‹ Paris pittoresqueChapitre 29 sur 104 · TOMI, I. JI · texte numérisé non relu

TOMI, I. JI

serait remplacée par une autre statue debout, dans les plus grandes porporlions,ot qu'il serait construit autour du piédestal sur lequel était la statue de V avant-dernier tyran des Français (sic) un autre piédestal d'une plus grande proportion et qui laisserait voir le premier. D'après le dessin fait par David, cette nouvelle statue de la liberté devait avoir quarante-six pieds de haut. Elle lut commencée, mais jamais achevée; et celle en plâtre, qui existait en 1793 et 1794, et qui ne manquait pas de quelque mérite sous le rapport de l'art, disparut après le règne du directoire.

Il entrait aussi dans les plans arrêtés par le comité de salut public d'orner la place de la Révolution ^ laquelle devait être convertie en cirque pour les fêtes nationales, de deux arcs de triomphe , l'un entre les colonnades du garde-meuble, l'autre en face, à l'entrée du pont. Deux fontaines d'eau jaillissantes, consacrées à l'utilité publique, devaient aussi être «levées entre ces dou^i: arcs de triomphe. C'est ce projet qu'a exécuté en partie la ville de Paris, pour prix de la cession des Champs-Elysées.

Le 14 juillet 1800, à la place de la statue de la liberté, fut posée la première pierre d'une colonne projetée à la gloire des armées françaises (1). Mais, afin de mieux juger l'effet qu'Ole produirait, on eut le bon esprit d'en construire, sur l'emplacement même, le modèle en charpente, en toile et en carton. Cet essai suffit pour faire renoncer à L'exécution du projet, parce qu'on s'aperçut que cette colonne intercepterait la magnifique perspective que présentent, de ce point, les Tuileries, les Champs-Elysées, l'avenue de Neuilly et l'arc-de-triomphe de l'Étoile (2).

Après la seconde restauration, deux ordonnances, des 19 janvier et 14 février 1816, prescrivirent la réédification de la statue équestre de Louis XV ; elles restèrent sans exécution. Soit que l'on reculât devant l'idée de relever un monument à un prince qui n'a laissé que des souvenirs d'immoralité, soit que l'on crût que cette place appartenait de droit à la mémoire du roi qui y fut immolé par ceux qui ne voulaient pas faire une révolution à demi, on se ravisa, et, en 1823, une nouvelle ordonnance détermina que la place Louis XV prendrait le nom de son

(1) En fouillant les fondemens de la statue de Louis XV, on trouva les monnaies et les médailles qui y avaient été placées le 22 avril 1754.

(2) Pourquoi , lorsqu'il est question d'élever un monument de ce genre , ne commencerait-on pas par faire de semblables essais? Tous les doutes seraient levés, toutes les incertitudes et toutes les contrariétés prévues , et l'artiste aurait au moins cet avantage inappréciable de recueillir l'opinion publique, et de pouvoir se juger lui-même avant de livrer un grand ouvrage à la postérité.

successeur, auquel il serait élevé une statue là où était celle de Louis XV.

Le piédestal de ce nouveau monument était à peine achevé, lorsque la révolution du 29 juillet 1830 vint arrêter la continuation des travaux.

liepuis lors vingt projets se succédèrent. D'abord on voulait y élever un édifice consacré à la charte de 1830!... Puis on pensa enfin que cet emplacement était propre à l'érection de l'obélisque de Louqsor ; les motifs qui, en 1800, avaient empêché l'élévation de la colonne destinée à la gloire des armées françaises, firent renoncer quelque temps à ce projet, qui a enfin reçu son exécution.

Cette place a déjà été baptisée cinq fois : outre le nom de Louis XV, qu'elle conserva du jour de l'inauguration de la statue de ce roi jusqu'au 12 août 1792 , date de son renversement, elle prit successivement ceux de /a Révolution (1792), et de la Concorde (1800) ; puis elle reprit son nom primitif (avril 1814), quelle quitta de nouveau (1816) pour celui de Louis XVI. Il est probable qu'elle est destinée à en porter encore d'autres, et qu'elle changera de nom comme de destination.

Autrefois elle servait d'emplacement pour les foires dt; Saint-Ovide. . La révolution la destina à un usage terrible et déplorable, que nous voudrions bien ne pas être forcés de rappeler. Le consulat voulut la purifier en l'appelant du nom si doux et si humain de Concorde. La restauration la dédia à sa dynastie, et Louis-Philippe à la charte !

Indépendamment des vicissitudes que cette place a éprouvées dans ses noms, elle a encore été le théâtre d'évènemens qui seront toujours du domaine de l'histoire.

Louis XV régnait encore quand eut lieu le mariage du dauphin (Louis XVI) avec Marie-Antoinette d'Autriche. De grandes réjouissances eurent lieu à cette occasion , et , le 30 mai 1774 , on tira sur cette place un feu d'artifice qui avait attiré une foule imniensede curieux. Les ordonnances de police de ces temps, où le peuple à pied était regardé comme une matière que la noblesse pouvait éclabousser et fouler à son aise , permettaient aux personnes à équipage, c'est-à-dire à tous les nobles et à tous les riches, de se promener en voiture, dans les fêtes publiques , au milieu de la multitude. Le feu d'artifice ayant tué ou blessé plusieurs personnes, l'effroi gagna la foule, qui fut écrasée par les chevaux et les équipages lancés sur le corps des piétons. Il serait difficile de peindre cette nuit d'horreur et de désespoir. Les victimes mortes ou mourantes furent exposées dans la rue Royale, où chaque famille éplorée allait reconnaître son père , son frère , sa sœur, sa mère ou son fils. Ce funeste événement, qui causa la mort de plus de quinze mille personnes des deux

^A PARIS PITTOKIiSQL'Ii,

sexes, chanijoa en deuil un jour qui avait clé consacré aux fêles et aux réjouissances publiques "• il fut le sinistre présage d'un régne qui devait finir dans le sang.

II fallut la révolution pour corriger la police et les riches : deux ordonnances émanées de ses autorités défendirent la circulation des voitures dans de pareilles circonstances.

Le i2 juillet 1789, le prince de Lambesc stationnait, à la tôte de son régiment, sur cette place, sous prétexte d'empêcher les rassemblemens , quand il se détacha pour courir sur un ciloven (jui injuriait sa troupe; il futaussil«)t suivi par plusieurs de ses soldats, (jui entrèrent dans le jardin des Tuileries, mirent l'effroi parmi les nombreux promeneurs, en renversèrent plusieurs, en sabrèrent d'autres, parmi lesquels il y eut un vieillard de tué. Il n'en fallait pas autant, dans des circ(mstances aussi délicates, pour faire abhorrer cette force brutale qui se servait des armes que la royauté lui avait mises dans les mains pour en frapper des bourgeois désarmés. Les Parisiens répondirent, le surlendemain, à l'agression du prince de Lamtesc par la prise de la Bastille.

Le 21 janvier 1793, Louis XVI fut décapité sur cette place, mais derrière la statue de la liberté.

On ne s'attend pas sans doute que nous venions désigner ici chacune des quinze cents victimes de nos discordes civiles que le tribunal révolutionnaire fit périr sur la place de la Révolution : nous rappellerons seulement qu'avec Louis XVI et Marie-Antoinette montèrent aussi sur l'échafaud politique, le 2 octobre de la même année, vingt-deux des membres les plus influeus et des plus estimables du parti de la Gironde ; qu'après Louis-Philippe-Joseph d'Orléans (Égalité) périrent encore sur la même place les Hébertistes , Danton , et huit autres membres de la Montagne ; ceux que l'on désignait par l'épithète d'athées , Robespierre, Saint- Just, Couthon, et plus de cent autres révolutionnaires plus ou moins patriotes, membres de la comnmne de Paris ou des sociétés populaires. L'affreux instrument de tant d'holocaustes, après avoir été relégué à la barrière du Trône, par arrêté du comité de salut public, en date du 25 prairial an ii (13 juin 1794), fut rétabli sur la place de la Révolution, le lendemain de la victoire des Thermidoriens.

Mais tout n'était pas aussi sombre dans ces temps gigantesques : le règne conventionnel eut aussi ses réjouissances populaires ; et cette esplanade, qui fut si souvent ensanglantée, devint aussi le théâtre de ces fêtes homériques, auxquelles tout un peuple libre assistait.

Les fastes révolutionnaires nous ont transmis les détails de ces solen-

nités , au nombre desquelles il faut mentionner celle qui fut célébrée pour l'affranchissement de la Savoie , et celle plus grandiose encore qui eut lieu le jour anniversaire du 10 août , pour l'acceptation de la constitution la plus populaire qui ait jamais existé.

Le 30 nivôse an ii, anniversaire du 21 janvier 1793, la société des jacobins et la garde nationale de Paris se rendirent en masse, musique en tête, à la convention nationale pour demander que le jour de la mort de Louis XVI fut consacré par une fête générale. « L'anniversaire de la mort légale du tyran , dit l'orateur , est un jour qui retrace aux âmes républicaines un acte ordonné par la nature et par la raison , comme le premier pas du bonheur pour l'humanité entière; il doit être célébré par tout homme qui sait apprécier sa dignité. »

Le décret ayant été rendu d'enthousiasme, Couthon proposa d'aller au pied de l'arbre de la liberté fêter cette grande journée. « Les tyrans faisaient célébrer par les peuples qu'ils avaient asservis, ajouta-t-il, l'anniversaire de leur naissance , qui était un fléau pour l'humanité ; vous venez de décréter la célébration de l'anniversaire de la mort d'un d'entre euxj mort qui a été un bien pour l'humanité ; vous avez aujourd'hui bien mérité de la patrie. » La convention tout entière se joignit aux jacobins, aux sections, et se porta sur la place de la Révolution pour y jurer mort aux tyrans, paix aux chaumières ; le serment à la république une et indivisible y fut de nouveau prêté ; et cette fête , quoique improvisée , n'en fut pas moins une des plus extraordinaires de l'époque.

Il y avait déjà bien loin de l'inauguration de la place de Louis XV et de la fête pour la célébration du mariage du dauphin à la fête de la mort des rois. Là n'étaient pas tous les mouvemens qui devaient s'opérer dans la destination de cette place : elle était destinée à bien d'autres changemens de décorations. C'est ainsi qu'après avoir servi à célébrer les victoires du directoire, le consulat la dédia à la concorde, et l'empire à ses conquêtes.

Mais déjà l'on s'apercevait que les anciens abus déracinés parle torrent révolutionnaire se reproduisaient. Dans une fête donnée sur la place de la Concorde, au commencement de l'empire, on vit avec peine des piquets de cavalerie et des voitures impériales traverser au galop les quais des Tuileries, sans respect et sans humanité pour les femmes, pour les cnfans qui assistaient à cette fête. L'empereur n'était pas , il est vrai , dans ces voitures ; mais ses courtisans , ses valets y étaient; et les courtisans et les valets sont les mêmes dans tous les temps.

La restauration ne se fit faute de faire servir la place Louis XVI à ses

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fôtes et à SCS feux d'arlificc ; une des plus remarquables fut celle qui eut lieu au retour du duc d'Augoulême de sa campagne d'Espagne. Ce soir-là le héros du Trocadéro traversa, dans une voiture qu'entouraient des gardes-du-corps et des valets portant des torches, la foule immense qui encombrait la place et le jardin des Tuileries. Quelques vivat saluèrent l'héritier du trône. La restauration se croyait à l'apogée de sa gloire et de sa puissance !

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