‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 82 sur 150 · janvier · texte numérisé non relu

janvier

Pari*. IVndant qu'on bombarde.

Kn général, il n'est pas juste de raisonner contre les vers, et l'injustice serait plus grande de raisonner contre des vers de bombardement, ébauchés dans les distractions du siège par une main désormais inhabile à porter les armes. Il est évident que M. Hugo pass*1 à la garde urbaine. Tout ce qu'il fera 'de guerrier n'attestera plus que son grand cœur.

Cependant, vu la situation éminente de M. Hugo, il n'est pas hors de propos de réfléchir un peu sur cette poésie, au profit du bon sens. La question est

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mal posée entre le lion du midi et l'ours polaire. Si Tours savait parler, le lion risquerai! d'être battit, «> qui ne convient pas.

Le lion, avec peu de décence peur le mtomtwL, paraphrase la chanson de Pierre Dupont : Les peuple sont pour nous des frères, des frères 1 L'ours pourrait répondre : premièrement que le lion n'a pas toojour> tenu cette gamme; deuxièmement que lui, onrs, n'a jamais considéré les choses de ce point de raelà;qa*il est frère des ours et non des lions ; qu'il est las d'entendre le lion se proclamer le roi des animaux : qu'à son avis la royauté appartient à Yoxxfs ; qull regarde le lion comme un usurpateur de la flus bell** partie de la terre, et qu'il a envie de changer de logement et d'être désormais l'ours du Midi.4£neqnaikt à la bêtise, le lion est libre de se dire ses propres vérités, mais que Tours a sujet de ne pas se croire >i héte, étant savant, peuseur, méditatif, comme Je lion Ta toujours reconnu, et comme d'ailleurs il la (*>rt bien prouvé en sachant prendre ses mesures pour abêtir ledit lion, devenir plus fort que lui, et finalement s'introduire dans sou domaine.

On ne voit pas trop comment le lion rétorquerait ces arguments de Tours.

L'ours dirait encore, au sujet du nommé Néron, que ce Néron est pourtant sou chef, ce qui lui procure l'avantage d'avoir une tête, aven: laquelle il s* gouverne avantageusement, taudis que le lion, ayant pris le parti de se gouverner par la queue, s*e*t mi> en piteux état.

Manger l'empereur! idée de lion, c'est-à-dire d»*

bêle. La pratique en est aisée, l'utilité plus que contestable. Le lion du Midi a maintes fois pris ce .régal, *ans aucun profit pour son<estoniac, ni pour sa bourse, ni pour sa gloire. A la place de l'empereur mangé, le stupide n'a jamais su mettre qu'une espèce de cantinière, une certaine Dtalila de graillon, la .nommée République, qui hti avait accommodé le défunt. Mais par le plus malheureux des hasards, cette truande s'est toujours éprise de quelque soudard qui Ta rosttée, et de qui elle a fait un autre empereur, pire que le précédent ; et le lion à son tour a été accommodé par la traîtresse.

Inutile de chercher oe que le lion pourrait répliquer à ,1'ours. Cela ne mènerait à rien. L'empereur maugé, la question ne serait ni résolue ni plus facile .à résoudre, J'n lion qui parle en mouton et qui se met à bêler : des frères! des /rires! sort de sa nature. S'il persiste dans ce caractère faux, alors il sera mania*, ee qui prouve également contre sa rhétorique et contre ses ongles. S'il redevient lion, ses ongles reprennent leur valeur, et le premier usage qu'il en fait est (h dépecer d'abord sa rhétorique moutonnière, laquelle le réduirait au foin : il aime mieux la viande.

Pour unuiger un empereur, il faut d'abord coroûi<*noer un eiii|M»reur, et sitôt que l'empereur est mangé, l'empereur est fait. Sans perdre dé temps, uliraut à l'empereur son dos, le lion exige d'être mené ou l'on inauge, nou de l'herbe, non des compote** et de* coji*erves de siège, mais de la bonne uonde fraiehe et encore vivante, ours> léopards, élé-

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phantset autres grosses bètes insolentes qui osent te dire frères du lion ; et aussi beaucoup de moutons et de bœufs, espèces manifestement destinées à nourrir le lion vainqueur.

Autrement il faudrait donc que tout changeât et se transformât de fond en comble ? L'empereur mangé, il faudrait que soudain le lion et Tours, ayant traie aussi la couronne, le sceptre et le manteau de pourpre, a6n de ne plus se les disputer, devinssent de vrais, de purs, de perpétuels moutons, — et que la même métamorphose atteignit les loups ! C'est ce que l'on appelle une idée poétique. Mais un homme d'État tel que M. Hugo ne peut ignorer qu'en politique, ces sortes d'idées n'ont pas cours.

Il se compromettrait dans son parti s'il soutenait pour de bon des idées de ce genre. Elles coulent d'une source dont ses amis et lui-même ont particulièrement horreur. Rien ne serait facile comme de lui prouver qu'il est clérical.

L'idée de changer en moutons le lion et Tours et de faire habiter ensemble le loup et l'agneau est une idée religieuse; non— seulement religieuse, mais biblique ; non-seulement biblique , mais chrétienne; non-seulement chrétienne, mais catholique. Le prophète Isale en a le premier entretenu les hommes, de la part de Dieu : a Et les peuples di- « ront : Montons à la maison du Seigneur, à la mai-, « son du Dieu de Jacob ; il nous enseignera ses voies « et nous marcherons dans ses sentiers, pa recçuela « loi sortira de Sion et la parole du Seigneur de Jé- • rusalem. 11 jugera les nations, et il convainca

« plusieurs peuples; et ils forgeront de leurs épées c des sors de charrues et de leurs lances des faulx. Un m peuple ne tirera plus Vépée contre un peuple, et ils « ne s exerceront plus à se combattre. »

Voilà le vomi de M. Hugo. Il a cru ne commenter que Pierre Dupont, il a ignoré qu'il commentait aussi I*aïe. Mais faute «le connaître Isaïe, que Pierre Dupout n'a point connu, il s'est jeté dans l'inextricable.

Isaie enseigne le vrai moyen de réaliser la paix. Ce moyen, c'est d'amener Tours et le lion à entrer dans le même troupeau sous le même pasteur, et de les empêcher de se faire des pasteurs à part qui les excitent à s'entre-dévorer. Le vrai pasteur a un don pour les tenir en paix.

Mais le vrai pasteur, le pasteur légitime, le pas* teur dt* la paix, c'est précisément ce que M. Hugo ne veut pas, peut-être parce que ses amis ne le veulent pas.

Et voilà pourquoi l'ours et le lion sont « des bêtes. » Le lion ne dit que cela de vrai :

Oui, lion ! De vieilles bêtes, « d'éternelles bêtes, » disait déjà Tertullien, qui le disait mieux.

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