‹ Paris pittoresqueChapitre 19 sur 104 · PREFECTURE DE POLICE · texte numérisé non relu

PREFECTURE DE POLICE

L'hôtel de la préfecture de police est situé rue de Jérusalem, n" 7 (onzième arrondissement, quartier du Palais-de-Justice).

C'était, avant la révolution de 1 789, la demeure du premier président du parlement de Paris.

« Le premier président a son hostel dans l'enceinte du Palais depuis ^617 que la maison du bailliage fut affectée, par lettres patentes du roy Louis, aux premiers présidens du parlement. Cet hostel a esté fort augmenté depuis , et embelli de tous les ornemens que le bon goust a pu suggérer (1). »

Sauvai avait fait à ce sujet le petit conte que voici (tome ii, p. 240): K L'hôtel qu'occupe aujourd'hui le premier président faisait anciennement la demeure des baillis du Palais ; mais un premier président ayant acheté, pour son fils, la charge de bailli du Palais, ils occupèrent ensemble ce magnifique hôtel, qui depuis a fait la demeure des premiers présidens. »

Félibien et Lobineau ont pu relever l'erreur de Sauvai : ils ont écrit d'après les titres eux-mêmes.

Cet hôtel est enserré entre le fond de la cour des Comptes, des dépendances de la Conciergerie, la cour Lamoignon et les constructions particulières qui donnent sur la rue du Harlay et sur le quai des Orfèvres, j usqu'où s'étend le jardin du préfet. Ce jardin n'est qu'une faible portion de celui.

(1) Félibien et Lobineau, Bist. de la ville de Paris, 1725, tome l«t, p. 474.

de Hugues Capet, premier roi de la troisième race, usurpateur du trône de France au préjudice de Charles, oncle de Louis V, Les rois de la seconde race avaient abandonné Paris; Hugues Capet y fixa son séjour.

H parait que le jardin du bailliage n'avait pas été donné avec la maison, puisqu'on retrouve, dans les preuves de Félibien, un nouvel acte royal à ce sujet :

« Le premier président de Lamoignon , ayant reçu du roy, par contrat du 23 février 1671 , le don du jardin du bailliage du Palais, s'engagea à faire plusieurs ouvrages pour la décoration du Palais, comme des escaliers, des galeries, une nouvelle rue de son nom et autres, dont le détail est amplement décrit dans les preuves de cette histoire (1). w

Germain Brice nous apprend (tome iv, p. 324) que l'hôtel fut entièrement réparé en 1711 , sous la conduite de Germain Boffrand. Il a fait ainsi la description de quelques-unes des parties intérieures qui existaient de son temps (1752) : .. Le principal appartement est composé de plusieurs chambres d'une exacte proportion , terminées par une galerie qui sert de bibliothèque. Celte galerie finit par une perspective de l'ouvrage de Boyer, qui produit un heureux effet. Les portraits des premiers présidens, depuis l'établissement de cette charge jusqu'à présent, sont placés au-dessus des tablettes de la bibliothèque. Cet appartement, qui est magnifique dans sa noble simplicité , est doublé par un autre au midi , dont les pièces ont une communication fort aisée avec beaucoup d'autres pièces fort commodes et fort ingénieusement pratiquées. — Il y a, au fond de la cour, une salle spacieuse pour les assemblées générales du parlement. Ce qu'on peut dire en général de cet hôtel, c'est que tout y a été conduit et distribué avec un très-grand art. w

Cet hôtel a subi de très-grandes transformations depuis Germain Brice, probablement à l'époque de la révolution; mais ce qu'on doit regretter, c'est la perte des portraits qui se trouvaient dans la bibliothèque, et qui auraient servi à faire reconnaître les personnages peints dans les médaillons de la cour d'honneur.

Il n'est peut-être pas sans intérêt, intérêt de curiosité au moins, de savoir quels ont été les premiers présidens qui ont habité cet hôtel; en voici la liste :

(1) Félibien et Lobineau, Bisl. de la ville de Paris ^ tome ii, page 1502.

PARIS PiriORESOLli.

i. McolasdeVoi(liiii,niorlle22mars 12.

2. Jérôme do Hacqueville , seigneur 13. (rOns-eii-Bray , mort le 4 novembre 1628.

5. Jean Bochard , seigneur lie Cham- ii. pigny et. de Xoroy, mort le 27 avril 1630. 15.

4. Nicolas Le Jay, baron de Tilly et seigneur de Condans, mort Te 30 dé- 16 cenibre 16i0.

5. Malbieii Mole , seigneur de Chaniplatreux, garde -des -sceaux, mort le 17.

16 avril 1631.

6. Pomponne de Bellièvre, marquis de Grignon , mort le 15 mars 1637. 18.

7. Guillaume de Lamoignon , marquis de Basville, nomme le 2 octobre 16o8, mort le 10 décembre 1677.

8. Nicolas Potier, seigneur de No.vion, 19. nommé le 13 juin 1678, se démet

en 1689. 20.

9. Acbille de llarlay, nommé le 18 novembre 1680, se démet en avril 1707. 21.

10. Louis Le Pelletier , seigneur de Montmeliand et de Morfontaine, se démet en janvier 1712.

H. Jean -Antoine de Mesmes, comte • d'Avaux , mort le 25 août 1725.

André Potici, seigneur de Novion, se démet le 9 septembre 1724.

Antoine Portail, seigneur de Vaudreuil et de Chatou , mort le 5 mai

Louis Le Pelletier, seigneur de Rosambo, se démet le 1" octobre 1745.

Réné-Charles de Meaupoue , se démet en septembre 1 757.

Malbieu -François Mole, seigneur de Champlatreux, se démet en octobre

René - Nicolas - Charles- Augustin de Maupeou , chancelier de France , le 16 septembre 1768.

Etienne-François d'Aligre , comte de Maran, supprimé en avril 1771, rentré le 12 novembre 1775 jusqu'au 12 novembre 1788.

Louis-Jean Berlier de Sauvigny exerce jusqu'au 12 novembre 1775.

Louis-François de Paule Lefèvre d'Ormesson , seigneur de Noyseau , mort le 2 février 1789.

Jean -Baptiste -Gaspard Bochard de Saron, guillotiné le 20 avril 1794.

( Il n'avait habité Thotel de la présidence que jusqu'à la suppression des parlemens , le 5 novembre 1989. )

« La première cour, en entrant dans cet hôtel, est un parallélogramme régulier, sur les murs duquel ou voit encore , quoique bien effacés par la pluie , les portraits à fresque de plusieurs personnages célèbres dans les annales de la magistrature. En avançant vers le nord se trouve la cour du centre , dans laquelle sont les bureaux des prisons , ceux de la permanence et ceux de la police municipale. Dans cette enceinte, peu différente d'une ruelle, viennent aboutir les divers rapports au moyen desquels, selon le cas, la police veille au repos des citoyens, ou dispose sans contrôle de leur liberté! Là se promènent, les mains derrière le dos, humant l'air et frappant du pied, garde municipal et sergent de ville, attendant les ordres de leurs chefs. Là s'entretient à voix basse une foule de visages étrangers, de ces visages dont le type ne se re-

POLICE. 3t

trouve qu'à Bicctre ou au galères : ce sont les bisets des patrouilles grises, les soldats de la brigade dite de sûreté j bataillon sans uniforme et sans tambour, dont le gourdin est l'arme régulière, dont les exploits ne commencent guère qu'au soleil couchant , et qui sait prendre tous les costumes pour dissimuler sa présence. En avançant, on rencontre une troisième cour, celle de V Abreuvoir , laquelle, longeant les bâtimens de la Conciergerie, communique dans la cour Lamoignon, et de là sur le quai de l'Horloge. Ces divers passages et compartimens de la préfecture de police sont sales, noirs, et portent l'empreinte d'un séjour à qui la lumière fait honte. La cour du sud seule est assez claire et passablement tenue : aussi les employés la nomment-ils cour d'honneur (1). n

Les portraits dont il s'agit dans celte citation sont placés , au nombre de neuf, et dans des médaillons, à la hauteur et dans l'intervalle des croisées du premier étage du bâtiment qui domine la porte d'entrée de l'hôtel et de celui qui est à droite, en pénétrant dans, la première cour. Ces deux bàlimens sont une construction du temps de Louis XIIL On ne peut guère reconnaître les personnages qui ornent les neuf médaillons, si ce n'est trois d'entre eux, représentant Biaise de Montluc, le connétable de Bourbon et le célèbre Duguesclin. Que fait là le dernier de ces guerriers? On devrait, par respect pour l'honneur militaire, lui voiler le visage. Quant aux deux premiers, qu'on les restaure, puisqu'ils rappellent une idée d'inhumanité et de trahison : l'un porta les armes contre sa patrie; l'autre, frappé mortellement devant Rabastens, dit à ceux qui l'entouraient : Vengez ma mort, et n'épargnez personne! — L'auteur de cette notice était allé à la préfecture, accompagné d'un artiste, pour rechercher de qui pouvaient être les autres portraits 5 mais un sergent de ville assez peu poli les obligea à quitter la cour, dans laquelle il n'est plus permis de stationner. Cependant on voyait là des cochers de fiacre et de cabriolet.

Dans le champ entre la chambranle et le linteau de chacune des croisées du bâtiment de droite, sous la corniche, est un chiffre en relief représentant un W au centre d'un nœud de branches de laurier.

Si l'on en croit la tradition, ce chiffre signifie Vive Valois, et il faudrait en attribuer le placement à Diane de Poitiers, maîtresse de Henri II, laquelle aurait habité cet hôtel.

Quelques antiquaires croient que ce chiffre pourrait indiquer le nom

(1) Revue pittoresque des prisons de Paris, par Gaussuron-Despréanx.— Jl/essayerdu 25 septembre 1834.

d'un architecte. Il est difficile de partager cette opinion, à cause de l'inconvonance qu'il \ aurait eu de la part d'un constructeur à jeter là son nom en souvenir, et aussi parce qu'on ne connaît que trois architectes dont le nom commence par un W : Wirmbolde de Picardie, qui vivait en 1078; Waullier de Meulan, dont l'existence remonte au commencement du treizième siècle, et Waillv, né en 1729, mort en 1798. Or il paraît démontré que les constructions où le chiffre se trouve sont du temps de Louis XIII.

Il pourrait bien se faire que la tradition eût raison cette fois^ soit qu'elle admette l'explication de Vive Valois j soit qu'elle prétende que cette maison ait été le séjour de Diane de Poitiers. Voici les motifs qu'on pourrait faire valoir en sa faveur.

Plusieurs rois de la première branche des Valois ont habité le Palais ; François I", premier roi de la seconde branche , y demeurait encore en 1531 ; on en a la certitude, et il est probable que son fils, Henri II, y a vécu.

Serait-il donc impossible que Henri II , voulant avoir près de lui la seule femme qu'il ait aimée, ne l'eût logée dans cet hôtel, d'où elle pouvait communiquer dans les appartemens élevés , et que Diane , qui ne cachait pas ses liaisons adultères , n'eût cru devoir rendre un hommage public à son royal amant, en faisant sculpter au-dessus de ses fenêtres une expression de sa tendresse? On sait que J. Goujon concourut à embellir Anet, chef-d'œuvre de Philibert Delorme, palais des amours de Diane; on retrouve un travail de J. Goujon sur cette arcade de la rue de Nazareth , à six pas de la porte de la préfecture , laquelle arcade pourrait avoir appartenu à une construction dépendante de l'hôtel même : la présence dans ces lieux de Henri II, de Diane de Poitiers et de Goujon, servirait peut-être à expliquer le chiffre mystérieux.

Toujours resterait-il cette question à résoudre : Diane a-t-elle habité cette maison avant les baillis? Mais les baillis sont plus anciens qu elle. Y a-t-elle été reçue par un bailli? Mais, cette circonstance admise, elle n'aurait pu exiger d'eux des emblèmes de sou choix. Il faut laisser au temps ce que le temps n'a pas voulu révéler.

Abandonnant ces conjectures plus ou moins hasardées, ne serait- il pas permis de reconnaître dans ce chiffre une preuve de la mémoire des rois Valois , exprimée de la sorte par quelqu'un des premiers présidens, qui durent la possession de cette maison à la bienvillance de Louis XIII? Un seul roi avait passé alors entre ce prince et les Valois.

Cet hôtel faisait autrefois partie du palais , où l'on montait par des issues particulières. L'une d'elles acte conservée au-dessous des salles qui

conduisent à la cour d'assises; elle est pratiquée sur le côté intérieur du bureau des prisons.

Pétion, second maire de Paris, s'y installa le 7 mai 1792; et, depuis cette époque , la police y est constamment restée (I ).

La prison municipale y a été en même temps établie, d'abord s(ms le nom de prison de la mairie , et ensuite sous celui de prison de dépôt de là pn'fccUire de police.

Pour bien comprendre l'histoire de ce lieu de dépôt, il est indispensable de dire ce qu'il était avant le 12 avril 1828 et ce qu'il est aujourd'hui.

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