‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 18 sur 86 · G XIII · texte numérisé non relu

G XIII

Même joiir.

NOTIFIGATIÛJS A M. GAMBETTA.

Nous ayons aiijonrâ'htii dans le Jmmml officie^ une nouvelle paraphrase de M. Gambetta. Nous ne pouvons dissimuler que ce Membre nous paraît abuser du pigeon. Nous le dirons naïvement, puisqu'il veut bien le souffrir. Au lieu de son perpétuel Vive la République, qu'il délaie toujours et qui serait capable de faire passer le goût de la chose, combien nous eussions préféré deux mots qui eussent rassuré le pays contre l'imbécile esprit de terrorisme que l'on voit poindre sous ces emphases.

M. Gambetta ministre paraît croire que la France s'est donnée à Gambetta du café Voltaire, et que ce mariage au XXI* arrondissement est absolument indissoluble, comme si le notaire, le maire^ le curé et la consommation y avaient passé. Point du tout, et il y manque au contraire tout cela! Par une circonstance infiniment regrettable, M. Gambetta s'est introduit dans la maison, et se trouve bon gré mal gré admis à faire sa cour. Voilà tout. Il fait sa cour, rien de plus. Selon nous, il la fait très-mal. Il abuse de la circonstance comme du pigeon. Il est bavard, il est suffisant, et il lui reste quantité de garanties à donner sur son caractère, sur son esprit, sur ses moyens et

sur ses principes. Il paiie beaucoup de sa république, il lui reste à dire ce que c'est et ce qu'il entend par là. Il loue sans relâche et sans trêve ses républicains; mais il n'a montré jusqu'ici que des gens de pipe, de chope, de « b]ague, o des habitués d'estaminet-*billard, dont l'aptitude au carambolage peut être fort brillante, mais dont les propos ne donnent nulle envie de les introduire dans la famille. Il prétend que Ton brûle de les embrasser : il se trompe. Ou il quittera cette compagnie, ou il ira la rejoindre dans ses comices enfumés. Des gens avec lesquels il prend l'habitude de compter trop peu, qui prétendent aimer là France autant que lui, et qui ne manquent pas de raison pour croire qu'ils la servent aussi bien, sont las jusqu'à l'excès de lui entendre si souvent dire qu'il n'y a de vertu, de mérite, de patriotisme, d'intelligence et de courage que parmi ces républicains^ là. Cette façon de parler est sotte et n'avance pas ses affaires.

Est-ce qu'il veut nous ramener aux républicain^ de la veille et*de l'avant-veille, que Ton a déjà vus, selon lui, deux fois déjà si brillants et si sauveurs ! Qu'il sache que Ton est plus que jamais rassasié de ces héros et de ces génies. S'ils sont, comme il les en glorifie, revenus trois fois, c'est la preuve qu'on les a chfitssés deux fois. Ils n'ont qu'à reparaître, et bientôt ils auront été chassés trois fois. Il existe en France beaucoup plus de républicains du lendemain que de républicains de la veille et de la surveille. Ceux du lendemain sont les plus intelligents, les plus fortsy les plus décidés. Us admettent les autres^ à

112 PARIS PENDANT LE SlÉGE.

condition qu'ils seront sages et ne prétendront peser que leur poids et tenir que leur place, sans aucune revendication de droit d'aînesse. Voilà la vérité, contre laquelle tout l'enthousiaspae que M. Gambetta peut soulever à Bordeaux et ailleurs ne prouve rien et ne fera rien.

La France veut ardemment échapper à la Prusse ; mais ce n'est pas pour subir la loi de Belleville et endurer le sceptre de M. Delesclu^e, ou l'épée de M. Flourens, ou les idées sociales de M. Gambetta, lequel jusqu'ici n'a pas parfaitement montré qull eût des idées.

République, très-bien ; mais d'abord religion, famille, propriété, et rien de moins. Que M. Gambetfa se gouverne là-dessus, sinon point d'hymen. Et quand même il soutiendrait, comme il y semble trop enclin, qu'il a sauvé le pays, point de ménage ! Il rentrera dans son café, et l'on y mettra des sergents de ville.

Même jour.

PBIM.

Il faut pourtant inscrire cet homme, assassiné l'autre jour à Madrid et mort, qui s'était fait par son. bras, de rien, comte, marquis, grand d'Espagne et

le plus grand, maréchal, ministre, dictateur et audelà; qui avait arraché, bu plutôt dérobé la dernière couronne de Bourbon, qui l'avait mise à l'encan et vendue à un autre voleur; qui, en attendant mar-. chand, l'avait toute une année portée à la main, faute de cœur et de place pour la porter autrement ; qui n'eût eu besoin qw de vivre encore un peu pour la voler encore et la vendre une secoçde fois ; en réalité, le dernier des gredins, bas et au-dessous de ses crimes, plus escroc et brelandier qu'autre chose, bourreau de bagne, à la taiUe de tout ce qu'il a pu abattre et élever. Il a rencontré un assassin, ce fut sa dernière escroquerie. Il ne semble pas qu'il valût un coup de poignard; mais tout se prostitue en ce temps; et le poignard aussi, prenant les vieilles et viles habitudes de la popularité, se met à décorer les faquins. Une fin plus légitime attendait le maréchal <i faiseur de rois. » C'est ainsi qu'on appelle rhomme en question. Il devait mourir à Londres, dans le lit d'une pairesse refusée de Garibaldi, ou à Madrid, jugé et pendu.

On regrette le papier et l'encre que font dépenser de tels incidents. Une fois écartés de la scène, ces sortes d'hommes devraient disparaître dans Tétemel oubli. Plaise à Dieu que le genre humain devienne assez sage pour décréter l'abolition de leur mémoire ! Sur les fastes des grands emplois qu'ils ont occuper et avilis, le v©ile noir est encore trop. Ni portrait, ni nom , ni date , ni mention quelconque, pas même pour les flétrir! Qu'ils soient enlevés comme une tache, qu'on ignore quelle boue a été là. Les an-

114 PlfiiS PEWDAIfT IM SiÉ6&»

ciennes législatioas avaient cfiUe raifion profonde. ËUes faisaient dlspai^fxe les DOiwde tes répromTéfi^ 4]ont les crimes passaient la oa^Bure , faîsaiikt à i'es^ pèce kumaine rhanoeur de «cfûire. qu'ils ne lui ap^paiv tenaient que par une mystérieaiâe usurpation. Oa déracinait la maison -qui avait abrité le«ff kftroeau; sur remplacement, on faisait passer la «ebamie ; on y semait Je sel, comme pour pur^r le «ol chréfî^i lelt lui rendre^ par le nouveau baptême de la f>émteiMîe, sa vertu «i son honneur conlamîfiés. La religion a conservé ce rite ; elle purifie les égUseis où vai tsnmt a été commis. Les peuples régénérés par le Cbristia* nisme étaient parveuuâ à oe "diagré de bamtenr motaU^ que le sol qui portait leucs demeures était assimilé au sol qui porte le temple.

Pauvre Espagne ! Une nation si fière , si savante , si brave, si généreuse^ si vaidlaate en toutes sortes d'entreprises, d'arts et de coaattbats : et .des piqûres d'insectes l'ont ainsi perdue, et «lie se voit e^OMirir ignoblement ! Ce gredin, capitaine des avieiafcuriers et des bandits qui l'ont enfin capturée, .l'a saulée d'ignomiule. Il était non-seulemenit félon, faquin, ribaud, mais bête. Son unique force était l'instinet du reptile qui sait mordre sa victime à la veme^ où il peut mieux instiller son veain et dpnoica' la .mort. JU a doue saùlé l'Kspëkgue du venin de ses seandâlea et de. &es trahisons. Jl a acAvevé de .df^biauchar ^soq armée, de piller ses trésors j 4e la livxer aux eh^na^ paps* Il l'a jetée dans ranaccbie, dans le aang ^ >âap^ le. pillage; il l'a xendue folle;, 'e<i,» aw îtprjoae 4e oett^ suprême orgie,, il lui a biX signer la ^cédule p«r

iUqtt€dle«Ue »'«âeok «m i*4«i ràe h «f()«Qbe t(Ht PÂé«Mit .

<[UiuMi M€^s i«>^tfs paftSfé tqimlqiie i^st

lYpilà bi«a .ayadv^és'! .-Il «étutt liiîrfoâme lamiséo. lie flpi«trH>te ^ui Xa ser%ri fkowwft^e ftpwM^r il'iuii de «eux 4pi'il AVAit airmés |]^«iir ;0a3#çsÂii€vr ']\myae^, <qqbm»0 il iBB !«<: dcctt^é.; ^etâl ne is^en id^e^dit ps^ toouKwt Ja €ho«0 légiline et méine low^le. Il /était ^u»f>i Mfliez .Déipiitîlicaiii^ ou kiais^ait ^^»g» oroire f>i»«r cpieiron if^mptàt «uf luÂ. Sa |)apiUarité le» Frwoe «e &b]û- ^^\i 4aiis ee m<^ejà* .Lor^squ'il eoimaaiiça la rébellion où sombra le triate tnÔAe dll^ahalle, il lut fort loué et encouita^é de^ jomoaiuc reçus au cabinet rouge des Tuileries. Napoléon III, le fin politique, avait son cabinet rouge comme il avait son cabinet noir. Le « faiseur de rois » n'était pas sans relations avec ce cabinet rouge, sinon comme faiseur de rois, au moins comme défaiseur de Bourbons. Et il allait ainsi, poussé par le vent révolutionnaire et par le vent césarien^ qui est toujours et partout le même vent. En vérité, il a fait sa révolution et son César, mais non pas le César sur lequel on comptait.

Et TEgpagne expire. Infortunés peuples du Christ, /quelle lèpre s'étend sur vos fronts à mesure que 'le ¥-©n4 d'iropiété y sèehe îeau du baptême! Mais ccftte plaie fra|)pera tous lee fruits €* tous les premiers de la iterre, et iv-eus ne guérirez pas, et vous «e sserez pfts délivrés des beur^eaux, tant que vous n'aurez pa6 appris à ^mer*la justiee.

hordes infâmes et stupides, vous avez applaudi aux succès de la force et de la fraude, vous avez trouvé bon que la force ne connût de devoirs qu'envers ellemême, et que César enfin n'eut point de supérieur ni d'égal en ce monde, parce qu'il vous a semblé que César était votre rempart contre Dieu. A présent, subissez César. Vous savez quels hommes le préparent, vous voyez comment il s'achève. Certes, il peut vous délivrer du Syllabus; mais il a l'obus.

Subissez-le jusqu'à ce que Dieu vous rendel'amour de la justice, et vous trouve dignes de voir et d'avoir enfin des justiciers au lieu d'émeutiers, et des pasteurs au lieu de maîtres.

Quant à cet homme, on le nommait Prim.

18 janvier.

PENSÉES DE NUIT d'uN BOMBARDÉ.

La Providence m'a situé sur le bon côté d'une étroite lisière que l'obus , « dans l'état présent de la science, » n'a pu encore franchir. 11 s'eflforce , il est le Benjamin du progrès, il a sujet d'espérer. Sa visite la plus rapprochée est à une minute, — une minute de mon pas, non du sien. Je ne m'étonnerais point qu'il avalât cette distance. — Le génie de rhomme,.dit fièrement Coquelet, a aboli la distance.

— Monsieur Coquelet, répond Tobus, vous avez raison. A rinstant même je pars de Berlin, à Tinstant même je suis chez vous. Siècle merveilleux... pour qui a des obus !

La distance était une cuirasse, et il y avait cet autre rempart qui s'appelait la crainte de Dieu. Dans un aourt espace de temps^ on a simultanément supprimé la distance, diminué la crainte de Dieu et perfectionné Tobus. Il en est résulté des bombardements sur lesquels on ne comptait pas. Tout cela pourrait donner à penser que l'un des principaux ouvriers du progrès matériel, et peut-être le directeur général de Tusine, est a celui qui ftit homicide dès le commencement. » C'est un grand artisan à sa manière. Les hommes qu'il est parvenu à diviser par la croyance, il est parvenu à les rapprocher par l'obus. Ceux qm étaient appelés à s'embrasser s'entre-tuent.

Si l'obus n'entre pas encore dans ma maison, il entre beaucoup dans ma pensée, surtout la nuit. Nous causons , lui et moi, un peu à bâtons rompus. Quoique monotone, il ne laisse pas de dire des choses qui intéressent. Il en dit aussi qui émeuvent. Entre le moment où son départ est notifié par un certain frémissement des vitres, et le moment où il éclate, il y a quelques secondes où l'attention se réveille en sursaut , parfois très-puissamment. 11 vient à l'esprit quantité d'idées, quantité de souvenirs.

On apprend, on devine, on voit clair loin en arrière, très-loin en avant. On embrasse du même coup d'œil les , spectacles les plus divers, paysages tranquilles, fraîches solitudes, étangs bordés d'ombrages

lit PAlf» f£MAlt9 MIT «ftUfé.

tei^ 091 poft» dl99 crimps^ mis^eav^te 4mis^ ki^ Mb«ilié^ on est traîaé en esclavage, on enyoietàililteftfè diw bdmrla!^ des^ adieMs^c, âe» pa«dM0, àés lùàMSi&ii&às anmv on dtiv^ieî cm cîeA dM prîèi«iw Ob Mtemdwl smrFdspéraïuj^v 4^ MttMfjottrs^Iâ, idffirsuvt nom feMU^^

tiiiiii«iqat âMdoAMé à Bicruf «t à^ miM Vièiw êmi film uiitt{a«v Slto Ta^ dâUMiéi deti% fêM : ha fveùÈim& cfamÉÀ il c^ipsrlî,. la m^mide ({ifisiitd tt éBlt mmtào^m^hbê^ svte&i' aptèt» Câstelfidardo. tûë éHaitf Ik pré^ttici) tiû ciwgeà Yh ffinin, et I^fi^6^ éom dM»- dnfattHeât rennihi

pku[ieir mt la* porté> dfô 8«i maisidn «ittid Miédailik èe^ la sainte Yiferge ; e^d9t MpBXtêmde c6'}M?^' Ydibw», Koua armons , (ionfiattft^ eiif Tacte dé' feï de c&Md) mATtjire. Si V&lm$ ft^vêrm ht polidbaMto, c'0^ qu^ Si^w autfa. nés imisotiB ; Vmie dlef foi' ne* sei^ piân^ perdu,

i]^afttefndant, puisqu'il eonviétuH dé remplir sa tâJcb4d et^q^e- ïe jouf aaliéte'û' es<^ pa«^speijsé dé^foiveson^ar'^ tiele, même quand é« t€^ bombarde, je-diraè^fiie^ttc»^ uitc^s dei mm ^emém d«f bombarié, ta ûttid. L'cin m^escusera bi^A de ]i«( pM te» txtettré tôift à.ftûff étt* ordre.

Jasqu'è ptêmûA iombardé: à ki plume, j«« te Mils dénc maiwlena«it à Fab«Sv Selon; moiv ni Fuirni l'àtf^ tre Hé f<9i»i te plas' gvatid huiinefit mx ti^n.smis^ et àf Ià juKt»^ à» Veffpkfae iLtuttoitve.' Df^ dieux: cdt^s, le^ «t^

ganem^ ont un air cb fcmll^. Cependant Fobns empédie Biieus ^ doroûr' et de répondre.

r4Qnu«ie j'ai savocnré* yîmpûseanee de reponcfre à la piume- S» ii^ Haviity je sarroore rimpmssance de Téfmuflm à Yq1Im^> de ]f . 4e Rsmark. M. Bavin m'a imposé) sa sta(?m) de* VoliBire, résumé de beaiicoop dTacufares iasidldneifly sjrmberte et aanoneede beaucoup de périis phcs greuida* II a fini' par me procurer la visite d«& M. d& Bîsmavk, pour Ie<)uel 9 ne manquait pas dfestîiiiiev et !ki. ds Btsmurk pourra m'rmposer j ne>9aiS' quos qui sev» dur à di^rer. En attendant, déffan^^ mien somme, ce que te digne HaTin et tout cet qtv'il j a d^harinites sur }a terre n'obtenaient pas, SUIS excepter le pasteii/r Presseuisé. Néanmoins, 'û etiis^ei des^ consol^k»i9 et mémo des compensations.

Cet ktôondable feiad>s^ de bêtise qui constitue la richesse du sol harvimen, je le vois arpparaitre sur le sol bismarkien. L'instinct de M. Havin ne le trompait pasw. Il avait flairé son; Bismark. M. de Biismark, les mainspleines.de toniiievres, n'e^l pourtant qu'un ha vifiifte. C^est la consotation.^

Aprèe tout, qu'est-ce cfoe oela fait que M. de Bis- DUark écrase Paris, &rrm de la statue de YoUaire p«or ML Hanrin ? Et qu'est-ce que cela fait aussi qu'i. m'enapéche de répondre en me jetant sur le dos les ruines deParis3 Jea'ai pas besoin de répondre pour ètia pkts fort que M. de Bismark. Je suis avec la conseienea humaine^ qui répondra pour moi. Les tonnerres de M. de Bismark n'écraseront pas la conscience humaine. Ils la réveilleront au contraire, et M. de Bismark sera écrasé.

Que M. de Bismark soit écrasé par la conscience humaine, ce ne serait pas la compensation. Certainement il se moque de la conscience humaine. Cette qualité est nécessaire à ^on personnage, comme son personnage à la civilisation où il apparaît. L'avantage de ne tenir aucun compte Hu jugement de Dieu procure l'avantage de se rire absolument du jugement de la postérité. C'est ce- qui permet aux grands hommes de cette sorte une telle exécution des grands desseins qu'ils peuvent concevoir. Avec cela on bombarde tranquillement une ville, afin de procéder ensuite avec méthode et sécurité à la destruction d'un peuple. Et c'estce qui me permet, à moi, d'exprimer tranquillement la conviction où je suis que M. de Bismark est d'ailleurs une franche brute , comme au surplus beaucoup de personnages bien notés dans l'histoire, entre lesquels la plupart des conquérants.

Je ne crois pas téméraire de considérer à peu près tout conquérant comme une bête à deux jambes, qui enfourche une bête à quatre pattes ; et ces deux bêtes n'en font plus qu'une pendant un certain nombre d'années qui lui sont données et qu'elle ne connaît pas. Il est donné à la bête d'aller devant elle à droite et à gauche, farouche, inquiète, dévorée d'orgueil, de dépit , même de terreur, pataugeant dans le sang humain, à la recherche d'une certaine provende qu elle ne trouve jamais. Après quoi elle tombe et crève, et va pourrir.

Mieux vaut goujat debout...

Et puis accourent les bêtes d'encre : poètes , penseurs, historiens, qui disent là-dessus ce qui vient de leur fonds, généralement frivole, ou ce qu on leur commande, où ce qu'ils trouvent de meilleur débit sur le marché Havin, populeux, et amateur de bêles rares et terribles. Ainsi Napoléon P' fit sa fortune posthume, qui ne Tempêche pas de faire banqueroute dans son tombeau redoré. Grâce à la bêta d'encre, l'immense brute populaire caresse les conquérants. Elle admire en eux plusieurs de ses qualités : ils bousculent, ils détruisent, ils pillent, ils étalent leur force, et ils en abusent. Ils foulent aux pieds particulièrement la force morale. Un conquérant, cela traite de si haut tout dtoit, tout titre, toute justice, toute majesté ! Cela passe d'un pied si dédaigneux sur les barrières, sur les trônes, sur les autels! Et il faut à un conquérant tant de laquais de toutes sortes ! Les conquérants font les beaux triomphes de la démocratie. Et enfin la brute populaire a un goût pour être dévorée.

La vérité est que la bête qui a cherché sa provende idéale et qui ne l'a pas trouvée a fait un travail de Dieu. Elle a défriché et labouré. Elle a exercé des justices, opéré des châtiments, relevé des vertus; elle a enfin réveillé la conscience humaine. C'est le grand ouvrage, le grand travail de Dieu nécessité parle travail contraire de la liberté humaine.

On pourrait, je crois, dire que le libre arbitre n'a point de souci qui le presse autant que celui d'endor-

wÊ'ltê, amittienee êkt genre hnmàitt, nf le de soin plvB âsdidii qa& eeiai de^ la tê^eRler. Mais le Kbre al bittrei èe^ rbomme est' si respecté de Dieu* que, par mNHtMntl») iî Pewrpoffev et' la coû^ience de l'hmnanîCa I»!!* eDrtfière'» ifaurre empmynée d'un sommeil moiiIeL EUie est lli, eiortidiée aux piteds des endbrmensc Le erv du ehef de^ FEglise, le veilleur éternef, ce» cii tendre et eftayié lïe la réVeilTe pas. Ou eHé re9l6 sourde', efu, danst son assoupissement brutal, eik- éesnrte îe* veilleur et* elle W dîï r Laisse-moi, taistdÂ, va-t'en ! Havin esceUsût dans ce discours.

C'est A^a& cpie Dion intervient. Il snseîfte \à Béte coi^érante^ ik llui donna à réveiller fe moncSe : «Va, ei fiufi^ce que tin sais faire*^ Pcmp un temp» que- tu ne cennaitras pas,, travaille* à ta façon, puisefu'ilk ne veuWiii pliisi de; la miennei. J*ai> retiré mon prêtre cernsM? ils Foni Tonln. Parte; toi, eii sois leur ponti&u Aceomplis cequeto as mérité deeonceroir. yr

f La bête était prêté, ses engins étaient prêts. Elle e»t. iàdiée.. Noos aussi nous avions des en^s de guerre et dos villes, fortes, et; selon noUre estime, d^s homoffis fonts tout autant qw'il nous» em ftillait. En un instant,, d'un bond, la béte est arrivée sur nous. De nés mains, nosi engins ont passé dans kfs siennes, nos vSlfis. ibrtea se so'nt ouvertes , nos soldats se sont faits captifsL Qui e» vent savoir le commencement, cela est écrit au livre du prophète Isaïe, annonçant à Jérnsalâm fe châitiment qu'elle recevra è& Dieu par Tin^asMm des Aseyriensi

Ha^vâ h caractèi^ IfiBfiqire db IJeray (roHaboi^teur PlMMsiMè, ifiiiikrtjk'e dtt paifaft évangfle, lès super^ ftt» ^ k» eatra^ns diar tournât* âe^ Bébaû se sont fiMii iitd€|né» A» mofî, pour arvtrir comparé le roi de FrasMi à Sfeattachérift- P Jef prie- Bf. le paitetir db refêm^B oesi « li&6ytibi9. if Q^^ii repas^se son Tsaî'e : en amjonw i&homhâfàmieti^^ (/'est tine Bonne et lumkiiemsè l6^fhn«,.ef il Féar jt^fifiera: nra comparsdson.

Sewft^héf ib^ es# ettroyé pont réverflbr ta con- ^èûee d%mël encB^TWi dans* TorgneiF, dans Timpiéfé*, dans te Inare», (fem Favarifce , dkns la molïease, d«iM le Ifte&e Mtfsttïitetûceùi qtt*tl donne aux crunes àê seê^^toiê det^ewfâ (jttasï prfffre^ des idoles. Il s'agit pPé^étMnl! d^epérer^n Israël ïe fameux « relèvement lîioral» (j«e M. de Pf essfensér reconnaît nécessaire* et prêche avec tant d'efficace sur les planches de la Pôrt€h8««*t-Màrtîn, où II remplace la ffiche aux Bois. PMifi«er lêraél; leï était ïe But divin de Texpédifibn d'Aflstir. Ispaïe le* dit' en propres termes vingt fois. Certainem^ent M, âe PVessensé ne niera pas que ce ne soit aussi le but de l'expédition prussienne chez ITs- Mél moderne'. H invo^e h « relèvement ; » donc il atteste te rai>atissemen^. Et non^ voilà d^afccord.

Au /vnmœi rfw Débctêê , îls^ oèjeclîewonf peratrètre, car ils fuaA retots ^ qu' Asaur ( o« Semmchérib ) ne se ptéoccupait pas du tout de relevw Israël, ef, fout an oonÉraiiWv Vfittitoiê k> battre ei IT abattre, et se grandir hô-aBéme, et s«îton« pilter k ville et te «empte et le pcsttpfo ; et «pi*»a1»nfl i»>» propose le roi de Prnsse. C'est trèa^vrai- A^swr es* |àein d^ i^perbe et d'inso-

lence. Il n'aspire qu'à ravager et à détruire les peuples, non pour un peu. C'est le vœu de son cœur. Ad conterendum erit cor ejus, et ad internedonem gentium non paucarum. Il se- dit : Est-ce que je ne suis pas le plus grand prince de la terre? Est-ce que mes généraux ne sont pas autant de rois? Numquid non principes mei simulreges sunt ? Est-ce que je n'ai pas pris Galane et Gharcamis, Arphad et Emath, Samarie et Damas? Je m'agrandirai encore. J'ai pris beaucoup, je prendrai davantage. J'emporterai les trésors de Jérusalem , comme j'ai déjà emporté ceux de Damas et de Samarie. Qui m'empêchera? Num" quid non sicut feci Samariœ sic faciam Jérusalem ?

Ainsi s'entretient en son cœur le grand Sennachérili. Il n'y a pas à dissimuler que ce discours sent très-fort son Prussien.

Mais il ne s'agit pas de ce que le conquérant se propose de faire par lui-même et pour lui-même. Cela n'importe que très-médiocrement , le foin que dévorera cette bête ! 11 s'agit de ce qu'il fait pour le compte de Dieu.

Or, Isaïe a charge de le dire, afin que nous ne l'ignorions pas. Voici donc la mission d'Assur : ce J'ai mis ma colère dans la main d'Assur. Je l'enverrai à un peuple qui m'a trahi et contre lequel je suis indigné, afin qu'il en remporte les dépouilles, qu'il le mette au pillage et qu'il le foule aux pieds comme la boue des rues, quasi lutum platearum. » Tel est l'état d'une nation qui a besoin du relèvement moral. Car le relèvement moral est le but suprême de Dieu, qui ne châtie pas pour le plaisir de châtier,

nous le verrons tout à l'heure ; et c'est la compensation aux horreurs que nous devons subir. J'achève de justifier ma comparaison.

Dieu donne à Sennachérib les qualités militaires qui distinguent le Prussien. Il s'est bien outillé, il a bien étudié son plan de campagne et la route qu'il doit suivre. 11 sait par où il passera, quelles villes il prendra en passant, quelles autres il dédaignera. M. de Moltke n'aurait pas mieux tracé sa marche, et Israël l'aurait connue longtemps à Favance, s'il n'avait pas cru meilleur de dédaigner les avertissements divins. Assur est vigilant, ne se laisse pas surprendre, ne dort pas, ne dépose pas ses armes; il a soin du pied de ses chevaux et de la chaussure de ses soldats. Il accourt avec la promptitude des abeilles au sifflet du maître ; il est nombreux comme les sauterelles ; il envahit la Judée, il l'inonde; en un instant on le voit partout. Il est comme un moissonneur dans les blés, fauchant l'homme; il est comme un rasoir, et il rase tout ce malheureux peuple des pieds à la tête. Le voilà devant Jérusalem. Là il s'arrête. U ne veut entrer que le lendemain, mais il ne doute pas d'entrer. Il étend la main vers la ville et le temple, et il dit : C'est à moi !

N'y a-t-il pas là de comparaison à faire? Hélas ! puisse seulement la comparaison se suivre jusqu'au bout ! En ce moment même, en ce moment de terreur, le prophète avertit le peuple fidèle de se rassurer, et leur dévoile tout le dessein de Dieu : Malheur à Assur ! Il ne sait pas qui l'envoie. La cognée se glorifie contre celui qui s'en sert ; mais le Dominateur,

126 P.AAIS CENDANT 4iC filto^.

le Se j,gnfiur Qbade6 Axmm^ fer» «écber «de fnniffreor leB lorts d! Assyrie, et sous Jeur vietoîre, il se &niu»a un feu qui les consumera. La Jiuttiëi^ d'Israël. aora le feniy et le Suint d'Isra^ sera h flastmite <qui eiabras^a et dévorexa jm un jour ie« é^iaesidlÂssnr.*, ut ,1e Liban tombera^jLyecjsaeoitfsoiitteîd^iianiBcèdjn^ »^if ïjèanvs cum excelm wéet'

Cette prophétie du châtiaient est lié^ à ia pramesiie du Rédempteur et de l'extension de sou isègne. Elte annonce en ^lême teu^s le rélabli^ea»eut de Istps^ tice en Israël^ si toutefois Israël veut ouvrir les jmn^ Les deux choses apparaissent uieléies daoa la méioe vision. Si M. de Pressensé «avait liire la Bible, .iJ aurait des idées plus uettes sur le « relèvemejirt moral. »

Je le prie d'écouler ce qui «ae ooitôole la aiai, lorsque j'entends siffler Toibu^.ill /saura œ (pu ne fait espérer que ni les Sennachérib, ni lesfîuiiUiuie, ni les Bismark, ni las Havin ne seront JongiteBaps im dominateurs du monde, mais au contdcaire ipérimwt et seront emportés par .les .cojaséquqnoes mêmes de leurs victoires d'un jour.

Le prophète s'adresse à ceux du ;pewfAe q»ii on*

gardé la fo^, jjc'est-à-^dire cewi: «a (|ui le a relèyerment

Uioral » est déjà effectué, pwpce^uiilfi savent efoe te

justice de Ddeu prouAUoe.le idanukar vmi «des «cbosM

humaines^

Il leur dit .que Qieu^tesdéliYiiena.de lennars :prin«e6 com^plices à^& X^nm»,^ *et r^'i dfee çmafiera nxémos .de lemr < oeu^e, ^ràs qtt£% il

jug^ft, icoBMBe ils ont été d'abord, (Aservateurs des lois divines et protecteurs 4es faibles. Alors lenr nation sera appelée la cité du juste^ la ville fidèle. Sion, Tadietée par un juste jugement , sera rétaiblie •par la justice. Sïon in judicio redimetur ^ et reducent t&m in fustîtîa .

Tel «*t ÎViracIe'; il est fidèle, et les canons de M. de Bismariili: ne ïe feusseront pas et ne raboltront pas, pas •plus qwe ne font faussé et aboli les interprétations ^B Bages , îes négations des politiques et les découvertes des savants. Il est dit de tous ces gens-là cpilfe péiitonl; , qn!ils «eroat icoiifondus par les idoles mèm^es aux^quelies ils ont «sacrifié, que leur force sera •comine 'une éioupe sèche, et leur ouvrage comme -une ^tinicetie de feu, et que l'un et T antre s'embrasera •«ans qu'il y ait personne pour l'éteindre. Ayant en «lain le pouvoir, ils prépareront eux-m&uies leur pfîrte paT la scélératesse et la sottifse de leurs actions.

Cela s'est vu, cela se reverra^ et ce que M. de Bismark fait de plus certain, c'est qu'il déracine le pays qu'il compte élever au plus haut point de puissance et de gloire. Lui aussi, il a préparé l'étoupe ; lui aussi, il allume le feu-, lui non plus, il n'éteindra pas Fincendie.

Il a tort de compter pour rien les pleurs et le sang d.«S' enfants etdes fooHnes.Ces otms nju'^ïl lance sur .les hépitonx «t sur les élises •éclatenont en 'Prusse. Pour ceux-là, on en peut répondre : la Prusse fait

couler un sang qui sera redemandé sur la terre et au ciel.

L'obus suggère encore d'autres pensées, mais j'étais plus pressé d'exprimer celles-ci, parce qu'ils se disent entre eux, suivant leur vieille coutume, lorsqu'ils parlent de nous : UbiestDeus eorum?Où il est, nous le savons bien, et ce qu'il fait, nous le savons aussi, et pourquoi ils sont venus, nous le savons encore, et ce dernier point les touche autant que nousmêmes : Deus fegnare facit hominem hypocritam propter peccata populi.

A cause des péchés du peuple, l'hypocrite a régné multipliant les péchés du peuple. A cause des péchés du peuple,, l'hypocrite est venu portant dans ses mains une justice qui n'était point de lui et qui ne venait point de son cœur. A cause des péchés du peuple, l'hypocrite envoyé par la malédiction remportera la malédiction, et elle sera chez lui comme un feu qu'il ne pourra éteindre.

cx;vi

19 janvier.

Le gouvernement de la défense nationale vient d'adresser la proclamation suivante aux habitants de Paris :

Citoyens,

L'ennemi tue nos femmes et nos enfants; il nous bombarde jour et nuit; il couvre d'obus nos hôpitaux. Un cri : Aux armes ! ' est sorti de toutes les poitrines.

Ceux d'entre nous qui peuvent donner leur vie sur Je champ de bataille marcheront à l'ennemi; ceux qui restent, jaloux de se montrer dignes de l'héroïsme de leurs frères, accepteront au besoin les plus durs sacrifices comme un autre moyen de se dévouer pour la patrie.

Souffrir, et mourir s'il le faut, mais vaincre.

Vive la république !

Les membres du gouvernement,

JULES FAVRE, JULES FERRY, JCLES SIMON, EC- GÈNE PELLETAN, ERNEST PICARD, GARNIE»- PAGÈS, EMMANUEL ARAGO.

Les ministres,

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