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CE QU IL ETAIT

Il se divisait en deux parties principales.

La première , cortiposée de chambres particulières et assez commodes, portait le nom de salle Saint-Martin (2). Elle était destinée aux personnes qui pou\ aient fournir aux frais de leur logement et de leur nourriture.

Les prisonniers y payaient d franc 50 centimes par nuit; le prix des alimens y était fort élevé. Ils n'y recevaient d'air et de jour que par un petit vitrage en tabatière , pratiqué à la voùle, cl qu'ils pouvaient ouvrir et fermer à l'aide d'une chaîne qui penoait dans l'intérieur. Le prisonnier ne pouvait sortir de sa chambre , même pour satisfaire à ses premiers besoins (3).

L'autre partie consistait en un bâtiment ancien , à trois étages , dont chacun se composait d'une salle longue, assez étroite et obscure, de sombres cabinets pour les prisonniers au secret ; mais il n'y avait pas de cachots, ainsi que l'ont prétendu quelques écrivains (4).

(1) Sous BaiHy, premier maire, cette administration était établie dans l'ancien iiùlel des lieutenants-généraux, rue Neiive-des-Capucines. Bailly l'occupa après la retraite de Lenoir, pendant les années 1789 et 1790; après lui Pétion, jusqu'au 7 mai 1792. Après Pétion, Pache et Fleuriot demeurèrent à l'hôtel de la présidence , qui fut également le siège du bureau central.

(2) Serait-ce cette salle des assemblées générales du parlement dont parle G. Brice?

(3) C'est encore ainsi aujourd'hui.

(4) Le rez-de-chaussée était occupé par les écuries du colonel de la gendarmerie. Cet officier supérieur habile un appartement voisin du bâtiment élevé sur remplacement de celui-là.

'luHL I. K

34 CAKIS l'IlTORESQlE.

Au premier étage élaieut logées les lilles publiques; au secood, les prévenus, et au troisième ceux qui paraissaient les moins coupables.

Voici les observations de M. de Laborde sur cette partie de la prison municipale.

« Un honnête homme qui serait accusé par la malveillance, ou suivi dans la rue au moment d'une émeute ou d'une voie de fait, ou saisi par mégarde, est amené au dépôt de la préfecture de police, confondu avec ce que la crapule, la malpropreté, le vice, ont de plus odieux, dans un local infect, qui n'est jamais blanchi ni purifié, à moins que l'extérieur de cet homme ne le fasse connaître pour quelqu'un au-dessus de la classe commune; et, comme cela n'a guère lieu pendant la nuit, il pourrait rester dans ce cloaque assez de temps pour y contracter toutes sortes de maladies contagieuses. Il en est de même pour les femmes , qui , dans les

premiers momens , peuvent se trouver avec ce qu'il y a de plus abject

Si l'homme arrêté n'est pas connu, ou qu'on juge à son extérieur qu'il mérite moins d'égards , ou seulement si les salles de Saint-Martin sont occupées, il est renfermé dans une salle commune d'une malpropreté révoltante; il est confondu avec ce que Paris offre de plus honteux, les voleurs , les vagabonds , les mendians , la plupart couverts de vermine et d'éruptions cutanées, et entassés l'un près de l'autre comme des bêtes ; et quelquefois on reste cinq à six jours sans être examiné (1). «

Toutes les personnes arrêtées soit par un mandat du préfet , soit par ordre des commissaires de police , étaient conduites dans ce dépôt , où elles attendaient leur mise en liberté ou une autre prison.

C'est pour cet ancien dépôt que V auteur dcV Histoire générale des prisons sous le règne de Bonaparte a écrit ce morceau extrait de son livre :

« Ce doit être une lanterne magique bien curieuse aux yeux de l'observateur, lorsqu'il a occasion de se trouver là, que le spectacle du mouvement d'un dépôt : le même jour, le même instant peut y amener le crime et l'innocence, l'honnête homme et le faquin , les fripons et les dupes, la fille de joie et l'intrigante du haut parage , qui tire un parti bien plus sérieux de ses charmes ; le chantre des rues et des guinguettes et le bel esprit, qui a opposé aux baïonnettes de la tyrannie lapointede ses épigrammes; le jeune tapageur, qui paie l'intérêt de son billet de parterre en défendant la pièce que le public siffle, ou eu sifflant celle qu'un rival voudrait empêcher de réussir, et le filou , son voisin, qui prend au tapage une part très-utile et très-activc, mais qu'un mouchard importun est venu

(1) Mémoires sur les prisons. Le Conslilutionncl du 12 juin 1849.

mal à propos détourner de son objet. C'est, sous un gouvernement despotique et soupçonneux , une sorte de rendez-vous , où tous les étals étonnés de se trouver rapprochés et confondus, apprennent qu'en quelque division qu'ils soient d'ailleurs parqués, ils n'en restent pas moins aux ;yeux du maître un ))6tail homogène et sur lequel s'étend indistinctement la même verge : c'est une vallée de Josaphat en miniature, où , connue dans celle qui nous recevra , dit-on , tous à la fin des siècks , les grands et les petits, le innocens et les coupables, attendent l'instant de paraître devant le juge toujours redoutable, mais non toujours inflexible , de qui va dépendre leur sort. »

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