‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 71 sur 150 · SUR LES PROPHÉTIES · texte numérisé non relu

SUR LES PROPHÉTIES

Les souffles mystérieux qui parcourent les peuples et qui les avertissent à l'approche des grands événements n'ont point manqué parmi les chrétiens. Dès longtemps, ces.sortes de prophéties qu'on ne peut ni accepter, ni rejeter en entier , nous annonçaient de terribles catastrophes, et nous consolaient parla promesse d'un grand renouvellement.

Soit révélation véritable , soit par un effet naturel de cette espérance que la foi et la longue histoire de la miséricorde divine entretiennent inébranlablement dans Tàme chrétienne, le trait général de ces pressentiments est celui-ci : Quand tout semblera perdu, alors tout sera sauvé.

Les catastrophes sont venues, elles s'accroissent, et le moment où tout semblera perdu peut n'être pas éloigné. Il n'y a que le renouvellement t c'est-à-dire l'amélioration des aines par le retour à la foi, qui n'apparaît guère. Encore qu'un regard attentif puisse le voir poindre au fond de plus d'une àme, il faut bien avouer qu'aucun signe public n'en est donné. Tout au contraire, rarement on vit l'impiété plus insolente , et la puissance publique ou plus effronté *

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ment ou plus lâchement complice de ses exer>. L faut remonter assez haut dans notre histoire pour \ trouver des Simon, des Mottu, des Arago, des Bonvalet et le reste.

Malgré ces excès et plus encore ces lâcheté» ,»|ui font honte et qui font peur, nous gardons néannu»io* notre espérance. Nous croyons que tout sera sauve. bientôt peut-être, certainement plus tard. Nous \t croyons entre le hurlement du canon prussien qui bombarde nos murailles et le barbouillage stapidr de rhistrionnerie révolutionnaire qui les salit. Entre cette figure de l'Antéchrist qui cherche i briser la porte avec* son canon, et cette valetaille de l'Antéchrist qui est ce qu'il faut pour nous pourrir par ses blasphèmes et nous dissoudre par ses lâchetés. Nou> croyons à la miséricorde.

Quand tout paraîtra perdu tout sera sauvé, parte que la foi se réveillera, et la foi réveillera rhonneor et la raison. La foi, l'honneur et la raison, c'est la France du Christ, la France immortelle.

Tenons. Tenons dans le combat, tenons dans la défaite, dans la ruine, dans la mort. Tenons en confessant la justice qui châtie et la miséricorde qui relève. Léguons à notre postérité cette miséricorde de Dieu, qui le force d'obéir au pécheur pénitent : nous ne tomberons pas à la fosse comme une poussière impure et stérile, mais comme un germe àt résurrection.

La confession du pécheur vaut la prière du juste; elle anéantit le blasphème. Si nous confessons la justice, nous pouvons mourir, la France vivra.

2 janvier 1871.

Paris célébrera demain la fête de sainte Geneviève, et ce ne sera, hélas ! qu'une fête privée , une fête intime a laquelle le peuple de Paris n'assistera pas. Ce n'est point que Geneviève soit inconnue de -ce peuple ni qu'il Tait oubliée , ni qu'il honore peu sa mémoire. Il ne viendra pas au seuil de la Sainte parce qu'il ignore comment et pourquoi elle est sa patronue, parce qu'il n'en est plus instruit, parce qu'il est devenu un peuple sans ancêtres, enfin parce qu'il n'a pas été appelé.

Ainsi depuis plus de trois mois ont passé toutes nos fêtes, dans un morne et stupide éloignement des sources de la consolation, de l'espérance et du secours.

Ce triste peuple, pressé d'ennemis, accablé d'angoisses, a espéré en toutes les choses de la terre, a vu en tout son espérance trompée , et il ne lui a pas été dit une fois de lever la tête vers le ciel ! Que voilà bien le peuple moderne, que le voilà bien dans le dénuement et dans l'abrutissement de sa sagesse ! Tu n'as plus tes histrions, tu n'as plus tes comptoirs, tu n'as plus ton abondance, tu n'as plus ta liberté : tu n'avais plus Dieu. Quelques jours ont passé, l'ennemi est venu comme la foudre et t'a enveloppé d'un seul

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coup Je tilet. A présent il te reste l'orgueil de tes pierres, que tu ne peux manger, et l'orgueil Je ton fer, qui s'use et qui ploie. Fais ce que tu pourras Je tes pierres et de ton fer, et si tu n'en fais rien, •'"est iini. Rabats sur tes yeux la dernière guenille qui te sert Je manteau, désespère et meurs!

Le Journal des Débats, qui est un sage, nous disait fièrement l'autre jour, avec un accent de triomphe « Ce n est plus la théologie qui gouverne le monde. 11 y a vraiment Je quoi se vanter!

Si la miséricorde Je Dieu ne l'emporte pas sur l'insolence Je la sottise humaine, Paris finira donc comme dans une ambulance Mottu gouvernée par Cadet : cruellement et abjectemeut.

O peuple des âges catholiques, quand une ville menacée déployait ses bannières, et, suivant pieusement la croix portée par ses prêtres et par ses princes, taisait en procession le tour de ses remparts, alors chacun savait qu'après tout la mort est aussi la délivrance et la vie.

Attila entourait les murs; une femme craignant Dieu, une humble tille des champs, par sa prière, protégeait la cité, et tandis que la vierge combattait seule, les étoiles combattirent contre Attila. Dwmque una viruo ura*liabatiu\ stel/œ advenus Aitilam îmgnêr vvrwtt.

Poésie évanouit1, espérances éteintes, peuple mort» s'il n'v restait une étincelle et un souffle de Dieu.

Samedi dernier, le peuple chrétien rassemblé dans ses églises, à la lin de cette année de ruines, a chanté le Te Deumy grave comme Job , et disant comme lui

en son e«ur : « De la main de Dieu je. recevrai les biens, de sa main aussi j'ai reçu les maux. Que le saint nom de Dieu soit béni ! »

11 nous reste cela, Sit nomin Domm ikaewctcm.

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