CE QUI ARRIVE QUAND LES DOGMES FINISSENT
Encore un mot sur le carnaval électoral de Paris. Il Unira demain, Dieu soit loué ! et l'on peut espérer que l'ignominie particulière dont il est empreint ne
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chrétien peut on accepter un antre et se tenir à un juste milieu connue ils disaient, entre le culte de ses devoirs et le culte de ses penchants.
Ils ont donc vaincu dans la mesure humaine. Le ywix do^nn* générateur et conservateur est frappé de la stérilité où ils pouvaient le réduire; le jeune dogme de propres et de liberté a reçu la fécondité qu'ils pouvaient lui communiquer, et voici <pie letn* Paris possède tout*? la liberté de langue qu'ils ont jamais pu rêver. L'immense cité ne renferme pas uft eitnyen saufles repris de justice, et encore!) qui ne se trouve en passe île devenir législateur et qui ne soit eu dmit de dire sa pensée. Que disent-ils, ces citoyens, en cette heure faite pour inspirer toute éloqnence? Keou'ons la parole et la pensée publiques.
La parob* puMiqiic dénonce1 d'abord une chose : c'est qu'il n'y a point de pensée publique; ot ce grand tapage prouve en premier lieu que ce grand peuple ne pense pas.
Il n'a point de pensée, il n'a que «les désirs, et tous ses désirs se réduisent à il eux, partout les mêmes : le désir d'avoir un maître, et le désir de ne hii obéir pa<. L'unique différence est sur le choix dû maître: ehiieun voudrait être ce maître, ou tin moins le rh<»i>ir<|.uis sa couleur et lui soumettre tout, excepté Mfi-niéine. Mais le désir île faire un maître est enveloppé d»(tml dévoiles républicain*, qu'il est évident q«p ce grand peuple se ment en masse, et que chaeuii en particulier redoute fort de se compromettre •levant la chose réputée populaire, qui est I.i République.
Et il est évident aussi que cette chose uniquement populaire est précisément la chose dont personne ne veut, attendu que chacun ne la veut qu'à sa manière. Autre, elle fait peur et horreur à chacun. Une forme de république qui garantirait pour chacun la somme deliberté possible, qui n'opprimerait rien de juste, qui ne détruirait rien de bon, qui réaliserait dans la liberté la condition inévitable de Tordre, laquelle est d'établir des rangs, cette ré publique de tout le monde serait, à Paris, exécrée de tout le monde ; et la raison en est qu'elle ne laisserait pas Paris 1 la tète du monde. Paris veut régner. Il s'en trouve seul digne. Chacun dans Paris se dit : Je suis Paris, ou du moins je veux prendre Paris.
Il est certain que Paris, au dqlans de l'enceinte, peut toujours être pris par quelques uhlans. Depuis un siècle, cela s'est fait maintes fois, et qui prend Paris prend la France. C'est aussi le secret de la perdre , l'expérience aussi l'a prouvé. Mais celle expérience-là est non avenue.
Cependant un besoin impérieux et quasi bestial de* l'ordre matériel domine tout en ce monieut. Paris privé d'huîtres, de foie gras et de cafés chantants, privé d'étrangers, de provinciaux et de législateurs, réduit aux « matinées littéraires » et au pain de paille, éclairé à l'huile de pétrole, gardé par les sergents bonasses de Kératry, ce n'est plus Paris. Il y faut un vrai préfet de police, ce qui implique un vrai malin. On peut vivre sans culte et sans Dieu, non pas sans préfet de police, donc, non pas sans maître. De là cette quantité de militaires que l'on voit sur toutes
les listes, même les plus rouges. Les gens d'armes sont gens d'ordre, prenons-en, il en faut! Pyat et Roche fort, cuuemis de Dieu, ennemis l'un de l'autre et ennemis des rois, iraient s'embrasser devant l'autel de Notre-Dame, si c'était le moyen pour Pyat de régner sur Paris et sur Rochefort, et pour Rochefort de régner sur Paris et sur Pyat. Rochefort réciterait son sonnet à la Vierge qui obtint l'églantine de laiton aux Jeux floraux ; Pyat réciterait toutes les prières qu'il sut juscpi'à l'âge de quinze ans, lorsqu'il était le petit saint do Vierzon.
Quant aux idées, il n'y en a point nulle part. Pas •plus de nouveauchezM.Dufaureque chez M. Rocaefort. M. Dufaure est plus nouvellement républicain, mais il n'a point d'idées nouvelles. Pas une miette de pensée, à mettre sous la dent très -affamée de l'intelligence humaine ! Les coryphées des principaux groupes sont ici maître Brid'oison, là M. La Palisse, là le rude vieux citoyen Lantimèche, républicain d'avant l'a vaut-veille. Et tous ces vénérables, vingt fois enterrés, vingt fois héritiers d'eux-mêmes, disent ce qu'ils ont toujours dit : Liberté! — Ordre et liberté ! — Liberté, égalité, fraternité! —Et la mort!!
C'est le laugage de leurs pères de 89, de 92, de 93, •le leurs neveux de 1830, de leurs petits-fils de 1848. Ils sont sortis de la fosse en 1870 pour redire et refaire tout ce qu'ils ont tant redit et refait; ils n'en savent pas plus long, ils n'ont rien appris et rien oublié.
Kien, rien, rien! L'omnibus sur le macadam, le lieu commun roulant sans obstacle sur la platitude universelle!
Et combien de ces républicains terribles aspirent i réintégrer leurs bras maigres dans les souqueniiles d'un sénat quelconque !
Quant aux corybantes isolés, ceux qui font cavalier seul, c'est parmi eux que Ton rencoutre ordinairement les originalités ou du moins les excentricités. Cette fois, point d'originalité par là non plus. Tout ce qu'ils disent est solennel et sot comme en temps ordinaire. On peut le résumer parce discours, que pas un n'a l'esprit de faire aussi bref : a Citoyens, nous a désirons tous ardemment que cela finisse et que «cela recommence : nommez-moi. Je crois modeste- « ment que j'en suis susceptible. » Quant aux titres, l'un est ouvrier bijoutier, l'autre est maître graveur, l'autre sergent-major, l'autre a cassé ou réverbère; quantité d'autres sont « publicistes. » Il y a des fils de leur père, des neveux «le leur oncle. Le citoyen Aliot allègue la vigueur de sa sauté dans l'âge ni&r ; le citoyen Coquerel, ministre interlope du saint évangile, sa qualité de républicain. Que de gens propres à no pas faire leur métier!
Il convient néanmoins de mettre a part le citoyen Coquerel. Sou affiche rappelle celle du fameux Battur, de 1818 : Nommons liattur! Elle se borne à ces deux mots :
CANDUiVT RKIM HUr.\l>.
COQCERKL
(> Coquoriro ou ce Cot/fiei-elico chante sur tous les murs, retentit merveilleusement. 0 candidat Coque-
PARIS PEMUHT LK SIÈGE. 2f9
nel, républicain Coquerel ! vous me dénoncez dans le» clubs, et moi je vous donne la palme de l'originalité. Il n'y a rien de plus drôle pour le moment à Paria. Coquerelicooo ! ! !
Cette onçie dans une maison mortuaire, cette fanfare de Gambetta qui retentit de l'autre côté en mur, cette voix obéie du chancelier prussien qui interprète souverainement la loi sacrée (1), et ces impudences et ces impertinences et ces outrecuidances qui baissent la tète, mais qui ne baissent pas de ton...
Que cela explique bien l'impiété de ce département du Midi, qui après le 2 décembre voulait voter à Napoléon un balai (forf Et Napoléon fut à soa tour la meilleure des républiques et a sou tour la République b:ilaya ce balai, et le tombereau a tout avalé, bâtai, balayeur etbalayure!
Mais les dogmes ont fini, et le citoyen Coquerel fait entendre son coquorieo, prélude éelaiaui d'un renouvellement de matière à balaver.
CXXXY1I
7 fé mer.
DEIX M«'|US : MONSKIGNErR DONBV BT LB P. HCltVANN.
Xoiis recevons deux nouvelles très-douloureuses.
! l'iu* iIi''|nVIii» impérii*!]^» d«» M. île Bismark avait eu raison •lis [Mvtcntinns t\o M. (î;imlN*t1a qui voulait faire lui-raérae
Mgr Doney, évèque de Montauban, est mort dans sa ville épiscopale le 10 janvier. Malgré son grand Age et en dépit de la plus chétive santé, le zèle de l'obéissance r avait amené au Concile. Il y resta quasi jusqu'à la fin, souffrant et patient, ne sortant que pour assister aux séances. Il revint, ou plutôt il foi emporté mourant.
11 était homme de grande science et de grand esprit, autant que de grande foi. On le consultait beaucoup, et il exerçait une autorité considérable. On sentira cette perte. Nous le pleurons comme un de nos patrons les plus autorisés et les plus fidèles. Son amitié était très-douce, sa critique très-redoutée et très -salutaire. Nous manquons de détails sur sa mort. Nous n'avons pas besoin de les posséder pour savoir qu'il est mort en évéque, ayant toute sa vie supporté les regards des hommes de manière à soutenir les regards de Dieu.
Le même mois, quelques jours après, est mort à Spandau notre cher et ancien ami, le très-digne père Marie-Augustin du Saint- Sacrement, Canne déchaussé. Il s'était converti du judaïsme, et sans s'arrêter, il était devenu prêtre et religieux. Le monde lui gardait le nom que son talent de musicien avait fait célèbre. On l'appelait le P. Ilennann.
11 fut toujours bon et saint religieux , austère el doux dans la sévérité de sa règle qu'il garda parfaitement. 11 allait pieds nus, quêtant, exhortant, prêchant, fondant des monastères, obéissant dans son ardeur, humble dans ses succès.
PAhlS PENDANT LK SIÉliK. 221
11 est mort à Spandau, où il s'était rendu pour organiser le service religieux dos -prisonniers français. Comme il se dépensait tout entier à tout ce qu'il faisait, l'œuvre allait très-bien, mais il en est mort. La lettre qui nous informe brièvement de cette lin apostolique nous dit qu'il a succombé à l'excès de ses fatigues. On n'a pu obtenir qu'il prit d'autre repos que ce repos de la mort, donné de Dieu à ses désirs tidèles.
Étant ce qu'il était devenu par la grâce de Dieu, c'est ainsi qu'llermann devait mourir.
CXXXMII
12 février.