SAINTE-ANNE
Une maladie contagieuse, qui faisait surtout des proférés alarnnans à l'Hôtel-Dieu , régnait dans Paris en 1595. Pour diminuer le danger en éloignant du centre une partie des individus atteints par le fléau , ou loua , au faubourg Saint-Marcel , quelques maisons où l'on plaça des malades.
Cette maladie ayant reparu en 1606 et en 1607 , Henri IV ordonna la construction de l'hôpital connu sous le nom de Saint-Louis, et qui était alors assez loin en dehors des murs de Paris. Il fut décidé, en même temps, que l'hospice supplémentaire du faubourg Saint-Marcel serait néanmoins conservé et répéa'é ,
Sauvai et Félibien pensent que cet nospicc portait le nom de Sainte- Anne; mais ces auteurs se trompent, el Jaillot fait observer avec raison qu'il était impossible qu'on lui eût donné le nom d'une reine, Anne d'Autriche, qui ne fut mariée à Louis XIII qu'en 1615 : on l'appelait alors hôpital de la Santé.
Anne d'Autriche affectait les Bénédictines du Val-de-Grâce ; elle les fit venir à Paris et leur acheta le fief de Valois , où elles firent construire leur monastère ; c'est là que se trouve maintenant l'hôpital mihtaire du Val-de- Grâce. Ne voulant pas laisser auprès des religieuses qu'elle aimait un hospice qui pût faire craindre pour elles , elle acquit, sur le chemin de Gcntilly , un grand terrain qu'elle fit clore de murs , et y fit construire un vaste bâtiment en triangle, ayant ses trois sommets au sud, à l'est et à l'ouest, pour y transporter les malades de l'hôpital de la Santé.
Les constructions étant terminées, il y eut, entre la reine Anne et l'administration de l'Hôtel-Dieu, un acte d'échange passé, le 7 juillet 1651, pardevant Lemoine, notaire à Paris.
Après cet échange, les malades furent transportés au nouvel hôpital, qui conserva son ancien nom , et prit à la fois celui de sa fondatrice.
Quant aux bâtimens du faubourg Saint-Marcel, la reine Anne en employa une partie à agrandir les jardins du Val-de-Grâce , et donna le surplus aux Filles de la Providence.
Ces faits contrariant le récit de la plupart des principaux historiens de Paris . on croit utile de donner ici le texte entier d'un édif do Louis XIV,
alors âgé de neuf aus, rendu pendant la régence de la reine Anne. Cet édit est une pièce fort rare et qui n'est connue que d'un très petit nombre de personnes.
« Aujourd'hui quinzième de juin 1 6 17 , le roi étant à Amiens , désirant favoriser rétablissement de l'hôpital qui doit être construit entre les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marcol . hors lesdits faubourgs, pour tenir lieu de celui sis au faubourg Saint-Marcel , appelé de la Santé , qui servait à recevoir les malades de peste en temps de contagion lorsque celui de Saint-Louis était rempli, et lequel a été transféré hors lesdits faubourgs pour éviter le préjudice que la sauté de la reine régente, mère du roi, en aurait pu recevoir, à cause qu'il est situé proche et joignant les murs de clôture de l'abbaye du Val-de-Grâce , où ladite dame fait souvent des visites; Sa Majesté, de l'avis de la reine régente sa mère, accorde audit hôpital nouveau la jouissance d'un pouce d'eau , faisant cent quarantequatre lignes de celle des fontaines de Rungis , à prendre dans le regard le plus proche dudit hôpital. Et, pour cet effet, Sa Majesté enjoint au sieur Francini, intendant-général des eaux, de faire la délivrance dudit pouce d'eau aux administrateurs dudit hôpital quand il en sera par eux requis, par préférence à toute autre concession que Sadite Majesté pourrait avoir faite, et faire à l'avenir au préjudice du présent brevet que Sa Majesté, pour témoignage de sa volonté, a signé de sa main, et fait contre-signer par moi son conseiller-secrétaire d'état de ses commandemens en finances.
« Louis DE GUENEGALD. »
Un regard fut construit à l'angle sud-ouest du jardin de Thôpital; il existe encore , et son bassin, carré de dix-huit à Wngt pieds de côté , est rempli de l'eau limpide et froide qu'amène une conduite venant d'Arcueil.
Le cimetière , qui date de la même époque , se voit encore , clos de murs, à l'ouest du jardin ; mais il est couvert de pommes de terre.
Il ne reste plus debout , des anciens bâtimens , que la moitié de ceux dont la face extérieure était tournée vers le nord, et la seconde partie, mais en ruines , de celui qui avait sa pointe au sud-est et dont la face intérieure est vers l'ouest. La destruction des bâtimens qui existaient entre ceux que l'on a conservés date de 1797 : on ignore la cause qui a pu y donner lieu.
Le terrain de ces constructions et le jardin clos de murs ont une étendue calculée sur quatorze arpens ; l'ensemble de cette propriété se compose de cinquante arpens environ.
BirFTRE. 117
Depuis lon^-lomps il n'y avait plus de nialados dans relie maison , qui s'était changée en une ferme de l'Holel-Dieu , lorsque l'adminislralion des hospices la donna en location à la laiterie Sainte-Anne (\). Le nombre des malades de la huitième division de Bicêlre prenant un grand accroissement^ l'administration la reprit en 1833 et la disposa pour les cinquante aliénés qui l'habitent aujourd'hui.
Tous ces malheureux sont occupés h des travaux de terrassement et de blanchiment : ils ont blanchi, cette année, quatorze mille des couvertures des hospices de Paris.
Cette succursale de Bicêtre , si favorable à sa destination . est parfaitement tenue; et si les malades qu'elle renferme étaient à même d'apprécier le bienfait des soins dont ils sont l'objet de la part des deux surveillans. MM. Béguin et Hébert, à qui l'administration les a confiés, ils leur conserveraient une bien vive reconnaissance.
Le service de santé est fait par MM. Ferrus et Lélut.
Le bâtiment ruiné qui est à l'est, ne pouvant être mieux employé, sert maintenant de séchoir et de magasin. L'administration des hospices l'a fait réparer et y a établi de nouveaux ateliers, de nouveaux dortoirs, ce qui lui a permis de doubler le nombre des malades qu'elle y entretenait précédemment.
(1) Cette laiterie est maintenant établie barrière de Fontainebleau, route de Choisy-le-Koi.