‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 73 sur 150 · MÊME SUJET · texte numérisé non relu

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M. le pasteur Pressensé est entré dans une dissertation en trois chapitres sur les besoins constituants de la France. Le premier chapitre traite de la nécessité du « relèvement moral, » en d'autres termes, du réveil de la conscience individuelle favorisé par les

institutions politiques, ou plutôt leur communiquant une vie véritable. » Je n'ai point lu ce morceau ; le résumé qu'en donne l'auteur sonne creux. Le second chapitre, consacré à la recherche des institutions qui doivent « favoriser le réveil, etc., » affiche l'amour de la république et dénote le goût de la monarchie. L'auteur penche manifestement' pour la variété bourgeoise du régime révolutionnaire qui a prévalu cahin-caha de 1830 à 1848. Au fond, c'est la monarchie parlementaire, système orléanien. Ce système ne manque pas de partisans. Néanmoins il a éclaté dans les mains de son inventeur Louis-Philippe, et dans celles de son restaurateur Louis-Napoléon. Le reconstruire en l'absence de La Fayette, le manier quand Louis-Philippe et Louis-Napolépn n'y sont plus, c'est une difficile entreprise.

M. de Pressensé n'aborde point la difficulté. U n'avance que des maximes généralement honnêtes, mais défraîchies, trouvailles sans rare té. aucune d'un conservateur républicain et d'un déiste modéré. Rapproché do l'article où M. David célèbre naïvement la déchéance de la théologie, c'est-à-dire des vrais principes sociaux, le travail de M. de Pressensé ne laisse rien entrevoir qui puisse aider au « relèvement » en question, ni mettre le monde à couvert de la main de César.

César s'annonce volontiers républicain conservateur et déiste modéré. Son rôle est d'apporter la m** dération et de garantir la conservation. Octave et Napoléon étaient conservateurs de la république; sans afficher l'impiété, ils se montraient discrets sur

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le service divin . Seulement il ne fallait pas les gêner en politique ni en religion, deux choses, quoi que Ton fusse, toujours liées étroitement. Or, nous cherchons à trouver ce qui peut empêcher César de supprimer la république lorsqu'il vient ù penser qu'eUr le gène, et ce qui peut empêcher le monde de st: mettre ù genoux devant César, lorsque César vient à croire les drôles qui lui parlent de sa divinité. Auguste et Tibère se faisaient prier pour accepter des temples, Néron et Donatien s'en faisaient bâtir.

Contre ces éventualités imminentes qui se formaient hier aux Tuileries, qui se forment aujourd'hui dans les clubs et qui naissent et renaissent de la température politique du monde comme la glace et la neige de l'air du temps, M. de Pressens*? ne propose rien de topique. 11 se tic à la valeur des institution* politiques futures, à la tribune, à la presse, à la bonne et intelligente nature humaine restaurée parla dure leçon «les événements. Je fais cas de ces rhoso précieuses, mais il faut tenir compte aussi du péché. Ton pourrait dire des jwvhês oritjinek. Les littérateurs du vieux fonds des Défaits, un pou léger*, estiment que les hommes, débarrassés de la théologie, sont en général parfaits. M. de Press«»nsé ne saurait partagi-r cette illiiMoii. II n'ignore pas que riiitlut'iitv persistante des péchés originels exige un remède à part , en religion tout à fait surnaturel, en simple ni traie souvent héroïque, eu politique un peu surhumain, faute de quoi les constitutions , les institutions, lus lois, les mœurs, la raison, l'intérêt mène,

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tout peut terriblement faillir. Les preuves abondent, anciennes, récentes, actuelles.

Nous possédions à plein tout ce qui affermit l'espérance de M. de Pressensé : élections, tribunes, chaires, livres, journaux et le reste, et la longue expérience, et l'intelligence humaine au complet, réparée par tous les outils lumineux ou sanglants de la science et de la politique. En dépit de tout cela, ou plutôt par le concours.de lotit cela, l'empire a surgi de tous nos essais. 11 a surgi sous toutes les formes, les plus hautes , les plus basses, les plus brillantes , les plus elïroutées. Nous l'avons eu prince , peuple, populace, bourgeois, et grand homme, et aventurier, et au-dessous. Nous l'avons eu par la force, par la légalité, par le sophisme , par le tour de main. Les uns ont pris la puissanoe comme dans un bois, les autres comme dans une poche, et l'empire s'est fait île la même façon que l'on fait le mouchoir. Il existe en Europe une bande qui fait l'empire. Les procédés sont divers, le résultat est le même, c'est-à-dire que les peuples sont dépouillés de la patrie, les individus de la propriété, les consciences de Dieu et de la liberté.

Or, il e>t à remarquer que toutes ces entreprises, une fuis couronnées de succès, ont reçu le sacre moderne du eonsenteuieut populaire et du fait accompli. Le peuple dépouillé accepte sa spoliatiou, le droit européen accepte le brigandage. Chacun chez soi, chacun pour soi, «lisait le césarieu Dupin. C'est le cri du monde. Il écrase la plainte de quiconque a perdu quelque «Iiose, souvent après avoir gagné. 11

tout peut terriblement faillir. Les preuves abondent, anciennes, récentes, actuelles.

Nous possédions à plein tout ce qui affermit l'espérance de M. de Pressensé : élections, tribunes, chaires, livres, journaux et le reste, et la longue expérience, et l'intelligence humaine au complet, réparée par tous les outils lumineux ou sanglants de la science et de la politique. En cbépit de tout cela, ou plutôt par le concours.de tout cela, l'empire a surgi de tous nos essais. 11 a surgi sous toutes les formes, les plus hautes , les plus basses, les plus brillantes , les plus effrontées. Nous lavons eu prince , peuple, populace, bourgeois, et grand homme, et aventurier, et au-dessous. Nous Pavons eu par la force, par la légalité, par le sophisme , par le tour de main. Les uns ont pris la puissance comme dans un bois, les autres comme dans une poche, et l'empire s'est fait de la même façon que Ton fait le mouchoir. Il existe en Europe une bande qui fait l'empire. Les procédés sont divers, le résultat est le même, c'est-à-dire que les peuples sont dépouillés de la patrie, les individus de la propriété, les consciences de Dieu et de la liberté.

Or, il e>t à remarquer que toutes ces enl reprises, une fuis couronnées de succès, ont reçu le sacre moderne tin consentement populaire et du fait accompli. Le peuple dépouillé accepte sa spoliation, le droit européen accepte le brigandage. Chacun cfez soi, chacun pour soi, «lisait le césar ien Dupin. C'est le cri du monde. Il écrase la plainte de quiconque a perdu quelque chose, souvent après avoir g«»gné. 11

venge la justice contre l'égoïsme qui Ta méprisse, -t néanmoins il continue de livrer le droit aux brigands. Mauvaise condition pour le relèvement moral !

Je voudrais savoir quelles institutions futures, quel relèvement moral actuel, quel accord des esprits, des consciences et des cœurs, soit chez nous, soit en Europe, nous peuvent mettre à l'abri ou d'un conquérant heureux, ou d'un soldat heureux, ou d'nn émeutier heureux?

Pour moi , la vigoureuse prolongation du combat matériel m'inspire sans doute des espérances que je n'avais pas il y a quelques mois. Néanmoins, dins la condition présente des Ames, j'ai encore la cruelle conviction que le inonde appartient au fait brutal, et que le victorieux, quel qu'il soit, dans le monde frra ce qu'il voudra. Sa fortune lui livrera des multitudes tellement avilies par la libre-pensée, qu'il pourra leur imposer même la pratique des vertus. On ne peut , je pense , donner une plus large idée de la dépravation universelle. Je vais jusque-là.

Je ne craindrais même pas de dire que l'on verra ce prodige. Le victorieux , quel qu'il soit, imposera le respect, l'obéissance, la décence s'il en a le goût, la prudence, la modestie des opinions, la sobriété, le sacrifice des biens et de la vie. Que tout cela soit le « relèvement moral, » je n'en réponds pas, je ne le crois pas. Ce sera la vile crainte, avant-coureur d'un plus profond abaissement. A la place du trdne arraché, dit :■ hakespeare, se forme un aldtne, et tout ce qui existait alentour s'y précipite et le remplit dt

sang, Ce phénomène ne se reproduit pas à l'égard des trônes que Ton balaie. Mais lorsque c'est l'autel qu'on arrache, l'abîme est de honte et plus vaste, la conscience humaine s'y engloutit , l'intelligence humaine s'y souille, le sang vient se mêler à la honte. Il y a toujours plus de honte et toujours plus de san#, et l'abîme n'est jamais plein. Pour le combler, il faut que la clémence de Dieu permette d'y rebâtir l'autel.

C'est précisément l'opération politique que M. le pasteur Pressensé ne propose pas. Il est vrai qu'elle serait en même temps théologique, et le Journal des Débuts ne peut admettre que la théologie gouverne le monde. Le Journal des Débats est un homme fier. Il n'entend point que la théologie le mène à la suite de l'Eglise* lui faisant faire la figure d'un enfant qui tient la robe de sa mère. Il préfère marcher les mains et les yeux libres sur son chemin aventureux, rectifié seulement par le bâton de César. Quand le bâton lui semble un peu vif, et quand César se fait payer un peu cher, il dit pour se consoler qu'au inoins il marche en avant , qu'il n'emboîte point le pas de l'Église et qu'il a choisi César. Si d'ailleurs le besoin d'un relèvement moral se fait sentir, maints évangéliques de sa connaissance ont des réserves de cette denrée et lui en céderont à juste prix ce qu'il faut pour la durée du siège.

Je veux bien honorer cette fierté, mais je crois plus que jamais qu'elle n'a rien d'inquiétant pour aucune tyrannie, rien de rassurant pour l'avenir de la liberté dans le monde. Elle n'embarrassera nulle-

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meut le soldat heureux, prussien ou françai», n: même l'cmeutier heureux, s'il parvient à durer pli* d'un jour.

Ce qui embarrasse la puissance de l'homme, ce <pt le contraint à garder les limites de la justice et a De point dépasser son but légitime et nécessaire, q* est la défense du droit, c'est la puissance de Diec communiquée à l'homme de foi. Il faut donc revemr à la théologie et lui rendre, en dépit de M. Uartd, les runes du monde. Or la théologie est tout eutirrr renfermée dans le mot des apôtres : Mieux t'iutoUtr // Dieu qu'aux hommes. Mais pourquoi il vaut iiâieui obéir à Dieu qu'aux hommes, et comment ou parvient à remplir ce court programme, aussi politique et social que religieux, c'est ce que la théologie de M. de Pressensé ne peut enseigner, par la raison qu'elle l'ignore, et, par conséquent, ce que sa politique ne peut pratiquer. Point de relèvement mural à espérer de ce côté-la.

Affirmer et nier ne sont nullement identique* , eu dépit de toute 1 habileté de la négation k simuler l'affirmation. Affirmer, <Y»st faire; nier, n'est jatnai* que défaire. La révolution est la tille du protestantisme et la mère du eésarisme. Aucun protestant, quelle que soit sa couleur, ne fera rien qui vaille «•outre ce domine «le la séparation et de la servitude. 1 /homme ne se sépare «le Dieu que pour s'emparer «le l'homme,. t»t llunum»1 ne s'empare de l'homo* que pour étiv I lit-ii. C'est le principe et le nweanisme générateur de César, et la théologie à rebours qui gouverue aujourd'hui le monde, quui

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que dise M. David et quoi que fasse M. de Pressensé.

J ai une querelle personnelle à vider avec M. de Pressensé ; mais elle est en «dehors du sujet de cet article. Ce sera l'objet d'un petit discours que je lui adresserai demain.

S janvii't ,

FLEL'KS PASIOHALES.

Eu m'occupant hier des vues de M. de Pressensé , j'ai négligé une partie du morceau, peut-être à son gré la plus brillante, et celle-là même qui d'abord m'avait excité à répondre. L'auteur traite de mes torts particuliers envers la religion, envers la philosophie et envers mes adversaires, généralement si bénins. Cette jnaticro est connue. Il y a peu de choses dont il ait été plus souvent question que de ma politique violente, dont la grossièreté \ dont le cynisne, etc., font le plus grand tort à l'Évangile. On en a composé des livres. M. de Pressensé reprend cela, et ne déguise pas que je suis un terrible obstacle à son fameux « relèvement moral. » S'il veut con-

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la justice et de la liberté. Le rôle actuel de M. Veuillot mérite surtout d'être signalé. Depuis la chute de l'Empire, il tranche du prophète et nous prêche le repentir de notre patience à supporter le régime déchu. Il faut toute son audace pour oser tenir ce langage, lui qui s'était fait l'apologiste cynique du coup d'Etat, et qui a rompu avec ses plus illustres amis pour avoir salué de son enthousiasme la force triomphante. Je comprends Jeau-flaptiste prêchant la pénitence à ses contemporains; mais il n'avait pas crié : Vite Hérodel 11 élevait sa grande voix pour dire au despote : « 11 ne t'est pas permis de violer la justice. » M. Veuillot ne saurait nier qu'il n'ait dit le contraire au lendemain du 2 décembre. Qu'il se taise donc par pudeur ; les anciens journaux bonapartistes ont beau lui faire écho, ses semonces actuelles sont une palinodie effrontée.

Si nous laissons de coté son triste rôle politique, nous avons en lui le chef avoué de l'ultra mon tanisme, si puissant aujourd'hui au sein de l'Église de France et qui a triomphé avec éclat au concile du Vatican* Nulle école ne nous a fait plus de mal, car i o ir triompher il lui faut marcher sur la conscience et la raison, L'ultra moutaiiisinc, c'est la centralisation religieuse poussée à l'extrême, c'est le césarisme papal transformant les évêques en préfets, c'est cette honteuse idolâtrie que flétrissait Monta lemliert mourant. L'illustre chef du catholicisme libéral savait hieu ce qu'une pareille tendance fait d'un peuple. Il a écrit des pages brûlantes, encore inédites, mais que la France lira un jour, sur l'abaissement de l'Espagne ultra monta ihe. Il montre, par une accablante démonstration historique, qu'à une telhî école la conscience d'un peuple se corrompt à tel point que ses grandeurs comme ses libertés ne reposent plus que sur une base vermoulue.

Voilà les leçons que le catholicisme français doit méditer s'il veut concourir au relèvement moral du pays. Qu'il revienne à ses grandes traditions, épurées et élargies; qu'il opère ta propre réforme en résistant courageusement aux funestes novateurs qui le perdent; qu'il n'arrête pas court le mouvement d'opposition qui l'avait honoré à Rome. Il semble qu'il soit facile de choisir entre M. Veuillot et Pascal. Qu'il n'oublie pas

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que l'ultramontanisme est l'Ame niAme de la servitude, et qur répondrait devant Dieu de l'irrémédiable dirorre qu'il rait en France entre la religion et la liberté s'il donnait par son silence aux frénétiques ajxjtres du Syttalmt. Je Ira» ces réflexions, suffisamment claires dans leur brièveté, m homme* éminents et libéraux, que compte le cathobn*» français. Qu'ils se soucient moins de scandaliser la han^ fc» vntion du faubourg Saint-Germain que de favoriser par !*w sileine l»»s ptvjuirés do notre peuple contre l'Evangile. PVr Dieu, qu'ils ne lui laissent plus lire dans l'odieuse tndirtKC Yeuillot. 11 n'écoute que ceux qui lui parlent haut; les pr tff tatious timorées ne lnuVignent pas, il faut lui Caire ouNwr V canon de Mentuna »*t les projectiles de YVnlfcen.

Je ne sais si M. le libre-pasteur est dévot; mai» il s'emporte, et en s'euiportant, il se fourvoie loin, trèsloin «le ses principes ou du moins de ses axiome*. Saurait-il me dire où il prend qualité soit pour Dr blâmer d'être orthodoxe, soit pour me requérir Je t* l'être pas, soit pour me jeter tant d'anathèues, dont les moindres sont un peu forcenés? S'il daijrn** y prendre iranle, il verra qu'il m'excommunie du christianisme. A q".el titre et dans quel but tout cela? Wul-il que je me fasse protestant? Il devrait an moins d'abord se met tre en état de me dire ce que «'est, sur qimi mi le soupçonne de n'être nullement lixé. Il devrait ensuite tacher de me prendre parli douceur, lui qui m'accuse- m haut de n'être pas Joui. Il devrait ciitin et sui'lmit omsener la rèj;le générale du |.r«>leslantiMiic, ivtde aussi de son prutestaatisine particulier, laquelle consiste à me laisser Kfci» d'être ee que je veux, par conséquent catholique orthodoxe si je veux. Et alors, je lui demande bien

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pardon de l'expression, que vient -il me chanter?

Comme catholique, j'ai des supérieurs qui peuvent et qui doivent m'avertir, me frapper, me jeter hors de l'Église dans le cas où je m'obstinerais contre l'orthodoxie. Lui alors, s'il voulait prendre souci de ma querelle, n'aurait qu'une chose régulière à dire en sa qualité de bon pasteur (protestant) : c'est que j'ai, en ces matières, le droit commun de penser et de parler à ma guise, et de ne suivre que ma conscience et même que ma fantaisie.

Je le prie de remarquer que c'est son propre cas. 11 agit de la sorte, pour ce qui regarde la religion, envers les orthodoxies protestantes ; pour ce qui regarde le prochain, envers moi. Libre-pastcur, il se vante de n'être pas orthodoxe ; libre polémiste, il ne peut se défendre de n'être pas courtois. Je descends, selon lui, à une « grossièreté sans nom. * Je sais, moi, très-bien le nom de la forme qu'il se permet ici : c'est simplement la brutalité.

Je ne lui refuserai pas son excuse. La brutalité, c'est-à-dire l'invective sans pointe et sans éloquence, provient d'un malheur de nature ou très-petit ou très- grand, le manque d'esprit. Ce serait un trèspetit malheur pour le pasteur, qui peut rester un excellent homme ; c'est un malheur encore léger pour l'écrivain, qui n'est pas empêché pour cela, bien au contraire, de faire de gros livres et de gros articles; mais c'est un très-grand malheur pour le polémiste. Senice pour service. M. de Pressensé me signale l'étendue de mes crimes; je l'avertis des bornes de son esprit.

au P. Gratry, ou à M. Loyson, professeur en Sor bonne?

Dans sa simplicité, M. de Pressensé peut néanmoins se persuader que je fais le plus grand tort à la religion catholique; mais comme il croit aussi, avec plus de fondement, que la religion catholique fait le plus grand tort au je ne sais quoi qu'il appelle en général la « religion » et qui est sa religion, j'admire son désintéressement, et j'essaie en vain de deviner quel intérêt ranime au dur travail de limer des phrases. Je prie M. le pasteur de raisonner :

Si la religion catholique est fausse, nuisible à l'esprit humain, nuisible à l'àme humaine, nuisible à là <c religion, » qu'importe à M. le pasteur le dommage où j'expose cette erreur? Tout le tort que je lui peux faire est autant de gagné. J'éloigne des sacrements, je décourage le fidèle, je dégoûte l'incrédule, je disperse le troupeau dans les rangs des protestants, des socinicns, des déistes : tant mieux, et c'est pain bénit! Tout cela sera ramassé parles pasteurs errants ; H. de Pressensé remplira son bercail. Mais si cependant la religion catholique, loin d'être une erreur, est la vérité et mérite comme telle d'être défendue, alors pourquoi M. le pasteur ne l'embrasse-t-il pas, et eniploie-t-il au contraire son génie à la combattre?

Je l'engage à voir s'il peut se tirer de là correctement et d'une façon qui le contente lui-même.

Et attendant ses essais, je conclus que, ne tenant nullement à me convertir, il a voulu seulement prendre le plaisir de m 'injurier. Ce n'est pas un plaisir de pasteur, c'est un plaisir de. polémiste, et il aurait fallu de l'esprit.

M. le pasteur Pressensé manque d'esprit lorsqu'il me reproche mon orthodoxie. Premièrement, il en est mauvais juge, vu le pitoyable état de la sienoe: secondement, elle fait ma gloire, et tout ee qu'il peut imaginer à ce sujet rate misérablement. Ce n'est pas à moi que viennent ses reproches, ils vont à l'Église. Or, cette entreprise de bombarder l'Église est le fait d'un petit garçon. Hélas! quels abrégés de rien que tous ces obus de libre-pasteur, et comme ils vont mourir loin du fort, sans même jeter leur mince mitraille !

M. le pasteur Pressensé manque encore d'esprit lorsqu'il m'oppose la sagesse et les autres mérites de ceux qu'il appelle catholiques libéraux. En bonne foi, quel effet prétend-il que fassent sur moi les doctrines qu'il leur suppose et qui seraient, à l'en croire, si voisines des siennes et si acceptables de sa part, quoique pourtant il ne les accepte pas?

Et il manque toujours d'esprit lorsqu'il m'accuse de perdre la religion, car d'abord c'est vieux, et la religion n'a point péri; et ensuite, qu'il me dise pourquoi ses chers catholiques libéraux ne font pas d'autre bien à la religion que de le charmer lui, libre-pasteur, et certains libres-penseurs de sa corn* pagnie, lesquels n'ont souci d'aucune religion? Si les esprits délicats qui s'irritent de mon langage ont tant de zèle pour le bien de la religion, je ne parle pas seul : que ne vont-ils se convertir à ceux qui leur plaisent? Sont-ils à ce point dénués de sens que « la grossièreté sans nom » du rédacteur de VCniven les puisse empêcher de se confesser, par exemple,

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au P. Gratry, ou à M . Loyson, professeur en Sorbonne?

Dans sa simplicité, M. de Pressensé peut néanmoins se persuader que je fais le plus grand tort à la religion catholique; mais comme il croit aussi, avec plus de fondement, que la religion catholique fait le plus grand tort au je ne sais quoi qu'il appelle en général la « religion » et qui est sa religion, j'admire son désintéressement, et j'essaie en vain de deviner quel intérêt l'anime au dur travail de limer des phrases. Je prie M. le pasteur de raisonner :

Si la religion catholique est fausse, nuisible à l'esprit humain, nuisible à l'âme humaine, nuisible à là a religion, » qu'importe à M. le pasteur le dommage où j'expose cette erreur? Tout le tort que je lui peux faire est autant de gagné. J'éloigne des sacrements, je décourage le fidèle, je dégoûte l'incrédule, je disperse le troupeau dans les rangs des protestants, des sociniens, des déistes : tant mieux, et c'est pain bénit ! Tout cela sera ramassé parles pasteurs errants ; U. de Pressensé remplira son bercail. Mais si cependant la religion catholique, loin d'être une erreur, est la vérité et mérite comme telle d'être défendue, alors pourquoi M. le pasteur ne l'embrasse-t-il pas, et emploie-t-il au contraire son génie à la combattre?

Je l'engage à voir s'il peut se tirer de là correctement et d'une façon qui le contente lui-même.

Et attendant ses essais, je conclus que, ne tenant nullement à me convertir, il a voulu seulement prendre le plaisir de ni 'injurier. Ce n'est pas un plaisir de pasteur, c'est un plaisir de. polémiste, et il aurait fallu de l'esprit.

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Pour ce qui regarde ma politique, mou cynisme, mes palinodies effrontées, etc., je serai court. Jy prends moins d'intérêt; je sais où le libre-pasteur a cueilli les fleurs de ce bouquet souvent offert à mes regards, par les mains délicates qui s'emploient à toutes les espèces de journaux. Il n'est guère d'académicien sur les hauteurs ni de truand dans les lus* fonds qui ne m'en ait dit tout autant, et par suite ne m'ait accoutumé à une égale indifférence. Ce qui a paru de plus considérable en ce genre a été ourdi par ces catholiques libéraux qui n'ont point converti RI. de Pressensé, et par des ecclésiastiques de la même opinion, auxquels il ne se confessera jamais.

Leurs recueils n'ont obtenu aucun succès littéraire, ni aucun succès d'estime. Le mieux fait et le plus ample n'a point réussi devant la justice. C'est dans ces étoffes que notre libre-pasteur a taillé, ou* blinnt que des coups de soleil y sont tombés et en ont mangé les fausses couleurs.

Avec plus de flair, M. de Pressensé eût senti la nécessité de vérifier les textes; avec plus d'etprit, il se fût éloigné de ces iniquités et de ces platitudes.

J'ai recueilli tout ce que j'ai écrit dans VL'nivfrt durant l'espace de vingt ans. Je n'ai trouvé rien à supprimer, ni qui dût me faire rougir devant mes adversaires. La vérité est que j'ai mieux aimé les manquer «pie leur manquer. Je crois les avoir traités selon leur mérite et leur condition morale ou littéraire, ne touchant aux uns qu'avec des gants, aux aotrts qu'avec des pincettes. Ceux que j'ai touchés avec la main peuvent me donner la main. Ily a des plaines*,

je ne l'ignore pas. Il s'agit de savoir s'il y a des raisons. (>uand j'ai consenti à me plaindre, j'ai donné des raisons.

Les recueils dont je vieus de parler sont méprisables et leurs auteurs savent qui les a méprisés. Un évéque, l'illustre Gerbet, a lait publier un premier recueil des monuments épiscopaux qui les condamnent.

Je ne dissimulerai pas à M. de Pressensé que je tiens peur médiocres les adversaires qui vivent de répéter que je suis une sorte de fauve, uiïcésarien déterminé, un ennemi furieux de la liberté, un pâlinodiste effronté, que j'ai crié : Vive Hérode, etc. J'affirme tranquilleihent que tout cela est très-faux et très-sot. Pour me tenir à un point, Hérode, puisque Ilérode il y a, s'est décidé à mettre V Univers en prison. Il ne faut pas un immense effort d'intelligence pour en conclure que l'Univers ne disait pas qu'Hérod* pouvait se permettre tout. Si M. Tévangélique s'était souvenu (Je son évangile, il se fût rappelé l'autre Hérode et les Mages qui vinrent lui demander où était l'Enfant. Cet Hérode leur répondit - : Tachez de le savoir et venez me le dire, afin <pie j'aille, moi aussi, l'adorer. » Sur cette réponse les Mages pouvaient très-bien crier Vive Hérode! Ayant su plus tard ce qu'Hérode se proposait, ai' lieu daller le voir, ils retournèrent chez eux par un antre chemin. Kst-ce que M. de Pressensé, après le massacre des Innocents, eût dit aux Mages qu'ayant «rie : Vive Hérode, il ne leur était plus permis de regarder Hérode comme un tyran et un monstre ? Il

est probable que Jean-Baptiste, de même, ne se croyait nullement tenu de crier : A bas Hérode! quand le second Hérode, non encore entré dans la voie du crime, le laissait prêcher une morale que sa cour ne suivait pas. Jean-Baptiste s'interdisait Topposition systématique. 11 prenait le gouvernement comme il était, se bornant à lui dire : Il ne vous est pas permis d'être injuste. C'est la ligne politique que Y Univers a suivie dès le commencement à l'égard de César. Il Ta suivie jusqu'à sa suppression prononcée par ce même César, qui tolérait parfaitement les autres journaux. Après sept ans, Y Univers, ayant pu reparaître, a recommencé. Lors du dernier plébiscite, le Journal des Débats et d'autres libéraux, même catholiques, ont voté oui ; Y Univers s'est abstenu « parce « qu'il ne voulait pas sacrer la dynastie. »

Si M. de Pressensé ignore ce détail, il parle de ce qu'il ne sait pas, et la pudeur devrait l'obliger à se taire. S'il le connaît, il dit donc le contraire de ce qu'il sait, et alors que veut-il que j'augure du € relèvement moral » dont il prend la direction avec le Journal des Débats? Médecin, guéris-toi toi-même!

Or, le moyen de se guérir et de se relever n'est pas de marcher avec le Journal des Débats, mais avec l'Église.

Je quitte M. de Pressensé en lui faisant présent d'un précepte curatif que l'Église a tiré de saint Paul et m'a donné ce matin : Xolite conformari huk sa. cala.

PAhIS PENDANT LE SIE'JK. 10(

10 janvier.

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