‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 40 sur 86 · PRODROMES DE LA TERREUR · texte numérisé non relu

PRODROMES DE LA TERREUR

Bordeaux, 0 mais.

Paris est-il en partie au .pouvoir de l'émeute ? Le Jouirai officiel de Paris le fait craindre, les gens bien informés de Bordeaux l'affirment^ le Monitetir univen'sel dit non, le Bulletin officiel inclus dans ce moniteur ne dit rien. Or, c'est le Bulletin officiel qui est le vrai lieu de la vraie vérité.

Et voilà comme Ton voit clair sous le gouvernement de la lumière !

Il est d'ailleurs trop certain que Paris n'est pas eu paix. Vingt ou trente voyous amoncelés dans tm coin, suivant une ancienne comparaison de M. Hugo, comme des mouches dans l'angle sali d'un mur, sont à peu près libres d'assassiner le passant qui leur déplaît. Ils noient un sergent de ville, ils fouettent une femme, ils démolissent une maison. Tel est leur bon plaisir, ils se le passent. La foule ou en prend sa part, ou en prend son parti. Contredire ne serait point prudent.

En réalité, pour le moment, c'est la dernière canaille qui règne sur la capitale de la. civilisation.

Trois fléaux suffisent à peindre les temps horribles ; la guerre, la famine et la peste. Il y en a un

quatrième qui, à lui seul, les vaut tous les trois et qui est plus injurieux pour ceux qui le subissent; car il témoigne de la bassesse des âmes descendues au dernier degré de l'avilissement : c'est la terreur, Elle livre une ville, un peuple entier au caprice d'un petit nombre d'ignobles gredins^ eux-mêmes lâches.

Avec cent cinquante ou deux cents sicaires^ Carrier tenait la ville de Nantes. Il insultait, il volait^ il égorgeait^ il outrageait les femmes. On ne bougeait pas. On le laissait faire. Lebon n'avait pas tant à Arras. Robespierre, proportion gardée, n'avait pas davantage à Paris,

La Reine fut promenée à travers les rues, meurtrie d'insultes infâmes ; et il ne se trouva pas un homme, pas un ! pour se faire du moins écraser sous les roues de la charrette et protester qu'il restait encore un cœur français. Non, il n'y en eut pas un! Déshonneur immortel d'un peuple, d'une époque et d'une civilisation.

Tel est l'immonde phénomène de la terreur. Quelques années plus tard, quand Dieu permit que la France revînt un peu à elle-même, quelques jeunes gens armés de bâtons firent rentrer dans les égouts les brigands qui avaient' égorgé leurs pères. Le bâton dispersa ces coupe-têtes et ces coupe-bourses.

Or, la terreur plane aujourd'hui sur Paris et sur la France, et ceux qui n'osent pas l'avouer en sont déjà atteints. Ils courent à Paris, les uns se précipitant, les autres entraînés, sans le vouloir, sans savoir ce qu'ils feront, tremblants, fascinés comme l'oiseau par le reptile.

^2 ^ÂSM P&2«DAKX Ut SLÉGE*

Un AQÏ& de loi^ ua acta de valante .pduixftÎBiil; rompre le charme. I1& lesayeat si ils ne le feroaii pas. Quand ou n af)aiut de f&i),lA raison ae démontre en vainrévid^ice : la volonté ^t anéanlJ«i, la temur l'emporte et .^sAout ,JA»qa'à Uinstinct natnsel àa salut*

Pauvre M. Thiers, qui pensiez en a\mr fiai en transigeant ;avBC le PruAsien ponr oinq milliâffâs €ii deux provânces! Vous âvez maintenant en pré^eafie un ennema qui veut tout et (foà. ne imasigura -pas^

Ce n'est pas tout d'avoir écrit Thistoire de iâ.fté^ volution, il faut connaître la Révolution.

Bordeaux^ 7 mars.

M. KELLBR.

Les précipitations et les préoccupations de ces terribles jours font oublier les choses qu'on a le plus à cœur. Nous nous apercevojis tard, avec un vif regret, que, dans le compte-rendu de la séance du l®»^mars, V Univers n'a parlé du discours de M. Keller que pour en faire la critique, courant ensuite à M. Hugo^ pour exprimer l'indignation que méritait ce plat et enflé discoureur. Ainsi dans le combat on voit, avec une sorte d'indifférence, tomber le frère, et l'on se précipite vers l'ennemi. Nous demandons pardon de

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ce movrement natnrel« Mieux eût valu laisser là M. Hu^o et rendre à M. Keller Thoaimage qu exigeaient de nous son talent, sou dévouement et son iannense malheur.

lladùpronoftoer cette parole, douloureuse et cruelle efitre toutes : Nous ne sommes plus Français! Qui peut dire ce qu'un pareil mot ren&rme de douleurs ! M* Keller est certainement luoe des personmfications les plus complètes de TAlsate française, e'esfr4cËre catholique. Cette terre si belle et si chère était pour lui la patrie dans la patrie, le coeur même de la patri^e. Elle est le tombeau de ses pères, le berceau de ses enfants, sa mère^ son foyer, ce qu'il a de plus cher après lIÉglise : et cette mère bien-aimée l'avait élu entre tous ses autres fils pour défendre sa foi. Il la perd, il la voit tomber sous le pied de l'étranger et sous la main de l'hérétique. Pour nous, la patrie n'est que blessée ; pour lui, elle est morte. — Je ne suis plus Français! Ou je devrai abandonner mon foyer qui ne m^est plus qu'une prison, ou je devrai abandonner la France, et je n'ai le choix qu'entre deux exils!

C'est avec cette angoisse qu'il a franchi le seuil de l'Assemblée; angoisse d'autant plus déchirante pour lui, parce qu'il a dû penser que ce coup, brisant encore sa carrière politique^ lui ôtait l'arme de sa parole, avec laquelle il voulait d'un cœur si généreux défendre sa patrie spirituelle, sa mère la sainte Église.

Mais qu'au moins il perde ce souci et se fie davantage à la vigueur de son âme et de sa foi. Exilé de

France en Alsace, ou exilé d'Alsace en France, il ne sera pas exilé de l'Église, et il la défendra toujours, et toujours avec éclat. Aucune tyrannie et aucune ingratitude ne lui peuvent enlever cet honneur; il saura le conquérir partout. En Alsace comme en France, le seul vrai patriotisme sera catholique^ sera persécuté et sera plus fort que la persécution. Si notre Alsace compte un assez grand nombre d'enfants pareils à M. Keller, jamais elle ne sera prussienne, et si notre France mutilée conserve ou retrouve assez de citoyens qui lui ressemblent, elle ne sera conquise ni par les armes ni par la Révolution. En Alsace ou en France, il soutiendra cette lutte du devoir et de l'honneur, il se fera, pour sa part, la seule victoire qu'il importe enfin de gagner ici-bas.

Nous prions M. Keller d'agréer cette expression de notre profonde et durable sympathie. Soldats d'un drapeau qui flotte bien au-dessus de toutes les frontières, compagnons dans une guerre qui ne finira pas, nous avons pu laisser paraître des dissentiments inévitables entre les hommes, et d'ailleurs légers. Nous ne devons pas laisser croire que ces dissentiments ont prévalu, lorsque la catastrophe a paru nous faire oublier de combien d'estime et de regrets était digne le combattant dont eJle écrase si cruellement le bras et le cœur.

Bordeaux, 8 mars.

LES PRINCES d'oRLÉANS.

On dit, dans certaines réunions, que les princes d'Orléans se désisteront de leur titre électoral. Ce conseil serait meilleur que celui qu ils ont suivi en so faisant élire au mépris de la loi, et sans se souvenir assez de leur dignité et de leur devoir comme membres de la maison de Bourbon.

Quant à TAssemblée, nous pensons que, si les princes insistent, elle ne doit pas se prêter à ce jeu politique, et que son devoir est de respecter la loi qui les exclut. La validation de leur élection serait un coup d'État qui en préparerait fatalement un autre.

Il ne suffit pas que l'Assemblée soit souveraine. La souveraineté peut abroger une loi, mais non pas la violer. Tout coup d'État vicie ce qu'il fait, et ce qui s'élève aisément par la fraude périt aisément par la conspiration. Établissons enfin quelque chose de régulier et qui se puisse défendre.

Si l'élément monarchique doit dominer dans notre constitution future, que ce soit l'Assemblée elle-même qui le déclare ; que ce soit elle qui fasse ou plutôt qui appelle le Roi. Car si l'on veut la monarchie, il n'y a qu'un roi possible, et il est déjà fait.

Aposter un chef de parti et disposer les choses

266 PIRIS P£m)ANT LE SIÉÛE.

pour le mettre à même de sauter sur la couronne comme un forban qui fait un mauvais coup, ce serait une pratique peu digne et du peuple et du prince, plus conforme aux bassesses du présent qu'utile à ses misères et que favorable à l'avenir. Elle armerait, elle justifierait d'avance tous les conspirateurs; les régularisations postérieures demeureraient vaines.

£ii faift ^d régttkrisatton, Louis-Philippe et B^iap&rie ont eu toirt ce <|U6 Ton pouvait imaginer. Censentement tacite, explicite, répété. Bien n'a ^àOt. Jamais ils n'ont osé, jamais ils n'auraient pu Mrejmtice. Le vice de leur origine les a contraints ée i^tfûih pirer contre eux-mêmes et contre h France. Pîwsonne ne se sentait ]ié envers eux. Redevables à la conspiration, ils ont payé. Et nous aussi nous aTOBs payé, et nous payons, et noiis paierons. On cennât le prix.

Les princes d'Orléans admis dans l'Assemblée y Aéraient fatalement des conspirateurs, ne le voulussent-ils pas. On peut exiler, déposer, tuer des hommes de sang royal : on ne peut les transformer en simples citoyens. Eh quoi! un Arago déjà n'est plus un simple citoyen. S'il naît un petit Gambctta qui devienne un homme, ce ne sera pas tout à fait un homme comme un autre, par la raison que son illustre père aura signé des décrets souverains. Il faut se résigner à ce mystère ennuyeux pour la démocratie. Est-ce que les petits Garibaldi ne naissent pas généraux français ? Est-ce que nous n'avons pas un petit Garnot qui naquit député en dépit de nature?

PAttfl .1»BNDM«T CL£ «lÉCK. 267

Combien d*aiÉtm6 pàoeils fils des di6u&, qui n'ont jamais »tt m acquihk la iboîiuke v^ garer des grand» emploi»!

tin Bourbon eat un fiourJMbA. fllaut en passer par là. £t ks éeax BomfbenB qui feoppMt à Ul porte de rAsi^embléâ n'y ont pas «éié 6«vd5^» aumépris âe la loi, uniquetadnt pidur fournir drâi: vota: à te eofnfection de telle 4(ralleUe loi.

Mais la raison c[ui iàit qu-cia Boorbon est pfhis qu'un autre citoyen fait aussi qu'un Bourbon n'est pasun ûiteye&« U n'existe en réaUfeé tpi'un Bourbon politiqiièi, c'est le dbef de la famille, et celui-là aussi esst tout autre dkose qu tm iFrunçais de pfm f Le mot de GharleBX est joli, aimable, français, mais taxjtx en poUtîque. Un Baucbcm «si ua héritier du trène ou un aspirant au trôoie. Héiitier, il attend et il obéit ; ag^piirant, il oonspirô, et la raison poli!tîi[ue ordonne de Uécarter.

fianry de Bourboia donne mt exemple que ses cousiiis regretteront de n'avoir pas itmiié. !1 se tient à récart, il ne s'offre pas, il n'a pas sofUiciié un département de l'introduire par une porte dérobée comme candidat à la royauté. Si la France a besoin de lui, elle sait où elle le trouvera.

Ce qui conviendrait à Tégarddes princes d'Orléans, ce serait de leur faire sommation de se soumettre à leur chef. Nous n'aimons pas le mot de fusion trop généralement employé.

Les princes d'Orléans n'ont pas de droit distinct. 1830 ne leur a créé qu'une situation mauvaise, irrégulière, séditieuse. Elle leè oblige à rentrer dans

268 PARIS PENDANT LE SltùE.

Tordre, voilà ce qu'exigent leur honneur et l'intérêt du pays. Autrement ils sont des princes révolutionnaires et des révolutionnaires princiers, ce qu'il y a de pire dans le régime monarchique, et ce qu'il y a de pire dans le régime républicain. S'ils veulent conserver cette situation, ce que le chef de la Maison de Bourbon peut faire de plus sage est de leur ôter le rang de princes, et ce que la ^République doit avoir de plus pressé est de leur retirer la qualité de citoyens.

Henry de Bourbon ne les exclut pas^ il n'exclut personne, et c'est le privilège incomparable de sa situation. Ils excluent Henry de Bourbon, et avec lui ce que l'on appelait sous Louis-Philippe les partis extrêmes, sous Bonaparte les vieux partis^ sous Jules Favre la République honnête et modérée.

Ils sont ce juste-milieu, de qui personne ne veut longtemps ; ce tronc, ce ventre sans tête, sans cœur, sans jambes, qui roule de ci, de là jusqu'à "ce qu'il ait trouvé avec Louis-Philippe la fosse, avec Bonaparte le trou, avec Jules Favre l'infâme abîme.

DEUXIÈME SIÈGE

PABJS PENDANT ÎA COMMUNE

17 mars.

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