Tome i
voisin, 9yant pour enseigne au Jardin ruyal, Iraitail des gardes nationaux du bataillon dos Filles-Saint-Thomas, connu pour ses opinions royalistes. Les Marseillais portèrent des toasts à la nation seule ; les grenadiers , au contraire, en portèrent au nâ, à la reine, au général Lafajelte. Tout cela se passait bruyamment et presque aux fenêtres, en sorte que les nombreux spectateurs, qui avaient été au-devant des Marseillais, entendaient les toasts que les grenadiers portaient avec affectation, et y répondaient par des huées. Les gardes nationaux sortirent pour chasser des eufans qui leur jetaient des mottes de terre; les enfaus eurent peur et appelèrent les Marseillais à leurs secours. Leur présence fit d'abord rentrer les grenadiers; mais hués de nouveau, ils crurent ne pouvoir se dispenser de se mesurer avec les volontaires du Midi. L'agent de change Duhamel, lieutenant dans le bataillon des Filles-Saint-Thomas, eut l'imprudence de tirer un coup de pistolet sur les Marseillais, et cette provocation fut suivie d'un combat dans lequel Duhamel fut tué , et plusieurs personnes de part et d'autres blessées. Les grenadiers , mis en fuite, portèrent l'effroi dans tout Paris. Les habilans prirent parti : les patriotes pour les Marseillais, les royalistes pour les grenadiers des Filles-Saint-Thomas; la cour s'en mêla aussi, et cela devait être; elle se déclara contre les fédérés de Marseille.
Celte affaire fut le prélude de la célèbre journée du 10 août. Ce jour-là une des fausses patrouilles organisées par la cour et par le commandant Mandat, se présenta aux Champs-Elysées, où se trouvait de la garde nationale, sur laquelle cette fausse patrouille fit feu. Il en résulta un combat, à la suite duquel plusieurs royalistes furent pris et conduits au corps-de-garde des Feuillans : six d'entre eux , parmi lesquels étaient l'abbé Bouillon et le journaliste Suleau, furent mis à mort par un tribunal populaire. Des membres de la Législative parvinrent à sauver les autres.
Après la mort de Marat, les jacobins et les cordeliers lui élevèrent aux Champs-Elysées un tombeau commun avec Lepelletier. Ce tombeau ayant été dévasté nuitamment par les royalistes, la convention nationale rendit, le 41 brumaire an ii (1" novembre 1793), un décret portant que la tombe de verdure , élevée au milieu des Champs-Elysées à la mémoire de Marat et de Lepelletier y serait conservée , et que le buste du premier serait placé dans la salle de la convention. Cette tombe fut détruite, lors de la réaction thermidorienne, par ce qu'on appelait \ai jeunesse dorée.
On trouve dans les annales de notre révolution un trait de stoïcisme de la section des Champs-Elysées auquel il ne manque que le vernis antique pour rester à jamais du domaine de l'histoire , ce trait admirable
Dous a été révélé, pour la première fuis, par M. Léonard Gallois, dans son Histoire de la Convention d'après elle même. En voici l'analyse :
A^u moment où les Vendéens poursuivis sur la rive droite de la Loire obtenaient de nouveaux et d'inespérés succès, un bataillon de la levée en masse, composé de Parisiens de la section des Champs-Elysées, considérés comme des muscadins ^ se trouvait à Carentan (Calvados), en route pour Cherbourg. On donna à ces jeunes gens l'ordre de se rendre à Coutances pour y contenir les Vendéens : ils refusèrent d'obéir, se fondant sur ce que l'ordre du ministre leur enjoignait de se rendre à Cherbourg. Une espère de rébellion eut lieu, et l'on prétendit même que quelques-uns de ces réquisitionnaires avaient fait entendre des chants royalistes. Indignés de la conduite de leurs enfans, les pères et mères, frères et sœurs, parens et amis, la section des Champs-Elysées en masse, se porta à la convention pour lui présenter une adresse dont voici les principaux passages :
K La section des Tuileries a la douleur de compter parmi ses enfans, s'il faut encore leur donner ce nom , des traîtres qui ont abandonné la cause de la liberté. Les pères et mères viennent dans votre sein vous demander leur punition, vous déclarer qu'ils les renoncent. Les vrais sans-culottes sauront bien, par une adoption républicaine, se dédommager amplement d'un tel sacrifice. Quant aux autres, la nation les jy géra. Qu'un prompt, qu'un éclatant jugement fasse donc disparaître de la terre de la liberté les monstres assez lâches pour avoir faussé le serment qu'ils avaient fait tant de fois et jusqu'en votre présence de vaincre ou de mourir libres. Nous l'avons aussi juré 5 nous tiendrons tous ce serment solennel et sacré S'il le faut, nous irons, oui, nous irons nousmêmes remplacer ces enfans coupables et réparer ainsi ce grand attentat... Nous vous demandons qu'il nous soit permis d'être nous-mêmes les porteurs des ordres de la convention nationale ; que quatre commissaires pris dans notre sein aillent les communiquer au représentant du peuple et être témoin du jugement et de l'exécution des lâches. »
Ce trait, qui passera à la postérité, est digne des mères des Spartiates. Heureusement les jeunes gens furent reconnus beaucoup moins coupables qu'on ne l'avait dit, et la convention n'eut à punir que trois chefs de la révolte.
Pendant la réaction thermidorienne, et lorsque Billaud-Varennes , CoUot d'Herbois et Barrère furent condamnés à la déportation, le peuple se porta en foule aux Champs-Elysées et arrêta les voitures dans lesquelles on conduisait ces célèbres membres du comité de salut public. La convention, que présidait en ce jour ïhibaudeau, donna ordre au général Pichegru d'aller faire exécuter le jugement, et d<; faire relâcher
les prisonniers , ce que ce général exécuta ; à la nuit le rassemblement était dissipé.
La section des Champs-Elysées, peuplée de gens riches, fut toujours regardée comme aristocrate, malgré l'énergique protestation que nous venons de citer : et en effet elle se signala pendant cette réaction au moyen de SA jeunesse dorée. Elle fut une de celles qui s'opposèrent le plus fortement au décret rendu par la convention, portant que les conseils ne seraient réélus que par tiers, et que les deux tiers des membres de cette célèbre assemblée feraient de droit partie des cinq cents ou des anciens. Ce décret , qui empêcha que la contre-révolution ne fût faite par les élections, amena, comme on sait, la journée du 13 vendémiaire, dans laquelle la section des Champs-Elysées , ayant alors au nombre de ses orateurs M. Lacretelle jeune, se distingua par son ardeur contre-révolutionnaire. L'histoire nous apprend que c'est aux Champs-Elysées qu'eut lieu, en pluviôse de l'an xii , l'entrevue de Moreau et de Pichegru, dans laquelle le premier de ces deux traîtres reconnut l'impossibilité de rétablir un roi, et proposa d'être mis à la tête du gouvernement, sous le titre de dictateur. Les royalistes refusèrent, ne voulant pas donner un autre maître que celui pour lequel ils n'avaient cessé de travailler depuis la chute du comité de salut public.
Sous le règne de Napoléon, les Champs-Elysées furent, comme précédemment, destinés aux grandes fêtes publiques. On y voyait habituellement les grognards de la garde impériale : la discipline et la moralité de ces vieux soldats étaient si grandes que jamais il ne s'éleva aucune plainte contre eux dans les quartiers qu'ils fréquentaient.
Aux mauvais jours de 4814 et 1815, les Champs-Elysées devinrent le bivouac des cosaques et des autres hordes du Nord : ils les dévastèrent tellement qu'on fut obligé, ainsi qu'on l'a déjà dit, de les replanter en partie quelques années après.
La restauration continua à donner ses fêtes publiques dans cet emplacement : elle se proposait d'élever un monument au milieu du rondpoint; mais il est resté inachevé.
A la fin de la session de 18Ê8, le gouvernement proposa et les chambres adoptèrent une loi par laquelle la ville de Paris devenait propriétaire de la totalité des Champs-Elysées, moyennant une somme assez considédérable et l'engagement par elle d'y faire plusieurs embellissemens.
Les carrés des Champs-Elysées servaient à l'instruction des troupes : depuis que Paris n'est plus qu'une vaste caserne, des régimens de cavalerie y manœuvraient aussi 5 mais comme ces diverses manœuvres labouraient et bouleversaient journellement le terrain, la ville de Paris a en-
gagé l'administration de la guerre à chercher un autre emplacement , et l'instruction des troupes a lieu maintenant dans la plaine de Grenelle. Aucun événement remarquable n'a eu lieu aux Champs-Elysées, ni pendant la révolution de 1830, ni depuis cette révolution. Il avait été souvent question de placer au rond point l'obélisque de Louqsor ; mais rien n'avait été arrêté à ce sujet jusqu'en 4836, et cet obélisque, conduit à grands frais de la Haute-Egypte à Paris , gisait encore au lieu de son débarquement. Aujourd'hui, il fait un des plus beaux ornements de la place Louis XVI.