ÉGLISE
On peut ranger Saint-Laurent parmi les plus anciennes églises de Paris.
Grégoire de Tours est le premier des historiens qui en fasse mention; mais si son témoignage indique l'antiquité de cette fondation , on n'en ignore pas moins l'époque. Le nom du fondateur est resté dans la même obscurité. Toutefois il parait certain que son origine remonte au commencement du sixième siècle.
C'était autrefois un monastère de l'ordre de Saint-Benoît, dépendant du prieuré de Saint-Marlin-des-Champs, Au temps du roi Clotaire I", ce monastère avait pour aj)bé Saint-Domnole , plus tard évêque du Mans, où il mourut le i" décembre 581.
(1) Entre les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin ; cinquième arrondissement , quartier du fauboueg Saint-Denis. L'église porte le n- l'Jî de la rue du faubourg Saint-Martin.
On lit dans Grcfroire do Tours que l'inondation qui oui lieu à Paris on l'aunéo 583 iut si cousidôrablo qu'il arri\a de /"/tv/wcH.v /(flM/'/-a</e.s entre la ville et réfflise Saint-Laurent.
Ouolques auteurs ont inforé de oo passajre que l'église Saint-Laurent était située au midi de la Cité 5 ils se sont fondés, sans doute, sur la dislance qui se trouve entre la Seine et Saint-Laurent. Ils prétendent que, si celte éigliso eût été la mémo (jue celle qui existe aujourd'hui , il y avait déjà plusieurs endroits remarquables quel" historien eût pu citer par préférence, et ils ajoutent que cette distance était d'ailleurs trop grande pour supposer que tout le terrain intermédiaire eût pu être inondé au point d'occasioner dos naufrages. La conclusion de ces critiques est qu'il doit sembler plus raisonnable d'admettre que l'abbayoSaint-Laureut était située au midi de la ville, et que l'église, étant abbatiale, ne pouvait être autre que celle do Saint- Se vérin , qui, dans un diplôme d'Henri l"^', était désignée avec trois autres, dont quelques-unes avaient été abbatiale;?.
On peut objectera ce système, comme l'a fait Jaillot, que le sol de Paris était bien loin alors d'être aussi élevé qu'il l'est maiuleuaut; que, malgré cette élévation successive, la Seine, dans ses dèbordemens, inondait souvent les marais au milieu desquels était située l'abbaye Saint - Laurent; que, dans ces temps reculés, il n'y avait ni fossés qui pussent absorber une partie des eaux, ni quais pour rétrécir le lit de la Seine, et qu'il n'y avait par conséquent nulle impossibilité que le terrain qui se trouve au-delà des portos Saint-Martin et Saint-Denis pût être facilement inondé; ([u en parlant de la basilique Saint-Laurent, Grégoire do Tours no dit point que les eaux allassent jusque là ; il l'indique seulement comme un des endroits les plus remarquables du faubourg; que le terme de naufrage, dont se sert l'historien, ne doit pas se prendre à la lettre, mais dans un sens plus étendu, tel que le renversement dos jardins, la chute des murs et des maisons , eu un mot , toutes les calamités que les inondations entraînent après elles, et qui auraient été sûrement beaucoup plus considérables et plus digues d'être spécifiées si l'abbaye Saint- Laurent eût été située sur le terrain que l'église de Saint-Séverin occupe aujourd'hui; enfin, que si Henri I" donna à Imbert, évêque de Paris, les églises Saint-Etienne, Saint-Julien, Saint-Séverin-Solitairo et Saint- Bache, dont quelques-unes avaient été abbayes , il no spécifia pas que ce titre eût été conféré à l'église Saint-Séverin (1).
(1) La traduction de l'abbé de ilaroîes porte au lexle : . Les eaux crûrent extraordinairement, et la Seine et la Marne lirenl une si grande inondation autour de Paris qu'entre la
ÉGLISE SA1>T-I.AURF,NT. 4i
Los faits rapportés par Grégoire do Tours rolativomont à la basilique Saint-Laurent se trouvent confirmés, quant à ranciennelé de son origiiue, par le témoignage de l'auteur de la Vie de saint Lubin, au sujet d'un incendie arrivé en 547. « Le feu, dit cet autour, qui venait du côté de Saint-Laurent, ayant gagné les maisons qui étaient sur le pont... » Ces expressions, il est vrai, ne fixent point d'une manière positive l'endroit où elle était située ; car on peut aussi bien les appliquer au petit pont qui était au midi comme au grand pont situé au nord ; mais tout porte à croire qu'elles conviennent mieux au grand pont : tel est du moins l'avis de l'abbé Lebeuf , qu'il fonde sur un diplôme de Childebert III, par lequel il paraît que le marché, ou foire Saint-Denis, avait été transféré depuis quelque temps à Paris , dans un lieu situé entre les églises Saint-Laurent et Saint-Martin.
Cette charte est de l'an 710. Elle n'avait probablement pas échappé aux savantes recherches d'Adrien de Valois, puisque lui-même, après avoir avancé que l'église Saint-Laurent était située au midi, convient que, dès l'an 650, il y avait au nord une basilique sous le même nom.
L'autorité de ces différons auteurs ne permet point de douter de l'existence de cette église, au nord, sous les rois de la première race ; mais on n'en peut pas conclure qu'elle fût située au même lieu où elle est à présent. Il est probable que la situation primitive de ce monastère était sur l'emplacement de la maison Saint-Lazare, qui en est peu éloignée.
Ce qui confirme dans cette opinion, c'est que le chemin qui conduit actuellement en ligne directe de l'ancienne abbaye Saint-Mardn-des- Champs à Saint-Laurent n'existait point à l'époque dont il s'agit. Ce chemin se réunissait à la grande chaussée qui conduit à Saint-Denis ; et il est naturel de penser que le fondateur du monastère Saint-Laurent fit plutfM bâtir ce monastère le long d'un chemin très fréquenté que dans un marais situé vis-à-vis , dont le terrain était souvent impraticable par la nature et la position du sol, et surtout par l'exhaussement de la chaussée.
ville et l'église Saint-Laurent les débordemens de l'une et de l'autre se joignirent ensemble.» (Liv. IV^ ch. x\v.) Et à ce texte le traducteur ajoute en note : . L'église Saint-Laurent est une paroisse de Paris, dans le faubourg SainUMartin , proche l'hôpital Saint-Lazare. Si bien que l'inondation de la Seine et de la Marne, dont il est ici parlé, noya tout l'espace où est maintenant le faubourg, avec une partie de la ville, vers Saint.Nicola*-des-Cbampf, qui n'était pas alors dans la ville. » (Tome 1, p. 395.)
To.MF. I. *
42 PARIS PFTTORESOOE.
Entin , comme dans les premiers sièchvs de la monarchie on n'avait pas encore introduit l'usage d'enterrer les morts dans les églises, on est fondé à croire que le cimetière et la chapelle qu'on y voyait pouvaient être au même lieu qu'occupe Téglise actuelle.
Vers l'an 1695, Nicolas Gobillon, curé de cette paroisse, ayant fait faire des réparations , on découvrit, en creusant la terre, enlre l'église et le cimetière , des cercueils antiques de pierre et de plâtre dans lesquels étaient renfermés des corps dont les vétemens noirs ressemblaient à ceux des moines. Cette découverte coniirme d'autant plus l'opinion émise sur l'ancien emplacement de l'abbaye Saint-Laurent que le prieuré Saint-Lazare se trouva long-temps chargé, envers le chapitre Notre Dame, de certaines redevances dont le monastère Saint-Laurent étaâl tenu , et auxquelles ce prieuré ne se serait pas assujéti si les lieux qu'M occupait n'avaient pas été l'ancien territoire du monastère.
Située loin de la Cité , l'abbaye Saint-Laurent dut subir les premières attaques des Normands. Elle était exposée à toutes leurs incursions et hors d'état de présenter la plus légère résistance : aussi , vers la fin du neuvième siècle, n'en restait-il presque pas de vestiges, et les religieux, qui s'étaient vus dans la triste nécessité de l'abandonner, ou n'existaient plus , ou manquaient des moyens nécessaires pour la rétablir.
Trois siècles s'écoulent sans qu'il en soit fait mention dans les écrivains.
On ne voit plus reparaître le nom de cette église que dans une charte de Thibaud, évêque de Paris, de l'année 1149. Elle figure parmi celles qui appartenaient dés-lors à l'abbaye Saint-Martin-des -Champs, et comme elle n'est point nommée dans les bulles des papes qui ont précédé cet acte de quelques années seulement , il y a apparence que c'était ce même Thibaud qui en avait fait concession à cette maison, d'autant plus qu'il eu avait été prieur.
Dans quel temps cette église est-elle devenue paroissiale ? Il paraît assez difficile d'en déterminer l'époque ; quelques historiens prétendent que ce fut sous le règne de Philippe- Auguste, lorsque ce prince fit une nouvelle enceinte de Paris, commencée en 1190 et finie en 1210. Les auteurs les plus éclairés ne partagent point cette opinion. On ne peut guère nier que l'église Saint-Laurent n'ait été paroissiale dans des temps très reculés , et par conséquent fort antérieurs à la clôture ordonnée par Philippe II , dit Auguste. La distance qui a existé long-temps entre cette église et la ville, et la population considérable qui s'étendait sur son territoire , ne laissent aucun doute à cet égard. Ce fut cette multitude de citoyens, dont le nombre s'augmentait chaque jour, qui donna lieu à l'érection des cures.
Le concilf^ do Paris tenu on 829 défondit .lux ecclôsiasliques de posséder deux cures en même temps, et celui de 847 ordonna aux évêques d'ériger, dans les villes et les faubourgs , des litres-cardinaux , c'est-àdire des paroisses, et d'y préposer des prêtres ; c'est de laque les évêques avaient introduit l'usage de se faire assister à l'autel les jours de grande (ète par ces prêtres-cardinaux, et qu'à la tête de leur chapitre ils allaient célébrer la fête patronale dans leurs églises. Le prieur de Saint-Martiu-des- Champs et le curé de Saint-Laurent figuraient parmi ces prêtres-cardinaux. Le chapitre de Notre-Dame était dans l'usage d'envoyer, le 10 août, fête de Saint-Laurent, six bénéficiaires célébrer l'office dans cette église. Ils étaient accompagnés des religieux de Saint-Martin-des-Champs.
C'était une marque de la supériorité de l'église-mère sur les paroisses de Paris , et de leur dépendance de la cathédrale.
C'est sans doute à ce titre que l'évêque Thibaud disposa de Saint- Laurent en faveur de l'abbaye Saint-Martin , dont le prieur nommait à la cure de cette église.
Un titre de l'année 1328 mentionne la maison presbytérale de Saint- Laurent comme contiguë au territoire de Saint-Magloire. Un autre , de 1428, parle du don d'une petite pièce de terre située vers la chaussée du Temple, qu'un paroissien fit au curé. On voit, dans une déclaration du seizième siècle, que le prieur de Saint-Lazare devait au curé de Saint-Laurent dix-huit setiers de méteil, douze d'orge et deux muids de vin.
Le bâtiment de l'église Saint-Laurent, qui subsistait au douzième siècle, fut réédifié au commencement du quinzième. Le 19 juin de l'année 1429, Jacques Du Chàtelier, évêque de Paris , en fit la dédicace. Trois ans après, Jeanne LaTesseline, veuve de Regnaud deGaillonnel, panetier de Charles VI et habitant de cette paroisse, y fonda, à Vhôlel de Notre- Dame ^ une chapellenie, dont elle laissa, après son décès, la nomination au curé, appelé alors Richard Chrétien, et à ses successeurs.
Louise de Marillac, veuve de Le Gras , secrétaire des commandemens de Marie de Médicis, morte le 15 mars 1660, fut inhumée dans la chapelle de la Visitation. Cette dame se distingua par un zèle très ardent pour le soulagement des pauvres, en faveur desquels elle institua les Filles de la Charité, dont elle fut la première supérieure, et qu'elle mit sous la direction générale de la mission de Saint-Lazare.
La duchesse de Lafeuillade, morte le 13 février 1683, est aussi enterrée dans une chapelle de cette église.
La basilique Saint-Laurent, que l'on avait augmentée de six chapelles dès l'aïuiée 1548, fut reconstruite en grande partie en 1595 j enfin en
44 PARIS PITTOUESOL'i;.
H'tG"! on > lil (les léparalions «onsidéraldcs, vl on la décora du portail que l'on voit aujourd'hui.
Ce portail , irrégulier, est tourné du côté du couchant , et fait face à la rue de la Fidélité , en entrant par le faubourg Saint-Denis.
En 1714 on éleva derrière le chœur une chapelle dédiée à la Vierge.
Cette chapelle, surmontée d'un dôme orné de peintures à fresque, est d'un assez beau dessin.
Quoiqu'elle n'offre rien de bien saillant , l'architecture de 5aint-Laurent est assez estimée; mais l'église, qui était autrefois au-dessus du sol, est maintenant si basse qu'il faut descendre trois marches pour y entrer.
Elle a, indépendamment d'une nef, double collatérale depuis la principale porte jusqu'à la croisée.
L'intérieur est orné avec assez de goût. Le maître-autel est d'un dessin particulier, donné par Le Pautre , connu par la beauté de ses ouvrages d'architecture.
Le Christ sortant du tombeau, les deux anges qu'on voyait auprès, et les deux autres placés sur le fronton, étaient de Gilles Guérin, sculpteur et ancien professeur à l'Académie de peinture et de sculpture, mort le 16 février 1678.
Le crucifix posé au haut du jubé était aussi du même sculpteur, qui fut enterré dessous.
La statue de sainte Apolline, que l'on voyait dans la chapelle qui porte ce nom, était également l'ouvrage de Gilles Guérin.
Parmi le nombre de tableaux que renfermait l'église, on distinguait la Préseniation de Jésus au Temple, par Durand, et saint Pierre conduit au supplice, par Trézel.
Ces divers morceaux d'architecture ainsi que les deux tableaux dont on vient de parler disparurent pendant la révolution.
Voici les objets les plus remarquables, soit en peinture, soit en sculpture, encore existant dans cette église :
Une statue colossale de sainte Apolline, coulée en plâtre, par Bougron, en 1825. Elle a remplacé celle de Guérin.
Une descente de croix, également en plâtre, et sans nom d'auteur.
\^ Apothéose de sainte Geneviève. Ce tableau de grande dimension a été peint en 1827 par Lancrenou.
Enfin le Martyre de saint Laurent^ tableau peint par Greuze, et non moins graud que le précédent (1).
(1) . 10 août 258. — Martyr de saint Laurent.
« Né à Rome, dans le troisième siècle, Laurent gagna, par ses vertus , l'amitié de saiot
JîGI.ISIi SAIM-LADIIEM . i5
Tous ces objets ont été donnés à l'église Saint-Laurent par la ville de Paris.
Le tableau représentant le martyre de saint Laurent est placé au-dessus de la chapelle du saint.
Cette chapelle a été érigée devant la porte latérale de l'ouest qui ouvrait sur l'ancien cimetière de la paroisse, et par laquelle on transportail les morts de l'église dans ce cimetière. Cette porte existe encore extérieurement; elle donne rue de la Fidélité, du côté du faubourg Saint- Martin.
C'est sur l'emplacement du cimetière que cette rue a été percée, et que l'on a bâti la maison des bains que l'on y voit aujourd'hui.
Les corps que l'on exhuma du cimetière Saint-Laurent, au mois de novembre 4804, furent déposés dans les catacombes de Paris.
Saint-Laurent n'a pour succursale que l'église Saint- Vincent-de- Paule.
Cette paroisse s'étendait jadis, du côté du nord, jusqu'au village de La Chapelle. Elle comprenait, à l'est, une partie de la Courtille et de l'hôpital Saint-Louis. Ellerevenait, d'un autre côté, àLa Villette, dont presque toutes les maisons lui appartenaient. Au midi , elle s'étendait au-delà des portes Saint-Denis et Saint-Martin, et son territoire finissait à la communauté Saint-Chaumont.
Elle avait pour succursales l'église Saint-Josse et celle Notre-Dame-de- Bonne-Nouvelle.
Shte, archidiacre de celte ville. Le prélat , devenu pape en 257, confia à Laurent la garde du trésor de l'église. Bientôt ^ l'empereur Valérien ayant renouvelé les édits contre les chrétiens, Sixte fut traîné l'un des premiers au supplice. Comme Laurent le suivait en gémissant de ce qu'on ne l'avait pas jugé digne de partager le sort du saint homme, le pontife l'assura que bientôt il n' aurait rien à lui envier, et le chargea de distribuer aux pauvres toutes les richesses dont il était dépositaire. Laurent vendit tous les vases et les ornements sacrés, et partagea le produit entre les indigens. Le préfet , informé que l'église possédait des trésors , lit venir Laurent et lui enjoignit de les livrer pour le service public. Le diacre rassembla les vieillards , les veuves et les orphelins qu'il avait secourus , et dit au préfet : « Voilà les trésors de Véglise que je vous ai promis. A cette vue, le barbare, furieux, ordonna qu'on dépouillât Laurent de ses habits ; ensuite il le fit déchirer à coups de fouet , et attacher à un gril de fer, sous lequel étaient des charbons à demi allumés. Le saint martyr endura le supplice avec une constance inébranlable, et ne cessa de prier pour ses bourreaui. Plusieurs spectateurs se convertirent à la foi chrétienne. Le corps de saint Laurent fut enlevé la nuit et inhumé avec honneur. L'une des cinq églises patriarcales de Rome est bâtie sur son tombeau. » [Éphémcridcs universelles, tome vm, p. 13t>.)
46 PARIS PlTTORESQUli'
A cette époque , le clergé Saint-Laurent faisait, tous les ans, une procession, qu<' l'on appelait In procession du grand pardon. Le cortège était immense ; la marche durait près de cinq heures, seulement pour faire le tour du faubourg Saint-Denis et du faubourg Saint-Laurent (d).
Ou lit à ce sujet l'anecdote suivante dans le Vorjage descriptif et historique de l ancien et nouveau Paris (tome ii, p. 208) : « En 1786, un orage surprit la procession ; il fallut mettre à couvert le saint-sacrement et le curé; un épicier et un marchand de vin se prirent au collet pour obtenir la préférence. » L'auteur de ce voyage ne dit pas qui l'obtint.
Voici ce que porte une inscription scellée dans le mur d'une ancienne chapelle de Saint-Laurent :
« Le 47 fructidor an 8, cette église a été rendue aux catholiques par une lettre du préfet de la Seine. Les réparations ont été commencées sous la direction du C. Raymond, architecte nommé par les administrateurs du culte, et sous la surveillance du C. maire du cinquième arrondissement de Paris. Le 6 brumaire an 9 (28 octobre 1800. V. S.), la réconciliation solennelle eu a été faite par M. l'évêque de Saint-Papoul. »
Cette foire a pris son nom de l'église auprès de laquelle elle fut instituée, au douzième siècle, sous le règne de Louis-le-Gros.
On voit encore l'emplacement où elle se tenait en dernier lieu 5 on le nomme encore enclos de la foire Saint-Laurent.
(1) Avant la révolution, la rue du faubourg Saint-Martin se nommait le faubourg Saint- Laurent , depuis l'église qui porte ce non* iusqu'à La Villelte.
Cet enclos est situé entre les faubourgs Saint-Martiu et Saint-Denis, et près de la rue Saint-Laurent (4).
La léproserie dite de Saint-Lazare avait reçu de Louis VI le droit de foire. Ce droit lui fut coniirmé par Louis-le-Jeune. En 1 184 , Philippe dit Auguste , sou successeur, acheta cette foire , et dès-lors elle fut transférée aux halles de Paris , dans le vaste emplacement dit des Champeaux.
Par une clause de l'acte d'acquisition, Philippe accorda une foire aux religieux de Saint-Lazare, sous le titre de foire Saint-Laurent, qui ne devait être que d'un jour, le H août, le lendemain de la fête du saint.
Cette foire se tenait anciennement depuis le faubourg Saint-Laurent jusqu'au Bourget, dans une campagne de trente-six arpens que l'on nommait le champ de Saint-Laurent.
En 1(516, le trésor permit au voyer de Saint-Lazare d'exiger 5 sous par toise de chaque boutique établie sur le pavé. Huit ans après , il ne lui en fut plus adjugé que deux , et encore l'obligea-t-on , la veille de l'ouverture de la foire, de donner les alignemens nécessaires pour con server la voirie et rendre le chemin public libre, afin de faciliter le passage des chariots, des gens à pied et à cheval.
En J656, le duc de Mortemart proposa de transporter à Paris la foire Saint-Laurent , et de la placer dans un lieu fermé où les marchands et les marchandises pussent être mis à couvert. La ville, dont le conseil du roi demanda l'avis, déclara que les marchands et le public ne pouvaient que gagner à ce transport. Malgré cet avis, l'affaire en demeura là.
Les prêtres de la mission , qui avaient succédé aux anciens religieux de Siiiut-Lazare, furent plus heureux dans leur requête que ne l'avait été le duc de Mortemart dans la sienne. Eu 1661 , ils représentèrent au roi que leur foire embarrassait extrêmement le faubourg , et ils demandèrent en même temps la permission de la transporter dans un lieu quelconque de leur domaine et de leur seigneurie ; de plus , d'y construire des loges et des boutiques fermées , tant pour la commodité des marchands que pour la sûreté des marchandises. Des lettres patentes leur furent expédiées au mois d'octobre de la même année. Le prévôt des marchands s'étant transporté sur le lieu désigné, il le trouva fort commode et donna son conseiilement sans la moindre difficulté.
Munis de cette autorisation, les prêtres de la mission, qui se trouvaient confirmés dans la possession de leur foire et de tous les privilèges qui y
(1) Tout l'espace Compris entre ces deux faubourgs a long-temps porte le nom du faubourg Sainl-Magloire. L'origine de celle ancienne dénomination parait inconnue.
48 PARIS PlTTOKESQUli.
étaient attachés , se hâtèrent de faire. C'était une place de cinq arpens , entourée de murs, formant des grands chemins, et située entre Saint- Lazare et les Récollets.
A l'un des bouts était un grand espace découvert pour la gresserie; le reste était entrecoupé de rues larges, tirées au cordeau et ornées de loges et de boutiques de même symétrie. Ces rues étaient claires, commodes, bâties agréablement, et bordées de chaque côté par de longues allées de marronniers, qui faisaient un très bel effet.
Anciennement, lorsque la foire se tenait, ainsi qu'on l'a dit, entre le faubourg Saint-Laurent et le Bourget, elle ne durait qu'un jour et Unissait quand le soleil se couchait. Alors, les sergens de la douzaine du roi au Châlelet venaient fondre sur les loges, et brisaient tout. Philippe de Valois eut beau défendre une telle >iolence, les mêmes excès continuèrent pendant plusieurs années , par la faute du prévôt de Paris. Mais enfin, les missionnaires s'étant de nouveau plaints au roi, on mit un terme à ces désordres.
Dans la suite, la durée de cette foire fut de huit jours, puis de quinze jusqu'en 1616; enfin, plus tard, elle commença le 28 juin et ne finit que le dernier jour du mois de septembre.
Le Châtelet, ayant à sa tête le lieutenant-général de police, venait en (■< )rps en faire l'ouverture et prendre possession de la justice haute, moyenne et basse. Ces messieurs allaient dîner ensuite chez les missionnaires de Saint-Lazare, qui, dit-on, leur faisaient faire une excellente chère.
Il était défendu de tenir la foire les fêtes et les dimanches ; mais il paraît qu'à cette époque la plupart des règlemens de police étaient aussi mal observés que le sont ceux publiés de nos jours.
Il y a apparence cependant que cette foire fut fermée pendant la ligue; et il est certain qu'on ne l'ouvrit pas en 1668, à cause de la peste qui exerçait alors de cruels ravages dans quelques-unes des villes qui avoisiwnt Paris. Cela n'empêcha pas néanmoins les marchands d'apporter leurs marchandises comme à l'ordinaire, mais elles ne furent étalées, à la vérité, que le dernier jour du mois de décembre, en vertu d'une ordonnance du lieutenant-général de police.
Cette foire était franche pour toutes sortes de marchands et de marchandises.
Indépendamment des bijoux de toutes sortes qui se fabriquaient en France, on y trouvait de la porcelaine et mille choses rares venues des extrémités du monde. Toutefois on n'y vendait dans le commencement que des pots de terre et de grès , de la faïence, de la verrerie et des jouets d'enfans.
On y voyait une redoute chinoise qui renfermait des escarpolettes, une roue de fortune, des balançoires, un jeu de bague, une salle de danse, un café et un restaurant. C'était un vauxhall d'été.
Indépendamment de cette redoute, on y trouvait des billards, des cafés, des tabagies et surtout force baladins et escamoteurs. Les parades commençaient avec un vacarme épouvantable et faisaient déserter jusqu'aux billards.
Dès l'ouverture de la nouvelle foire Saint-Laurent , Lécluse y fit construire une salle de spectacle où se jouèrent des pièces dans le genre poissard, mais remplies d'esprit. La plupart de ces pièces étaient de Lesage, de Fuselier et de Dorneval;
Tous les théâtres des boulevarts , ainsi que l'Opéra-Comique , avant sa réunion à la Comédie-Italienne , étaient obligés d'y venir donner des représentations.
Le public , qui trouvait tout à la fois à cette foire le charme de la plus agréable promenade et les divertissemens de toute espèce, s'y portait en foule.
Il faut dire aussi qu'on ne rencontrait dans aucun autre endroit de Paris une aussi grande variété de plaisirs réunis (1).
Le Parisien se lasse de tout ; la foire Saint-Laurent fut abandonnée , en 1775, pour les boulevarts du nord, sur lesquels on rencontrait également des bateleurs , des spectacles forains , des cafés et toutes sortes d'amusemens.
Les prêtres de la mission ne se découragèrent pas. Ayant redoublé de soins pour attirer de nouveau le public et flatter ses goûts, ils rouvrirent leur foire le 17 août 4778; mais, soit qu'elle se trouvât trop écartée du
(1) En 1666 , Coleltet publia un poëme intitulé : la Ville de Paris, en vers burles(iues , dans lequel il fait une description de la foire Saint-Laurent ; et, tout en donnant la préférence a la foire Saint-Germain, il dit de. la première :
Celle-ci pourtant a sa giàce .
KUe est dans une belle place , Et ses bàliniens, bien rangés.
Sont également partagés ; Le temps qui nous l'a destinée Est le plus beau temps de l'année.
( 11° partie, page <s.)
En effet, cette foire se tenait au mois d'août. Tome i.
50 PARIS PITTOHESQÛÉ.
centre de Pari-^, soit (|u«' loiile autre i ause d eloigneuicnl existil^ellc fut peu a peu abandonnée et lermée déiiuiti\eu»ent en 1789.
Aujourd'hui, sur son emplacement, ou voit s'élever un bâtiment en pierres de (aille, occupant un espace de trois mille si\ cents pieds enviroD (a peu près deux arpens) , destiné pour un marché et une l'oire perpétuelle
ilv baliinciil, ([ui e.st <iux trais d'une c(mipaguie ayant il sa tête ,M. IMiilippon, architede du gouverneraeul , a été livre au public \ers le commencement de 1830.
Le sile admirable qu'on a si justement appelé du nom de Champs- Elysées est un vaste terrain complanté d'arbres alignés , limité au sud par le Cours de la Reine: au nord, par les jardins des hôtels du faubourg Saint-Honoré; à l'est, par la place Louis XV ou de la Concorde, et à l'ouest, par l'allée des Veuves. Ce terrain est partagé, de l'est à l'ouest, par la belle avenue de Neuilly. Dans la délimitation de 1702, il faisait partie du quartier du Palais-Royal ; mais dès qu'il a été peuplé , il a pris son propre nom de Champs-Elysées, et a formé à lui seul le quartier ainsi dénommé. Le décret du 22 juin 1790 ayant divisé Paris en qualante-huit sections, ce quartier en forma une. Il compte aujourd'hui au nombre des quarante-huit (juarliers de cette capitale , et fait partie du premier arrondissement municipal.
Le vaste terrain où se trouvent situées ces magnifiques promenades était anciennement couvert de jardins, de près, de gaicrincs, de champs, sur lesquels se trouN aient dv petites maisons isolées. Sou étendue est, en
52 r.vRis rnroRESQLE.
longueur, depuis la j)la(C' Louis XV jusqu'au rond-point, de quatre cents loises, et sa largeur varie depuis cent soixante loises (eôlé de cette place) jusqu'à trois cents (côté de l'allée des Veuves).
En 1610, Marie de Médicis, alors reine-mère, avant acheté une partie de ce terrain, v lit planter trois grandes allées, formées chacune de quatre rangées d'arbres , et réservées uniquement pour cette princesse , lorsqu'elle voulait ])r<Mulre l'air en carrosse. Ce fut cette destination particulière qui lui fit doiuicr le nom de Cours de la Reine, resté à l'allée du bord de l'eau. Ce cours était entouré par la chaussée de Versailles et par des fossés , que l'on traversait à l'aide d'un petit pont jeté sur l'éçout pour arriver à la plaine appelée du Roule.
En 1670, celte plaine, qui s'étendait jusqu'au Roule du côté du nord, et jusqu'à la barrière des Bons-Hommes au midi, fut plantée en partie d'arbres formant plusieurs allées, au milieu desquelles on ménagea des tapis de verdure : cette nouvelle promenade prit dès-lors le nom de Champs-Elysées. L'allée du milieu, plus spacieuse que les autres, et que l'on appelait le Grand Cours j, aboutissait, dès ce temps-là, d'un côté à l'esplanade où est actuellement la place Louis XV , et de l'autre à l'endroit que l'on appelle aujourd'hui V Étoile, en traversant le rond-point.
Les arbres du Cours de la Reine, qui avaient été plantés en i616, furent arrachés, en 1723, par l'ordre du duc d'Anlin, alors surintendant-général des bàtimens, qui en fit replanter d'autres alignés dans l'ordre où ils sont maintenant.
En 1764, Marignv , autre surintendant des bâtiments, fit encore replanter les Champs-Elysées, excepté les grandes avenues. Les allées qu'il fit tracer alors, suivant un nouveau plan, et la nouvelle distribution des espaces laissés au milieu des arbres, en ont fait une des plus belles, des plus vastes et des plus agréables promenades du monde , et l'entrée la plus magnifique de cette grande capitale.
Chacun de ces deux intcndaus fit en outre travailler au parfait nivellement de ce terrain ainsi qu'à celui de l'avenue de Neuillj. Ce sont aussi ces intendans qui ont fait pratiquer ces espaces entourés de gazon qu'on trouve au milieu de cette symétrique forêt, et qui portent encore les noms de Carré Marignxj, Carré d'Antin.
La convention s'occupa , elle aussi , d'embellir les Champs-Elysées. Par son décret du 25 floréal an ii (14 mai 1794), elle arrêta diverses dispositions. C'est sur les plans arrêtés par le comité de salut public que l'entrée des Champs-Elysées, du côté de Paris, a été élargie, et que les chevaux de Marly furent, plus tard, placés sur les piédestaux construits alors à cette porte sur les dessins de David et d'Hubert. Ces chevaux
CHAMPS-ELYSKES. 53
devaient être flanqués de deux poiiiqucs destinés à être ornés de sujets révolutionnaires, en peinture et en sculpture.
Quelques jours auparavant, la convention avait décrété que la statue de J.-J. Rousseau, en bronze, serait placée aux Champs-Elysées. Ce monument fut mis au concours, mais il ne fut jamais exécuté.
Enfin, pendant l'hiver de 1818 à 4819, on a affermé les allées et les contre-allées des Champs-Elysées, et remplacé huit cents pieds d'arbres par six cents nouveaux ; réparations devenues indispensables par suite du bivouac qu'y établirent, en 1844 et en 4845, les troupes de cavalerie des ennemis de la France. Les arbres, dont l'écorce avait été rongée par les chevaux des hordes cosaques , dépérissaient de jour en jour, et le terrain bouleversé avait besoin d'être nivelé et raffermi.
A celte même époque, on profita de ces réparations pour faire quelques nouvelles dispositions dans le système des plantations, à l'eflct, disait-on , d'obtenir des perspectives. Un grand nombre d'arbres furent abattus pour former une grande allée qui devait aboutir du faubourg Sainl-Honoré au pont suspendu qu'on établissait alors en face de l'hôtel des Invalides. L'architecte Lahure fut chargé de ce travail, que ses con frères lui ont reproché avec d'autant plus de raison que le pont suspendu entrepris par M. Navier n'ayant pu être assis du côté des Chamj)S- Élysées, l'allée pratiquée aux dépens des massifs des plantations n aboulit plus à aucun monument, et n'est plus d'aucune utilité.
Dès l'instant où les Champs-Elysées furent plantés , on se mit à construire , tout le long de l'allée latérale du nord , un grand nombre de jolis hôtels avec jardins. Insensiblement l'intérieur se couvrit aussi d'une foule de guinguettes, de restaurans, de cafés, de cabarets, de laiteries, de salons de danse , qui attirent dans ce joyeux séjour de nombreux habitans et des promeneurs bien plus nombreux encore.
Du côté de la place Louis XV, les Champs-Elysées sont entourés d'un large et profond fossé , planté d'arbres fruitiers , et l'on pénétre dans la grande avenue par une entrée décorée de deux beaux groupes en marbre blanc, dus au ciseau de Goustou jeune : ils représentent chacun un cheval fougueux retenu par un homme (4), et font pendant avec deux autres chevaux également en marbre, mais moins précieux, placés à la porte occidentale du jardin des Tuileries.
Du côté opposé, les Champs-Elysées sont bordés par l'allée dite des
(1) Les deux groupes de Couslou étaient à l'abreuvoir de Marly depuis 1745 ; ils furent amenés à Paris en l'an vi de la république, sur un chariot fort curieux que l'on voit encore au conservatoire des arts et métiers.
54 PARIS PITTORESOUK.
Veuvrx, qui oMiquf vois Touesl, on piirlant du roucl-poinl, ol va, lou^ jours (lanscetlo dirodiun olilique, aboutir sur lo quai, pros do la pompo à feu. Ou raconte (juautrelois cette allée était desliuée aux veuves, lesquelles, ne ])()uvant j^uèrc se montrer dans les pronieuades publiques en habit de deuil, allaient se coufiner dans celte allée solitaire. L'état des lieux est bien changé aujourd'hui : l'allée des Veuves s'est couverte de jolies petites maisons qui la bordent à l'ouest, et qui ont une toute autre destination que celle d'offrir une retraite aux femmes qui ont perdu leurs maris. Dans cette allée, actuellement consacrée à autre chose qu'aux pleurs des veuves, se trouvent plusieurs tirs, où les duellistes de profession vont se former la main pour assassiner plus sûrement les hommes qui ont encore la bonhomie d'obéir à ce qu'on appelait jadis les lois de L honneur, et qui vont offrir leur poitrine aux coups exercés de ceux dont ils ont souvent reçu les premières offenses.
Dans le triangle que forment l'allée des Veuves ,. celle d'Autin et lo Cours do la Reine , et qui borde les Champs-Elysées proprement dits , existait, il y a quinze ans , un assez grand emplacement couvert de jardins potagers. A l'époque (1820 à 1825) où l'on construisait tant de nouveaux quartiers dans Paris, une compagnie se forma pour bâtir sur ce terrain une nouvelle cité qui fût construite en partie dans. le goût architectural du temps de François I ", dont elle porte le nom. Deux ou trois courtes rues furent en effet bâties par cette société; elles offrent un coup-d'œil des plus pittoresques , surtout la rue qui porte le nom du célèbre Jean Goujon. Malheureusement cette cité , quoique placée dans un des plus beaux sites de Paris, était trop isolée et trop éloignée du contre bruvant de cette capitale pour attirer une nouvelle population ; elle est aujourd'hui presque inhabitée. Un jour peut-être , quand Paris aura pris \(\ dévoloppomont auquel il doit arriver incessamment, la cité de François Y'^' deviendra un des plus agréables séjours de cette métropole. En attendant, la spéculation commerciale est manquée, et les maisons construites dans ce nouveau quartier n'ont pour ainsi dire aucune valeur.
C'est aux Champs-Elysées qu'a lieu la promenade dite de Longchamps, dont l'origine remonte au temps où les Parisiens allaient en foule, pendant les jours saints, entendre les chants religieux des filles de l'abbaye de ce nom.
Indépendamment de ces trois jours de rigueur, les Champs-Elysées sont continuellement animés, dans la belle saison surtout, par un immense concours de monde, qu'y attirent la beauté du site, les divertissemens qu'on y trouve , les rafraîchissemens qu'on y prend. C'est le lieu
r.HÂMPS-KLYSEES. SO
du passage journalier des cavalcades et des équipages qui se rendent au bois de Boulogne.
Ce sont encore les Champs-Elysées qui servent de centre aux réjouissauces populaires des fêtes publiques. Là se construisent, à cet effet, au milieu des carrés pratiqués dans les massifs des arbres , ces salles de spectacles gratis où sont représentées les parades, les tours de force que le gouvernement ou la ville de Paris offre aux habitans pour leur faire oublier leurs charges, leurs fatigues et leurs soucis. Des mâts de cocagne, des jeux de toute espèce sont alors disséminés dans ce vaste emplacement; des orchestres retentissent de plusieurs tribunes, et des danses publiques animent toutes ces salles champêtres (1). Les illuminations en verres de couleur dont toutes les allées sont ornées dans ces grandes soirées offrent un coup-d'œil magique.
Dans les jours de travail pour le peuple , les Champs-Elysées reçoivent de paisibles rentiers qui vont faire leur partie de boules dans le carré de gauche. Ce même carré n'est divisé que par un long tapis de verdure du jeu de paume, qui attire une foule déjeunes gens et d'amateurs, et dont l'action bruyante contraste avec la tranquillité des vieux joueurs de boules ou de quilles. Le carré de droite, moins habituellement fréquenté que celui de gauche, est le lieu où se font les parties de ballon.
Le soir de ces jours de travail , la promenade' des Champs-Elysées se remplit d'une foule de dames et de ménages qui y vont prendre le frais, assis sur les rangs de chaises dont sont bordées les contre-allées à la droite de la grande avenue. Les cafés, les guinguettes se remplissent aussi de beaucoup de promeneurs; et, pendant les nuits d'été, les gazons qui sont au pied des arbres reçoivent une foule de malheureux sans gite, qui vont y chercher un lit pour leur misère.
Jadis les Champs-Elysées étaient peuplés, le soir, d'une foule de musiciens ambulans de toutes les nations, qui allaient y faire entendre leurs chants et récolter une légère contribution volontaire des auditeurs. Au sein d'un massif d'arbres, on aperçoit un gracieux kiosque autour duquel naguère se donnaient rendez-vous les dilettanti de la capitale. 3L Masson de Puytneuf y avait établi une salle de concert en plein vent (2), élé-
(1) Indépendamment des salles de danse que l'on improvise aiiï Champs-Klyséees les jours de fête , il y en a plusieurs de permanentes placées dans des guinguettes ou dans des jardins. Au rond-point se trouve aussi le Colysce , bel élalilissenieiil publie , qui renicrme une salle de bal couverte et une antre sous les arbres du jardin.
(2) Ce concert obtint quelque temps la vogue; mais diverses circonstances , entre autres l'émigration Musard et les tracasseries de l'Opéra, en ont raréfié les auditeurs el I -uit con^ Iraint à fermer.
56 PARIS IMTTORF.SQn:.
gamment décorée , où un orchestre-moi^ stre exécutait les symphonies, les ouvertures et les quadrilles des meilleurs maîtres.
Enfin les célèbres écuvers Franconi viennent d'ajouter à tous les jeux, à tous les spectacles qui se trouvaient déjà dans le vaste emplacement des Champs-Élvsées un cirque d'équitalion , qui deviendra la succursale de leur magnifique Cirque-Olympique du boulevart du Temple.
Sous la restauration , les Champs-Elysées étaient , dans les jours de fête, le lieu où la police faisait ces distributions de vin et de comestibles qui ont été supprimées comme un spectacle dégoûtant et immoral.
Durant la période révolutionnaire, les Champs-Elysées furent souvent le théâtre d'évènemens politiques que l'histoire a enregistrés. C'était là que se réunissaient, au commencement de la révolution, les corps d'artisans pour réclamer l'abolition des entraves au libre exercice des arts et métiers. Ce fut à cette occasion que les garçons perruquiers, paisiblement rassemblés et sans armes aucunes, furent battus et maltraités par les troupes royales, le 18 août 1789 : lun d'eux fut blessé. Ils rentrèrent dans Paris eu criant vengeance ; et la haine du peuple pour l'ancien ordre de choses, que l'aristocratie ne désespérait pas encore de rétablir, se manifesta par une agitation à laquelle la nuit seule mit un terme.
C'est encore aux Champs-Elysées que se réunirent, le 5 octobre suivant, ces milliers de femmes du peuple qui, sous la conduite du fameux Maillard . se portèrent à Versailles pour demander du pain au roi et à l'assemblée nationale constituante, et pour sopposer au départ projeté de Louis XVI pour la frontière. Les terribles détails de cette journée et de la suivante appartiennent à Ihistoire de notre révolution : quant au résultat, il fut immense : la cour, arrachée du château de Versailles, où elle était retranchée comme dans une forteresse inexpugnable, perdit toute sa force, et se trouva dès-lors réduite à employer la ruse, l'intrigue et la trahison
A l'occasion de la fédération générale du 14 juillet 1790, la ville de Paris V donna , le 18 du même mois , une fête brillante aux fédérés de tous les départemens. Presque toute la population de Paris s'y trouvait. 8 La nuit était belle, l'air calme et doux, dit un historien contemporain; des milliers de citoyens de tout âge, de tout sexe, se promenaient paisiblement dans une vaste enceinte formée par plusieurs rangs de lampions colorés, attachés eu guirlandes d'un arbre à l'autre. Au milieu s'élevait un grand obélisque illuminé : dans les angles étaient placés des orchestres : le gazon était couvert d'un peuple immense assis sur l'herbe, mangeant, dansant, allant et venant sans aucune surveillance de police, sans gardes, sans baïonnettes ; chacun semblait s'aider pour prouver que l'on
pouvait s'en passer dans les fêtes publiques, et l'ordre se maintenait parce que personne n'était intéressé à le troubler. »
La veille de cette fête, le roi avait, au même endroit, passé en revue les gardes nationales envoyées par toutes les parties de la France à cette grande fédération. « Cette armée de cinquante mille citoyens, ajoute le même historien, tous vêtus d'uniformes, habillés, équipés et armés à neuf, était belle et imposante. Chaque légion de la France était distinguée par ses troupes. Le roi passa devant le front de la ligne, et s'arrêta pour parler à chaque chef de corps : il dit que les jours de la fédération avaient été les plus heureux qu'il eût vus depuis long-temps. »
A l'époque de l'acceptation de la constitution de 1791 (en septembre), la ville de Paris donna aux Champs - Élysées une autre fête pour célébrer cet événement. Mais alors on commençait à douter de la bonne foi de Louis XVI ; le peuple ne disait plus on le trompe, mais bien il nous trompe, et les révolutionnaires étaient déjà divisés en constitutionnels ou royalistes, et en démocrates ou républicains, Cette fête se ressentit des dispositions du peuple : elle fut froide et contrainte.
Après la journée du 20 juin 1792, Lafayette étant venu à Paris avec la malheureuse idée d'abattre les jacobins au moyen de la garde nationale, sur laquelle il comptait encore, un rendez -vous fut donné à cette garde aux Champs-Elysées : il c>vaii été convenu que, si l'on se trouvait en nombre, on irait fermer la salle des jacobins. Mais cette société était alors une puissance plus grande que Lafayette ne le jugeait : elle aussi s'appuyait sur les gardes nationaux, dont les plus ardens, les plus résolus étaient parmi ses membres. Les partisans de Lafayette diminuaient de jour en jour, et ce ftit avec peine qu'on put en réunir trois cents au lieu du rendez-vous général. On s'ajourna au lendemain, bien décidés, si l'on était encore trois cents, d'engager la lutte contre les jacobins. Le soir, trente hommes seulement se trouvèrent sur le terrain. Lafayette dut renoncer à cette imprudente entreprise, qui eut pour résullat de hâter sa perte.
Le 30 juillet de l'année suivante fut un jour néfaste dans les souvenirs aes Champs-Elysées. Ce jour-là le bataillon des fédérés de Marseille, que les jacobins avaient fait venir à Paris , entra dans cette ville par la porte de Charenton, et la traversa tout entière aux chants de l'hymne patriotique composée par Rouget de Lisle , qui , depuis ce moment, prit le nom de la Marseillaise. Un repas avait été préparé par les soins de Santerre à ces fédérés, presque tous d'un patriotisme exalté : il eut lieu aux Champs- Elysées , au Grand Salon du couronnement de la Constitution. Pendant que les fédérés de Marseille dînaient dans ce salon, un restaurateur