DE L'ÉTOILE
Dès le retour de l'immortelle campagne d'Austerlitz , l'empereur Napoléon eut l'idée d'ériger , à la barrière de l'Étoile et au milieu du vaste rond-point que forme au-delà de cette barrière la double allée d'arbres qui conduit à Neuilly , une colonne triomphale à la gloire de la grande armée : il donna des ordres en conséquence à son ministre de l'intérieur ; mais ce ne fut qu'au commencement de 1806 que ce ministre , M. de Montalivet , fit son rapport à ce sujet.
Au lieu d'une colonne triomphale , il proposa l'érection d'un grand arc de triomphe. Le conseil des bâtimens, consulté , déclara que le projet du ministre était préférable, se fondant sur ce que, dans une situation aussi élevée, il était de toute nécessité que ce monument fût d'une grandeur colossale. On décida donc l'érection d'un monument gigantesque en forme d'arc ou de porte. Le gouvernement chargea les architectes les plus
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en ronom dVn (îrossor les plans : plusieurs furent présentés et gravés ; ceux de MM. Chalitjrin et Raimond obtinrent la préférence.
Cependant ces deux habiles artistes se trouvèrent en dissidence sur (a maniéie de décorer ce monument. M. Raimond aurait voulu que les colonnes fussent engagées, parce qu'il croyait impossible d'exécuter une très-grande plate-bande d'une colonne à l'autre. M. Chalgrin voulait hasarder la construction des plates-bandes , et obtenir ainsi l'isolement des colonnes , isolement qui devait produire plus d'effet et se trouver mieux d'accord avec le bon goût.
Cette diversité d'opinions conduisit à des examens, à des consultations. M. Fontaine , appelé au conseil , trancha la difficulté en faisant observer (ju'avant tout il fallait savoir si les colonnes nécessaires à un arc de triom^ pbo fait pour être vu de près ne seraient pas superflues à celui de l'Etoile, dont l'élévation et la grandeur devaient être la principale beauté.
Cette observation mit fin à la discussion ; on se décida pour un grand arc à quatre faces , à peu près comme l'arc de Janus à Rome , et décoré comme celui de la Porte-Saint-Martin. L'érection de ce monument fut décrétée le 18 février 1806. Tout le monde se mit à l'œuvre; les architectes s'occupèrent aussitôt de la construction du corps de bâtiment, et les dessins des bas-reliefs furent confiés à M. Lafitte, peintre d'histoire, dessinateur du cabinet de Napoléon.
A peine avait-on fouillé pour asseoir les fondemens qu'on se convainquit qjie le sol n'offrait aucune solidité : il fallut en faire un factice.
L'arc de triomphe de l'Étoile est situé sur le point culminant entre Pavenue de Neuilly , qui longe les Champs-Elvsées , et la route , ou plutôt les belles allées qui conduisent au pont de ce village ( route de Saint-Germain). Il fait face d'un côté à ce pbnt , et de l'autre au château des Tuileries , avec le grand vestibule duquel il est aligné. L'élévation du terrain, où il appuie sa base , jointe à sa propre hauteur . le font apercevoir de tous les environs et de fort loin.
Ce monument, qui surpasse parla grandeur de ses proportions tous ceux du même genre , présente dans son plan une croix régulière. Il est établi sur une fondation en pierres de taille de Château-Landon et de Chérance , de l'espèce la plus dure , qui porte huit mètres trente-sept centimètres de profondeur. Sa principale largeur est de quarante-quatre mètres quatre-vingt-deux centimètres ( cent trente-trois pieds ) , et sa hauteur , au dessus du sol, de quarante- cinq mètres trente- trois centimètres ( cent trente-huit pieds) , sa profondeur de vingt-un mètres quatre-vingts centimètres (soixante-huit pieds).
Le grand arc , dont la largeur est de quatorze mètres soixante-deux c&h
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limètres (quaranlc-cinq pieds), et la hauteur de vingt-neuf mètres dixneuf centimètres (qualre-vingt-sepl pieds) , est décoré dans son tympan par quatre renommées colossales , dues au ciseau de Pradier. L'arcade qui est percée sur l'axe du boulevart extérieur de Paris, conduisant du Rouk à Pass} , a huit mètres quarante-cinq centimètres (vingt-six pieds) de largeur, et dix-sept mètres quatre vingt-six centimètres ( cinquante- cinq pieds) de hauteur.
Dans chacun des quatre massifs , on a pratiqué un escalier circulaire qui communique à des salles ménagées dans l'épaisseur del'attiquej la plus grande de ces salles a neuf mètres trente-six centimètres de longueur, sur treize mètres quarante-six centimètres (quarante-un pieds) de largeur, et sept mètres treize centimètres (vingt-deux pieds) de hauteur. Elle est pénétrée par un second berceau elliptique formant voûte d'arrêtés, et |irésentaut quarante mètres huit centimètres (cent vingt-sept pieds) de longueur, sur dix-sept mètres quarante-huit centimètres (cinquantequatre pieds) de largeur. Des escaliers tournans, ménagés dans les deux piles de la face est du monument , donnent accès à cette grande salle ainsi qu'à la plate-forme qui la surmonte.
Dans le siècle où nous vivons, l'histoire d'un monument dont la con struction a duré près de trente ans, doit naturellement se ressentir des vicissitudes par lesquelles la nation a passé pendant cette même période. Aussi les bas-reliefs , les attributs dont l'arc de l'Etoile devait être décoré sous l'empire ne restent-ils plus que dans les descriptions anticipées ei les plans qu'on en fit en 1806 , de même que les décors que lui destinait la restauration , quand elle se décida à reprendre l'œuvre colossale de l'empire, ne se trouvent plus que dans les cartons poudreux du ministère de l'intérieur. C'est cette histoire que nous allons tenter d'esquisser.
Les pieds droits de ce monument sortaient à peine du sol quand Napoléon réalisa l'impolitique idée d'un divorce et d'un nouveau mariage , dont il espérait un successeur immédiat à l'empire , un héritier direct de sa puissance, un continuateur de sa dynastie. Une fille de cette maison d'Autriche, dont les présens furent toujours si funestes à la France, Marie-Louise, qui devint plus tard une des principales causes de la perte de Napoléon, devait faire son entrée dans la capitale. Pour lui donner une idée de la grandeur du trône où elle allait s'asseoir, on conçut le projet de figurer en charpente et en toile , l'arc de triomphe sous lequel elle devait passer ; et dès lors cet arc de triomphe changea une première fois de destination , car on pensa que la prise d'Ulm , l'entrée des Français à Vienne, ne seraient pas du goût de la fille de l'empereur d'Autriche.
Nous allons donner ici la description des bas-reliefs qui décorèrent l'arc
de l'Étoile à l'époque du passage de Napoléon ; nous suivrons on cola le travail que publia , en 1810, M. Lalitte, qui avait lui-même fourni los dessins de ces bas-reliefs. Les trophées d'armes des pieds droits de cette époque appartenaient à l'architecte,, M. Chalgrin.
« Le tympan des archivoltes , dit M. Lafitte , est décoré des figures allé. ^ "^oriques de la Force ot de la Prudence : sur l'attique on lit l'inscription suivante :
A Napolf'on et à Marie-Louise , la ville de Paris.
» Les pieds droits des grandes façades sont décorés de trophées d'armes de toute espèce, groupés avec des figures allégoriques ; ceux des côtés latéraux sont ornés de médaillons et d'inscriptions, les dessins eu ont été faits par l'architecte M. Chalgrin. C'est au-dessus de l'arcade, à la naissance de la voûte, que sont placés les bas-reliefs et des caissons avec un aigle au milieu : ces bas-reliefs sont de M. Lafitte.
DESCRIPTION DES MEDAILLOIVS.
Côté de Passy. (^Droite du spectateur.)
Premier méâniUon. Le portrait de l'empereur avec cette légende au dessous :
Le bonheur du monde est dans ses mains. {Adresse du sénat.)
Deuxième médm'Uon. Un laurier qui pousse plusieurs rejetons, avec cette inscription.
Il a fait notre gloire : ils la rendront éternelle.
Troisième médaillon. Un léopard rugissant, avec la légende :
Il riait de nos discordes; il pleure de notre union. *
Gauche du spectateur.
Premier médaillon. Le monogramme de leurs majestés, et pour inscrinlion :
Noas l'aimons poar Vamour de lai; nous l'aimerons pour elle-même.
{Adresse du sénat.)
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Deuxième médaillon. L'amour couronnant de myrthes et de roses le casque de Mars, avec cette légende :
Elle chai-mera les loisirs du héros. {Adresse du sénat.)
Troisième médaillon. Le soleil avec l'arc-en-ciel, et cette légende :
Élie annonce à la terre des jours seieins.
Côté du Roule . ( Gauche du spectateur.)
Premier médaillon. Portrait de l'impératrice, et cette légende :
Nous lui devrons le bonheur de l'auguste époux qui l'a placée si baut dans sa pensée. 4 [Adresse du sénat.)
Deuxième médaillon. La figure du Danube , avec cette légende :
Il nous eniicbit de ce qu'il a de plus cber.
Troisième médaillon. Les armes de l'Autriche, sans inscription.
Droite du spectateur.
Premier médaillon. Lemonograme de ieurs majestés impériales, avec cette légende :
Elle sera pour les Français une véritable mère. {Réponse de C empereur.)
Deuxième médaillon. La figure de la Seine, avec cette légende :
L\otre amour reconnaîtra le don qu'il nous fait Troisième médaillon. Les armes de France , sans inscription .