‹ Paris pendant les deux siéges (volume 3)Chapitre 91 sur 150 · LE CARNAVAL ÉLECTORAL · texte numérisé non relu

LE CARNAVAL ÉLECTORAL

Le jour «le la défaite n'est pas le plus dur, il appartient aux morts. L horrible jour, c'est le lendemain ; il appartient aux bètes de proie.

Les morts sont couchés dans la pourpre du sang et dans la majesté du silence, entourés des douleurs sacrées. Sur eux coulent les larmes de la famille et de la patrie. La famille est fière, la patrie n'est point humiliée. Leurs larmes sont un baume qui conservera ces cadavres augustes, une rosée qui fécondera ces semences bénies. Dieu verse la vigueur de l'espérance clans la plaie des expiations acceptées. Semblable à la fumée de l'encens, le parfum du sacrifice monte vers le ciel; la vertu de l'expiation dissout le poids du péché ; les cœurs déchirés se remplissent de ce même ardme d'immortalité qui descend au fond des blessures mortelles. Entre les vivants et les morts s'échange un serment sublime de se communiquer la grande vie , de se garder la grande gloire , de renaître et de durer par l'àme consolée de la patrie. Une auréole se forme des vapeurs du noble sang militaire, elle éclaire l'avenir d'un rayon de victoire, et le champ de bataille exhale les odeurs saines du pressoir et de la moisson. \

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tiiiti'itt't pénitent : « Les angoisses de, la uiurt m'oiif

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•finesse : aidez-moi, rt je serai sauve. » llel«fc>'

«^«maaisM »n>-iioiis.

V» murs sont abandonnés, l'ennemi habite sur le> «■*«•* Jt1 nos morts, la lamine dévore nos enfant* •.> lient aux, et Paris liaisu la main de lY*t ranger

MMS PENDANT Lfc SFÉCC. 2H

qui lui envoie du paiii : Circumdedertmt me gemitus mortis, Holorcs w/erni circumdederunt me! Mais ce n'est rien encore. Ce Paris qui reçoit l'aumône de Lon<lres, et «pii apprend que ses vainqueurs rappellent au respect de la liberté les dictateurs auxquels il a livré la France et s'est livré lui-même (I); ce Paris, rongé de faim, noyé de boue, flagellé de défaites, se livre au carnaval électoral comme au temps insolent de ses prospérités. Il voit avec le même amusement morne s'étaler par les rues la mascarade électorale toujours la même: Humiêiatussitmusqttequaquel Non, l'humiliation d'être foulé, piétiné, absolument livré au bon plaisir de la multitude cynique et imbécile ; le supplice atroce de se sentir mort sur la fan^e et ridicule dans la mort, ne saurait être phls formidable que ne le goûte en ce moment le Français condamné à lire les affiches électorales de Paris IQai veut connaître le poids de ce rouleau de la honte, plus lourd que la machine à broyer le macadafti; qui veut être broyé dans son intelligence, dans sa fierté, dansson espérance dernière de voir relever la patrie; qui veut comprendre comment le caillou à charger la fronde peut devenir poussière, et cette poussière, pAte dure et stérile, uniquement bonne à faciliter le va-et-vient des omnibus, qu'il lise ces affiches : il verni ce que la meule unitaire a fait de nous, et combien toute hauteur, et tout caractère d'âme, de cœur et d'esprit ont déjà disparu.

I) M. «le Bismark venait d'écrire officiellement à Gambeita pour lui enjoindre de ne pas gctier la liberté des élections.

Nous restons quelques-uns qui rêvons encore de faire une France patricienne, un pays qui produirait des hommes, des libertés, des originalités. Nous sommes loin de compte! Et ils parlant tant euxmêmes de l'indépendance de la pensée ! L'indt-pe ndunce, ils croient peut-être l'obtenir; mais la pensée, ils ne Tout pas, et rien de ce qu'ils font voir n'en offre une trace quelconque. Ils portent tous l'effigie ou plutôt le stigmate du même lieu commun, ils mettent tous le même empressement à s'aplatir sous le rouleau et à laisser passer Tomuihus.

Tous se proclament républicains, principalement ceux qui savent le moins déguiser qu'ils ue le sont pas : aucun ne laisse supposer qu'il se soit formé une conception praticable de la République. Les plus sincères ont pris une couleur, ils n'ont pu s'élever à un principe. Presque tous se proclament républicains parce que le suffrage universel semble l'être, ou se laisse persuader qu'il l'est, sans se soucier le moins du momie d'eu connaître les conditions et surtout les devoirs. Que leur importe! Us tlattciit ce maître qui fait le député.

lisse réunissent par bandes; ils font des piquenique où chacun apporte sa médaille effacée et la jette dans le sac commun, sans y regarder et sans qu'on y regarde. Ils se mettent ensemble, bleu, rouge et blanc, pour attraper où ils pourront les suffrages bleus, rouges et blancs, et former ainsi leur pAte où roulera l'omnibus. Et la pâte deviendra aussi dure et aussi stérile que les consciences qui l'ont formée. Beau et ferme piédestal de la République! Mais gare

la pluie! Un jour de pluie, ot l'omnibus s'embourbera; l'idole s'enfoncera dans la boue»

Que dire, et n'est-ce pas pour désespérer ? Dans ces fricassées, il y a aussi des catholiques. Des catholiques s'offrent à porter l'idole ! Et ce sont les mêmes* qui applaudissaient notre malheureux Mootalembert, quand sa passion maladive le réduisait à déclamer contre « l'idole du Vatican? » Avec M. Quinet, avec M. Hugo et avec je ne sais quoi et je ne sais qui, ils veulent bien porter l'idole République, fabriquée de je ne sais quoi, par je ne sais qui. On est tenté de se demander comment Dieu même saurait s'y prendre pour faire quelque chose de ce peuple.

Mais l'Eglise demeure, elle prie, et Dieu garde la vie aux ossements de ceux qui ont voulu mourir pour la justice et pour la vérité. Cette chair est l^ proie de la mort. Elle périra, elle sera dissoute, et la vie renaîtra des ossements des fidèles et des martyrs, parce qu'ayant invoqué la justice divine, la # vie est restée en eux.

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