‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 61 sur 86 · M, JULES FERRY. — M. CARNOT · texte numérisé non relu

M, JULES FERRY. — M. CARNOT

L'iueendie continue «t l'épouvante s'a^îcroît. Le crime était inouï, il reste inimaginable. On pouvait s'attendre à tout, mais non pas à l'impossible. L'impossible est non- seulement réalisé, mais, hélas! d'«ne certaine manière dépassé. Si quelqoe prophète avait annoncé ce que nous voyons, et en était resté là, des voix se fassent élevées aussitôt pour attester qu'alors se verraient d'autres merveilles. Tout le monde se fût dit qu'alors la France serait consolée par un suprême élan des esprits et des wBurs; que quelque chose de grand éclaterait soudain à la face du monde, qu'il y aurait des repentirs et des aveux sublimes, et qu'enfin, de cette montagne de cecrdres, un phénix surgirait.

Il n'y a rien, rien ne s'annonce, et tout semble annoncer qu'il n'y aura rien.

Debout sur cette ruine incomparable, M. Thiers, entouré de MM. Jules Favre, Jules Simon et Ernest Picard, se baisse, ramasse quelque chose et nous le présente... C'est Jules Ferry, dont il fait un préfet de la Seine.

Il nous annonce tranquillement qu*il n'a pu trouver que cela, et tranquillement encore, que c'est quelque chose.

C'est quelque chose en effet. C'est dans tout le gouvernement de la défense nationale ce qu'il y avait de plus décrié. Car, à les prendre avec indulgeace, les uns étaient simplement impudents, les autres simplement ridicules. M. Jules Ferry était déjà l'impudence la plus ridicule et le ridicule le plus impudent, et il est sans comparaison celui qui s'est rendu le plus odieiKK à tout le monde^ et qui a le plus insulté tout le monde.

Comme Rochefort a peut-être l'honneur d'être le gredin pur, M. Jules Ferry a peut-être l'honneur . d'être le pur faquin. Il est si bien mélangé d'incapacité en tout genre, de cuistrerie, de fatuité^ de platitude civique, littéraire, oratoire; des rues noires de son quartier électoral à l'Hôtel de Ville, de l'Hôtel de Ville à Montmartre, il s'est sali le ventre sur tant de pieds sales, il a tant paru, disparu, reparu, qu'3 est devenu une chose à part, H a sa personnalité, son visage et son odeur. On aimarait mieux Tirard, qui d'aiUems raccompagne, et Motto, qui d'aiiUeurs n'est pas loin.

8ti6 l'AltiS PENDANT LA COMMUNE.

Il a de ses mains armé Montmartre, et décoré Belleville d'un drapeau particulier. Il a de ses mains aussi pétri le pain du siège que nous avons tous mangé, après l'avoir attendu chaque jour de longues heures sous la pluie et la neige à la porte des boulangers, incapable même d'organiser la distribution de ce pain-là ! Pour lui, il se faisait apporter du pain blanc; et il a su également très-bien toucher ses appointements de préfet de la Seine, pendant le règne de la Commune.

M. Thiers n'a pu trouver que ça, et c'est ça qu'il installe dans Paris quand Paris brûle!

M. Ferry, à son tour, a retrouvé non-seulement M. Tirard, l'un des ambassadeurs officieux de la Commune auprès de Versailles, mais aussi M. Carnot; et M. Carnot, de retour en son huitième arrondissement, adresse la proclamation suivante à ses peuples. Elle est vraiment impayable. Il faut la recueillir comme un monument de ce parti révolutionnaire, absolument niais lorsqu'il n'est pas absolument pervers, qu'on appelle la République honnête et modérée. M. Carnot nous offre le type plus irré- • prochable de ce parti, qui est le véritable alambic où fut distillée l'essence communeuse :

La violence nous avait séparés, la force nous réunit. Les administrateurs municipaux que vous aviez investis de votre confiance, au temps où nous combattions ensemble l'étrangec, reviennent prendre place au milieu de votts.

Avec Tordre reparaîtra le travail, source de toute richesse, le travail, qu'une coupable insurrection paraissait favoriser et qu'elle anéantissait.

PARIS PENDAiNT LA COMMUINË. 397

Les sinistres fauteurs de cette révolte contre le droit trouveront leur condamnation dans la sécurité qui va remplacer la défiance et la terreur^ et dans Vabondance qui va succéder à de cinielles privations. Us la trouveront surtout dans rétablissement de la liberté, dans le développement sérieux de ces franchises municipales, dont la fallacieuse promesse a égaré les sentiments les plus honorables et que le gouvernement saura sauver (?).

Chers concitoyens, nous vous disons donc de joindre vos efforts patriotiques aux nôtres pour rétablir les désastres de cette affreuse tempête. JVe s(mgeons qu'à rétablir la paix de la cité, la paix dans la rue, et, ce qui vaut mieux, la paix dans le.s cœurs.

Vive la République !

Carnot.

C'est fort bien de parler de paix, de rapprochement et de concorde, et Ton voudrait à tout prix ne pas affaiblir M. Thiers; mais enfin Ton se sent obligé de l'avertir que nulle considération ne peut prévaloir en sa faveur dans l'esprit de ceux qui le voient obstiné à ressusciter ces débris grotesques et odieux de la plus sotte école politique qui soit au monde. Une faut plus de ces hommes-là, il n'en faut plus, et il n'y a qu'une chose à leur dire : c'est que personne n'en veut plus et qu'ils ne sont plus.

Puisqu'ils reviennent toujours, articulons le mot : Il importe de les écarter à jamais, non-seulement parce que leurs noms et leurs figures remplissent une époque abominable de notre histoire, non-seulement parce qu'ils ont menti à la France, non-seuîement parce qu'ils l'ont avilie, mais encore parce qu'ils sont bêtes absolument, ce que l'on appelle de vieilles bêtes. Ils sont nés vieilles bêtes.

Au Panthéon!...

^18 PiUUfl FEMAàlNT Ul COMMUNK

27 mal»

M«^ JULES SIMOtN ST LES PRIÈBES PUBUQUES.

Le Journal officiel nous annonce que le jour même où il publiait la loi sur les prières publiques, ce le Gouvernement adressait aux évêques et ausL présidents des consistoires une circulaire destinée à porter à leur connaissance le texte de la loi votée par TAssemblée, et qui se terminait (la circulaire} par ces mots:

« Bien certaÛM qtba^ dsfMjtki le cKMumfinceiiuent âa la ^erre cÎTile, vous m'avea; cessé de prier Dieu pour qu'il mette fin à tant de malheurs^ l'Assemblée a voulu s'associer à vos prières, en les demandant par un acte salennel, au nom des intérêts ks plus sacrés de l'humanité et de ïa patrie. •»

Cette forme insolite nous laisse quelque cboi^e à defrîmer. «c Le Gouv^tiement » diottt ptusiears membres se sont abstenus de voter la loi, a-t«il voulu réparer le scandale de cette absteniioR ea se réunissant pour dcfliAndear les prières? Oa tout simplement M. Jules Simon, minislre des cultes, abstenanJ; et peu porté à prier, a^t41 souhaité de ne pias i^^er tout seul cette circulaire où il prend como^ ministre une attitude et une opinion qu'il a'a ipaj^ du tout eoBone particulier, comme député et comme écrivain?

^iJ&lS PSNDAUT ZA COHMIUŒ. 399

Pour un philosophe de cette taille , on de ce dia* mètre, ou de cette encolure, la rencontre est yéritablement ce que les Italiens appellent dispiacevale^ c'est-à-dire un peu traîtresse. Elle Toblige à &ire^^ en qualité de ministre , ce qu'il juge, en qualité de professeur, inutile, en qualité d'écrivaia, assez sot, en qualité de représentant du peuple, superfla«

Dans son livre du Devoir^ sans presser personne de prier, il avoue que quelques âmes naturellement disposées à la piété se portent d'elles-mêmes à la prière;, et il ajoute : <( Mais pour l'immense majorité des hommes, toute cette formalité du culte n'est pas de trop. » Ce qui , d'un côté , le montre assez éloigné d'admettre avec Tertullien <pie l'âme est naturellement chrétienne, — et, d^un autre côté, fait rêver sur la disposition d'esprit où il se trouvait, lorsqu'il s'est abstenu de procurer une chose qu'il estime pourtant n'être pas de trop pour l'immense majorité des hommes.

L'occitôion s'étant présentée de recourir à la oc for* malité, y) et ne lui laissant pas tout i £ait la liberté d'ouvrir un avis contraire, il s'est mis à l'écart. Cela est d'un sage.

Mais après avoir évité d'exécuter le philosophe, il fallait pourtant que le ministre procurât l'exécution de la loi. Comment faire? Il a trouvé deux biais. Le premier, c'est cet heureux masque que le Journal officiel airelle <^ le Gauvernement. » Montrez là dedans M. Jules Simon! Il y est, et il n'y est pas. Si, pour tourmenter le philosophe, vous dites qu'il y est, a n'y est pas, il n'y a que « le Gouvernement. » Si,

pour chercher noise au ministre, vous dites que M. Simon n'y est pas, alors il y est, puisque M. Simon est dans le ministre et le ministre dans le Gouvernement.

Le second biais, encore plus fin, c'est la rédaction du papier. Ici, il y a vraiment de l'art. Le « Gouvernement » intervient comme un être impersonnel. Il est simplement le commissionnaire de l'Assemblée : ■— L'Assemblée, bien certaine de cela, vous envoie ceci, afin que vous sachiez cette chose. Quant à ce que je pense de cela, de ceci et de cette chose, moi Gouvernement, ou moi Simon, c^est difl'érent. Et, comme on dit : Ni vu ni connu^ je {embrouille!

Renvoyons donc à l'Assemblée tout l'honneur de l'acte de foi dont elle a eu seule l'initiative et dont la JFrance, nous Tespérons, recueillera le fruit. Pour le Gouvernement, et pour M. Jules Simon en particulier, qu'ils reçoivent le prix du mercenaire. Il n'y a pas lieu d'y ajouter l'éloge donné à l'économe infidèle, car ils ne savent pas plus se faire des amis sur la terre que dans les cieux.

CLXXXVIi

27 mai.

PRliMlÈRFS NOUVELLES DES MASSACRES.

On nous apporte une horrible nouvelle. Les gens de la Commune ont fusillé les pères dominicains du

tiers-ordre, qu'ils tenaient en prison au couvent de la Santé. Ces martyrs étaient, nous dit-on, au nombre de dix, et à leur tête le R, P. Captier, directeur du collège Albert le Grand.

Durant le siège et jusqu'au moment de son incarcération^ le R. P. Captier et tous ses frères s'étaient prodigués pour la cause publique. Ils avaient donné leur maison, leurs soins, le peu qu'ils possédaient. Du même cœur, nous en sommes sûrs, et avec une joie plus haute, ils ont offert leur sang,

La mort du R. P. Captier serait une grande perte pour Tordre de Saint-Dominique, si elle n'était une plus grande gloire pour cette illustre famille religieuse et pour toute l'Église. Le P. Captier, jeune encore, éminent en science et en vertu, aimable, doux, sévère, plein d'ascendant, chéri de ceux qu'il conduisait, pouvait rendre longtemps de grands services. Mais l'homme qui meurt dans la grâce de Dieu, pour la gloire de Dieu, à cause de Dieu, a fait ce qu'il avait à faire. Ceux qu'il laisse ne manqueront de rien. Dieu est là, Pro patribus (uis nati sunt tibi filii : constitues eos principes super omnemierram.

La Commune donc expire fidèle à elle-même, comme elle a commencé. Elle a commencé en assassinant des généraux, elle finit en assassinant des prêtres. L'instinct diabolique a bien guidé sa main. Elle a planté son poignard là où la Révolution intelligente^avait le plus jeté ses taches d'encre. Mais là aussi sont les sources du noble sang qui nous lavera. Les soldats et les prêtres, unis par le sacrifice, sauveront la France.

k02 PARIS PENDANT LA CCfUMOf».

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