‹ Paris pendant les deux siégesChapitre 63 sur 86 · SLR LES FUSILLADES PROVISOIRES · texte numérisé non relu

SLR LES FUSILLADES PROVISOIRES

Il semble que le gouvernement a donné ordre de fusiller les membres de la Commune sitôt qu'ils sont arrêtés , et que la plupart des plus fameux , c'est-àdire des plus scélérats, ont déjà péri. Ainsi Millière , Dombrowski , Delescluze, Gaillard, et quantité d'autres. Sans doute, tout cela n'est pas constaté, et plusieurs s(mt dits ou se disent morts qui vivent et qui reparaîtront. Les morts assurées sont celles de leurs victimes. En tout cas, nous demandons que l'on cesse d'opérer si lestement et que Ton réserve ce qui reste. Ces hommes ont mérité une autre justice, il importe à la société qu'elle leur soit rendue. Le grand int^èt n'est pas tant à se débarrasser d'eux personnellement qu'à délivrer le monde et de leurs stupideê doctrines et de leur infâme et f anguioaire prestige. Mieux

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vaudrait que quelques-uns échappassent et que tous fassent connus. Il faut qu'on les voie, qu'on les entende, qu'on les juge. Il le faut encore pour euxmêmes, afin qu'eux aussi se connaissent, connaissent ce qu'ils ont fait, se jugent et expient.

Les exécutions sommaires frustrent également la justice, qui est un besoin social, et la grande humanité chrétienne, qui est un devoir dont aucun crime ne dispense envers aucun criminel. Plus le crime est horrible, plus il importe à la société de s'acquitter envers celui qui l'a commis. Elle lui doit deux choses : le bourreau et Dieu, l'échafaud et le pardon.

La justice s'interdit les expéditions secrètes. Elle n'est point un soldat qui se hâte, ni un adversaire encore irrité ou tremblant, quoique victorieux. Elle ne s'expose pas à frapper plus ou moins qu'il ne faut, à jeter un lambeau d'honneur sur le cadavre réservé pour le linceul d'infamie. La barricade où meurent nos soldats , le pan de muraille où les assassins ont appuyé leurs victimes sont sacrés par ce noble sang : qu'on ne les souille pas en y répandant, après le combat^ le sang des malfaiteurs et des lâches ! Que le plat du glaive écarte le criminel du champ de hatadle et de martyre , et le pousse là où s'expient au grand jour les crimes de l'intelligence et les crimes du cœur ! Que le peuple voie punir le criminel , que le criminel lui-même se sente puni ! Alors le repentir peut le visiter et le racheter éternellement. On a droit de le tuer, non de lui ôter son recours en grâce auprès de Dieu.

Le regard de la miséricorde divine soudera le

cœur des ignorants , des séduits , de ceux que la société n'a pas suffisammeiit munis contre Terreur et contre la tentation. Il verra l'excuse que nous ne discernons pas. Devant ces misérables, la société, démunie à son tour de tout ce qu'elle lui a refusé, subit la conséquence horrible de rester sans pitié. Dieu, n'étant jamais sans justice, n'est jamais sans pitié. Ses châtiments temporels sont des grâces immenses et sont souvent des grâces entières. Parmi les foules qu'il faut engouffrer aux géhennes sociales^ se trouvent beaucoup de ces publicains et de ces mérétrices qui entreront avant leurs juges dans le royaume de Dieu. Les anges que Dieu commet à la visite des fanges humaines ne l'ignorent point. Ils y ramassent des perles que, peut-être, ne contiennent pas en pareil nombre les riches demeures , les cours et les palais. La société elle-même a conscience de la formidable vérité qu'elle ne veut pas croire. Voyant s'élever contre elle la multitude de ces ennemis furieux et obscurs, elle les combat sans colère et sans haine, comme un fléau, comme elle combat l'inondation ou Tincendie. Elle châtie moins qu'elle ne repousse. Mais à ceux qui se sont pervertis euxmêmes, elle doit le véritable châtiment, lent, exact, solennel.

C'est l'œuvre de la justice. Sitôt le combat fini, la justice vient. Elle interroge, elle instruit, elle délibère, elle condamne. Elle publie sa sentence et elle indique le jour et l'heure de l'exécution.

C'est maintenant ce qu'il faut faire. A présent la conscience publique demanderait compte d'un seul

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coup de fusil que la justice ou le droit de légitime* défense n'auraient pas ordonné.

Il faut que le gouvernement s'y résigne, même la gouvernement du 4 septembre, puisqu'on nous le laisse et puisqu'il s'obstine à rester. Ces hommes-làr aussi ont bien droit à quelque châtiment. Ce sera le leur. Il en vaut un autre. Qu'ils fassent juger d'anciens complices, à qui ils ont — sans exception — donné l'exemple. Que 1830, 1848, 1870 fassent juger 1871 ; qu'ils fassent retrancher les bêtes qu'ils ont dressées, qu'ils ont irritées, qu'ils ont affamées, qulls ont lâchées !

Que M. Thiers, qui a renversé le trône et qui a trouvé des excuses pour la Convention, fasse juger ceux qui ont démoli sa maison et restauré le Comité de salut public! Que M. Jules Favre fasse juger les compagnons de Millière, dont il a été l'homme de confiance ! Que M. Simon, grand prêtre et grand écolàtre de la raison, patron de l'abolition de la peine de mort, fasse juger le sacerdoce inférieur dont il s'est entouré ! Que M . Picard fasse juger son protégé Mégy, qu'il a tiré du bagne, et son collègue Rochefort, qu'il a élevé de la prison à la dictature ! Que l'intéressant Ferry fasse juger son patron Sicard et son patron Urbain, à qui il avait promis l'abolition de l'administration, de l'armée, de la magistrature et du clergé !

Sans doute, c'est dur et c'est gênant, pour de tels hommes politiques! S'ils croient avoir quelque chose encore à faire, les voilà contraints de décimer cette troupe qu'ils ont persévéramment formée afin de triompher par elle. Mais il y a longtemps qu'eux aussi

sont durs et gênants pour la pauvre France, et l'heure de la justice est venue.

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