CE QU IL EST
Des bureaux de l'administration de la police ont été établis dans la suite Saint-Martin et ses dépendances, qui ont cessé en conséquence d'exister comme prison.
Le dépôt de la préfecture est aujourd'hui borné au bâtiment construit sur l'emplacement de l'ancien bâtiment à trois étages.
Celui-ci , démoli ainsi que ses fondemens en 4825, tombait en quelque sorte en ruine : il a fallu l'abandonner.
La nouvelle construction, livrée à sa destination le 42 avril 4828, est solide et bien entendue. L'intérieur y est divisé avec art, et fait l'éloge de l'habileté de M. Jay , architecte chargé des travaux.
Elle se compose d'un rez-de-chaussée et de trois étages.
Rez-de-chaussée. La porte du guichet est remarquable par sa hauteur, qui n'est pas moins de sept pieds. Il serait à désirer que cette innovation s'introduisit dans toutes les maisons du même genre. Ce guichet a peu d'étendue.
A gauche du guichet , un petit corridor où sont , des deux côtés , quatre cellules destinées aux aliénés ; à l'extrémité de ce corridor, une salle d'environ quinze pieds de longueur sur huit de largeur, dans laquelle on enferme les furieux ou ceux des prisonniers qui montrent trop de turbulence.
A droite du guichet , le parloir, qui ne laisse le prisonnier éloigné de son visitant que par un espace d'environ dix-huit pouces : tou;? deux peuvent
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se parler el s'entendre à demi-\oix ; et c'est encore une heureuse innovation.
Au bout du parloir est le bureau du greffe : c'est une salle semblable à celle où l'on enferme les furieux.
En revenant sur ses pas , en face du parloir, est la salle n° 1", où sont mises les filles publiques, et l'escalier qui conduit aux étages supérieurs. Cette salle peut contenir cinquante femmes.
Premier étage. En face, les magasins, qui se composent de plusieurs cellules destinées à la pistole , et qu'on a employées à cet usage , l'architecte ayant oublié de ménager un local pour servir de magasins.
A gauche , l'appartement du directeur.
A droite, sept cellules de pistole pour les hommes.
Second étage. En face, salle n° 2, où sout renfermées les femmes prévenues de différens délits , mais qui n'appartiennent pas à la classe des prostituées ; elle en peut contenir cinquante.
A droite, corridor ayant de chaque côté plusieurs cellules de pistole pour les hommes: et à l'extrémité de ce corridor, salle pour les enfans au-dessous de seize ans. On eu peut y placer une quinzaine.
A gauche, deux chambres pour les visites des filles publiques, et des malades , hommes et femmes.
Troisième étage. En face, salle n" 1", et à droite, so//e n" 2 : elles servent aux hommes , la première à ceux dont l'affaire présente le plus de gravité ou dont la malpropreté est grande ; la seconde , à ceux dont le délit parait léger, et qui sout habillés avec plus de soin.
Les salles sont pavées de larges dalles , lavées abondamment chaque matin. A gauche, deux chambres de pistole pour les femmes, et l'escalier conduisant à uu grenier pratiqué sous les combles.
Chaque étage et chaque salle a ses communs particuliers.
Le coucher se compose , excepté dans les cellules de la pistole, d'une paillasse assez mince et d'une couverture.
Les lits , dits lits à la Fayard , ou plutôt les planchers qui en tiennent Heu, attachés aux murs et sur toute la longueur des deux côtés des salles, se relèvent appuyés sur les murs pendant le jour; l'espace qui sépare alors leur base de la muraille reçoit le coucher jusqu'au soir. Les prisonniers ont eux-mêmes soin de leurs lits.
Les filles publiques ne sout point admises à la pistole.
Le loyer de la pistole est fixé à 80 centimes pour chacune des deux premières nuits, et à 60 pour les suivantes.
Quant aux alimens , ils sont apportés du dehors par les commissionnaires de confiance attachés à la mais.on.
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Les vivros du dôpôt so hovncnl, pour flia(|u«' prisonnier, ii une livre et demie de pain par jour el une soupe aux légumes.
Les cellules ont huit pieds de longueur sur six de largeur, et les salles quarante de longueur sur vingt-cinq de largeur.
On a établi dans la cour des écuries^ dite aussi ÔLeVabreumir, une machine hydraulique au moyen de laquelle on fait monter d'un réservoir profond de vingt-cinq pieds environ, dans un bassin construit au-dessus de la maison , l'eau qui sert à l'usage de tous les prisonniers cl à l'entretien de la propreté dans les salles, qu'on est dans l'habitude de laver tous les deux jours.
Les salles et les cellules de la pistole prennent leur jour, à l'orient, sur la cour de la préfecture ; au nord , sur la cour des écuries , el au midi , sur la cour Lamoignon.
La population annuelle de ce dépôt a varié, depuis 1843 (elle n'était alors que de 10,000 au plus), de 1 2,600 à 19,000. Cependant il convient de faire observer qu'elle doit se réduire à 5,500 environ , parce que les mêmes indi\idus y reviennent plusieurs fois, surtout les filles publiques.
Telle qu'elle est maintenant^ cette maison remplit à peu prés toutes les conditions exigibles pour im dépôt; mais il y manque un lieu de promenade pour les prisonniers.
En revenant dans la cour dite à^ honneur , on voit, à gauche, les bureaux du secrétaire-général (au premier) ; à droite, au rez-de-chaussée et aux étages supérieurs , le corps-de-garde , la caisse , les bureaux des passeports et de la na>igation, et les archives avec la bibliothèque. Au-dessus de la porte principale d'entrée sont les appartemens du préfet , qui se prolongent en retour à l'est du jardin donnant sur le quai des Orfèvres.
Au pied de l'escalier qui conduit au bureau des passeports est un corridor de communication avec la maison Vergennes , ayant sa façade sur la cour de Harlay, dans laquelle on a mis une partie des bureaux de l'administration, dont le personnel s'est successivement accru.
La bibliothèque se compose de quatre mille volumes environ , parmi lesquels on remarque la collection du Châtelet (4), la collection du Louvre et les quarante-trois volumes de la collection Lamoignon (2).
Les archives sont assez curieuses. Indépendamment de la collection de
(1) Cette collection a vingt-huit volumes in-folio , et quoiqu'il lui manque deux ou trois volumes, elle est cependant la plus complète de toutes celles qui existent. La Bibliothèque nationale ne la possède même pas.
(2) Olte collection dédits, d'arrêts, de règlements de police, comprend les années de 1182 à 170-.>.
^fi VARTS l'iTTOftESQUE.
tous les joiinauv publiés jusqu'à re jour, on y Irouvo un a^rand nombre de piècos rolativos h la W'volution.
C'est de l'ancieDue salle Saint-Martin que s'enfuit Maubreuil, le jour même qu'il devait être mené à Napoléon par le comte Real. On n'a pas oublié que Maubreuil a publié les ordres qui lui avaient été donnés pour l'assassinat de l'empereur; que le projet en avait été mûri et discuté, selon Maubreuil, chez le prince de Talleyrand, et que ces ordres portaient les signatures du baron Sacken, gouverneur russe de Paris ; du baron de Brokenhausen , général d'état-major autrichien; de Bourienne, directeur des postes , ancien secrétaire de Napoléon ; du général comte Dupont, ministre de la guerre, et du comte Angles, ministre provisoire de la police.
On ne dira rien ici des scènes douloureuses qui se passèrent dans les cours de cet hôtel, en 1834, lors des événemens d'avril : le procès de M Gervais (de Caen) doit imposer le silence le plus absolu à cet égard.