Tome i
toMo manivre qao la police eut seule l'exploilation des rues de Paris: aussi vit-on paraître un ^rand nombre de chansons dégoûtantes de principes et de style, et d'écrits moraux du genre de ceux dont nous allons nous borner à citer les titres, pour la plus grande édification des fidèles (fuand même : Réponse aux ennemis du peuple. — Aux amis de la liberté. — Oraison funèbre de Vinfortunée république, morte à la fleur de son âge dans les bras d'un bousingot. — Derniers momens de Charles X (avec gravure). — Mort subite politique de Henri \\ roi de France à Prague. — La fin du monde : dialogue entre les chapeaux cirés et les bonnets de coton. — Fêtes et cérémonies à l'occasion de l'union carlorépublicaine , etc. — Découverte d'une conspiration.
Pendant que la police poursuivait les réfugiés, transférait les prisonniers de prison en prison , ordonnait la fermeture des théâtres à onze heures, défendait des banquets patriotiques, la duchesse de Berry traversait la France pour aller porter la guerre civile dans la Vendée , et Don Carlos pour la porter en Espagne ; ^ingt-huit des prisonniers d'avril s'échappaient de Sainte-Pélagie par un souterrain qu'ils avaient mis deux mois à pratiquer 5 Fieschi préparait sa machine meurtrière ; les voleurs s'emparaient des rues et des promenades de la ville : c'est que la surveillance politique occupe tous les agens à l'observation des maisons et à la suite des opposans ; c'est que les visites domiciliaires chez cette sorte de suspects et leur arrestation préventive soustraient les policiers à leurs devoirs de création; c'est que, comme l'a dit un des siens (1), la police prend le bonnet de la démagogie et s'associe la discorde.
Des excès de la police , devenue un des pouvoirs les plus actifs de l'État, est née une perturbation dans les esprits, depuis 1830, qui les enlève à la tranquillité et au repos à force de scandale et d'immoralité. Un journal (le Temps du 2 septembre 4835) s'est livré à une appréciation de la police actuelle, qui complète le tableau qui précède , et que, par cette raison, il n'est pas inutile de rapporter ici.
K Depuis quelques jours , y est-il dit , il est souvent question de la police, de ses actes, de ses fautes , de ses étourderies , et du magistrat chargé, spécialement à Paris, du soin de cette administration.
'! Quelque impartialité que l'on apporte dans les jugemens , il est impossible de ne pas reconnaître qu'il s'est passé des choses incroyables, qui, à tort ou à raison, ont excité la risée du public.
» Le plus grand malheur qui puisse arriver dans une société bien
(1) Police dévoilée, par Froment, tome 1, p. is.
organisée , c'est lorsqu'une magistrature quelronque se rend tout k la fois odieuse et ridicule.
» Quand nous parlons de magistrats, c'est que nous considérons le préfet de police comme un magistrat , et la surveillance qu'il exerce comnie une haute fonction publique qui a ses principes et ses garanties de responsabilité. Le code d'instruction criminelle institue le préfet de police premier juge instructeur, au cas de flagrant délit.
» Aussi, depuis que la charte de 4814 établit des garanties dans l'Etat, la préfecture de police n'a cessé d'être confiée à des magistrats.
» On avait senti que, s'il y avait besoin d'action dans la police, l'examen était non moins nécessaire, et qu'il fallait apporter là les lumières du magistrat pour corriger les impressions trop vives du fonctionnaire administratif.
» Consultez les hommes d'expérience sur cette matière; que vous disent-ils? Que, si Ton croyait tous les rapports des agens , on jugerait que l'État est menacé toutes les vingt-quatre heures , et que le rôle d'un préfet de police est surtout de comparer ces rapports les uns avec les autres, d'apporter dans leur appréciation un esprit de critique et d'examen, de sorte qu'il sait tirer, de toutes ces révélations comparées, la vérité ou au moins la probabilité. Les agens de police sont naturellement intéressés à agrandir leurs services pour mériter des récompenses, et plus ils rembrunissent le danger, plus ils ont droit aussi à des gratifications.
)) Qu'arrive-t-il lorsqu'on ajoute foi à ces rapports qui arrivent pè mêle émanant de toutes ces sources intéressées? Il s'opère dans la tête du chef de la police une sorte de confusion, un chaos qui ne lui permet pas de distinguer les évènemens importans , de sorte que le fonctionnaire est surpris par mille accidents qui arrivent à l'improviste et qui mettent en défaut sa surveillance.
H C'est un peu le caractère de la police actuelle : elle croit tout, elle applaudit aux dénonciations les plus vulgaires, elle encourage les craintes les plus chimériques ; et puis , dans les crises , sa surveillance manque tout à fait , elle est prise en défaut pour les évènemens les plus simples, qu'elle aurait dû prévoir.
» Les partis sont à leur aise avec une telle police ; ils n'ont qu'à faire quelques feintes pour que la police haletante les cherche autre part que là où ils sont réellement. Ce serait donc une fausse manière de voir qui ferait pencher la balance, dans le choix d'un préfet de police, plutôt pour un homme d'action que pour un homme d'examen : quelqu'un s'est-il jamais avisé de mettre en parallèle la capacité du ducd'Oirante et celle du duc de Rovigo? Quand l'un fut préféré à l'autre , c'est que
l'empire sortait évidemment des tondilions de sa prévoyance , et que le pouvoir voulait être plutcM obéi qu'éclairé, w
Que ceux qui auront lu ce résumé historique, écrit sans passion et sans haine, se demandent si la police est « occupée à l'administration des choses, si elle veille à ce que l'usage en soit bien sûr; si ses soins ont pour objet l'approvisionnement, la propreté, l'illumination, l'ordre de la ville, le repos, la sécurité de ses habitans? » Ils répondront sans hésiter, « qu'on l'a rendue oppressive en l'éloignant de ses principes constitutifs, et qu'en la ramenant à sa véritable origine, sauf les modifications nécessitées par le temps, on en ferait une chose bonne, appréciable couséquemment, digne du progrès populaire, a