COLLEGE
Malgré de nombreuses recherches, les historiens de Paris n'ont rien pn découvrir sur l'origine de ce collège. Leur incertitude et le défaut de
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documens ne permettent pas de lui assigner une origine plus ancienne que le règne de Louis IX. C'est le sentiment de Jaillot, si bon juge en ces matières, de Jaillol, qui rejette avec toute apparence de raison l'opinion émise par l'auteur d'un Traité historique pour l'Université de Paris, publié en 1689, lequel avance que l'on doit faire honneur de cette fondation au roi Robert. Jaillot aurait pu ajouter que Louis IX , par son testament, légua soixante livres à ce collège nouvellement formé.
Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il existait avant 1247, puisqu'on trouve, dans un testament de cette année, qu'une dame appelée Geneviève fit un legs de 40 sous au collège des Bons-Enfans.
Les historiens de l'Église et de l'Université rapportent une bulle d'Innocent IV, donnée à Lyon le 8 des calendes de décembre, l'an vi de son pontificat, ce qui revient au 24 novembre 4248, par laquelle ce souverain pontife, à la réquisition de Gautier (de Château-Thierry), administrateur de la maison des Bons-Enfans, leur permit d'avoir une chapelle, et engagea l'évêque à leur en accorder le droit.
Gautier, qui n'était alors que chancelier de l'église Notre-Dame, fut élu évêque de Paris l'année suivante, mourut quelques mois après, et la permission ne fut donnée qu'en 1257, par Renaud de Corbeil, son successeur, soit qu'il y eût eu des oppositions , soit que dans ce temps ils eussent fait rebâtir ou agrandir leur maison, soit enfin, ce qui est assez probable, que la modicité du revenu de ces pauvres écoliers ne leur eût pas permis plus tôt de faire bâtir cette chapelle. La permission de l'évêque Renaud , citée par Félibieu , indiquait le chardonnet comme le lieu où la chapelle devait être élevée : ainsi l'emplacement sur lequel repose l'institution actuelle des jeunes aveugles était donc, au commencement du treizième siècle, un double clos de vignes, tout prés de la porte Saint- Victor. Il paraît qu'on doit attribuer à Eudes Leroux, Odo Rufus, la construction de la chapelle dont il s'agit.
Quelques années après, Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, y fonda une chapellenie , au nom et comme exécuteur du testament de Guy Renart, médecin du roi, et assigna au chapelain une rente de 15 livres, qu'il avait achetée des héritiers Flament, et qui fut amortie par lettres de Philippe- le-Hardi du mois d'août 1284. Cette nouvelle fondation fut approuvée par Ranulphe ou Renoul d'Homblières , évêque de Paris, au mois de juin 1287. Une reconnaissance de 40 sous de rente, que les Bons-Enfans devaient à l'évêque , et dont ils passèrent acte au mois de juillet 1314, prouve qu'alors il y avait neuf boursiers dans ce collège. Pluyette, qui en fut principal, y fonda, par son testament du 4 septembre 1 478 , deux bourses nouvelles en faveur des enfans de sa
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famille, cl, à leur dclaul, à ceux de Ménil-Aubry et «le Foulenay : les luarguilliers de ces deux paroisses présentaient les sujets à rarchevôque de Paris, collateur desdites bourses. La peusion était de 550 livres.
Sauvai dit qu'autrefois la rivière des Gobelins passait par ce collège, ce qu iu(li((ue un aruieri plan 5 mais ce plan était sans date certaine, et Sauvai gardant le silence à cet égard , il est presque impossible de découvrir à quelle époque le fait a existé. On croit que ce n'était qu'un bras de cette rivière qui traversait la maison vers le sud-est.
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Le malheur des temps, la modicité des revenus et la caducité d<'s maisons avaient presque ruiné ce collège , lorsque la principalité et la chapellenie en furent données à Vincent de Paule, le V' mars 1624^.
Emmanuel de Gondy , comte de Joigny , et Françoise de Silly, sa femme, furent les véritables auteurs de la fondation, puisqu'ils donnèrent pour cet objet iO,0(JO livles à Vincent de Paule.
Ce fut là en effet qu'il réunit les premiers éléments de la congrcyation de la tnission, à laquelle le collège fut réuni par décret du 8 juin ICiT, confirmé par lettres-patentes du 15 septembre suivant.
Dès-lors la maison de la mission fut regardée comme un véritable séminaire , auquel on donna indifféremment le nom de séminaire de la Mission , à cause de l'esprit de l'institution de Vincent de Paule, et de séminaire de Saint-Firmin, parce que l'église était sous l'invocation de ce saint (1). Ou y formait principaleuuînt de jeunes ecclésiastiques destinés à aller porter la parole de Dieu dans les campagnes.
(1) Cette église est devenue , on ne siil le Icnips , une propiielc pailiculicre, maintenant habitée par un buuiher.
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Des étrangers el des jeunes gens apparlenant aux grandes familles de France et qui se destinaient au culte y étaient places pour v puiser une instruction solide.
Jean-François de Gond) , premier archevêque de Paris, qui avait aulorisé rétablissement des prêtres de la mission, ne l'envisageait pas autrement que sous le premier point de vue, puisque, par son mandement du 21 février 163i , il obligea les jeunes clercs de son diocèse qui aspiraient aux ordres de faire au collège des Bons-Enfans une retraite de dix jours pour s'v préparer. Mais il ne fut établi dans les formes légales que bien long-temps après, en 1707, par un décret d'érection du cardinal de Noailles , conlirmé par lettres-patentes du mois de janvier 1714, enregistrées le 15 mars suivant.
L'abbé Lebcuf dit ne savoir pourquoi la chapelle de ce collège était sous le litre de Saint-Firmin : si l'on peut hasarder une conjecture, nous dirons que ce pourrait bien être le fruit d'un souvenir de Vincent de Paule qui, avant fait une mission dans les terres de la comtesse de Joigny , au diocèse d'Amiens, aura voulu eu marquer la mémoire, en plaçant cette chapelle sous l'invocation d'un ancien évcque d'Amiens, saint et martyr.
Le collège des Bons-Enfans n'avait pas été excepté dans les lettrespatentes du 21 novembre 1763, qui ordonnaient la réunion au collège de l'Université de tous les collèges sans exercice. Mais Louis XV, par de nouvelles lettres du 22 avril 1773, ordonna que la principalité , la chapellenie et les terrains et bàtimens de cette maison demeureraient attachés à la congrégation des prêtres de la mission Saint-Lazare, appelée séminaire Saint-Firmin, réservant les autres biens et les bourses du collège à celui de Louis-le-Grand, conformément aux lettres-patentes du 21 novembre 1763 et à l'arrêt du parlement du 8 mai 1 769.
Les conférences spirituelles qui y avaient lieu le mardi et le jeudi de chaque semaine y attiraient un grand nombre d'ecclésiastiques, surtout ceux qui convoitaient les dignités de l'église.
On y logeait jusqu'à soixante séminaristes, mais ou n'admettait aucun étranger aux retraites.
La bibliothèque de ce collège , composée d'environ quinze mille volumes, avait été en partie amassée par Julieu Barbé, mort supérieur de cette maison en 1711 .
Calvin, le célèbre réformateur, a habité ce séminaire.
A l'époque de la révolution, cette maison servit de prison à un assez graad nombre d'ecclésiastiques : presque tous ceux qui s'y trouvaient aux journées de septembre périrent d'une manière affreuse. Nougarel, dans le
Précis historique sur les incarcérations , les massacres et les massacreurs, qu'il publia ou l'an v (juiu 1797), a fait de cet évcnenicut épouvaulable un récit qui mérite d'être conservé : lui-même l'avait tiré de V Histoire de la révolution Je France, par deux amis de la liberté, tome viii.
« Au séminaire de Saiut-Firmin, a-t-il écrit, les bourreaux, las de massacrer leurs victimes, se précipitèrent dans l'intérieur de la maison, qui bientôt ne fut plus qu'une vaste boucherie. Le sang ruisselait à grands flots sur les lits, dans les chambres, dans les escaliers.,. Ici des hommes vivans étaient jetés pêle-mêle avec des morts et des mourans par les fenêtres, et tombaient sur des piques, des baïonnettes, des faux ou des hallebardes. Des prêtres furent massacrés sur l'autel qui leur servait d'asile, au moment où, à genoux, les mains placées sur la poitrine, les yeux dirigés vers le ciel , ils recevaient la bénédiction du plus ancien d'entre eux , et demandaient au Dieu de la nature de pardonner à leurs assassins. — Un laïque fut enveloppé dans la proscription... Il se nommail Jacques-Antoine-Joseph de Villette 5 ilélait chevalier de Saint-Louis. Il y avait vingt ans qu'il s'était retiré dans cette maison, qu'il y vivait dans la retraite et dans les exercices de piété. Il semblait qu'entièrement étranger au monde et aux mouvemens de la révolution, il n'aurait pas diï être au nombre des proscrits.
w Dans le nombre des quatre-vingt-onze prêtres (1) égorgés à Saint- Firmin, un des plus remarquables est Joseph -Marie Gros, curé de Saint- Nicolas-du-Chardonnet , député à l'assemblée constituante pasteur qui avait pour ses paroissiens la tendresse d'un père pour ses enfans. Parmi ses bourreaux, il reconnut un de ces mêmes paroissiens, et lui dit : « Mou ami, je te connais. — Eh! oui, lui répondit l'antropophage , et moi aussi, je vous reconnais : je sais que dans plusieurs occasions vous m'avez rendu service. — Comme tu m'en paies! répliqua le bon curé. — Je ne saurais qu'y faire, reprit le bourreau : ce n'est point ma faute, \ainatio7i le veut ainsi, et la nation me paie. — Ayant achevé ces mots, le cannibale fit signe à ses camarades : tous ensemble saisirent ce vénérable prêtre et le jetèrent par la fenêtre : sa cervelle se répandit sur le pavé; ses membres palpitèrent pendant plusieurs minutes. De[)uis sa mort on a ouvert son testament ; on a trouvé qu'il léguait tous ses biens aux pauvres de sa paroisse. »
(1) Plusieurs historiens de Paris, el Duiaure, dans ^es Es(imsses de la liévolution, ponenl ce nombre ù onze cent quaranlc-cinti. Ces écrivains no connaissaient pas la maison^ qui ne pouvait pas recevoir trois cents individus.
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Quelquos-uns do ces prôlrcs lïiiciil jolôs, par-dossus la ranipo de Toscalier, du troisième élag»' Mir les dalles du rez-de-chaussée. Oti luonlre encore la petite porte qui donne de là sur la rue Saint-Victor, par laquelle ou fit passer leurs cadavres pour les emporter.
C'est en invo(juant le souvenir de plusieurs laits de cette nature, justement flétris par les hommes sages et humains, et dont les véritables coupables, il faut bien le remarquer, n'étaient pas tous parmi le peuple, qu'on a v(mlu rabaisser notre révolution tout entière, si grande, si belle, si féconde dans ses résultats.
Malgré la furie des égorgeurs , quelques prêtres échappèrent au massacre, entre autres l'abbc Laurent, mort curé de Saint-Leu, et l'abbé Boulanger, maintenant à la maison Saint-Vinccnt-de-Paule de la rue de Sèvres : ce dernier fut sauvé par M. Rion , boucher, propriétaire de la maison bâtie sur l'emplacement de l'église, qui le couvrit d'un tablier et le fit passer pour un de ses garçons.
La veille du massacre, l'abbé Haily, à qui Ton doit l'institution des Jeunes Aveugles, était encore dans ce séminaire, lorsque plusieurs de ses amis, au nombre desquels était M. Geoffrov Saint-Hilaire, obtinrent sa mise en liberté : et il voulait attendre au lendemain I
On lira sans doute avec intérêt la pièce suivante, copiée sur l'original : cette copie avait été remise à M. Duchàtel, par le copiste lui-même, et par AL Duchàtel à AL Pignier, médecin et directeur de linslitulion des Jeunes Aveugles, qui s'est prêté avec complaisance à la publication qu'on en fait ici.