jeure, la basilique de marbre blanc et d'or pur. On y vénère la crèche de Bethléem. J'y cours. Le peuple est prosterné devant le berceau où fut réenfante le genre humain. Ce qui se trouve là n'est pas considérable ni par la quantité ni par la splendeur.

D'adorateurs zélés a {>eine un petit nombre. . .

Et la plupart sont pauvres et vieux. Assurément la foule aurait une autre importance, si les c hautes puissances allemandes » trouvaient le moyen de rouvrir le théâtre des Variétés à Paris et de faire jouer la Belle Hélène ou la Grande Duchesse. Là se rassemblerait soudain un peuple qui mérite d'être compté. MM. Simon, le grand Simon, né Suisse, et le petit Simon, fait Lockroy, tous deux ennemis de la superstition chrétienne, penseraient avoir gagné leur cause , s'ils voyaient ce ramas pauvre de Sainte* Marie-Majeure. Ils diraient : La superstition baisse, elle expire ; et le monde passe à Bon valet, i Meillet et à Cadet.

Chose étrange ! et moi aussi je suis content! Je songe aux bergers de Bethléem. Je me dis : Les pauvres ont été appelés, ils sont venus ; ils croient, i

prient, ils chantent Gloria in excelsis Deo ! et entre le basilic royal et l'aspic populaire, ils reçoivent la paix promise aux hommes de bonne volonté. Ils ont la paix de leur àme pleine d'immortelle clarté et d'immortelle espérance, la paix de leur corps que la guerre n'a point chargé de fer et percé de coups, la paix de leur foyer que l'ennemi n'a point pillé; et cet ennemi sera chassé bientôt sans qu'ils aient besoin de combattre autrement que par leur prière. La main de Moïse élevée vers Dieu et lui offrant cette prière suffira. Puisque l'aspic et le basilic demeurent en ce monde, il faut bien qu'on les voie quelque part. On les voit ici comme partout, car il y a des jours d'échéance où la terre entière semble leur être donnée. Ils la parcourent et elle paie. Mais à Rome, non pra>ralebunt, non nocebunt!

Je levai les yeux vers la voûte d'or. Cet or est le premier qui vint en Europe du Nouveau-Monde. L'Espagne le donna au Pape, le Pape le donna à Sainte-Marie-Majeure. Il faut l'avouer, en ce tempslà l'Espagne jetait un éclat qu'elle n'a plus ! Elle a marché dans le progrès philosophique; elle s'est finalement donnée à l'illustre Prim et à l'illustre Serrano, qui l'ont vendue à l'illustre fils de l'illustre Vittorio. Bonne affaire pourSerrano ot pour Prim; voilà leurs traitements en sécurité. Et l'Espagne est en train de perdre ses dernières terres américaines. Possédant le duc d'Aoste, quel besoin a-t-elle du Nouveau-Monde? Le diable lui reprend le douaire qu'elle avait reçu du Christ.

Le plafond de Sainte-Marie-Majeure atteste encore

que l'Espagne fut une nation catholique, une gén*rcuse et puissante nation. Il est la dernière traeed* diadème à son front de reine contaminée. Les Remontais ne gratteront pas cet or. Dieu n'a pas permis que le basilic piémontais osât mener dans Rome la horde juive que le basilic et l'aspic prussiens traînent avec eux atiu de lui vendre nos depouilh'S. I>» Christ veut garder le plafond de Sainte-Marie-Majeure, peut-être afin de se souvenir de l'Espagne. L'Espagne a encore des évèques. Au Concile, pas an n'a faibli, n'a erré un moment. Leur foi, leur vertu et k'iir majesté ont été admirées de toute l'Eglise. Christ miséricordieux, prenez pitié aussi de l'Espagne, abusée aussi du serpent et empoisonnée du fruit de la fausse science ! Accomplissez l'oracle romain. Que sur l'Espagne aussi redescende dn ciel la sève qui fait le peuple nouveau; que le serpent soit tué, (pie riierbe qui donne le venin soit arrachée!

Occiilft «*t sortions, et fallax herba vent1 ni

OrriiM. . .

Dans Sainte-Marie-Majeure, j'ai recueilli, comme écho de la messe de minuit, cet enseignement politique : « La grâce de Dieu notre Sauveur a apparu à « tous les hommes pour nous apprendre à vivre en « ce momie avec tempérance, justice et piété, il ans u l'attente de la béatitude et de l'avènement glo- « rieux du grand Dieu notre Sauveur Jésus-Christ, « atin de nous racheter de toute iniquité, de nous c purifier et de faire de nous uu peuple appliqué aux « bonnes œuvres. » CV*I un programme de répn-

bliquc. I! a été tracé par saint Paul. Je ne crois pas que depuis saint Paul on en ait vu de plus grand et de plus praticable.

Parce que j'étais enclin à croire cela, je suis entré un matin, il y a trente-trois ans, dans la basilique de Sainte-.Marie-Majeure. Je me suis mis à genoux dans la chapelle du Saint-Sacrement, entre le tombeau du saint pape Pie V et le tombeau du grand président de République Sixte-Quint, et j'ai demandé à Dieu la grâce de dire cela toute ma vie, suivant le conseil de saint Paul : Hoc lor/ucre. Jusqu'à présent, ma prière a été exaucée. J'ai dit cela tous les jours , et j'ai gravement déplu à tous les partis, sans excepter le républicain. Pour avoir dit cela, j'ai été griffé par Ténorme bète furieuse qui emprisonne ce beau génie qu'on appelle M. Hugo, et mordu/piqué, rongé, par quantité d'autres bétes moins fortement outillées. Néanmoins je crois toujours cela, j en suis de plus en plus persuadé par les bètes qui ne veulent pas l'entendre, et j'ai l'intention de le dire toujours.

C'est la faveur que j'implore par l'intercession de saint Justin le philosophe* qui demeurait prèN d'ici y dans le voisinage des bains de Pudens. Lui aussi il enseignait cela. Mais comme il enseignait mieux et plus haut que moi, et comme il était plus digne d'enseigner, il rencontra une béto plus grosso : il rencontra la bète impériale et fut mangé. Ainsi soit- il !

Sur la place de Sainte-Marie-Majeure s'élève la plus élégante colonne de la ville, portant la statue de la sainte Vierge. Elle fut érigée on mémoire et en

PARIS PENDANT LE SlÉGE. 57

course versSainte-Croix-cn-Jérusalem. Dans ce beau désert qui réunit les trois basiliques de Sainte-Marie- Majeure, Sainte-Croix et Saint-Jean-de-Latran, rien ne dénote que le moindre changement politique se soit accompli. Le vaste espace est tranquille comme le ciel. lÀ et ici les choses sont à leur place connue. Par-dessus les murs des villas, toujours croulants, toujours debout, le cyprès et l'oranger regardent dans le chemin toujours solitaire; le soleil retrouve leur verdure sombre et revient y sourire à l'heure accoutumée. Quel beau chemin pour écouter les paroles que l'Église, non moins fidèle à son ordre inébranlable, chante le même jour, à la même heure ! Dans l'Église, à Rome surtout, une révolution passe entre deux versets d'un psaume, elle emporte un monde, le psaume n^est point interrompu, et toujours quelque verset ou quelque mot du psaume donne la lumière de l'événement. Ces paroles divines sont faites pour celui qui les écoute dans le moment qu'il les écoute ; elles illuminent tout, elles répondent à tout, elles répondent et elles illuminent toujours.

C'était l'heure de laudes, avant la messe de l'aurore. Les derniers psaumes proclament la puissance de Dieu sur toutes les créatures et invitent toutes les créatures à louer Dieu. En cheminant, je goûtais ces splendeurs maintenant dérobées à l'intelligence des peuples. Ils restent là comme ces arbres qui regardent le chemin solitaire. La poussière se soulève et couvre leur feuillage, la tempête les agite et souvent les brise. Mais le soleil n'a plus ses heures fidèles et ne leur apporte plus ses épanouissements.

î>8 PARIS PENDANT LE SIÈGE.

N'y cùt-il point de Dieu, l'incrédulité détruirait encore le chef-d'œuvre de la nature el le plus heao présent qu'elle nous ait fait. L'impie pleurerait, s'il pouvait sonder un moment le fleuve de consolation et de poésie qui s'est détourné du pauvre cœur humain.

J'arrivai à Sainte-Croix-en-Jérusalcm pour entendre l'introït de la messe de l'aurore et l'annonce du soleil divin, dont le soleil matériel n'est ipw l'ombre : « Lux fulyebit hodie super nos, la lumière « brillera aujourd'hui sur nous ; car le Seigneur « nous est né , et il sera appelé l'Admirable, Dieu, « le Prince de la paix, le Porc du siècle futur, dont « le règne n'aura point de fin. »

L'église de Saintc-Croix-en-Jérusalcm garde les reliques de la Passion que souffrit ce Roi éternel, né dans une étable et dans une crèche, mort sur une croix. Sic Drus tlilr.iit wwulum. Il prend tonte souffrance et toute servitude pour nous donner toute joie et toute liberté ; il se cloue à la croix pour non* rendre des ailes.

30 décembre.

A HOME, LKJorit I»E NOËL.

Tout l'Evangile n'est que l'histoire delà bonne volonté de Dieu. La page que l'on chante à la messe de

l'aurore peut être appelée l'Évangile des hommes de bonne volonté, ceux à qui les milices célestes ont annoncé la paix. Ils sont là, représentés par les bergers accourant pour voir ce qu'ils ont déjà cru sur la parole de l'Ange. Les Pères disent à ce sujet de profondes et sublimes choses, qui réfutent de haut, depuis des siècles, la vile multitude des objections vulgaires, [/impiété n'est pas seulement canaille , suivant l'observation de Joseph de Maistre, merveilleusement confirmée en ce moment par quantité d'opérations administratives et politiques, elle est encore très-ignorante, et il le faut. Sans une énorme somme d'ignorance, jamais on n'eût pu mettre la gredinerie au point de gloire qu'elle occupe présentement en ce pauvre monde, lequel a particulièrement perdu la science de la bonne volonté. Il ne pratique pas la bonne volonté, il ne l'a pas, il ne la discerne pa*, et même il n'y croit pas.

Les bergers, remarquent les Pères, étaient hommes de bonne volonté, c'est-à-dire justes, car la justice fait partie de la bonne volonté. Ils étaient justes, car ils accomplissaient fidèlement leur charge, qui était de veiller pour garder leurs troupeaux durant la nuit. La justice veut que le berger veille afin de défendre son troupeau. Or, dit saint llrégoire, il est de la justice de Dieu que ceux qui veillent avec sollicitude sur les troupeaux qui leur sont confiés soient admis de préférence à contempler les mystères les plus sublimes; et tandis qu'ils veillent religieusement, la grâce divine répand sur eux des flots de lumière. Voilà ce que les princes ne savent plus du

tout, et ceux qui renversent les princes pour <•■ mettre à leur place, l'ignorent encore davantage *'il est possible. Croyez-vous que Napoléon III veillât religieusement sur son troupeau, et que ce soit le grand souci du roi de Prusse, à l'égard des troupeaux que les bergers de Bavière, de Wurtemberg et de Bade lui ont confiés, et à l'égard du sien même? ("est pourquoi les princes ne sont pas inondés des flots de la lumière divine ni admis à contempler les mystères de Dieu. C'est pourquoi aussi Ton voit en Europe, depuis plus d'un siècle, les renversements succéder aux renversements, et toute forme de couronne et de sceptre tomber vilainement, et toute figure de roi n'être jamais loin d une Figure de traître ou dune figure de sot. Je mets parmi les rois, comme il convient, les présidents, les dictateurs, les consuls, les duodécemvirs, qui se contient des troupeaux d'hommes sans avoir le moindre moyen ni la moindre bonne volonté de veiller religieusement à leur salut. Et comme ils ne sont pas justes, je ne trouve nullement injuste que leur usurpation pastorale ne leur procure pas la paix et ne leur assure pas la laine et la chair du troupeau. Sans doute, ils tondront le troupeau et ils le mangeront, mais la laine ne les vêtira point et la chair ne les nourrira point. De bon cœur j'adhère à l'aventure, encore que j'en doive souffrir. Deux points me consolent : premièrement, j'ai fourni ma part dans les fautes publiques pour lesquelles je subis ma part d'expiation; secondement, je conserve à l'abri de toute atteinte la part de paix due à ma partde bonne volonté.

Par la grâce de Dieu, il reste dans le monde, pour le salut du monde, un pasteur.et un roi de bonne volonté ; un pasteur et un roi qui veille religieusement. Il est ici. La grâce divine se répand sur lui en flots de lumière, et il ne perd point la paix. J'ai mis ma paix dans ses mains, et elle est en sûreté comme la sienne. Même livré à l'iniquité victorieuse, il demeure en paix ; même vaincu, il n'est point renversé, sa couronne ne tombe pas. Si quelque sacrilège ose y toucber, la conscience humaine proteste, car le genre humain lui-même se sent découronné, et Dieu dans le ciel s'émeut. Cet outrage n'est pas de ceux qu'il veut souffrir longtemps. La couronne sainte remonte d'elle-même au front sacré. L'attouchement sacrilège n'y a mis qu'un diamant de plus.

J'ai vu les. grandes reliques, l'écriteau, les clous, les épines. Jésus-Christ a voulu naître et mourir sujet de César. Il a souffert cette servitude pour nous apprendre à rendre à César ce qui est dû à César, mais aussi pour nous affranchir et nous apprendre à aimer et à confesser la liberté. La liberté, c'est que César ne prenne pas ce qui est à Dieu. Car alors la charte est violée, l'ordre est détruit et l'antique esclavage, à peine déguisé sous un nom nouveau, vient punir et César lui-même et ce peuple apostat qui consent de rendre à César ce qui n'est dû qu'à Dieu. La vengeance divine multiplie les incarnations de César. Par d'infâmes chemins accourent des pieds sales qui montent sur le trône. Us courbent ces têtes ingrates, ils y entassent les boues, les scandales et

les boutes que le sang ne lave pas. O peuple* avilis, vous chercherez des épées et vous ne trouverez que des poignards. Vous tuerez l'empereur, l'empire restera. Le poignard ne fuit point justice, le rnmt n'affranchit pas. Le sang versé par le poignard m ne blanchit la robe des peuples ni n'empourpre la robe dos rois. 11 faut une épée juste, cette épée des guerre* légitimes et saintes que Dieu, lorsqu'il veut armer son peuple, lui ordonne de forger du coutre de la charrue ; et comme la charrue elle coupe les racines mauvaises, et à la place de l'herbe vénéneuse elle fait lever la bénigme majesté des moissons.

Le poignard des païens ne tuait que l'empereur; l'épée de justice, l'épée chrétienne, seule, tournée contre les vices qui font l'esclave, a pu tuer l'empire. Et le justk par excellence, mort sujet de César et vainqueur de César, a voulu que Rome fût ornée de» armes par lesquelles il a conquis l'empire. Ici dune sont les épines de sa couronne, les dons et l'inscrif* timide sa croix : Jt\\us île Xazarct/ifroides Jui/s, mai* en trois langues universelles et éternelles, c'est-àdire, Hoi de tous, pour toujours.

Sur l'autel où l'on pose les grandes reliques, j'ai vu aussi la traverse de la croix du bon larron, souvenir du premier de la race humaine qui fut lavé «lu sang de la croix et qui entra dans le ciel de Dieu. Avant Joseph, avant les Apôtres, avant Marie, le larron vit la gloire de Dieu. « Aujourd'hui il nous est né' un Sauveur. En vérité, aujourd'hui vous sentz dans le cielavce moi ! » Ainsi furent proclamées au ciel ut sur la terre lu. puissance «lu re-

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peutir de l'homme et l'obéissance de la miséricorde de Dieu. Tels sont les langages et les œuvres de Rome ; après tout, que m'importent les langages et les œuvres éphémères de Berlin et de Paris ! Avec laide de Rome, moi et ma race nous finirons par avoir raison de Paris et de Berlin. S'il faut la constance, Rome nous obtiendra la constance; s'il faut l'épée, Rome nous bénira l'épée, et nous tuerons encore une fois l'empire.

Il y aura de dures journées. Elles seront longues autant que dures. Elles ont commencé. Sur la place de Suiut-Jeau-de-Latran, entre le Triclinium de saint Léon III et l'escalier du prétoire, à quelques pas du sanctuaire des reliques de la Passion, à la face du <-ie) et des montagnes, sur les marches de l'Eglise mère et maîtresse de toutes les églises, là où Charleinague se mit à genoux, j'ai rencontré le soldat subalpin, devenu le soldat de l'Italie et le maître de Rome. Qu'il est fier, qu'il est superbe ! Notre poète François Maynard en a fait la peinture, il y a deux siècles et demi :

A voir l'orgueil «le vos moustaches, Ht l'ombrage de ces jwniaches Oui volent sur votre chapeau, Il semble que, par tout le monde, Les braves de la table ronde Ont marché sous votre drapeau.

O amer spectacle !

Le Journal des Débats lui-même, qui a tant désiré de le contempler, n'eu est pas content. Il y a autour

la loggia, épandait la bénédiction apostolique sur la ville et sur l'univers. 11 avait en face de lui Sainte- Croix, le reliquaire de la Passion du Christ, et toute l'histoire du monde ; à ses côtés tous les pasteurs de l'Eglise ; à ses pieds des représentants de toute l'humanité. Cependant, la cérémonie faite, quand un peuple immense poussait des cris d'allégresse, soudain il changea de couleur et fondit en larmes. Avaitil vu tomber la dernière goutte dans la coupe des vengeances qu'attire le refus du don de Dieu? Avaitil vu- paraître, sur la crête des montagnes sacrées, l'une et la plus ignoble des tètes de la bète de sang qui va parcourir la terre?

Je n'ai fait que traverser la basilique. Sur les marches j'avais vu l'ennemi. A l'intérieur, rien qui sente la ville conquise. S'il se trouve ici un Piémontais, il a déposé ses panaches, il est à genoux, il demande pardon de ses armes sacrilèges, il prie Dieu de n'en point imputer le crime à son aine, mais à ceux qui l'ont contraint, et il accepte d'avance le châtiment qui atteindra leur drapeau. Sous ce drapeau levé contre son Dieu et contre son père, il n'est plus soldat, il est esclave.

Les patrons du Latran sont saint Jean le précurseur et saint Jean l'évangéliste. « 11 y eut un homme envoyé de Dieu, qui s'appelait Jean, » et cet homme, montrant Jésus, a dit : Voici T Agneau de Dieu. 11 y eut un homme choisi de Dieu, qui s'appelait Jean, et cet homme a écrit : « Au commencement était le « Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était « Dieu... 11 était la vraie lumière qui éclaire tout

«homme venant en ce monde... Il a donné à iou> « ceux qui l'ont reçu le pouvoir d'être faits enfant* « de Dieu... Et le Verbe s'est fait chair ; et il a habité « parmi nous. » C'est l'évangile dn jour. Tout à l'heure on va le chanter dans, cette église des deoi Jean, à cet autel que couronnent les chefs des apAtres Pierre et Paul, en présence de la table oi l'Agneau de Dieu, Verbe fait chair, distribua sa chair et donna aux hommes de pouvoir être faits enfant* de Dieu.

La race de l'Iscariote, qui ne veut dvautre foi rt d'autre Dieu que César, travaille h nous voler cv> témoignages, à nous arracher ces vérités, à nou> déshériter de ect empire. Elle croit qu'elle réussir.* parce que. Dieu a permis (pie le genre humain devint assez misérable pour voir dominer les Cavoiir, le* R. nan, les llismark, les Napoléon, les Mottu! <> qui étonne dans l'étude de l'humanité, ce n'est pas If crime, c'est l'ineptie. Ou'il y ait des Pères de PEffli** et descac.ngraphes, et que les uns rt les autres soient des hommes ; qu'après dix-huit siècles de lutte le* Pères de l'Eglise semblent vaincus par les rnrocraphes, et, chose imn moins extraordinaire, qu'ils ne le soient pas, voilà un ciiehaiuemeut de prodiges et un réseau de eontradirtioiis qui iléroutent la pauvre raison humaine. Il tant que 1«* mirai-!e vienne à son serour> et lempèrlie de se dis<nudre totalement. De* liilèles de Ct'^ar et de-* lidèle* « I ii Christ, — et le*im* et les autres <niit îles homme> !

Pour ile-eeiulre {ni Colysée, j'ai pris par les hau-

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tours désertes du Celius, dont jo voulais au moins en passant saluer les églises. Dans cette voie de campagne, on a mieux la saveur des jours renaissants, on aperçoit mieux que l'hiver va reculer. Prudenee nous a laissé un hymne de Noël où il a bien décrit cette première annonce du renouveau : « Déjà au « tronc aride de l'yeuse commencent à suer les laf- « mes odorantes de l'amôme ; déjà des bruyères s'ex- « liaient les premiers parfums. C est toi, Enfant dia vin, que saluent les éléments arides et aveugles ; « pour toi le roc fléchit, et l'herbe tendro a dompté « l'Apre flanc de la pierre. »

Je suis entré à Saint-Etienne-le-Rond, dédié au premier martyr. J'ai jeté un coup d'oeil sur ses effrayantes peintures. Dans l'immense variété de ses tableaux, le peintre n'a pu épuiser ce .que l'art des bourreaux, prêtres de César, a inventé contre les fidèles du Christ. L'Eglise ne craint pas de montrer ce que César peut faire ; tout ce que César peut faire montre comment César est vaincu. Aujourd'hui le martyrologe romain fait mémoire des martyrs de Nicomédie. Ils étaient au nombre de plusieurs milliers dans leur église, au mépris d'un édit impérial, afin de célébrer une dernière fois la fête de Noël. Dioclétieivdonuu l'ordre de fermer l'église et de la hrùler avec ceux qui s'y trouvaient, n'exceptant que ceux qui vomiraient oITrir l'encens sur l'autel de Jupiter, dressé à la porte. L'un d'eux répondit : a Nous honorons le Christ comme le seul Dieu et le seul roi. » Aucun ne sortit, tous moururent; mais le Christ était

fi8 PAH1S PENDANT LE SIÈGE.

avec eux, aucun ne périt, et Dioctétien ne vit poiat mourir le Christ.

A Saint-.Ican-ct-Paul , autre église de martyrs, bâtie sur le Vivarium où Ton nourrissait les bêtes du cirque, j'ai vénéré le corps <le saint Paul de la Croix, qui vécut tout le temps de Voltaire, faisant des miracles comme aux premiers siècles de l'Église. 11 multipliait les pains, guérissait les malades, ressuscitait les morts, et ses messagers franchissaient les torrents débordés. Il se mettait à genoux devant le» pauvres à qui il faisait l'aumône et leur demandait <)e le bénir. La corruption n'a point atteint soir corp* embaumé par la pénitence. 11 est là, Ton voit à découvert son visage rayonnant de sérénité. Il a fondé Tordre florissant des Passionnistes, qui continue sa vie apostolique. Ils lui bâtissent dans leur église une chapelle, ou plutôt une autre église où sont prodigués l'or et les marbres précieux. Ainsi sa gloirr marche du même pas que celle de son contemporain Voltaire. Seulement ses disciples sont autres. II eni pris beaucoup à Voltaire, et ils deviennent antre». Us portent les insignes de Ja Passion sur leur robe de bure, ils marchent pieds nus et ils sont éloquents. Le monument qu'ils lui élèvent coûtera plusieurs millions, quoique non préconisé par les journaax. On y travaille comme si Tordre le plus parfait régnait dans le monde.

Sans m'arréter ni au Colysée, ni aux églises da l'orum, ni au palais des Césars, propriété de Napoléon III, ni au Capitole, près duquel demeure 1*

bassade do Prusse, sur la roche Tarpéienne , ui au bas où l'ambassade d'Autriche est située et reçoit la direction de M. de Beust, j'ai traversé le pont Saint- Auge, gardé par les subalpins. Je vois cela, et je prie Dieu de regarder. Regardez, Seigneur, regarde! bien ! Et entendez la prière de David qui retentissait hier aux matines de Noël : « Souvenez-vous de l'op- « probre de vos serviteurs, de cet opprobre dont je « porte l'amertume en mon sein ; voyez les insultes « de la gentilité. Oui, Seigneur, vos propres enne- * mis vous reprochent vos retards ! »

Je ne me suis pas arrêté à la rédaction de la Civiltà cattolica, place Scossa Cavalli. La Civiltà cattolica est-elle encore là, parait-elle encore, ses rédacteurs ne sont-ils pas dispersés? A Paris, nous n'en savonsrien; la capitale de la civilisation a dit tant de choses à la civilisation, que la civilisation l'a mise au secret. A Rome, je n'ose le demander, de peur d'apprendre ce que je redoute. Probablement l'Italie n'a plus de place pour cette feuille, où quelques hommes savants et bons disaient doucement, mais inébranlablement, toute vérité. 11 serait contre l'ordre actuel que les subalpins les eussent laissés libres. Un peuple qui dresse des statues à Galilée, doit nécessairement proscrire les mathématiciens et les astronomes qui décrivent le mouvement, la route et le but de l'erreur.

J'entre à Saint-Pierre. Tout disparait. Qu'importe ce qu'il y a dehors et ce qui se passe dehors? Ce qui se passe dehors aura tout à l'heure passé; ce qu'il y a dehors n'est pas.

70 l'AHIS PENDANT LE SIÈGE.

Je me prosterne sur la dalle de porphyre roua* apportée du Latran, où Charlemagne se mit à genoux. Quand nous verrons un empereur à genoux sur cette dalle, il y aura un empereur. Jusque-là il y aura des accidents voulus et mérités par la folie humaine, la plupart durs, mais néanmoins qui rentreront dans les desseins de Dieu et qui profiteront aux hommes de bonne volonté.

J'ai retrouvé la température de Saint-Pierre, les autels allumés, la messe aux autels. J'ai vu au Un la Confession : pas une lampe n'est éteinte. Le rayon de soleil touche le point qu'il touchait Tan passé à la même heure. 11 sera à ce même point, à la même heure, l'an qui vient ; et dans cent ans le prêtre qui traverse ce rayon, se rendant à l'autel , traversera le rayon et >e rendra au même autel, où le même sacrifice sera ollcrt.

Dans Saint- Pierre on rencontre toujours quelqu'un. J'ai rencontré quelqu'un, quelqu'un de la maison, (l'était un prêtre. 11 achevait sou action de grâces à l'autel de Saint-Léon le Grand, où il avait célébré la nit'SM.\ Je lui ai demandé ce qu'il y avait de nouveau. 11 ma répondu : Il u'y a rien de nouveau, sinon que les rois de la terre se sont levés et se sont ligués contre le Seigneur et contre sou Christ. C'est pourquoi les nations ont frémi et les peuplai ont médité des choses vaines. Mais : Puer nains est nobis ! Et cet enfant est le seul Dieu et le soûl Roi.

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