‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 44 sur 86 · II · texte numérisé non relu

II

290 PARU^ PICMDANT Lh COMMUEE.

Deuil national) service religieux, mouument aux frais de TÉtat, adoption de la famille du général Lecomte» pension à sa veuve, tout a été vqté sans développements et sans contradiction, sauf sur un point, et la contradiction est demeurée victorieuse. La proposition voulait le monument au lieu mê)ne où fut commis le crime. Dana la région où Ton se montrait htôr si implacable envers ces pauvres juges et leur vieux péché,, quelqu'un a trouvé que c'était trop de marquer la place du sang ; que cela sendrait. la.re-^ préiaille^ peut-être Texpiation.

Le mot a suffi» La commission s'est rendue, et Tem^placement ifeste indéterminé ..Le monument sera élevé quelque part. Que les statuaires et les architectes ne fatiguent point leur imagination. Le concours pour ce monument-là ne sera pas indiqué de sitôt, et nous entrons danS'Une époque qui ne se fera pos remarquer par Tabondance des monumeats. Du reste^ pour les services quie les artistes ont pris l'habitude de rendre à l'intelligence et à la morale publiques, ce ne serait pas grand dommage qu'ils apprissent àjeùner, et les avocats aussi, et les gens de lettres de même .

Néanmoins le monument expiatoire est regrettable. Une simple croix, sans inscription, serait bien placée là. Elle coûterait peu et pourraitrapporter ou du moins épargner beaucoup. Car, ^ofin, de^ exécutioas comme celles de Clément Thomas et de Lecomie sont fort coûteuses. Elles ne se s/oldent pas par le prix de la poudre et du plomb. Mais, d'un, auitre côté, il faut éviter ce qui pourrait humiliei le mont sa^ré. Dana cette heureuse région, berceau de lanouveUe et vraie

PARÏ» ^mOA^t tk COMMUNE. 291

République, peut-on admettre qu*il se commet des

' crimes?

Un autre point a paru louche, c'est le service religieux auquel l'Assemblée doit assister. Un membre a eu des scrupules. Il a demandé si Ton ne craignait pas de blesser la conscience des députés protestants ou juifs, en les contraignant moralement de prendre part aune cérémonie catholique? L'Assemblée a vu la finesse, et une sorte de huée générale a immédiatement bloqué l'objection dans la bouche du casuiste. Il s*est rendu, comme tout à l'heure la commission, et M. Grévy, en hâte, a fait voter Tarticle et fia loi. Ces deux assassinés sont devenus importuns. Espérons que du moins la veuve du général Lecomte aura sa pension, et que sa famille ne souffrira pas de l'adoption de la patrie.

Donc, les morts sont enterrés avec une "certaine décence, les prisonniers sont rendus, et c'est une sorte de preuve que ce l'armistice » est signé. Mais de l'armistice à la paix, il y a encore quelquefois, en ce temps-ci, un pas assez difficile.

Et M. Grévv a levé la séance.

VersaUles, 27 mars.

SÉANCf. nS l'assemblés* — ^ M^ TU1£RS« -^ 6RANOEUR ET

STÉRIUTÉ DE SA Sl/IUAliON.

On a vu reparaître la proposition de M. Louis

292 PARIS PEKDAMT LA COMMU^Ë.

Blanc et de ses collègues rouges réclamant des éloges pour les maires qui ont pris sur eux de sauver Paris, la République et la France, en faisant célébrer les élections schismatiques d*hier. Cette proposition semblait engouffrée dans le carton de la commission d'initiative parlementaire, mais il a paru préférable que le cai^ton la revomît, afin qu'elle fût frappée d'un refus de prise en considération, ce qui est l'enterrement positif.

Mais avant de laisser passer à ce vote, M. Thiers a voulu remplir son rôle de temporisateur et de neutre qui le condamne à tant d'ambiguïtés. M. Thiers se souvient toujours qu un souverain n'a point de parti. Comme l'emperem* Napoléon en Algérie se déclarait l'empereur des musulmans et des juifs aussi bien que des chrétiens, M, Thiers veut être l'exécutif des républicains comme des monarchistes; il les porte également dans son cœur. Sauf pour ses concurrents de l'antique place de Grève, il a été doux et gracieux pour tout le monde. Monarchistes et républicains lui semblent charmants, il reconnaît tous les droits, il honore toutes les vertus, il atteste tous les bons désirs. 11 semble pencher pour la République, mais il n'entend pas disperser les partisans delà monarchie; et bien fin qui dirait s'il est lui-même républicain ou monarchiste. Peut-être n'est-il ni l'un ni l'autre, peut-être est-il l'un et l'autre ; mais ce qui paraît ne pas faire le moindre doute dans son esprit, c'est que républicains et monarchistes, ne pouvant se tirer d'affaire que par lui, doivent s'en remettre à lui. 11 n'en a pas persuadé tout le monde.

lia ajouté qu'encore que la situation fut grave, rien n'était en péril, vu les bonnes mesures qu'il a prises, et cela non plus n'a pas paru certain. Mais que répondre et que faire? Comme disent les députés, on est bien embarrassé ! Par diverses raisons, qui peut-être ne sont pas toutes solides, ni loyales, ni tirées du fond de dévouement le plus pur, on craint de mettre le feu aux poudres, et on laisse lentement (d'une lenteur relative) brûler tant de mèches allumées de tous côtés !

Après l'habile discours de M. Tbiers, — habile, puisque personne ne s'est trouvé en état de contredire, — M. de Lasteyrie a dit quelques mots graves et impuissants, mais capables au moins de soulager les consciences qui croient devoir se résigner aux mesures de temporisation. 11 a fait entrevoir la grande part de l'esprit de discipline dans la patience avec laquelle la majorité supporte les excès de l'insurrection , et en même temps il a marqué qu'elle entend laisser à qui de droit la responsabilité de n'avoir pas agi. Cette protestation voilée a été trèssen.tie.

On adresse beaucoup de reproches à la majorité de l'Assemblée. Nous n'avons pas à nous prononcer sur l'équité de ce mécontentement général qui frappe nécessairement tous les pouvoirs en des temps si lâches et par là même si troublés. Il est certain néanmoins que l'Assemblée a un grand défaut, et il se compose de toutes les qualités qui ont valu à M. Tbiers une si grande et si stérile situation. L'Assemblée correspond à tout parce qu'elle ne s'attache

294 PARIS ^£^DA^T hk coM¥^^J^•

à rien. Elle ne s'attache à rien, parce que dans son ensemble elle ne croit à rien ; e1^ parce qu'elle ne croit à rien,, elle ne peut rien.

La logique de la langue française exprime bien cela, lorsqu'elle unit dans une même misère, morale et matérielle, les peuples qui n'ont ni Dieu ni roi, les classes qui n'ont ni foi ni loi, et les individus qui n'ont ni feu ni lieu. La triste France esi ceiUi foule en détresse, et le grand poiut de cette détresse est une sorte d'impuissance volontaire à sortir de là.

Quant à M. Thiers, en son particulier et malgré son mérite éminent,il semble plus qu'un autreletype de ce peuple jadis si bien assis sur la terre, maintenantie plus flottant des aventuriers. Son grand esprit n'a pu se rattacher à rien et ne croit qu'à l'expédient. Il disait tout à l'heure qu'aucun principe n'est compromis ! Il le croit sans doute, et il ne sait pas qu'il montre en même temps que, pour lui, aucun principe n'est certain.

On lui attribue un mot qui n'est pas invraisemblable. Il aurait dit à certains monarchistes ^ueiSâO avait voulu faire un civet de lièvre avec un lapin, ftt que le civet n'avait rien valu ; qu'en 1851, un autre lapin s'était lui-même déclaré lièvre, et u avait fourni qu'uu civet encore plus manqué ; qu'en J 871, comna^^ toujours, pour faire un civet de lièvre, il fftui iw lièvre. Bien n'est plus vérifié par l'expérience du noonde ; et néanmoins M. Thiers, à l'heure présente, ayant son civet à faire, écarte le lièvre, écarte aussi le lapin, et propose... un chat!

Il croit mêjne tenir le that«« .

PARIB PENDANT 'LA XX>MMimE. 295

Quant à la proposition de M. Louis Blanc, elle a "été enterrée après oes'meims exercices. Il est vraîsemblable que, si elle avait été prise ^n considéralton samedi dernier, d'urgence, eomme l'arait Téclamée son auteur, le résultat du voté de dimanche eût été autre, et que M. Louis Blanc lui-même serait sorti du scrutin avec la même pompe qu'on Ta vu émerger de l'urne du 8 février dernier, en tête partout ; et alors, ce trognon de plume, qui «'est vanté un jour d'avoir fait contre la société le serment d'Annibàl, serait aujourd'hui dictateur.

Tel était le but de la manœuvre. Il Ta manqué, mais il y reviendra, et rien ne -prouve encore qu'il le manqaera toujours. Qu'importe que la main soit débile et même tremblante si le vent porte le trait? Or, quoi qu'en dise M. Thiers, les principes sont fort compromis ; la pauvre société n'a point de cuiraspe -et son cœur est bien à découvert.

CILKIl

Vecsailles, 13 avril.

l'argument du BOUtET.

Nous avons rbonneur de nous rencontrer, sous les ^Irapeaux du ft grand parti de l'ordre, » avec quantité d'anciens adversaires qui sont, nous le craignons, des adversaires futurs. La plupart font office de généfjaux réguliers ; nous ue tenons rang que de fr^nc-

296 PARIS PENDANT LA C0M3fUNE. *

tireur volontaire un peu contraint 'par la cruauté de la situation et habituellement mal content du plan de campagne. Nous défendons un terrain particulier que beaucoup de ceux qui mènent la guerre voudraient abandonner ; il leur plaît fort de laisser au pouvoir de l'ennemi des positions et des passages qu'à notre avis il lui faudrait prendre. De là, entre nous, [des divergences qui peuvent aller, on le sait, jusqu'aux hostilités. Ainsi le veut la composition du grand parti de l'ordre ; et c'est ce qui explique sa fortune.

Mais une choséf en ce [moment nous rapproche : nous sommes tous plus ou moins en déroute. Plumes et langues ne savent trop que dire. Il n'y a que les boulets qui fassent encore figure d'arguments. L'occasion est bonne pour échanger quelques mots tranquilles, à la manière des ombres qui se croisent sur l'herbe molle des champs élyséens, après avoir contre-opiné furieusement dans les aventures dé ce monde.

Or, nous prions nos adversaires libres-penseurs de se rappeler ce que nous leur avons tant dit : Que quand une pierre tomberait de l'Église, elle écraserait la maison séculière, et que, si le Vatican venait à crouler, les débris rouleraient par le monde et n'y laisseraient rien debout. Nous affirmions que les trônes ne résisteraient pas, que les murs des villes fortes ne résisteraient pas, que les portes même delà caisse seraient enfoncées et laisseraient fuir l'âme du bourgeois.

Nous ne redoutions pas de nous rendre fâcheux et

désagréable pour attirei* leur attention sur cette pensée, et ils nous renvoyaient bien loin, souvent sans aucune aménité. Voilà pourtant, hélas ! que la chose arrive, comme nous l'annoncions.

Ce boulet de Versailles qui frappe sur Paris, et ce boulet de Paris qui ne laisse pas de frapper aussi sur Versailles, crevant ici et là tant de caisses, si ce n'est pas la première pierre tombée du Vatican qui commence à rouler, nous demandons ce que c'est?

Nous invitons tout spécialement le Journal des Débats à nous le dire, sitôt qu'il aura remonté son affiit, momentanément retiré de l'embrasure où il se fit pendant quelques jours honorablement remarquer. Le Journal des Débats était le plus savamment satisfait de la situation critique de l'Église. Qui l'eût cru , hormis nous^ que lui aussi, bientôt, s'estimerait en péril? Sa porte était certes la plus blindée qui existât au monde. Il était le grand maître d'école de la civilisation moderne, et il avait signé le diplôme de M. Jules Simon.

Un gredin sans nom grimpe au dôme de Sainte- Geneviève pour abattre la croix, et deux coups de marteau en font l'affaire : c'était si peu solide, cette croix ! Mais voilà que les éclats rebondissent sur le pavé, franchissent la Seine et vont dans tout Paris briser les presses de dix journaux, sans excepter les presses révérées du Journal des Débats^ et en même temps combien de serrures !

Tous les obus de Prusse n'en auraient pas tant fait.

Quel sujet de méditation, si Ton savait méditer!

â98 PAKIS CENDANT {.A COMmiNi:

cLxm

l^ avril.

M. THIERS DCVIEfiTT RÉPUBLICAIN.

Nous ne voudrions point contrarier M. Thiers. 11 est certainement aussi intéressé que personne à sauver la civilisation ; il a son plan, qu'il ne peut dire à tout le monde. Cette considération , jointe à son grand renom d'habileté, doit donner patience. D'ailleurs, quand on est du grand parti de l'ordre, il faut bien accorder quelque chose au gouvernement, et ne pas se jeter tout de suite dans une opposition intraitable. Si Ton dit que M. Thiers. lui-même eu a fréquemment fourni l'exemple, ce n'est pas une raison- Mais il serait juste que M. Thiers, à son tour, ae fît pas trop d'opposition à la majorité nationale exprimée par l'Assemblée. Or il prend une habitude taquine et, suivant nous, périlleuse de crier : Vive ia République ! Cette « profession de foi » revient dans toutes ses proclamations, discours et dépêches, c'està-dire au moins une fois par jour. C'est souvent! Est-il sûr d'être en cela bien sage et de rester bien strictement dans son droit? A notre avis, il empiète, et de plus il agace.

Il empiète sur le pouvoir constituant. On lui a, dit-il, donné la République, il veut rendre la Répu^ blique. Ce n'est pas nous qui blâmerions taut de

PJUUS PE>'D4NT XA COMOTNE. 299

probité ; seulement M. ThierB s'abuse sur la uatuçe du dépôt La Frauce n'est pas légalement en république, elle est ^n provisoire, mlà tout. Ce n'est donc pas la Réf^liqnequi a été placée sans la garde de M, Tbiers, c'est le ^provisoire, le pur et simple provisoire que sa louable probité l'oblige de rendre. Noufi ne contestons pas son aptitude à choisir une constitution ^ même à nous la faire ; Kjncore faudraitil prendre les voix. Mais il ne s'agit point de son aptitude, il s'agit de sa qualité. Nous soutenons que la qualité lui manque. Certainement il n'a pas été élu député en vingt-cinq départements, ni promu pouvoir exécutif pour constituer la France, et, qui plus est, pour la constituer en république.

Il a un vieux bon mot de 1 849 : ce Restons en république, c'est ce qui nous divise le moins. » Après vingt-deux ans, ce vieux bon mot n'est pas devenu parole d'évangile, et ne s'est pas, comme la loi saUque, gravé <( ès-cœurs des François. » On peut même dire qu'en 1871, le bon mot de 1849 a perdu de son sel. Sans doute, toute langue bien pendue et toute plume suffisamment exercée prouverait aisément que la République est ce qui nous divise le moins. Mais ce jeu d^esprit serait un outrage aux angoisses de la France. Voilà un siècle que nous nous battons, que nous périssons, que nous pourrissons, pour attester que la République n'est pas ce qui nous divise le moins.

Si M. Thiers, fidèle à son bon mot, est devenu républicain, c'est un malheur. Il n'en disait rien au temps des élections; sa fortune électorale en eût

souffert. On lui eût demandé de définir sa forme de république* Mais républicain tout court, c'est-à-dire suivant l'une des formes successivement essayées, rejetées et reprises depuisM.de La Fayette jusqu'aux anonvmes de la nouvelle Commune de Paris, cela ne peut passer, quelqu'un devrait l'en avertir. La majorité française repousse toutes ces façons de républiques-là. Si M. Thiers persiste, alors qu'il parle pour lui. Quand il a l'air de parler au nom de la France, il usurpe.

Il y a un cri de Vive la République! et un cri de Vive la Fratice ! qui ne sont pas du tout le même cri, et tous ceux qui crient vive la République ne crient pas la même chose. M. Thiers ne l'ignore pas. Un homme d'un esprit si fin devrait avoir horreur de fatiguer ses poumons dans un exercice manifestement infructueux. Que pense-t-il gagner à faire flotter entre Versailles et Belleville cette loque multicolore, ce vieil habit d'arlequin?

Que M. Thiers cesse de désobliger quantité de gens "qui lui souhaitent de bien finir ; qu'il ne leur donne pas le crève-cœur de le voir insensiblement prendre la figure d'un Serrano, lui qui a fait des livres intéressants. QuUl s'occupe de réduire Paris ; et en attendant, qu'il nous présente au moins une république définie, mais surtout qu'il nous garde dans le provisoire : c'est la chose qui nous divisQ le moins provisoirement.

Versailles, 16 avril.

LllTÉRATURE ET POLITIQUE DE ROCHEFORT.

Nous donnons un morceau politique et littéraire de M. Henri Rochefort. Comme nous l'avons déjà remarqué, cet illustre personnage n'a perdu rien du genre d'esprit et de mérite qui lui fît une si belle fortune. Il a ravi le monde français, il a été élu et réélu député, il est devenu l'idole du peuple par l'étalage des grâces que l'on va revoir, et elles ont paru si charmantes que la faveur publique s'est répandue jusque sur ses imitateurs, tels que le petit Simon dit Lockroy , lequel d'ailleurs le pourrait suppléer.

Nous ne nous excusons point de citer ces choses. A force de pauvreté, ellesont leur valeur; par l'excès de l'infection, elles deviennent en quelque manière salubres. Ce sont là -vraiment les odeurs de Paris, les émanations directes de la cervelle parisienne. La vapeur de l'égout et l'haleine du café chantant, se dégageant par le gosier des Ihérésas^ n'en donnent pas l'essence aussi pure. Qui veut connaître le fonds intellectuel el moral du Paris de 1869, 1870 et 1871, doit étudier les Roche fortins. Ces ce écrivains » sont la perle qu'ont formée tout le sel et toutes les énergies de cette mer. Elle produit cela. Sous un petit

302 TARIS !>ÊNDARt U COMlfttNE.

volume ils fournissent l'expression la plus raffinée des corruptions du cœur et de l'esprit. La vertueuse Commune porte au front cette couronne.

Il y a deux cents ans, ici, à Versailles, dans une maison de la rue des Réservoirs, presqu eu face du lieu où M. Hocliefort et M. Lockroy faisaient des lois la semaino passée, un homme d'esprit écrivait à loisir des pages de mécontent. D y déplorait, non sans aigreur, l'injustice de la société envers les hommes d'esprit qui font des livres et avec qui cependant ne comptent point les hommes d'État. — Quoi ! disait-il, Antisthènes sait le grec, la politique, l'histoire, la morale, le reste, et tout cela ne vaut rien si Antisthènes ne se fait encore vendeur de marée?

Cet homme d'esprit mécontent se nommait Jean de La Bruyère, et son livre, peu fréquenté de l'école Rochefort, a pris rang parmi les chefs-d'œuvre.

Nous voudrions savoir ce que La Bruyère, lisant les pages suivantes, penserait de la marée d' Antisthènes, et du progrès qui a fait aux gens de lettres une si grande place dans l'État sans qu'ils aient besoin d'apprendre le français, ni la politique, ni l'histoire, ni la morale, ni autre chose que l'art de vendre leur marée.

Voici la marée :

LES PftOPOSFrfOW& DE M. THYÉtlS.

11 est évident qutî/ depuis sott instaJlation .à Versailles, M. Thiers, pour s'étourdir, se livre à la boisson. Un vieillai^d, en état d'ivresse^ a seul pu, en effet, adresser aux délégués de

PA'RïS iPÊRDAm* La commcke. 303

là Ligue deè âroîU de Parts îa réponse dont an riait, si haut, hier soir sur les boulevards .

M. Thiers a le vin comique. On vient lui annoncer que les franchises municipales qu'on nous refuse depuis vingt ans, nous venons de les prendre, que nous les possédous et que nous n'avons nulle envîe de les lâcher; il déclare alors qu'il consultera les éleveurs de la Chambre pour savoir s'il peut nous les accorder. Vous figurez-vous les vingt arrondissements attendant dans une anxiété profonde Topinion de M* Prax- Pàris, pour savoir s'ils élirout ou s'ils n'éliront pas leur Commune?

Ce même Thiers, qui nous conteste nos franchises communales sans paraître s'apercevoir que c'est parce qu'on nous les refusait que nous] les avons prises, veut bien consentir à ne pas sévir contre les gardes nationaux qui mettront bas les armes et rentreront dans leurs foyers» Cette dernière concession a-tteste une démence alcoolique de plus en plus prononcée. Mais les gardes nationaux qui ont pris les armes contre les bestiaux de Versailles, c'est tout Paris i On se demande, conséquemment, conunent s'y prendrait bien Thiers le Victorieux pour faire passer en jugement trois cent mille hommes, sans cojaipter les femmes et les enfants, qui, dans la mesure de leurs forces, prennent aussi part à la lutte.

En admettant qu'il ne faille pas plus de dix minutes pour l'exécution de chaque rebelle, ce qui est contestable, même en y mettant la promptitude de Vinoy assassinant k général Duval, le chef de l'exécutif n'aurait pas assez de cinq années de fusillades journalières et à jet continu pour arriver à purger la ten^e de tous ceux qui se sont soulavés contre ce petit despotaillon.

Si j'ai insinué plus haut que M. Thiers noyait ses inquiétudes dans le vin bleu, c'est qu'un homme qui, avec les seuls émoluments de minisire, a trouvé moyen de se faire construire place Saint-Georges un hôtel de deux millions, ne peut être un imbécile. Or, ses réponses aux membres de la Ligue des droits de Paris sont incontestablement d'un abruti ou d'un amant de liqueurs fortes.

304 PABIS PENDAM LA COMMU^E.

Eh bien ! puisque le berger du troupeau de fuyards, qui broute l'herbe à Versailles, a un aussi grand besoin d'être édifié sur les sentiments de la population parisienne à l'égard de sa bande et de lui-même, nous allons lui donner nos conditions comme il nous a posé les siennes :

Il nous livrera Vinoy, GalifFet, Jules Favre, Picard et Mac- Mahon, qui défileront, enchaînés deux à deux, jusqu'au rondpoint des Champs-Elysées.

Les fils, les femmes, les pères et les frères des gai'des nationaux tués par les obus de ces prussiens d'outre-Seine seront alors convoqués au même endroit, et à midi pom* le quart on leur livrera les captifs, avec autorisation spéciale d'en faille ce qu'ils voudront.

Et s'ils délivrent leurs prisonniers pour les porter eii triomphe à l'Hôtel de Ville, nous nous engageons à ne pas les en empêcher.

Voilà notre ultimatum. Nous sommes convaincu que Pai'is déposera les armes le jour où M. Thi<'rs consentira à l'ac- (•epter#

Henri HoriiEFORT.

Deux fois député d'Athènes, à la face du inonde ! Député avant les Prussiens, député après, lorsqu'il avait montré son éloquence et sa vaillance ! Député du cœur !

Mais, soyons juste : que pouvait trouver de mieux ce charmant peuple d'Athènes pour montrer ce qu'il estime en Platon-Blanc, Socrate-Quinet , Démosthènes-Favi*e et Anacréon-Hugo , purs députés de l'esprit?

iS avril.

CONFECTION HÂTÉE d'unE LOI SUR LA PRESSE. M. Dl

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