‹ Paris pittoresqueChapitre 26 sur 104 · COMMUNE DE PARIS · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS

«Le 1793.

» L'an quatrième de la liberié et premier de Tégaliié.

» S. secrétaire-greffier.

» Monsieur le trésorier de la commune payera à M. Gilbert PETcr 48 livres pour prix du temps qu'ils ont mis, lui et trois de ses camarades, à V expédition des prêtres de Saint-Firmin pendant deux jours.

» A la maison commune, ce A septembre 179Ô, Tan 4^ de la libellé et premier de l'égalité , suivant la réquisition qui nous est fiiile par la section des Sans-Culottes, qui les a mis en ouvrage.

» Signe, XicoHi , Jérôme, Laniarck, commissaires de la

COUlUUlllC.

» Jo fortifie los sii^nalurt's ti-tlov;inl >'i\v rolhs do^ coinmissaires de la coiuinune do Paris.

» Fait en la maison connnnnc, ce ."> soiiicniitif I ''.).■), Tan -i' de In libellé Cl l" (le Tcgalilé.

» Bon ponr ([uaranle-lmit livres.

» Signé, Méhée, secréiaire-greffier adjoint ; Lesgueiujer. » Le S. -iS liv.

» An dos est écrit : Reçu la somme de quaranle-hnit iivies. f Et au dessons est écrit : Gilbert Petit a fait sa croix. >;

Il n'existait point ni on Franco ni à l'étranger, d'établissement pour les aveugles, lorsque l'abbé Valenlin Haiiy, frère du minéralogiste de ce nom, voulut tenter pour les aveugles de naissance ce que l'abbé de l'Épée avait fait pour les sourds et muets. Il s'offril à la société pbilantropique pour enseigner gratuitement les aveugles-nés dont celte société prenait soin.

Son procédé n'était pas nouveau ; mais il fut le premier qui le mil en œuvre à Paris et qui le perfectionna.

La société lui confia douze jeunes enfans privés de la vue, qui furent placés à ses frais dans une maison de la rue Notre-Dame-des-Victoires. En peu de mois ces enfans répondirent, au-delà de toute espérance, aux efforts qu'on avait faits pour eux.

Cet enseignement, commencé en 1784, fut distrait de la société pbilantropique; le 19 février 1785, l'école fut ouverte, et l'Académie de musique donna un concert à son bénéfice. En 1786 , l'abbé Haiiy obtint un local dans le château des Tuileries.

Ces enfans aveugles apprenaient la lecture, l'écriture, le calcul, la

musique, la Jîéog^raphio , l'art do composer à la easse et d'impriinor. Tls easeigiiaient aussi à lire à des enfans clairvojans.

Au mois de décembre 1786, ils firent à Versailles, devant le roi, les exercices les plus élonnans; mais l'inslitulion n'eu fut pas plus protégée, et l'abbé Haiiy ne jouit point des fruits de son établissement.

Une loi du 21 -29 juillet 4791 plaça l'institution avec celle des sourdsmuets, alors au couvent des Célestins, près de l'Arsenal; et un décret de l'assemblée constituante, du même mois, ordonna que l'établissement serait entretenu apx frais de l'Etat , et que le nombre des élèves admis serait égal à celui des départemens(l).

Cette réunion était nuisible aux deux établissemens ; on le sentit, et quatre ans après on les sépara. Les sourds-muets furent placés au faubourg Saint-Jacques , et les jeunes aveugles , transférés à l'ancien couvent Sainte-Catherine, rue des Lombards. La loi du 10 thermidor an III (28 juillet 1695), qui organisa l'institution, dit, article xiv : u Le local occupé par les ci-devant Catherinettes , section des Lombards (2), où se trouvent actuellement les aveugles travailleurs , est définitivement affecté à cet institut. »

Les choses n'allèrent pas mieux après cette translation : l'établissement périssait; on décida de réunir les jeunes aveugles avec l'hôpital des Quinze-Vingts, rue de Charenton; ce qui fut exécuté immédiatement après la promulgation du décret du 26 pluviôse an ix (15 février 1801). Cette fusion était incohérente ; car, bien que les individus de ces deux maisons fussent aveugles, ils n'avaient absolument aucune espèce de rapports, ni par leur existence, ni par le mode d'admission, ni enfin parle but qu'on se proposait pour les uns et pour les autres. L'hôpital des Quinze-Vingts a été fondé par Louis I X pour trois cents pauvres mendiaus; l'institution des jeunes aveugles était un véritable collège; dans l'un on est à la vie privée, dans l'autre à la vie commune. Les choses cependant restèrent dans cet état jusqu'en 1815.

A cette époque , le docteur Guillié fut nommé directeur de cette maison. Il s'empressa de rendre l'établissement à sa première origine , sollicita et obtint du gouvernement la séparation de ces deux maisons, fil des règlemcns nouveaux, et enfin régénéra entièrement l'institution. On vit bientôt des enfans, pris dans la classe indigente, répondre avec une inlel-

(1) L'inslitulion avail subsisté pendant quelque temps du produit des impressions qu'elle faisait.

(2) Le fouvont de Sainle-f.atherine élait rue des Lombards , 37.

ligence rare à toutes les questions qui leur étaient laites sur quelques parties des sciences et des arts. On vit au Louvre non seulement les produits des travaux des aveugles , mais les aveugles eux-mêmes les exécutant devant les spectateurs étonnés. Dans un exercice public, les jeunes aveugles travaillèrent à la casse, et, avec des caractères en relief, composèrent les phrases qu'on leur dictait; expliquèrent plusieurs passages de Virgile, et résolurent plusioHirs problèmes algébriques. On y vit, pour la première fois, un sourd-muet communiquer avec un aveugle. Une phrase composée par un sourd-muet fut récitée à haute voix par un aveugle : celui-ci, à son tour, dicta par signes au sourd-muet une phrase que celui-là écrivit. Par ordonnance du 8 février 4815, l'établissement des jeunes aveugles fut séparé de l'hôpital des Quinze- Vingts , et fut établi, comme il a été dit, dans le bâtiment de l'ancien collège des Bons- Enfans , ou séminaire Saint-Firmin , au moyen d'une location ; le bail porte la date du 5 septembre.

Le décret de 179d avait affecté les revenus des bâtimens de Sainte- Catherine à l'établissement; un décret de Napoléon renouvela ces dispositions et autorisa l'institution à louer ces bâtimens au profit de ses l)esoins.

Deux ordonnances de Louis XVTII , des 24 décembre 1817 et 20 mai 1818, ayant autorisé l'aliénation du couvent de Sainte-Catherine et l'acquisition du séminaire Saint-Firmin, l'administration des jeunes aveugles vendit son ancienne possession et acquit le local actuel, le 20 août 1818, des époux Huin, qui eux-mêmes l'avaient acheté de la préfecture du département, le 29 avril 1808, la préfecture ayant vendu pour le compte de la caisse d'amortissement. A la même époque , l'administration acquit encore, au prix de 19,000 francs, des époux Rion, un bâtiment et une portion de terrain qu'elle joignit à la maison principale : les époux Rion possédaient, depuis le 23 ventôse an vi (13 mars 1798), date de la vente qui leur avait été faite par un nommé Mignon , lequel avait acheté, du domaine national, le 17 thermidor an iv (4 août 1796).

L'insuffisance et l'insalubrité de ce local ayant été signalées à l'autorité , il fut question , peu de temps après la révolution de 1830, de transférer l'institution dans le voisinage de Paris. L'administration de l'établissement écrivit , le 12 mars 1831 , au ministre de l'intérieur, et, le 17 mars 1832, au ministre du commerce, pour leur faire sentir les inconvéniens delà translation soit à Versailles soit en toute autr lieu hors de Paris, sur cette triple considération que l'institution lient du collège, de l'Ecole des arts et métiers et du Conservatoire de musique, et que, sous ce triple rapport, il a besoin de ressources qu'il ne peut trouver qu'à Paris.

PARIS PITTORF.SOÏ'E.

Vaincue par la lorro Ao ces objerlions , rautoritt' eut la pensée <le replacer les jeunes aveu^^les aux Quinze-Vingts , mais dans une localité particulière. L'adminisiralion a fait sentir, avec succès jusqu'à présent, les inconvéniens de cette réunion ; elle devait d'autant mieux réussir dans ses observations que déjà, indépendamment de la question morale, les établissemens avaient été séparés et qu'on avait plusieurs fois apprécié les causes d(; cette séparation.

Cependant il faut absolument changer de maison, car celle-ci est nuisible à ceux qui l'habitent et nuisible encore au progrès de l'institution, puisqu'on n'y peut recevoir ni boursiers des départemens, ni pensionnaires, ni étrangers; et à ces motifs graves s'en vient joindre un autre plein de puissance, c'est que la rue projetée du pont de la Tournelle à la rue Saint-Victor doit emporter une partie du jardin et des bàtimens de l'établissement.

Le veut-on placer aux Quinze- Vingts , on emploiera 600,000 fr. sur un terrain qui n'appartient pas à l'Etat, tandis qu'à moins d'un million on pourrait acquérir un terrain du coté sud- ouest du Luxembourg , et en faire une localité convenable aux besoins et à l'avenir de l'institution.

On ne donnera pas ici la description monumentale de cette maison ; elle serait sans intérêt.

L'institution existe aux frais de l'État, eu partie du moins, puisqu'elle jouit de legs particuliers 5 elle est portée au budget de l'intérieur pour une somme qui varie annuellement de 60 à 70,<X)0 francs.

Voici la population présente de la maison :

90 élèves du gouvernement , dont soixante garçons et trente filles. Ils sont admis de dix à quatorze ans, et ils y restent pendant huit. On conserve les plus habiles comme professeurs , et on leur donne un traitement de 100 écus avec les autres avantages de la maison;

40 enfans de l'hospice des orphelins, dont l'administration des hospices paie la pension. Ces enfans jouissent de la vue et servent à conduire les veugles ;

3 élèves pensionnaires. Si la maison était convenablement disposée, il y en aurait un plus grand nombre, et les frais de l'Etat diminueraient d'autant. Le prix de la pension est de 800 francs ■ quand les parcns sont pauvres, l'administration est autorisée à faire la renn'se du quart;

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5 élèves boursiers : quatre bourses ont été fondées par le préfet du Nord et deux par celui de Seine-et-Marne. Pourquoi tous les préfets de France ne suivent-ils pas ces généreux exemples?

Ces enfans apprennent un métier, et étudient en outre la musique, pour laquelle ils montrent une aptitude étonnante. Ils se lèvent à six beures du matin et se couchent le soir à neuf dans des dortoirs.

L'institution, telle qu'elle existe, e?l un éloge que partagent son fondateur (l'abbé Haûy), l'assemblée constituante, l'état qui l'entretient el Vadministration qui la dirige.

n y avait autrefois dans Paris des fours d'espèces différentes : Fours de boulangerie et fours de recrutement forcé.

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