‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 22 sur 86 · LE CHEVAL ET LE CHIEN · texte numérisé non relu

LE CHEVAL ET LE CHIEN

Un furieux battait §on cheval et son chien ; Le chien hurla, le cheval ne dit rien . Quand fut parti Thomme terrible.

Le chien dit au cheval : « Es-tu donc insensible ?

PARIS PENDANT LE BtÉfGE. 1<39

Les coups ne te font-ils pas mal?

— Jamais je ne me plains, fit te noMte-animai . -^ Va dbnc> lâtobe^ tu n'es qu'une- bêle dei aomiiie.

Et. tu:]aânl:eii qvk'am Vaasomm^l >x l.!\w>mm«. rentra. ;le abim lécha les mains de rbouime. Alors tranquillement le cheval dit au chien :

« Les coups à toi font-ils du bien ? »

Si M. Itatisbonne' V6«t réciter son a|wd(ig«e à ses colliaborateurs du Journal des DébaiSy aTQû im p^tii commentaire, j'aime à cvdire qq.'il n'en faudra pas^ <&yaaitage pour les eorrig^r de la. manie d'eayi^yQr M. Jttles^ Fawe à h^ conlérenca de: Londres^ où il n'auraii; gcrère qa à léoher des mains auExqneHes la France doili a«êr8> chose*.

Quel tribmp&e ! ^ Ije Journal des- MboUs^ daviettaît fier* et digne coinBie' le cheTal. d«> M. BatisboRiia ! Tbtrt Paris dirait :

L'apologue; est un don qui vient des immortels.

20 janvier.

NÉCESSITÉ im LA PMÈRB ET DE LA PÉNITENCE,

La giJtevre esL un. miétiec de patience.,, la pénitence aussi. Tous les grands cajâtaines le disant^ tousi les HiattrBs.detla vi0 spirituelle l'enseignent. D'un côté

comme de l'autre, il y a sans doute des coups de violence heureux, mais ils emportent la palme plutôt que la victoire. Les vrais victorieux sont les persévérants, ceux qui ont résolu de soutenir le combat pour long qu'il soit et pour variées et contraires qu'en puissent être les fortunes, et qui s'obstinent généreusement à n'être point vaincus.

Le bouillant Paris aura beau dire. Soumis à Tépreuve de la guerre et de la pénitence, il ne s'en tirera pas par un coup de force ni par un coup d'adresse, il lui faut être patient. La force, c'est la patience ; le génie, c'est la patience ; le pain, le vin, le fer, c'est la patience ; et la patience, c'est la vertu. Or la vertu n'a rien de difficile, sinon qu'il faut la demander à Dieu. Il est vrai que cette diffi'culté est très-grande à Paris, où il y a tant d'hommes habiles, savants et fiers, mais si habiles, si savants et si fiers, qu'ils estiment n'avoir aucun besoin de Dieu.

Ils croient à Tosséine, à la dynamite, aux canons « se chargeant par la culasse, » en général à toutes les choses qu'ils font. Ils ne croient point à Dieu, ne l'ayant point fait. Le gouvernement de la défense nationale, qui s'est fait lui-même, prétend croire à lui-même; il prétend croire aussi à.(c vaincre ou mourir, »

Mais il parait de plus en plus que tout cela ne suffira pas. Et il nous semble qu'en effet tout cela ne doit pas suffire, parce que tout cela ne communique point la vertu, du moins en quantité nécessaire et à autant de cœurs qu'il faudrait.

Ce serait une immense injustice de dire qu'il n'y a

PAïaS PENDANT LE SIÈGE. 141

point de vertus dans Paris. A Dieu ne plaise que nous nous donnions ce tort ! Il y a dans Paris de grandes et éclatantes vertus. On y voit de très-beaux courages^ d'admirables désintéressements, des constances stoïques, et tout cela jusqu'à Tabondance. Mais ce sont des vertus naturelles qui peuvent conduire à l'honneur de ce que Ton appelle avec raison une belle mort. Seulement ces vertus ne sauvent pas toujours. Elles ne méritent que l'admiration des hommes, avantage dont les hommes eux-mêmes fixent le prix, en se lassant intérieurement et quelquefois extérieurement de l'obtenir. Les vertus naturelles rentrent encore dans l'ordre des choses qui, en fin de compte, se trouvent de fabrique humaine. On meurt avec leur concours, sans assurance de résurrection.

Il nous faut des vertus surnaturelles, il faut les puiser à leur source ; sinon, point de secours suffisant.

L'équipage d'un navire en détresse fait bien de jeter à la mer toute sa cargaison, tout son lest, et même ses canons et sa mâture, qui ne peuvent rien contre le courroux du ciel. Tout cela est sage, et d'une certaine manière généreux, le cœur de l'homme ayant coutume de s'attacher fortement à ces objets, surtout à sa cargaison.

Pour dire la vérité, Paris fait parfaitement ce sacrifice. Mais si la tempête continue, et si le péril s'aggrave, tout cela n'est plus assez généreux ni assez sage.

Il faut que l'équipage jette à la mer aussi son

cœur, eu pluiôt son orgueil ; car son cœur, averti de Dieu, loin de s'opposer à ce suprême sacrifice, le conseille secrètement. Il faut joindre les mains, se mettre à genoux, lever les yeux au ciel, invoquer ie Maître de l'abîme et du vent. Les matelots font un v«»u à la sainte Vierge, et^ sans cesser de donner à la manœuvre les soins qui peuvent encore être utiles, ils attendent que Notre-Dame de Bon-Secours leur jette le câble. Si Ton y regarde bien, l'homme ne peut rien faire de plus grand. Pourquoi? Parce qu'il s'humilie, et en s*humiliant il se proclame fils de Dieu.

Nous osons conseiller à Paris d'essayer de la miséricorde de .Dieu, et de demander k Dieu la vertu surnaturelle de la patience dont il a besoin pour être sauvé. On commence aujourd'hui, avec l'autorisation de Mgr Tarchevêque, une neuvaine à Notre-rDamedes-Victoires dans ce but.. Si quelque chose de tous les cœurs s'unissait à cet effort des cœurs chrétiens^ nous aurions Jbientôt des nouvelles de Dieu^ et les âmes le sentiraient à leur vigueur renouvelée.

L'un de nos adversaires s'écriait dernièrement qu'il fallait pourtant choisir entre Pascal et ÏUîipvers. Cet adversaire et d'autres feraient imia,, et le moment en est venu , de laissa l'Uîmersde Ksôté .Mais puisque Pascal leur inspire ta&t de-oonfiance^ c'est un conseil de Pascal qîue noms l^r dptinons. Pascal pensait là-dessus comme les matelots quiinvoqiaeï^ No tne^Dame-de -Bon-Secours. Il disait qu'il y ades choses que l'on peut demander aux mathémati(|ue^ et d'auéres >plus essentielles qnCkl tie faut demander

PAfilS P£N]>A«<T LE SIÈGE. 143

qu'à Dieu, caries mathématiques ueles donnent pas. Il conseillait aux esprits forts, trop confiants en leur science inutile?, de prendre de l'eau bénite, de se •ïoettre à genoux, de prier, — Cela, disait41, « vous abêtira. » C'est son mot; et le mot est très-profond. Notts mourons d'une enflure et d'une hydropisie d'orgueil : il faut que l'humilité nous désenfle et nous ramène à cet état où Dieu nous veut, hors duquel ni le corpsL de l'homm^e n'a toute sa vigueur, ni sa raison toute sa lumière,, ni son cœur toute sa vertu.

cx.x

12 janvier.

RETRAllï: MU.1TAIRE DE M. TROCHU.

On lit dans le Journal officiel :

Le gouvérnetnent Se la à^^B!^ Wiûmàïé a ââcidô que le cdituiïlandefiietit 6ft olief de Tannée de Pacie serait désùcmais j»èparé de la présidencâ du gouvemeoiexit.

M . le général de division Vinoy est nommé commandant en chef de l'armée de Paris .

Le titre ^ des iofietionft.de gouveraeiir dePaiis sont supprimés.

M . le général Trocliu conserve la présidence du gouvernement.

i44 PABIS PENDANT LE SIÈGE.

Le 4 septembre^ en avançant plus ou moins la main, M. le général Trochu s'est emparé du pouvoir; mais ce jour-là aussi et par cette action-là, il a perdu le droit d'être malheureux. Les dictateurs ne vivent que de succès; et plus particulièrement ceux qui n'ont pas attendu que le peuple vînt les chercher à leur charrue, n'ont point congé d'attendre que le succès les vienne trouver à leur bureau. L'échéance est arrivée promptement et cruellement. Voilà M. le général Trochu réduit à la présidence civile, c'est-àdire par terre, comme devant l'obus. Avec lui son gouvernement est écrasé. U se relèvera, s'il se relève, au commandement et par la main d'un autre.

On plaint le général à cause de ses honorables et nombreuses qualités personnelles, qui l'ont pu abuser sur sa capacité publique. Il a plus fait qu'on ne veut aujourd'hui l'avouer, il voulait assurément faire plus et mieux qu'il n'a fait, et nous le trouvons encore un homme de cœur dans le parti qu'il a pris de se diminuer. En restant avec le gouvernement, il y conserve le dernier élément de consistance qui peut lui permettre de tenir la rue tranquille pour le temps qu'il faut, afin qu'au moins nous ne périssions pas au milieu d'une orgie révolutionnaire, et que la mort, si elle vient, soit décente. En récompense de quatre mois d'efforts, la cité funeste peut désirer l'honneur de la chasteté :

Elle tombe^ et^ tombant^ range ses vêtements.

Ce service, où M. Trochu s'immole, né sera pas à nos yeux le moindre qu il nous ait rendu. Si la catastrophe est écartée, une grande part lui sera due encore par là dans l'éclat de la victoire. 11 s'est éclipsé dans le premier rang; nous lui souhaitons de reconquérir dans fe second le lustre qu'il y avait acquis, un peu trop peut-être pour ne s'attirer pas le malheur d'en sortir. Mais enfin, il faut oser le dire pour le besoin de la conscience humaine, l'éclipsé est juste. Au milieu des compagnons du 4 septembre, M. Trochu n'a pas tenu la plaee d'un militaire et d'un chrétien. Ces gens-là étaient dans leur rôle; lui, non.

Quant à eux, qui donnent par le fait leur démission dans les mains d'un soldat de l'Empire, on ne peut ni les assister , ni les plaindre , ni presque les condamner. Ils sont moins les hommes que les vices du temps, les rachitiques d'une espèce mauvaise, qui, en somme, s'en va. tu Regarde-les et passe, » dit le poète.

Ils ont su très-habilement choisir le général Trochu, à cause de ses défauts et de ses lacunes. Ne pensant point qu'ils dussent combattre, ayant basé leur combinaison très- courte sur une prompte paix, ils avaient besoin d'un général politique^ objet que leur trèsindigent parti d'avocats ne leur fournissait point. Général pour contenir l'émeute, politique pour rallier et tromper ce qu'ils appellent les réactionnaires, honnête homme pour se laisser tromper par eux. A passer les premiers moments, il leur fallait que ce chef fût monarchiste, quasi bourbonnien. Ils l'ont trouvé ; mais lui a trouvé la guerre sur quoi ils ne comptaient II. to

146 PARI» PE^DANf LB SIÉGB.

pas ; et lui., qui ne craignait pas la guerre, a trouvé ^'il ne se connaissait pas.

Tel, comme dit Merlin^ cuide engeigner autrui. Qui souvent s'engeigne soi-même.

Que de gens, depuis le commencement de cetl<> guerre, se sont engeignh! Et M. de Bismark aussi, le grand engeigneur, s'est engeigné , et plus que toT» les autres ! Quelle erreur à lui:, quelle sottise vengew cesse de son orgueil d'avoir voulu trôner dans Paris, . lorsqu'il pouvait si bien s'aflfermir dans ses conquêtes ! et quelle bénédiction pour la France qu'il l'ait ainsi contrainte d'enfanter des armées, lorsqu'il pouvait, lui laissant Paris, la parcourir ea tous sens,, livrée aux perpétuels avortemenis de la guerre civile !

Ainsi, de quelque côté que l'on regarde, aacim des bommes de ce temps, tous si fiers, bi assurés de leur mérite, si hardis à entreprendre, si peu scrupu^^ leux en tous genre d'entreprise, aucun jusqu'à présent n'a fait ce qu'il a voulu,. et Bismark n'e»t pas'plus près Ab l'empire d'Allemagne que Favre è^ la répu^blique française. Ni les uns niles autres- ne saveot où ils en sont, ni ce qu'ils font, ni où ils vont, Seale^ men* ils n'en sont pas où ils voudraient , ils ne font pas ce qu'ils méditaient de faire, et ils n'iront pas où ils comptaient arriver. Ils détruisent, ils ne Miissent pas ; ils tueat^ et ils ne savent pas ce qu'arrose 1© sang qu'ils répattde»(;, ni ce qui sortira de ces fosses dont Dieu fait des berceaux.

Et nous non plusy épiant à ce monèe, mus m savons pas où en sont nos espécaaaes. Mais, nous m^is

résignons, parce que nous voyons de plus en plus que rhomme n'a que la mort ; et nous espérons, parce que nous voyons de plus en plus que Dieu a la vie. Avec ce mépris des fortunes et des œuvres humaineSy avec cette claire vue de l'abondance de vie que Dieu arrache des ruines et fait pleuvoir aussi par les déchirements de la foudre, comment ne pas attencllre un immense Iriamphe de la vérité ?

Le feu prend à ces étoupes sèches dont parle Isaïe, et, suivant la parole du prophète, l'étincelle y est mise par les mains elles-mêmes qui les avaient préparées pour cacher la vérité et la readre méconnaissable. La vérité seule résistera, et la fin de tout ceci sera la splendeur de toute la vérité.

Eutre les erreurs que nous voyons mourir, nous 'pouvons compter l'erreur gallicane. C'était là une étoupe dont nous connaissons le danger, et nous pouvons la mentionner, quoique les politiques, qu'elle a tant dirigés , n'en apprécient guère les conséquences. Elle reçoit un terrible coup de la disgrâce de M. Trochu, qui en a l'esprit, sinon les doctrines. Depuis dix-huit mois, le gallicanisme théorique et pyatique^ a mis, pour ainsi dire, toutes voiles dehors. Il a parlé au Concile parles voies les plus habiles; il a été au ministère par M. Daru, à la dictature par M. Trochu. Qui nous contestera qu'il est mort?

23 janvier.

Page 1