‹ Paris pittoresqueChapitre 40 sur 104 · GARDE-MEUBLE · texte numérisé non relu

GARDE-MEUBLE

Le seul bâtiment qui décore la place Louis XVI est l'édilicc connu autrefois sous le nom de colonnades des Tuileries (en opposition avec les colonnades du Louvre) , appelé ensuite colonnades de la Concorde ^ et connu aujourd'hui sous la dénomination de Garde-meuble de la couronne.

Construit en même temps que la place et sur les dessins de l'architecte Gabriel , cet édifice , dont l'exécution fut confiée à Potain ;, forme deux corps de bàlimens semblables. Il est situé au nord de la place , à seize toises de distance de la balustrade extérieure des fossés , de manière que ses grandes façades sont au sud. Chacune de ces façades a quarante-huit toises de longueur sur soixante-quinze pieds de hauteur : elles sont séparées par une rue de quinze toises de large (rue Royale ou de la Concorde). Les colonnades de la place Louis XV sont bornées, à l'est, par la reu Saint-Florentin , à l'ouest, par celle des Champs-Elysées.

Ces deux bàtimens forment chacun un péristyle d'ordre corinthien, composé de douze colonnes à trois pieds de diamètre . posées sur un sou-

GARDK-MBUBf.K. 13.1

bassement do viii'fl-quatre pieds de hauteur, ouvert en portique , formant des galeries publiques. Au-dessus de !a corniche de soubassement règne une balustrade de trois pieds de hauteur : les chapiteaux et les entablemens de cet ordre sont sculptés et enrichis de tous les ornemens qui leur sont propres, ainsi que les plates-bandes de l'archivolte, et les plafonds dans les péristyles. Les extrémités de chacune de ces façades sont composées d'un grand avant-corps, en forme de pavillon, couronné d'un IVontou , dans le tympan duquel étaient sculptés des sujets allégoriques analogues aux événemens du régne de Louis XV. Les arriére-corps sont ornés de niches, ou médaillons et de tables saillantes, et sont couronnés par de gros socles, sur lesquels sont posés des trophées. Les retours des extrémités de chaque façade présentent la même ordonnance et la même richesse. Enfin une balustrade couronne chacun de ces deux bàtimens.

Comme on l'a dit , l'objet principal de ces deux monumens avait été de terminer ce côté de la place par une architecture pittoresque et somptueuse. Dans les dispositions des colonnades qui en occupent les parties supérieures, l'architecte a eu l'intention évidente de rivaliser avec celles que Perrault a élevées à l'entrée du Louvre ; et en voulant éviter ce qu'on a quelquefois appelé un défaut dans l?ouvrage de Perrault , c'est-à-dire l'accouplement des colonnes , Gabriel a fait voir qu'il y a dans l'architecture un beau relatif indépendant de toutes les règles. Les connaisseurs conviennent que l'avantage est resté à Perrault : ils reprochent à son imitateur de ne pas avoir donné assez de gravité à ses ordonnances j ils trouvent que les colonnes sont trop maigres ; qu'il y a trop de largeur aux entrecolonnemens, et enfin que le choix du soubassement n'est pas heureux. Du reste cette architecture a de l'éclat, de la magnificence, et offre le riche point de vue qu'on s'était proposé.

Ces deux édifices n'eurent d'abord d'autre destination que celle de recevoir des ambassadeurs et des personnages de distinction. Plus tard on pensa à établir, dans celui qui avoisine le jardin des Tuileries, le Gardemeuble de la couronne (1), dont l'intendance fut confiée à Fontanieu, conseiller-d'état, avec le titre de contrôleur-général des meubles de la

(1) Ce précieux dépôt était renfermé dans l'hôlel du Petit-Bourbon : la démolitior, de cet hôtel ayant été ordonnée , afin de dégager la colonnade du Louvre, le Gardemeuble fut transféré, au mois de mars 1758, à Ihôfel de Conti, ensuite à Ihôtel deambassadeurs extraordinaires, ci-devant d'Kvreux . puis à la place r^otiis \^ 1 , et enru à l'ancien hôtel du srouvernriir de Paris.

rouronno. L'autre galerie était occupée, à l'époque de la révolution de 1789, par l'ambassadeur d'Espagne, auquel succéda le limonadicF Corrazza.

On entrait dans le Garde-meuble par l'arcade du milieu de la façade : un escalier, orné de bustes, de ternies et de statues antiques, conduisait dans plusieurs salles où le public était admis le premier mardi de chaque mois, le matin, depuis la Quasitnodo iu.sqa' h la Saint-Martin.

Le Garde-meuble était divisé en plusieurs parties, dont chacune contenait des objets différens. La première salle était consacrée aux armes tant étrangères que IVançaises, au milieu desquelles se trouvaient deux petits canons d'argent damasquinés, offerts en 1684 à Louis XIV par les ambassadeurs du roi de Siam.

La salle suivante contenait une immense quantité de tapisseries précieuses, exécutées par les plus habiles ouvriers de l'Europe, et principalement par ceux de Flandre, des Gobelins et de la Savonnerie.

Dans les armoires de la troisième salle, on voyait une immense quantité d'objets précieux, tels que vases, coupes, hanaps, etc., et de présens envoyés aux rois de France par des princes étrangers. Une de ces armoires renfermait la chapelle (Por du cardinal de Richelieu, dont toutes les pièces étaient d'or massif garnies de diamans (1). Plusieurs autres armoires recelaient divers chefs-d'œuvre de prix.

A tant de riches et stériles superfluités (2), qui honorent plus ceux qui les ont exécutées que ceux qui les ont possédées, nous devons joindre les diamans de la couronne ^ renfermés dans une commode. L'assemblée nationale, par son décret du 26 mai 1791 , ordonna qu'il serait fait un rapport sur ces diamans et sur tous les objets contenus dans le Gardemeuble.

Ce rapport, présenté le 28 septembre, par le député Delattre, portait que, suivant un inventaire fait en 1774, le nombre des diamans s'élevait alors à 7,482 , parmi lesquels se trouvaient le sanci et le régent, diamans d'une très-grande valeur. On n'y avait pas compris un certain nombre de

(1) Pour donner une idée de la valeur de cette chapelle , il suffira de dire que deux seuls chandeliers d'église , entièrement en or émaillé et enrichis de deux mille cinq cent six diamans, étaient estimés 200.000 livres. Les burettes, pareillement d'or émaillé, étaient ornées de deux cent soixante-dix diamans. Que de faste dans le ministre d'un Dieu de pauvreté !

(2) Un historien a fait justement observer que la garde-robe de Frédéric-Guillaume, dont la valeur ne s'élevait pas à 3,000 livres, «itait préférable à toutes rc!5 r?c)>''«ise« entassées par l'orgueil des rois.

Page 1