GARDE-MEUBLE
pierres gemmes que le roi avait fait vendre pour une somme de 75,000 livres, ni un autre article de cet inventaire retiré par autorisation du roi, en 1 785, pour en composer une riche parure pour la reine Marie-Antoinette.
Cette collection se composait en outre de deux cent trente rubis, de soixante et onze topazes , de cent cinquante émeraudes , de cent trentequatre saphirs, de trois améthystes orientales et autres pierres de moindre valeur.
Depuis 1774 le roi, à diverses reprises, avait fait vendre quatorze cent soixante et onze diaraans ; il eu acheta , dans la même année , trois mille cinq cent trente-six pour compléter la garniture de ses boutons et de son épéej mais les diamans achetés ne valaient pas ceux vendus.
L'assemblée constituante déclara les diamans et les autres pierreries propriété de la nation , et laissa à la famille régnante le riche mobilier de la couronne, objet de i6 à 20 millions.
La veille delà journée à jamais célèbre du 14 juillet 1789, le Gardemeuble fut forcé par la foule de patriotes qui, depuis deux jours, demandait et cherchait des armes. On avait dit que ce bâtimeut en renfermait iin grand nombre ; ou n'y trouva que de vieilles armures et les deux canons d'argent du roi de Siam, qui servireut à la prise de la Bastille. Ce jour-là quelques centaines de citoyens s'armèrent des dépouilles du Gardemeuble, consistant en épées, vieilles cuirasses, lances, rondaches, hallebardes, fusils, pistolets, etc. Ces armes auraient pu paraître ridicules dans tout autre moment ; mais alors le courage les rendit terribles entre les mains d'hommes brisant leurs fers.
Un vol considérable fut commis dans ce Garde-meuble le 1 7 septembre 1792 j presque tous les diamans, au nombre desquels se trouvaient le régent et le sanci , furent volés nuitamment par une bande de voleurs qu'on regarda comme familiers puisqu'ils s'introduisirent sans obstacles. Mais ils ne sortirent pas de même : une patrouille ayant aperçu un homme qui descendait de la lanterne du Garde-meuble , s'en saisit : on lui trouva les poches pleines de diamans et de bijoux d'or et d'argent. Cette patrouille ayant donné le signal de l'alarme, un autre de ces voleurs qui était encore eu haut , chercha à s'évader et se jeta en bas de la colonnade ; il tenait à la main un mouchoir rempli de brillans, de saphirs, d'émeraudes et des plus précieuses pierreries du Garde-meuble. On accusa alors la commune de Paris d'avoir fait commettre ce vol afin de se procurer les ressources nécessaires pour exécuter ses projets de domination. Cependant, quelques jours après , vingt et un de ces voleurs furent arrêtés, et l'on.parvint dans la suite à retrouver la plupart des objets volés.
La convention et le directoire respectèrent ces richesses quelque inu-
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\'\\os qu'elles parussent, et la plupart des tapisseries furent «également eoiiservées comme objets d'art (1).
Napoléon . qui , à l'instar des rois , faisait consister une partie de la grandeur de l'empire dans sa magnificence , augmenta de la somme énorme de cinquante millions le mobilier de la couronne, assez maltraité pendant la révolution. Devenu empereur, il eut la faiblesse de se parer quelquefois des diamans du Garde-meuble , comme si le régent , ajouté à' l'épée d'Arcole et d'Austerlitz,eiit pu la rendre plus glorieuse etplus forte!
Ce fut pendant son règne que les bijoux et les meubles de la couronne furent transportés du garde-meuble de la place de la Concorde dans un bôlel du gouverneur de Paris situé tout auprès , rue des Champs-Elysées, n" G. Le bâtiment que ce mobilier avait occupé jusqu'alors , fut destiné au ministère de la marine, où il est encore aujourd'hui. A cette même époque , on établit sur le pavillon de l'est , un télégraphe qui communique avec le port de Brest et toute la ligne.
Lors du retour de Napoléon de l'île d'Elbe, les Bourbons, chassés pour la seconde fois, n'oublièrent pas de piller les richesses de la couroime, c'est-à-dire de la nation : ils emportèrent tout ce qu'il y avait de plus précieux en diamans et autres pierreries pour une somme considérable. C'était une ressource qu'ils se réservaient pour pouvoir faire la guerre au peuple français et pour soudoyer de nouvelles Vendées , dans le cas où leurs amis nos ennenn's n'auraient pu les restaurer par la force des armes. Napoléon les traita de voleurs.
Après les cent-jours , ces richesses , devenues inutiles, furent restituées à la couronne , moins une partie dont on fit des cadeaux aux empereurs , aux rois , aux princes, aux généraux qui avaient passé sur le corps de l'armée française à Waterloo, ou qui étaient arrivés à la suite pour prendre leur part des dépouilles de la France.
Au moment de la révolution de 1830 , Charles X étant à Saint-Cloud, il y eut impossibilité pour lui de piller une seconde fois les richesses du Garde-meuble, et son cousin le roi Louis-Philippe a dû les trouver intactes lors de son avènement au trône.
(1) Lu décret, rendu le 25 floréal au n (14 mai 1794). sur les embellissemeuh proietés des monumens publics, portait : « Les deux colonnades formant le Garde» » meuble seront réunies par un arc triomphal, en l'honneur des victoires remportées » par le peuple sur la tyrannie. Gel arc laissera voir la ci-devant église de la Made- » leiue , qui sera terminée pour devenir un temple à la révolution. » Ce projet n'a jamais reçu d'exécution, (juoique la plupart des embellissemens contenus dans ce décret, aient été faits, par la suite, à peu près sur les plans adoptés.par la conven» lion nationale
Les anciennes descriptions de Paris nous apprennent que l'emplacement occupé aujourd'hui par le château des Tuileries et son jardin s'appelait primitivement /a 5a A/onw/ére, et que , vers le milieu du quatorzième siècle, on y établit des tuileries , qui se multiplièrent considérablement; ce terrain était en outre occupé par quelques maisons- dissémmées sur des jardins et des garennes.
Parmi ces maisons, on distinguait celle que possédait, au commencement du seizième siècle, Nicolas De Neuville, secrétaire des finances et audiencier du roi : elle se composait d'un grand corps-de-logis avec cours et jardin enclos. On raconte que la duchesse d'Angoulême, mère de Frîwçois P' , ne pouvant supporter le séjour du palais des Tournelles , résidence des rois de ces temps-là , jeta les yeux sur la maison du surintendant des finances, fut l'habiter et y recouvra la santé. François I" fit alors l'acquisition de cette maison, dite des Tuileries, et donna en échange à De Neuville k château et le parc de Chanteloup, prés