PARIS BRÛLÉ
Paris se f ord dans les flammes allumées par ses c( idées » et par les mains de ses fils. Dernier mot de la Commune, elle-même dernier mot de la Révolution ! Une folie incomparable dansl'histoire, un crime inouï ! Ni Babylone ni ses filles, ni la vieille Sodome et la vieille Gomorrhe n'ont ainsi péri de leurs propres mains. Pluie de feu, pluie de soufre, averses de feu liquide, trombes de fer brûlant ! Le ciel était serein, Dieu n'a pas élevé la voix. Dieu est resté silencieux devant la destruction comme il l'avait été devant le blasphème.
Jérusalem est dépassée. Depuis le Christ, aucuoe ville n'est tombée de cette mort.
Depuis longues années, depuis quarante ans et plus à notre connaissance, un esprit de prophétie courait dans le monde chrétien. Des centaines d'oracles annonçaient à la France d'immenses catastrophes. On
tenait généralement peu de compte de ces prédictions étranges et incohérentes. En effet, aucune ne s'est accomplie de point en ])oint. Néanmoins toutes s'accordaient en uoe circonstance : paris sera brûlé.
Nous nous taisons devant ce fait formidable. Ce cpie nous en pourrions dirç, il y a longtemps déjà que nous l'avons dit, car la raison chrétienne parlait comme la foi dont elle est la fille. De plus en plus elle sentait, elle annonçait l'imminence d'un châtiment terrible.
Nous laissons la parole à quelques-uns de nos confrères, la plupart habituellement fort éloignés de juger comme nous. Sous les éclats de ce tonnerre, ils expriment nos pensées, souvent avec éloquence. Ce sont des témoignages de l'âme nAturellement chrétienne. Nous les recueillons plus respectueusement, là oÀ nous aurions moins espéré de les rencontrer.
Le Soir :
Nous assistons, terrifiés^ à ia fin d'une ville, presqu'à récraùlement d'un nionde.
Paris tombe pièce à pièce, monuments par monumemts, incendié par la plus infernale bande qui ait laissé sa trace saaglantedans rUistoire.Le pétrole qui dévore, la mine qui éclate, le boulet qui troue et renverse, l'obus qui émiette et décbire : tout est bon à ces hommes de destruction, à ces fils de pamcidcB.
« Paris ville libre ! » criaient cee malfaiteurs de la plume au début de Tinsurrection. Ils peuvent crier aujourd'bui : ce Paris ville morte ! »
Maintenant, c'est bien fini. On aura beau laver les ruisseaux rougis de sang, déblayer les décomtwes, relever les monuments^, Pasris a cessé momlement d'être la capitale de la
PARIS PENDAJSr Uk COMMUNE. * 391
FraBce . Qaaad nm ville peut renfermer tant de enmes «t de folies^ elle est condamnée à la déchéanoe^ et si elle échaippe maintenant au feu biblique du ciel, elle ne saurait échapper b la pitié et au mépris des hommes.
Les rois qu'on plaint ne régnent plus 1
Nous n'osons plu», en présence de ces atrocités, dire un mot <âes coupables. .Nous sentons que la douleur et l'indignaitiKm nous emporteraient. Mais c'est la honte au front que nous voyons se justifier la phrase de M. de Bismark, comptant sur la populace de Paris polir écraser, déshonorer et anéantir Paris .
Aiyourd'hui, c'est fait I
Hectop Pessard.
Le Temps:
La main d'une Némési^ implacai^le fi'£k|4)^&aiiiit sur n^ive pays. Les fiarcenés qui se 'sont e]iKkpai*é&, Âl y a de«uc mois, de Paris, en abandomient a«\jourd'hui les ruines fumantes «ux défenseuars de la loi. Nous ne nous sentons pas la force d'é- -chapper à notre douleur» è. jobotre indignation et à nos angoisses et de parler librement de ces désastres inouïs. Avec tous nos cotucitoyens, nous demeurons accablés sous le poids d'uAe malédiction que nous avxms méritée avec eux. Quel Français peut, en effel^.sa doii^e entièrement inouoceiat de ces Ksrimes aJ^omisiahles»
Les consierYateurs hébétés qui ont cru que T Empire était une société d'assurance contre le désordre, exigeant pour prisoe la lâcheté civique et l'abandon de tous les droits; les fonctionoairee pétrifiés pendant visgt ans daoss un mandarinat civil et militaire, qui faisait de la France une Chine privée de traditions; une opposition sans consistance gouvernementale ijaettant en lumière, au jour du péril, un personnel ignorant ou sénile, et pendant ciwj mois de siège versant à la population la plus impressionnable de l'univers la liqueur capiteuse d'une rhétorique frelatée; un prolétariat avide de jouissances en face d'une boux^eoisie avide de rapas ; uae presse faisant commerce de kivolités, powr ne fpos dire de acMukles^ et, par^ssus tout.
la plate indifférence d'une population qui^ considérant l'accomplissément des devoirs politiques comme une charge^ a livré tour à tour les clefs de son forum, de ses trésors et de ses libertés aux conspirateurs du trône ou de la rue. Perdue par l'universelle infatuation, la France ne peut se relever que dans l'effort du repentir commun. Les prières de la droite y seront utiles peut-être ; mais à coup sûr la bonne volonté de tous y est à présent indispensable.
Le Fhançais :
Nous traitions de visionnaires ceux qui prétendaient voir s'amonceler au-dessus de Paris le nuage sombre de la vengeance divine. Hélas! l'heure est venue; le châtiment a encore dépassé en horreur tout ce que les imaginations avaient pu rêver; et par une ignominie de plus, ce ne sont pas des ennemis enivrés par la victoire, ce sont des Français gui auront accumulé ces désastres sans précédent dans l'histoire. De telle sorte que ces ruines fumantes témoigneront au monde plus encore de nos hontes que de notre malheur.
Sommes-nous au bout? L'expiation est-elle assez complète? Et surtout saurons-nous la recevoir comme il convient? Saurons-nous reconnaître dans l'énormité même de cet écroulement la main toute-puissante qui nous châtie? Notre orgueil et notre légèreté sauront-ils enfin s'incliner et comprendre? Si de tels coups trouvent encore des esprits fermés et des cœurs hautains, c'est à désespérer de la France.
Après ces paroles de vrai chrétien, il y a quelque chose de triste dans l'aveu d'un homme qui a eu la faiblesse de se dire athée, et qui prend une peine infinie, et nousl'espérons inutile, pour soutenir cette gageure :
C'en est fait de Paris ! de ce Paris que nous avons tant aimé î J'en pleurerais d'indignation, de douleur et de rage î
Pourvu qu'au moins ce ne soit pas le dernier jour de la France !
Qui sait si ce n'est pas là le commencement d'une immense jacquerie !
Oh ! que l'avenir est triste, et que nous avons besoin de tout notre sang-froid pour conjurer des éventualités si redoutables !
Recueillons-nous^ les événements se précipitent avec fureur; tâchons, nous, dans cet écroulement universel, de demeurer fermes. Ramassons toutes les forces de notre esprit, et efforçons-nous d'envisager la situation d'un œil ferme.
De grands devoirs nous restent à remplir; haussons notre cœur. C'est une de ces occasions où l'on est bien fâché de ne pas croire ; on se réfugierait au moins dans un recours consolant vers une puissance supérieure.
Fions-nous au bon sens et à la raison .
0 raison, s'écriait Fénelon, n'es-tu pas le Dieu que je cherche?
Francisque Sarcey.
Nous avons aussi une appréciation de la catastrophe par M. Thiers, chef du pouvoir exécutif, abstenant sur la question de Texisteuce de Dieu et sur la convenance de lui adresser des prières. Nous nous contentons de mentionner cette proclamation, affichée aujourd'hui. On y voit ce que là plus grande catastrophe du monde peut tirer d'un esprit envahi par de telles ténèbres.
Il ne semble pas que rien de ce qui s'est passé depuis neuf mois ait eu la puissance de tourner les yeux de M. Thiers vers le ciel. Le chef du pouvoir exécutif n'a pas même cette douloureuse sensation du vide, dont se plaint M. Sarcey. Pour les chrétiens, cette insensibilité , vraiment miraculeuse en son genre , dit tout et explique tout. Si l'on considère à quel point
M. Thiers représente ce qui périt, on peut le considérer comme n'étant pas la moindre pièce du dossier sur lequel la justice divine a conclu à la mort.
Mais devant Dieu le recours en grâce demeure toujours ouvert, même lorsque la terrible sentence est déjà en cours d'exécution. C'est la raison chrétienne qui a dicté cette ancienne devise qu'on lit au fronton d'une église de Rome : Dum spiro^ spero; tant que je vis, j'espère.
26 mai.