i'AUlî) PU lUKliSQUE
temps que le déblaiemeul du terrain desliné à son jardin, tut ordonnée, au mois de mai t564, par Catherine de Médicis, qui en confia Tédification à Philibert Dek)rme. abbé de Saint-Éloi, près de Noyon, de conseiller et aiiniùnier du roi , et à Jean Bullanl, regardés comme les deux plus habiles architectes de leur siècle (1).
On rapporte que Delornie et Bullant avaient présenté le plan d*un palais beaucoup plus vaste que celui qu'ils édiliércnt; mais que Catherine ne se sentit pas assez riche pour faire exécuter le plan primitif, ayant même été obligée de vendre plusieurs terrains vacans ainsi que les hôtels des Touruelles et d'Angoulèmc pour se procurer les fonds nécessaires ^ car François T" n'avait que trop justifié cette prédiction de Louis XII : « C'est en vain que nous économisons, ce gros garçou-Ià gâtera tout, m
Quoiqu'il eu soit de ces embarras, toujours est-il vrai que le palais des Tuileries ne se composa d'abord que du pavillon du milieu, des deux corps-de-logis ou galeries qui raccompagnent, et des deux paNillons qui venaient immédiatement après , et qui occupent aujourd'hui le milieu de chaque aile.
Le pavillon du milieu était alors de forme carrée et moins élevé que nous le voyons. Du côté de la cour, il était orné de colonnes de marbre des trois ordres ionique, corinthien et composite, avec un attique au dessus. Les colonnes du premier ordre étaient à bandes de marbre avec des ornemens symboliques sur les Dandes. Du côté du jardin, ces mêmes ordres se trouvaient seulement en pierre, mais à peu près dans la même disposition.
Les deux corps-de-logis latéraux du pavillon central offraient primitivement, du côté du jardin, deux galeries découvertes, supportées (chacune par douze arcades , à l'extrémité desquelles se trouvaient deux autres pavillons carrés, moins élevés que celui du centre. Du côté de la cour, le palais ne présentait qu'un triple étage de croisées.
Les rez de-chaussée des deux façades du palais primitif sont encore aujourd'hui ornés de colonnes et de pilastres d'ordre ionique en bossage
(1) On ne sait pas au juste la part que chacun de ces deux architectes eut dans les pi'emiers travaux de celle grande entreprise : les chaugemeus qui y ont été faits depuis laissent cette question indécise. Toutefois les connaisseurs croient reconnaître le goût et l'ordonnance de Dolormc dans ce oui reste encore de la construclion piiniilive du pavillon du milieu et des deux galeries latérales, ce qui fait qu'on lui aliribue riionnem- des plans. Quant à lui, soit par llatteric, sotL qu'il eu. en effet rendu liominagc à la vé-rité , il déclara que la iciiic :iviiil eu uutj -iraïKle pari aux dessins de ceUc
ccni>truction remarquable.
HAt^AlS l>Ëâ TUILERIES. 1 63
(le marbre incrustés. Les ornemens de sculpture y sont traités avec plus de profusion que de goût.
Néanmoins les cinq pièces qui formaient la façade entière, avaient id la régularité et de bonnes proportions ; et en les considérant encore actuellement détachées du reste, on trouve qu'elles pouvaient former un ensemble d'une très-heureuse disposition. Seulement on lui reprochait les énormes toitures empruntées à l'architecture des châteaux forts de la féodalité, lesquelles formaient une contradiction avec l'ordonnance grecque et romaine, que Delorme fut le premier à donner à l'architecture française, après l'avoir dépouillée de la forme et des ornemens gothiques.
Tel était le -Ghàteau des Tuileries : Catherine de Médicis en fit son habitation; le roi se tenait au Louvre. A cette époque, un astrologue ayant prédit à cette princesse qu'elle mourrait près de Saint- Germain , on la vit fuir avec soin, dit Mézeray, tous les lieux et toutes les églises qui portaient ee nom : elle n'alla plus à Saiut-Germainen-Laje^ et mème^ à cause que son palais des Tuileries se trouvait sur la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois, elle en fit bâtir un autre (l'hôtel de Soissons) près de Saint-Eustache. » C'est ainsi qu'elle croyait se soustraire au tribut que tous les mortels paient à la nature (i), et l'argent du peuple était gaspillé pour conjurer ses superstitieuses terreurs.
Les troubles dont le royaume fut agité sous le malheureux règne de Henri III ne permirent pas de continuer le palais des Tuileries ; ce ne fut que lorsqu'au moment où Henri IV se rendit paisible possesseur du trône qu'on lui avait disputé si long-temps, que ce roi crut sa a^loire intéressée à faire terminer un monument qui avait déjà coûté tant d'argent.
On se mit donc à construire, de chaque côté des bâtisses achevées par Delorme et dans le même alignement, deux autres corps-de-logis avec deux grands pavillons. Par cette augmentation, la façade du palais, qui, du temps de Charles IX, n'avait que quatre-vingts toises de développement sur dix-sept à vingt de largeur, en eut cent soixante-huit et trois pieds dans' sa nouvelle façade. Ëofin l'on commença, en 1600. la
(1) A la mort de cette leine , les gens infatués d'astrologie prétendirent que la prc'diciion s'élait accomplie, parce que ce fut un évêque du nom de Laurent Saint- Germain qui l'assista à ses derniers momeus. C'était lians ces subtilités qu'une cour, aussi ignorante (|ue dissolue, aussi superstitieuse ([ue timorée, trouvait raccouipli^»ement de;, prédictions dt l'astrologie , r|u4 jouait alor> uu si gland rôle.
1 6i l'AKIS IMITOUKSQIIK.
superbe galerie qui joint les Tuileries au Louvre du côté de la rivière.
Mais les deux nouveaux corps de-logis et les deux grands pavillons ne lurent entièrement achevés que sous Louis XIII ,. sur les dessins de Duoerceau, qui, dit-on, changea l'ordonnance et la décoration des premiers architectes. On lui atlribue les deux corps de bàtimens d'ordonnance corinthienne ou composite qui suivent les deux pavillons du milieu, ainsi que les deux grands pavillons d'angle qui terminent chaque côté de cette longue ligne de façade.
On conçoit déjà que de celte multiplicité de parties d'ordonnances diverses dont se trouvent composées les deux façades opposées, devait nécessairement résulter ce défaut d'ensemble et de proportions, qui frappe les regards. En effet, le pavillon du milieu, fort bien en rapport avec la façade primitive, paraît aujourd'hui trop petit pour la façade actuelle, et est écrasé par les grands pavillons des extrémités, sous lesquels s'affaissent trop les deux pavillons des milieux , et plus encore les deux premiers corps de bâtiment ou galeries. Aujourd'hui qu'on pous a habitués à des monumens grandioses dans toutes leurs proportions , nous ne concevons pas le goût de nos ancêtres quand ils édifiaient des palais formés de parties diverses et composés de plus de pavillons que de corpsde-bàtiment.
Cette bizarrerie nous frapperait bien davantage encore si nous avions pu voir le palais des Tuileries tel qu'il était à l'époque du règne de Louis XIV, lorsqu'on comptait cinq espèces de dispositions et de décoralions, et cinq sortes de combles, sans presque aucun rapport extérieur entrecesparties,nidansladistribution,nidanslestyle,nidauslaconception.
Louis XIV fut, dit-on, choqué de ces disparates, et essaya de faire mettre de l'accord entre ces cinq parties. L'architecte Levau fut chargé de ce raccommodement. Il commença par supprimer l'escalier bâti par Philibert Delorme, chef-d'œuvre de construction , lequel occupait la place du vestibule actuel. Ensuite il changea la forme et la disposition du pavillon du milieu, qui, dans le principe, était une coupole circulaire : il ne conserva de l'ancienne ordonnance que le premier ordre à tambour de marbre : deux ordonnances, l'une corinthienne, l'autre composite, surmontées d'un fronton et d'un attique, remplacèrent la décoration de Delorme, et une sorte de dôme quadrangulaire prit la place de la coupole.
Les restaurateurs des Tuileries (car dans cet ouvrage Levau fut le dessinateur et d'Orbay l'exécuteur) conservèrent en leur entier les deux galeries collatérales du pavillon du milieu avec les terrasses qui les suimontaient ; mais ils jugèrent convenable de changer Ui devanture du
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corps de bAtinient qui s'élève en retraite des terrasses. Celle parlio était la moins heureuse de la façade de Delorme. Aux mansardes et aux cartels ;, qui s'y suivaient alternativement, ils substituèrent le rang de croisées et de trumeaux ornés do gaines qui subsiste encore aujourd'hui avec un attique.
Les pavillons suivant de chaque côté ces deux galeries, qui sont à deux ordres de colonnes, ont été conservés en leur entier (1). Ces pavillons ne subirent, dans leur forme, d'autre changement que celui de l'attique actuel substitué aux mansardes : leur décoration resta aussi la même, à l'exception de la sculpture qui orne le fût des colonnes (2 .
C'est aux deux corps de bâtiment à grands pilastres corinthiens, qui, de chaque côté, suivent immédiatement les pavillons qu'on vient de décrire, que commence l'architecture de Ducerceau, ou plutôt de Dupérac. Ici les restaurateurs n'auraient pu réparer que par une construction totale la dissonnance qui frappe dans l'emploi d'un ordre colossal à côté de deux ordres délicats et légers. Il paraît que cela leur fut interdit: et , en conservant l'ordonnance de ces façades, ils se contentèrent de supprimer des lanternes d'escalier pratiquées en dehors, des ressauts dans l'entablement . des frontons qui anticipaient sur sa frise, et les mansardes du comble.
Les deux grands pavillons d'angle qui terminent la façade furent encore plus respectés dans la restauration, qui semble n'avoir fait qu'en élaguer de légers détails. La hauteur de leur premier étage, qui se trouve de quatre pieds et demi plus élevée que celui du reste de la façade , donne lieu de penser que , lorsqu'ils furent construits , on avait déjà le projet de réuiiir, du côté du sud , les deux palais du Louvre et des Tuileries par une galerie couverte. C'est probablement à cette différence des deux niveaux qu'il faut attribuer ces croisées montant, à travers l'architrave et la frise, jusque sous la corniche, et qui produisent un effet si désagréable.
Les architectes qui ont travaillé à la restauration d'un palais dont ils
(1) On est assez porté à en altiibuer rarchitectuie à J. BuUant. dont le goût était généralement plus pur que celui de Delorme : on reconnaît eu effet dans la disposition du slylobale inféiieur, dans la grâce et l'heureuse proportion de l'ordre ionique , des rapports frappans avecrarchitecture du château d'Ecoueu.
(2) Celte sculpture fut sans doute imaginée par Varcliilectc restaurateur, car les dessins de la façade primitive nous montrent ces colonnes lisses dans t«mle leur uauteur.
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ne pouvaient rliangor les construflictns ineinièros ont eu à exéculor un travail ingrat, qui sort du domaine de la critique; car il leur était impossible, dans les conditions où ils se trouvaient, de faire disparaître des façades toutes les disparates d'ensemble et de détail qui s'y trouvaient. Ils ont donc dû se borner à ramener autant que possible toutes les masses discordantes de ces bàtimens à une ligne d'entablement à peu près uniforme, seul moyen qui leur restait de donner une apparence d'unité à des parties détachées et sans accord. Ils y parvinrent en assujétissant les croisées et les trumeaux , les pleins et les vides de toute la façade à une disposition à peu prés régulière.
Ce que nous venons de dire de la façade qui règne sur le jardin s'applique au goût et à l'effet de la façade de la cour, dont toutes les parties, à quelques légères différences près, sont correspondantes.
Malgré tous les travaux que Louis XIV fit faire à ce palais, il reste encore démontré que cette restauration n'a pas atteint le but que l'on se proposait. La partie du milieu seulement a pu être heureusement remaniée : Il y régne un accord de lignes bien entendu, et la variété des masses, des retraites et des saillies qu'on y observe semble y être moins l'effet d'un raccommodement fait après coup que celui d'une combinaison originelle.
Le pavillon du milieu, considéré soit de la cour, soit du jardin, est le morceau le plus riche de toute la longue façade du palais des Tuileries : ce qu'on a laissé subsister de Philibert Delorme, c'est-à-dire l'ordonnance des colonnes à bandes de marbre , serait tout ce qu'on peut faire déplus riche en architecture si le goût pouvait, dans cet art, admettre les superfluités au nombre des richesses. Pour répondre à ce luxe, on a, du côté du Carrousel , employé des colonnes de marbre dans les ordonnances supérieures, genre de magnificence qu'il est rare de trouver en France en dehors des édifices.
On sait déjà que h; palais et le jardin des Tuileries étaient primitivement séparés entre eux par une rue d'une grande largeur, bornée du côté du jardin par un mur de peu d'élévation , qui formait une espèce de cour. Du côté opposé, la cour proprement dite a subi diverses modifications. Elle était une quand le palais ne se composait que des trois pavillons et des deux galeries ; elle fut ensuite divisée en trois parties, au moyen de deux murs qui les séparaient, à partir des deux premiers pavillons latéraux exclusivement ; de sorte que la cour du milieu ne comportait d'autre largeur que celle de la façade du pavillon du milieu et des deux galeries adjacentes, et chacune des deux autres comprenait l'emplacement que forment le pavillon qui est au bout de cette galerie , le corps de logis qui
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le suit o( le graixl pavillon d'angle. Du colé de la place du Carrousel , ces trois cours étaient bornées par une ligne de construction , dont les deux extrémités ne pouvaient être considérées que comme un mur épais; Ib centre de celte ligne présentait deux pavillons situés aux angles de la séparation des cours, et deux guérites, au milieu irlesquelles était la grande porte d'entrée, en face du vestibule du château; ces pavillons étaient joints aux guérites par une galerie en bois, couverte et appuyée sui nu mur crénelé.
Lors de la révolution du 10 août 1792 , les pavillons furent incendiés, et ne se relevèrent jamais. Quelque temps après , les murs qui divisaient les cours et qui les séparaient de la place du Carrousel disparurent ; les limites de la cour unique furent reculées de manière à la rendre assez spacieuse pour y faire manœuvrer plusieurs régimens de cavalerie et d'infanterie, et une belle grille en fer, à piques dorées , posée sur un mur à hauteur d'appui et parfaitement semblable à celle de la terrasse du jardin des Tuileries , remplaça , sous le directoire , les constructions qui obstruaient la vue de la façade du palais. Cette grille s'ouvre par trois portes, dont la principale, qui se trouve au milieu, est ornée de quatre faisceaux d'armes, primitivement surmontés d'un coq dont les ailes étaient éployées ; au dessous était un carré-long entouré d'une couronne de chôoe et de lauriers, portant les lettres réunies de R. F. (république française); tous ces ornemens étaient dorés. Ils ont disparu pour faire place successivement aux emblèmes de l'empire et à ceux de la restauration.
La décoration intérieure du palais des Tuileries a éprouvé tant de cliangemens et de vicissitudes, depuis la révolution française surtout, qu'il siérait aussi difficile que fastidieux de chercher à arrêter les regards de nos lecteurs sur toutes ces transformations; ils savent fort bien que la magnificence de Louis XIV et de ses deux successeurs fut foulée aux pieds par la convention nationale, et que la simplicité du consulat fut ensuite remplacée par la magnificence pins grande encore de l'empire français ; ils savent aussi que la restauration , tout en jouissant des grands embellissemens intérieurs dus au règne de Napoléon, a cherché, autant que cela a été possible , à rétaWir les choses telles qu'elles étaient avant la révolution ; et enfin cpie Louis-Philippe , auquel on doi't quelques innovations dans le bâtiment, n'a fait que clianger quelques portraits à la décoration intérieure du palais. Nous nous bornerons donc à faire une simple description des pièces principales qui se trouvent dans ce palais , sans nous arrêter à tous les détails des décorations et de l'ameublomoiit. si st^^ts à varier.
'^i'S avons dit (|ue le grand escalier, chef-d'œuvre de Delorme. se
f(iS PARIS PfTTORKSOlfE.
In)iiv;iil (lu Icmps (!<• C;illi«>rinp(U* Mcdit'is. dans le vostihule du pavillui» du iniliou. qu'il occupait presque tout entier, de manière à interce[iler totalement la vue, qui, en partant de Pentrée principale de la cour, s'étend aujourd'hui jusqu'à l'arc de triomphe de l'Etoile. Cet escalier fut déplacé sous Louis 'XIV : Levau cl d'Orbay y substituèrent celui qui était naguère à droite en entrant dans le vestibule, dont le plafond, un peu bas, est soutenu par des colonnes ioniques. Ou y remarque trois statues: Minerve. Narcisse et un Guerrier. Jusqu'à Louis-Philippe, ce vestibule fut comme partagé en deux dans la largeur du bâtiment, et cette division était formée par quelques marches qu'il fallait descendre pour arriver à la partie du côté du jardin. Aujourd'hui ces marches ont été posées à 1 entrée en venant du jardin , et tout le vestibule se trouve ramené à un même niveau , ce qui est d'un meilleur effet.
A l'escalier qui était à droite en entrant dans le vestibule, dont la belle rampe était en pierre portant des ornemcns allégoriques à la devise de Louis XIV, M. Fontaine vient d'en substituer un autre, construit tout nouvellement dans la partie du vestibule parallèle à l'ancien escalier; ce dernier est droit et va aboutir directement à la porte de la chapelle actuelle, en traversant toute la galerie nouvellement couverte : puis par une révolution du palier d'en haut, on rentre dans l'intérieur du pavillon du milieu, et de là dans la galerie de gauche qui communique aux appartemens.
A la place du premier escalier^ on a pratiqué aujourd'hui une salle des gardes, de laquelle on aboutit à celle dite des Cent-Sidsses^ où était anciennement une chapelle qui ne fut jamais complètement achevée. Cette salle est décorée, dans le fond, de quatre colonnes doriques, avec deux statues assises, en avant, qui représentent le silence, et deux autres de bout , dans le fond , représentant les chanceliers d'Aguesseau et l'Hôpital. On montait de cette salle , par une révolution d'escalier entre les colonnes du milieu, au salon de la chapelle, qui, avec la petite pièce en avant, a servi pendant long-temps au conseil d'état. Cette salle forme tribune pour la chapelle du côté de la cOur. Elle est décorée de pilastres et de colonnes en stuc avec un plafond à voussures, peint par Gérard. Le principal sujet représente l'entrée de Henri IV dans Paris, avec différens ornemens allégoriques et des figures en grisaille qui caractérisent les diverses sections du conseil d'état (t), telles que la législation, les finances, la marine, la guerre et les arts.
(1) Depuis la révolution de 1830, le conseil d'état a été ttansf<''ré d'abord an Louvre^ puis dans un hûlel d» f;inbonrg Saxnt-ticrmaiii.
l'Ai. aïs 1)KS ILMIKRIES. 1()^*
la <liapollo ainsi que la salle dont il vient d'être parle ont été con siruiles sur une portion de l'emplacement de la grande salle des machines, ouvrage exécuté par Vigarani, sous le règne de Louis XV. Elle est ornée de deux ordres de colonnes doriques en pierres et en stuc , formant des tribunes sur trois faces, au premier étage. La tribune du roi, opposée à l'autel, au dessus duquel on trouve l'orchestre, est décorée d'un pavé en compartimens de marbre et de mosaïque. La décoration de cette chapelle , qui est trop étroite pour sa hauteur, et que l'on a cherché à rendre plus grande au mojen des tribunes, est fort simple. Le plafond est peint en compartimens dorés , sur des fonds en grisaille.
La salle de spectacle d'aujourd'hui, construite, sous le règne d« Napoléon, avec toute la magnificence de l'empire, occupe, à peu de choses prés , le même espace que celle qui avait été construite sur une partie de l'ancienne salle des machines, et dans laquelle l'Opéra s'établit après le premier incendie de son théâtre, au Palais-Royal, eu 1761. Cette salle servit depuis aux comédiens français jusqu'à l'époque où ils furent transférés au faubourg Saint-Germain (l). Eu 1788, les Bouffons Italiens y donnèrent encore quelques représentations. Enfin elle fut détruite en 1792, ainsi que toutes les autres distributions faites dans ce même local , lorsqu'on y établit la salle de la convention et ses accessoires, dont nous parlerons bientôt.
La nouvelle salle de spectacle est décorée d'un rang de colonnes ioniques , supportant quatre arcs-doubleaux , sur lesquels s'appuie une voûte en calotte, avec un cul-de-four dans la partie opposée à la scène. La loge du roi , construite pour l'empereur, occupe le milieu avec deux amphithéâtres en forme de corbeille, pour les femmes, à droite et à gauche. Le parterre , la galerie de plain-pied , et le premier étage étant réservés pour les courtisans , il y a un rang de loges grillées au rez-de-chaussée , et deux autres au dessus de la galerie pour les invités de la ville. On répète, pour les bals et les festins, la décoration de la salle, en constructions mobiles sur l'espace occupé par le théâtre.
Le grand pavillon du côté du nord , appelé pavillon de Marsan^ a été disposé, sous la restauration, pour loger le frère du roi, depuis Charles X, avec tout son service. Il contient deux grands appartemens, l'un au rezde-chaussée, et l'autre au premier, indépendamment de plusieurs autres étages supérieurs destinés au reste de sa maison.
(,tj Aujoiucl Imi le tli(''âho fie lOdéon.
l'OME I. • 2Î
j /() l'AKIS PIITORRS4JLK.
\a\ disposition primilivt du (liàlcau ue doniinnt , dans la parlic cnniiale, qu'un simpje logis avec deux galeries et terrasses découvertes au dessus , et la reconstruction du grand escalier ayant interrompu la communication de plain-pied entre les appartemens du roi et la chapelle, il a fallu construire,, sur la terrasse de droite, une galerie vitrée, de construction légère et figurant une tente que l'on se proposait de répéter sur la terrasse du côté gauche, vers l'appartement du roi. Par le moyen de cette galerie vitrée, on pouvait aller à couvert de la salle des maréchaux à la chapelle. Depuis la révolution de 1830, cette galerie vitrée a fait place à une galerie couverte, au moyen d'une construction nouvelle, appartenant à l'architecte Fontaine. Il est prohahie qu'on couvrira de même la galerie du côté opposé, afin de compléter la symétrie de la façade du jardin.
Retournant au grand escalier, on entre à gauche dans les grands appartemens, et d'abord dans la salle dite des maréchaux, qui occupe la totalité du pavillon du milieu. Cette salle a un balcon sur la cour, et un autre sur le jardin. Quatre figures cariatides, copiées sur celles que Jean Goujon a faites au Louvre, forment, sur la face du couchant, une tribune qui s'accorde avec un balcon soutenu par des consoles au pourtour de la pièce. Elle renferme une suite de portraits en pied des maréchaux de France , et plusieurs bustes des généraux français morts sur le champ de bataille. La voûte est décorée de caissons et de compartimens d'ornemens peints en grisaille.
A la suite de la salle des maréchaux, est le salon dit des nobles ou des gardes. Il occupe six croisées de face; son plafond, en voussures, est décoré de bas-reliefs en grisaille, rehaussés d'or, représentant des troupes, des marches, des batailles et des triomphes antiques; le tout entouré d'ornemens avec des figures allégoriques, rappelant les vertus guerrières.
Le salon de la Paix^ autrefois l'antichambre du cabinet du roi, est maintenant ainsi nommé à cause de la riche statue en argent que l'on voit en face de la cheminée; le modèle de cet ouvrage est de M. Chaudet. Le plafond, peint en 1668 , par Nicolas Loir, est d'une grande richesse et d'une composition agréable. C'est le soleil, à son lever, répandant sa lumière sur la terre : on sait que le soieil était l'emblème que Louis XIV avait si modestement pris.
La salle du Trône , autrefois la chambre du roi , est éclairée de trois croisées sur la cour. L'irrégularité de la disposition de ses fenêtres la rend beaucoup moins agréable que les trois pièces précédentes, dans lesquelles on a la jouissance des jours sur la cour et sur le jjirdin. Le trône
PAJ.AIS DES TUIIERIFS. 17t
est élevé sur un gradin do trois marches. La pièce est décorés par des tentures en tapisseries d(! la manufacture des Gobelins.
Le cabinet du roi, après la salle du trône, est d'une dimension carrée: son plafond est décoré de peintures, de sculptures et de dorures d'une grande magnificence. Deux figures de bas-relief, en marbre blanc, y représentent, l'une l'Histoire, et l'autre la Renommée. Différens ornemens et trophées de guerre, en bronze doré, servent d'accessoire au sujet principal. Errard, premier directeur de l'académie de peinture à Rome, y fit exécuter, par les jeunes peintres ses élèves , les copies de la galerie Farnèse, du célèbre Annibal Carrache. C'est à ces jeunes peintres qu'appartiennent aussi les autres tableaux qui décorent les plafonds de la galerie de Diane, à l'extrémité des grands appartemens.
Cette galerie servait autrefois à la réception des ambassadeurs : elle fut remise à neuf sous le régne de Napoléon , qiii l'orna de superbes tableaux que la restauration a fait enlever.
L'appartement de service est immédiatement derrière la galerie de Diane et les salles qui terminent le grand appartement. Il a vue sur le jardin , et son entrée est par le grand escalier, près du pavillon de l'extrême gauche, appelé le pavillon de Flore (1). Une antichambre, servant de salle des gardes , deux salons , le cabinet particulier du roi , un second cabinet , la chambre à coucher, et un cabinet de toilette avec ses dépendances, composent l'habitation particulière du roi. Ces pièces, dont la décoration primitive remonte à la régence, sont beaucoup moins riches que celles du grand appartement du côté de la cour. Les tableaux des plafonds appartiennent, dit-on, à l'école de Mignard : ils représentent des scènes où l'on n'a rien épargné pour flatter l'orgueil de Louis XIV, encore enfant. Napoléon a fait repeindre à neuf la salle dite des gardes: on y voit aujourd'hui , sur un fond bleu , au milieu de compartimens for mes de trophées d'armes et de figures allégoriques en grisaille. Mars parcourant sur un char la circonférence du globe, et signalant par une victoire chacun des mois de l'année. La chambre à coucher ancienne a aussi été changée : elle se trouve agrandie , et disposée de manière à s'accorder convenablement avec les pièces qui la précèdent.
L'appartement de la reine et des princesses d'aujourd'hui est au rezde-chaussée : il est moins magnifique et d'ujje proportion moins élevée que celui du roi , qui est au dessus. Ayant été refait et décoré à neuf lors du
(4) C'est au fond tle ce paTillon de Flore que se Irouvcul les cuisines el tout ce qui tient à la bouche.
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mariage do Napoléon avec Marie-Louise, on y remarque une différence de style et une légèrelé d'orncnicus (fui contrastent avec le goût ampoulé du siècle de Louis XÏV. On trouve dans cet appartement, la salle à manger, la salle des concerts, dans laquelle on dresse un petit théâtre mobile pour les représentations de société ; le salon des Grâces^ ainsi nommé à cause du tableau de Blondel représentant les trois Grâces, et la salle de billard, (.les appartemens, ornés avec un goût recherché, offrent une variété d'intérieur d'un effet très-agréable. Cette variété serait sans doute un grand défaut si" l'on pouvait embrasser toutes ces pièces d'un seul coup l'œil ; mais ici, où chaque partie forme un tout détaché de la masse, elle s'accorde parfaitement avec le bon goût.
Les principales vues des appartemens du palais des Tuileries donnant sur le jardin, ii est difficile de trouver une perspective plus majestueuse et plus magnifique que celle qui se présente de ce côté. Depuis que Louis- Philippe a disposé de la grande terrasse du jardin pour en faire son jardin privé , on a construit un léger escalier à rampes , par lequel on descend t\es appartemens du rez-de-chaussée dans ce nouveau jardin.
Le château des Tuileries ne fut pas plus tôt achevé, que Louis XIV l'abaudonfia pour aller résider avec toute sa cour, d'abord à Saint-Germain , puis à Versailles , où il avait fait construire la plus grande comme la plus magnifique résidence royale ; car alors le roi et ses courtisans formaient une espèce différente de celle du reste des hommes, une espèce privilégiée, dont toute l'occupation consistait à dévorer, à gaspiller les impôts prélevés sur la sueur des travailleurs. Le palais des Tuileries fut donc abandonné pendant plus de soixante ans, dans l'intervalle desquels il servit seulement parfois de demeure au dauphin .
Jusqu'à l'époque de la révolutioa, le palais des Tuileries ne fut le théâtre d'aucun événement remarquable , si l'on en excepte la fête que Catherine de Médicis y donna quatre joursavant le massacre de la Saint- Barthélémy. Mézerai dit succinctement : « qu'à l'occasion du mariage du loi de Navarre et de Marguerite de Valois il y eut beaucoup de divertisseraens , de tournois et de ballets , et qu'entre autres il s'en fit un où l'on ne put s'empêcher de préfigurer le malheur qui était près d'accabler les huguenots, le roi et ses frères défendaùt le paradis contre le roi de Navarre et les siens , qui étaient repoussés et relégués en enfer. »
Mais Saint-Foix cite des mémoires du temps qui donnent sur cette fête odieuse des détails extrêmement curieux. « Premièrement, dit le chroniqueur, en ladite saile , à main droite, il y avait le paradis , l'entrée duquel était défendue par trois chevaliers armés de toutes pièces, qui étaient Charles ÏX et ses frères. A la main gauche ét.iit l'enfer, dans lequel il y
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avait grand nombre de diables et petits diabioteaux, i'aisant infinies singeries et tintamarres avec une grande roue tournant dans ledit enfer, 'oute environnée de clochettes. Le paradis et l'enfer étaient séparés par une rivière qui était entre deux , dans laquelle il y avait une barque conduite par Caron, nautonnier d'enfer. A l'un des bouts de la salle et derrière le paratfis étaient les Champs-Éljsées , à savoir : un jardin embelli de verdure et de toutes sortes de Heurs, et le ciel empyrée , qui était une grande roue avec les douze signes du zodiaque, les sept planètes et une infinité de petites étoiles faites à jour, rendant une grande lueur et clarté par le moyen des lampes et des flambeaux qui étaient artificiellement accommodés par derrière. Cette roue était en continuel mouvement, faisant aussi tourner ce jardin , dans lequel étaient douze nymphes fort richement parées. Dans la salle se présentèrent plusieurs troupes de chevaliers errans (c'étaient des seigneurs de la religion qu'on avait choisis exprès) -^ ils étaient armés de toutes pièces, vêtus de diverses livrées, et conduits par leurs princes, (le roi de Navarre et le prince de Condé), tous lesquels, tâchant de gagner le paradis pour ensuite aller quérii ces nymphes au jardin, en étaient empêchés par les trois chevaliers qui en avaient la garde, lesquels, l'un après l'autre/se présentaient à la lice, et ayant rompu la pique contre lesdits assaillans et donné le coup de coutelas, les renvoyaient vers l'enfer, où ils étaient traînés par les diables et diabloteaux. Cette forme de combat dura jusqu'à ce que les chevaliers errans eussent, été combattus et trainés un à un dans l'Enfer, lequel fut ensuite clos et fermé. A l'instant descendirent du ciel Mercure et Cupidon, portés sur un coq. Le Mercure était Etienne Leroi, chantre tant renommé, lequel étant à terre, vint se présenter aux trois chevaliers, et, après un chant mélodieux, leur fit une-harangue et remonta ensuite au ciel sur son coq toujours chantant. Alors les trois chevaliers se levèrent de leurs sièges, traversèrent le paradis, allèrent aux Champs-Elysées quérir les douze nymphes, et les amenèrent au milieu de la salle où elles se mirent à danser un -ballet fort diversié, qui dura une grosse heure. Le ballet a^evé, les chevaliers qui étaient en enfer furent délivrés, et se mirent à combattre en foule et à rompre des piques. Le combat fini, on mit le feu à des traînées (le poudre qui étaient autour d'une fontaine dressée au milieu de la salle, d'où s'éleva un bruit et une fumée qui fit retirer chacun. Tel fut le passement de ce jour, d'où l'on peut conjecturer, ajoute l'historien, quelles étaient les pensées du roi et du conseil secret' parmi telles feintes. »
Nos lecteurs nous dispenseront sans doute de tout commentaire sur cette description : ils auront été frappés comme nous de ce mélange absurde dechristianisme et de paganisme, de ces cérémonies religieuses et impics à
ia fois, (le cfs combats chevaleresques et hypocritement ' signilicalifs, iVigucs passemcns de celte cour corrompue et bigote, qui ne trouva rien de mieux à faire que de se noyer dans le sang d'une portion des Français pour les convertir. D'autres évcnemens, bien plus dignes de l'histoire et de la postérité, vont se passer dans ce château des Tuileries, que les rois de France avaient long-temps dédaigné.
Le peuple s'est éveillé. Il a reconnu que Versailles était un séjour d'où ia cour pouvait trop aisément conspirer contre lui : les femmes, les hommes du peuple se sont ébranlés le 5 octobre 1789 j et de leur voix tonnante ils ont été faire sommation à Louis XVI d'avoir à habiter la capitale de la France; et la cour, saisie d'effroi, se trouva encore trop heureuse de faire partie du cortège au milieu duquel le roi fut conduit à Paris.
Louis X> I fit donc son entrée au palais des Tuileries, dans la soirée du <i octobre, après avoir été reconnaître la. puissance de la nation à l'hôtelde- ville.
« Le lendemain de l'arrivée du roi, dit Toulongeon, les cours des Tuileries étaient pleines, dés le malin, d'un peuple doux et tranquille, qui s'empressait de le voirj le service extérieur se faisait selon l'étiquette accoutumée ; les femmes de la cour s'y rendaient en habit de cour, et traversaient celte foule qui s'écartait à leur passage. La princesse Elisabeth, sœur du roi, habitait un appartement au rez-de-chaussée; elle déjeunait ses fenêtres ouvertes, et était entourée de femmes du peuple, qui lui tenaient des propos affectueux et flatteurs sur sa beauté : elle descendit ; elles lui demandèrent des cocardes que cette princesse leur fit distribuer, et finirent par lui dire : Notre bonne reine j, ne soyez plus traître^ et nous vous aimerons toutes. Le roi reçut à son lever les complimens et les harangues des diffèrens corps. Les appartemens inhabités depuis soixante ans faisaient contraste avec la magnificence de la veille : des pièces immenses, nues et sans meubles; des murs noircis par le temps et l'abandon : quelques gardes-du-corps faisaient encore le service ; le reste était suppléé par la garde nationale , où l'on voyait des magistrats en armes et en uniforme. Le soir le roi se promena avec la reine et leurs enfans dans le jardin ; l'empressement à les voir était égal à l'affluence ; on les demandait alternativement dans les cours et dans le jardin ; ils se présentèrent avec grâce, et on les accueillit avec amour et complaisance. »
Louis XVI fut donc encore bien accueilli par ces Parisiens qu'il avait voulu, quelques mois auparavant , réduire par la force brutale de ses régimens étrangers. Mais chaque jour apportait une nouvelle preuve de sa mauvaise foi. Déjà les ])rinces ses frères étaient passés à l'étranger, où :1s mendiaient les secours des rois leurs amis contre le peu|)le français : le
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reste de la famille cherchait à aller les rejorndre. Les tautes du roi ayant quitté Paris et la France secrètement, et la nouvelle de lem* départ s'élant répandue,, le pouple se porta en foule dans les cours des Tuileries pour s'assurer si le roi et la reine n'avaient pas fui en même temps.
Ce départ ayant causé de l'effervescence dans Paris , la cour crut qu'elle devait vn profiter pour exécuter ses projets d'enlèvement de la personne du roi, qui devait se laisser conduire à Metz : les gens de cour se figuraient que dès que Louis XVI aurait pu atteindre la frontière la révolution serait vaincue. Pour mieux arriver à leur but . ils tendirent au général Lafayette un piège, auquel il se laissa prendre. Une émeute fut organisée contre Vincennes, où l'on disait que la cour faisait construire une nouvelle Bastille. Le peuple des faubourgs s'y porta en foule, sous la conduite de Santerre , et se mil en devoir de démolir les travaux que l'on exécutait en effet à ce château fort. En même temps on fit courir le bruit que ce même peuple se livrait à toute sorte de désordres. Lafayette eut la bonhomie d'accourir à Yinceniies , emmenant avec lui une bonne partie de la garde nationale, pour aller, disait-on, rétablir l'ordre à Yincennes. C'était ce que voulaient les contre-révolutionnaires.
« Vers les 9 heures du soir, dit Dulaure , cinq à six cents individus nobles venus de la province , et la plupart membres du club monarchique, s'introduisirent dans le château au moyen de cartes d'entrée qui leur avaient été délivrées par le duc de Yillequier. Ils cherchaient à faire sortir la garde nationale et à l'éloigner de son poste en disant que la vie de Lafayette était menacée à Yincennes. Mais la garde citoyenne ayant conçu des soupçons ne voulut pas quitter le château , et l'enlèvement du roi ne put s'effectuer. » L'émeute de Yincennes ayant été réprimée plus tôt qu'on ne le croyait , Lafayette retourna en toute hâte au château , qu'il trouva rempli de ces contre-révolutionnaires. Il leur ordonna de déposer les armes ostensibles dont ils s'étaient munis et de quitter le palais : il éprouva de la résistance ; mais ayant fait sentir au roi combien ces impru- 'iens amis pouvaient le compromettre dans ce moment d'irritation, ce ^ince intimidé leur donna lui-même l'ordre de déposer ces armes; ce qu'ils firent d'assez mauvaise grâce. On trouva sur eux un grand nombre de poignards uniformes qu'ils avaient cachés sous leurs habîts , ce qui fit qu'on appela ces messieurs les chevaliers du poignard ,• et lorsqu'on les eut désarmés, la garde nationale les»chassa honteusement.
Cette journée , à laquelle est resté le nom Ac journée des poignards , fournit une nouvelle preuve que les gens de la cour ne renonçaient pas à leur idée de faire évader le faible roi qu'ils maîtrisaient. On redoubla de précauticns; mais il y avait trop de personnes riches intéressées â faire
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a\ortor la révolution, vi le roi était trop bien secondé, pour qu'il ne pût pas trouver enfin l'occasion d'aller se mettre dans les mains de l'êrai^M'ation. En effet, sa fuite put enfin s'exécuter : il quitta les Tuileries le 20 juin 1791 , vers les onze heures du soir, ayant avec lui la reine, le dauphin et sa sœur. La famille royale s'éloigna d'un pays ([u'elle cro>ail laisser en proie à la guerre civile (1). Mais son départ ne lit qu'unir da>antage tous les amis de la liberté ; et, dès ce même jour , c'en eût été fait de la royauté en France si le zélé du niailre de poste de Sainte-Menehould n'eût empêché cette famille de franchir la frontière.
Le 25 juin, Louis XVI fut ramené aux Tuileries par une escorte imposante et silencieuse composée et incessamment grossie des gardes nationales de toutes les communes qu'il avait fallu traverser depuis Varennes. Il fut mis en quelque sorte eu état d'arrestation dans ce palais, dont les grilles restèrent fermées : il put néanmoins se promener dans le jardin , excepté sur la terrasse des feuillans, séparée, ainsi que nous l'avons déjà dit, de la terre dite de Coblentz , par un simple rubau tricolore. Le pouvoir exécutif fut suspendu dans sa personne. On informa sur son évasion j une nombreuse conmiission composée de ceux des membres de l'assembJéc constituante qui tenaient au roi et à la royauté , fut chargée d'examiner si Louis XVI devait être mis en jugement. Ce fut une comédie qui se termina par un rapport qui déclarait le roi innocent de ces faits et rejetait tout l'odieux de sa fuite sur M. de Bouille.
« Personne ne doutait, dit le marquis de Ferriéres, que Louis XVI n'eût des intentions coupables, qu'il ne fût coalisé avec M. de Bouille et les puissances étrangères : sa déclaration était une pièce de conviction à laquelle il n'y avait pas à répondre. Cependant la constitution n'établissait pas la démarche de Louis XVI comme un délit, parce que cette démarche, rendue nulle par sou arrestation à Varennes, ne pouvait qu'être présumée tendante à un délit. » Le 3 septembre , Louis XVI recouvra son entière liberté.
Un an s'était à peine écoulé depuis la fuite du roi et de sa famille, quand les girondins et les autres chefs populaires conçurent l'idée d'un mouvement populaire propre à intimider le roi et à lui arracher la sanction du fameux décret contre les prêtres, et de celui relatif au camp de vingt mille hommes que les patriotes voulaient rassembler sous Paris.
(1) Dans la môme nuit. Monsieur, depuis Louis XVIII et Madame, son épouse , s'échappèrent aHssi du palais du Lusembom-g, el se dirigèrent sur la Belgique, où il» anivèrent >ans accident.
PALAIS DES TUILERIJÎS. 177
Ces patriotes ne doutaient plus que Louis XVI ne fût un traître qui n'attendait que l'arrivée des armées coalisées pour étouffer la révolution. Le renvoi du ministère girondin , le veto apposé sur ces deux décrets auxquels l'assemblée législative attachait tant d'importance ne laissaient plus aucun daute à cet égard, et le mouvement fut organisé.
Le 20 juin 1792 , plus de vingt mille individus, hommes, femmes et enfans , se rendirent sous la forme d'une procession patriotique dans la salle de l'assemblée nationale, où leur orateur fit entendre des paroles aussi améres qu'énergiques sur la conduite du pouvoir exécutif. (( Le peuple est prêt, dit cet orateur, il n'attend que vous, législateurs j vous avez des hommes animés du feu sacré du patriotisme : qu'ils parlent, et nous agirons Nous nous plaignons de l'inaction de nos armées; nous demandons que vous en pénétriez la cause ; si elle dérive du pouvoir exécutif, qu'il soit anéanti ... . » Ce langage menaçant annonçait que la révolution ne garderait plus aucun ménagement avec la royauté.
Toutefois le cortège avait déjà défilé dans la salle et dans le jardin des Tuileries sans avoir fait aucun acte d'hostilité , quand , s'apercevant que les troupes nombreuses dont les constitutionnels avaient garni ce jardin montraient des dispositions autres que celles qu'en attendaient les royalistes , il vint dans l'idée des hommes qui étaient à la tête du mouvement de ne pas terminer cette journée sans avoir demandé au roi lui-même la sanction des décrets. Aussitôt Santerre, le boucher Legendre, Huguenin , St-Hurugue, forcèrent l'entrée delà cour, et le peuple en masse pénétra dans le palais , et bientôt la pièce où se trouvait le roi fut envahie. Là, après avoir demandé à Louis XVI la sanction du décret et le rappel des ministres patriotes, Legendre lui présenta un bonnet rouge, dont le roi se coiffa, u Vous êtes un perfide, lui dit ce patriote; vous nous avez toujours trompés; vous nous trompez encore; mais prenez garde; la mesure est à son comble, et le peuple est las d'être votf«
jouet » Le maire (Pétion) et quelques membres de l'assemblée ayant
pu parvenir jusqu'auprès de Louis XVI, ils engagèrent le peuple à se retirer; ce qu'il fit eu défilant de nouveau, aux cris d'à bas le veto! à bas les prêtres! vive la nation ! vive Pétion !
La reine , qu'on appelait madame vétOj ou V Autrichienne, eut aussi à subir les injures du peuple. Elle se trouvait dans la salle du conseil avec ses 3eux enfans quand les portes en furent brisées. Ses amis et ses gardes craignant pour elle la firent placer derrière une rangée de tables , devant laquelle ils placèrent une double haie de gardes nationaux. Heureusement pour cette reine , que l'on détestait alors avec tant de raison, le peuple n'était pas dans ses jours de colère , et elle en fut quitte poinr attacher Tome 1. 23
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à son bonucl une cocarde et des rubans tricolores que des femmes lui présentèrent, aux. cris d'à bas le vélo ! nve la nation! Santerre lui rendit le même service que Pétion a^ ail rendu au roi ; il fit retirer la foule et la reine se trouva délivrée. Ainsi se termina cette journée si tristement célèbre dans les annales de la monarchie, journée où tous les outrages furent prodigués à la royauté.
Mais ce n'était là que le prélude d'une autre journée bien autrement ferrible, de ce célèbre 10 août 1792, qui acheva , par le renversement de la royauté, la plus grande des révolutions dont la France eût encore été le théâtre.
Voici comment un historien national résume les événemens de cette célèbre journée :
« Les amis du roi , effrayés de voir arriver le moment décisif, cherchèrent encore à lui procurer le moyeu de fuir. Tout était bien disposé pour ce départ , et Lafayette voulait bien faire à Louis XVI le sacrifice de ce qui lui restait encore de popularité , et même de sa vie. Mais la reine, qui calculait à chaque instant l'approche de Brunswick, refusa de se confier aux constitutionnels. Ainsi tous les efforts que ces derniers avaient faits, tous les dangers auxquels ils s'étaient exposés furent eu pure perte.
(( Lafayette s' étant gravement compromis, il fut question de le mettre en accusation ; mais une forte majorité se prononça en sa faveur, et il fut mis hors de cause. A cette nouvelle, le peuple, soulevé , se porta en foule autour de la salle, insulta et maltraita ceux des députés qui étaient connus pour diriger le côté droit, tels que Vaublanc, Dumas, Girardin, etc.; on s'indigna contre l'assemblée, et l'on cria qu'il ne pouvait plus y avoir de salut que par le peuple.
(( Le lendemain ( 9 août ) Paris fut dans une agitation extrême : les sections annoncèrent qu'elles feraient sonner le tocsin , et qu'elles marcheraient sur l'assemblée. Pétion ainsi que tous ses amis les girondins auraient préféré la déchéance prononcée par l'assemblée à un combat dont l'issue pouvait être douteuse. Le maire se présenta donc au comité de surveillance des jacobins, et engagea Chabot à suspendre l'insurrection, en l'assurant que la déchéance était prononcée ainsi que la convocation d'une convention nationale. Mais Chabot lui répondit qu'il n'y avait rien à espérer d'une assemblée qui avait absous h acélèrat Lafayette ; que le peuple avait enfin résolu de se sauver lui-même , et que le tocsin allait sonner dans les faubourgs.
« En effet , dans la soirée , des comités insurrectionnels se forment sur trois points : Fournier et quelques autres jacobins ardens s'emparent du faubourg Saint-Marceau ; Santerre et Wcstermann occupent le faubourg
PALAIS Ui;S TUILERIES. 179
Saint-Auloinc ; Dauton, Camille Desmoulins, Carra élabUssent leur quartier-général aux cordeliers avec le bataillon des Marseillais, qui a pour chef le fougueux Barbaroux ; les jacobins s'assemblent et réunissent les autres fédérés. Le rappel battait dans toutes les rues; les gardes nationaux se rendaient en armes à leurs postes, et les sections se remplissaient des citoyens les plus énergiques.
M Cependant on hésitait encore ; mais Danton est là : il réchauffe de son audace les plus tièdes, et faisant retentir sa voix de tonnerre, il énuraère les crimes de la cour; il rappelle sa haine pour le peuple, pour la liberté, pour la constitution; ses paroles trompeuses, ses promesses hypocrites , toujours démenties par sa conduite ; il parle de ses machinations évidentes pour amener l'étranger, et démontre l'imminence du danger qui menace la France et la liberté. « Le peuple, s'écrie Danton , » ne peut plus recourir qu'à lui-même ; car la constitution est insuffisante, » et l'assemblée a absous le traître Lafayette; il ne reste donc plus que M vous pour vous sauver vous-mêmes. Hàtez-vous donc, car celte nuit )> même, les satellites cachés dans le château doivent faire une sortie sur » le peuple, et l'égorger avant de quitter Paris , pour rejoindre Cobleiilz. » Sauvez-vous donc ; aux armes 1 aux armes ! »
« En un instant, ce cri devint général, et l'insurrection fut proclamée. Le tocsin sonne; les Marseillais et les Bretons sont à leurs pièces; ils se recrutent d'une foule de citoyens. Santerre rassemble le faubourg Saint- Antoine; Alexandre excite le faubourg Saint-Marceau : partout les citoyens veillent et s'arment , et tous s'écrient qu'il faut en finir avec la royauté et la cour ainsi qu'avec tous les traîtres. Enfin les sections se réunissent et nomment une nouvelle municipalité , qui s'empare de tous les pouvoirs.
» Cependant la cour , prévenue que le moment de la catastrophe était arrivé, faisait aussi ses dispositions pour la défense du château et du roi. Elle savait que le président des cordeliers avait dit à cette société qu'il ne s'agissait plus d'une promenade civique, comme au 20 juin, mais bien d'un coup décisif. Elle se préparait donc à la bataille générale, avec la confiance que la victoire lui resterait. Quoique la garde constitutionnelle du roi n'eût pas été réorganisée, et que les régimens sur lesquels la cour eût pu compter fussent en route pour la frontière, le château avait encore pour défenseurs un millier de Suisses , les chevaliers du poignard, le bataillon des Filles-Saint-Thomas , et celui des Petits-Pères ; elle comptait en outre sur plusieurs autres bataillons, et enfin elle avait pour commandant général de la garde nationale Mandai sur l'influence duquel on fondait un grand espoir de succès.
^^^ l'AklS l'ITlOKESyLli.
» Pour cire en mesure, la cour avait arraché de Pélion Tordre de repousser la force par la force, et Mandat avait fait des dispositions qui, si elles eussent été suivies, auraient rendu bien difficile la victoire du peuple. Mais la nouvelle municipalité avant été informée des ordres donnés par Mandat , elle le fit sommer de paraître à l'hôtel-de-ville , et donna aussitôt le commandement général à Santerre. Mandat obéit j mais à peine arrivé devant l'hôtel-de-ville, le peuple, déchaîné contre tous ceux qu'il regarde comme des traîtres, s'en empare, le met en pièces, et jette son cadavre dans la Seine,
)) Cette mort détruisit toute unité dans le plan de défense du château ^ néanmoins les royalistes ne désespérèrent pas : ils engagèrent le roi à aller passer en revue les troupes et les bataillons qui paraissaient disposés à repousser le peuple. Louis XVI se rendit d'abord dans les cours, où quelques cris de vive le roi! se firent entendre. Mais du côté du jardin il eut à supporter toutes sortes d'injures de la part d'un peuple furieux , dont il n'était séparé que par un ruban tricolore. Le roi n'ayant montré aucune énergie se vit bientôt abandonné par la garde nationale que Mandat avait réunie autour du château.
« Il était jour à peine, et déjà les Marseillais , les fédérés bretons, les bataillons des faubourgs, le peuple entouraient le palais du roi , et le cernaient avec une nombreuse artillerie. A chaque instant le nombre des insurgés devenait plus considérable : leurs cris menaçans , leurs chants terribles jetèrent tellement l'épouvante dans le château que, désespérant du succès de la résistance , les amis du roi lui conseillèrent de se retirer au sein de l'assemblée nationale et d'y conduire sa famille. La reine s'y opposait ; elle aurait voulu que le roi montrât un courage qu'il n'avait pas j ses efforts furent inutiles. Le roi se décida à quitter les Tuileries , et se rendit non sans beaucoup de peine au milieu des députés de la nation. C'est ainsi que Louis XVI sortit de ce palais pour n'y plus rentrer.
» On devait croire que cette retraite aurait empêché toute effusiou de sang , et l'assemblée s'empressa d'envoyer des commissaires vers les défenseurs du château et vers le peuple pour les engager à ne point tirer. Mais déjà les Suisses avaient fait feu sur les Marseillais , et le combat s'était engagé. Bientôt il devint des plus meurtriers. Les Marseillais, d'abord repoussés avec perte, se rallient aux Bretons. Danton accourt de l'hôtel-deville , et sa présence contribue à ramener les fédérés et le peuple sur le champ de bataille. — Westermanu, Rossignol, Barbaroux se mettent à la tête des colonnes populaires, qui reviennent à la charge avec fureur. Enfin la tête de la colonne force l'entrée du château : aussitôt elle se pré-
cipite dans les apparloniens, suivie des faubourgs et des hommes à piques, et le reste dt' celte scène n'est plus qu'un massacre.
» Pendant le combat , qui avait duré plusieurs heures et qui avait été très meurtrier pour le peuple, l'assemblée s'était occupée de la déchéance du roi . Louis XVI , placé avec sa famille dans la loge du tachigraphe , as sistait avec indifférence à la chute de son trône. Enfin, à onze heures, des cris de victoire , mille fois répétés , annoncèrent à la représentation nationale que le peuple avait triomphé. Les portes cèdent sous les efforts d'une multitude ivre de joie , qui vient faire hommage à la représentation nationale des prisonniers suisses échappés au fer des vainqueurs.
» Ce fut en ce moment que le président Vergniaud prononça , aux cris de vive la nation! vive la liberté! vive P égalité! le célèbre décret qui suspendait Louis XVI de la royauté, ordonnait un plan d'éducation pour le prince royal, et convoqaaÀt une convention nationale. »
Dès que Louis XVI et sa famille furent au Temple, on travailla, dans le palais même des Tuileries , qui prit le nom de Palais national^ à la salle qui devait servir à la convention nationale. On disposa, à cet effet, de l'emplacement qu'occupait la salle de spectacle dite des machines , dont on fit l'arène conventionnelle, et l'on réserva les pièces adjacentes pour les divers bureaux de cette assemblée. Cependant la convention n'occupa pas d'abord cette nouvelle salle : lorsqu'elle entra en séance , elle prit place dans le local qu'avaient occupé les deux précédentes assemblées, dans l'emplacement du manège. Ce jour-là raêuie , Manuel demanda que le président de la convention eût son appartement au Palais national ; mais cette proposition fut vivement combattue par Mathieu, Chabot et Tallien, qui dirent que les représeutans du peuple devaient être assimilés aux sans-culottes^ et que lorsqu'on voudrait parler au président, on irait le chercher à un troisième ou à un cinquième étage , domicile ordinaire des talens et de la vertu.
Quand cette nouvelle salle fut achevée , la convention s'y transporta ; toutes les dénominations qui pouvaient rappeler la royauté furent remplacées par des noms républicains. Les gjrands appartemens des deux ailes reçurent les bureaux des comités de sûreté générale , de défense générale, des finances, de la guerre, de l'agriculture, etc., etc. j le célèbre comité de salut public y siégea aussi pendant toute la durée de son organisation; mais jamais aucun président, ni aucun membre du comité n'y établit sa demeure (1). Au commencement de la lutte entre les thermidoriens et
(1) Il y avait cependant un grand nombre de fonctionnaires subalternes ausquelt le gonvenicinent d ;dnrs avait accord»- des logemens dans les étages supérieur*.
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Robespierre, on profila de la présidence de ce dernier pour lui offrir de nouveau d'occuper un appartement dans le palais; c'était un piège qu'où lui tendait afin de pouvoir prouver un jour qu'il visait à la dictature : il eut le bon sens de l'éviter , et continua d'occuper le modeste logement qu'il avait depuis long-temps chez le menuisier Duplaix , rue Saint-Honoré, en face de la rue Saint-Florentin.
La salle de la convention , dans laquelle on entrait directement par un perron qui donnait sur la terrasse des feuillans, était, suivant les descriptions qui nous restent, un mélange de grandeur, d'audace et de défauts de principes en architecture. Les amphithéâtres du peuple, aux extrémités de la salle , sur lesquels des milliers de cito^^ens venaient g'eutasser tous les jours, n'avaient d'autre appui qu'un faible poteau de trente pieds de portée et d'un seul morceau, retenu seulement par deux brides de fer. Presque toute la charpente était aussi frêle. Les soutiens des deux tribunes populaires avaient cédé à partir du côté droit du bureau du président ; ces soutiens étaient cassés , et l'on ne pouvait pas concevoir comment toute cette partie de la salle ne s'était pas écroulée sous le poids de cette populaion toujours agitée, toujours turbulente et trépignante.
C'est encore au palais des Tuileries que fut prononcée, le 20 du mois de janvier 1793 , la sentence de la convention par laquelle cette assemblée con damna à mort Louis XVI , qu'on appelait alors Louis Capet ou le dernier tyran de la France.
Depuis ce moment jusqu'au 9 thermidor, la salle de la convention fut presque constamment le théâtre des combats que s'y livrèrent les partis qui divisaient si malheureusement la représentation nationale : c'est là que les girondins et les montagnards luttèrent jusqu'à ce que les journées des 31 mai el 2 juin eussent décidé violemment la question contre le parti qui comptait dans ses rangs Vergniaud , Pétion , Brissot et Guadet , tous hommes de talent et de droiture , mais peu propres à diriger le gouA ernail de la France révolutionnaire.
Après le 2 juin , il y eut quelques mois de calme et d'union au sein de la convention. Mais une nouvelle guerre ne tarda pas à éclater entre le^ montagnards eux-mêmes , et deux partis bien distincts se formèrent insen siblement parmi ces hommes qui jusqu'alors avaient marché sous la même bannière pour arriver au même but. Bientôt le parti du comité de salut public eut à lutter aussi contre la commune , les cordeliers et tous les ultrarévolutionnaires. On ne trouva rien de mieux à faire que d'abattre le parti et d'envoyer à l'échafaud les chefs de ces patriotes ardens : ce fut une faute immense , qui força bientôt le comité à sévir , avec la même rigueur , contre les nouveaux modérés. Danton, Philippeaux , Lacroix, Camille
l'ALÂlS DES TUILERIES. 183
Desmonlins, Hérault do Séchelles , Wcstermann et plusieurs autres furent sacrifiés par le comité , menacé de perdre sa popularité pour avoir envoyé à la mort Ronsin, Hébert et Vincent. Ce ne fut plus dès lors qu'une boucherie de patriotes , qui se termina par la révolution du 9 thermidor.
Le lendemain , ce même Robespierre naguère si puissant était porté comme un grand criminel dans cette même salle du comité de salut public où il avait signé le renvoi au tribunal révolutionnaire des hébertistes et des dantonistes. Il n'en sortit que pour être conduit au supplice, qui mit un terme à la période dite de la terreur , pendant laquelle la salle de la convention avait journellement reçu de nombreuses députations , et où avaient défilé tous les bataillons de la levée en masse , à mesure qu'ils partaient pour l'armée.
Durant la réaction thermidorienne, la salle de la convention fut de nouveau le théâtre des irruptions populaires. D'abord pendant les journées de germinal an m , dans lesquelles le peuple des faubourgs essaya de faire mettre à exécution là constitution de l'an i" , et ensuite dans celles beaucoup plus sérieuses du mois de prairial suivant.
La lutte s'engagea le 1" prairial ; la salle de la convention fut envahie par un peuple furieux de voir qu'on le conduisait à la contre-révolution . Ce peuple avait pris pour cri de ralliement : du pain et la constitution de 1793 1 chassé d'aboM des tribunes , il revint eu force, à deux heures, et se rendit maître du lieu des séances. Dans la lutte , le représentant Féraud , qui pendant toute la journée n'avait cessé de s'opposer aux projets des patriotes , fut tué d'un coup de pistolet ; sa tête , placée au bout d'une pique, fut portée en triomphe devant le président de la convention , Boissy d'An glas, qui s'inclina devant ce sanglant trophée (1).
Le peuple était maître de la convention, et déjà les représentans qui faisaient cause commune avec lui avaient rendu plusieurs décrets dans le sens de la révolution qui semblait s'opérer, lorsque les membres du parti réactionnaire revinrent dans la salle , accompagnés des sections qui lui étaient le plus dévouées. Après une nouvefle lutte, le peuple fut chassé et la victoire resta encore aux thermidoriens. Elle eut pour résultat la cou-
(1) On a dit avec quelque apparence de raison que Féraud lut lue par erreur; que c'était à Fréron que le peuple en voulait , et que le premier fut victime d'une ressem- Llahce de nom. La vérité est que le meurtrier n'avait voulu que riposter h un officier qui lui avait donné un violent coup de crosse j et qu'au lieu d'atteindre son agresseur il frappa Féraud. En entendant prononcer ce nom , on crut que c'était Fréron , et on se porta à tout ce que la rage peut inspirer contre un cadavre qu'on croyaut être celui d un grand ennemi.
1f^^ PARIS PITTORESOUE.
damnation à mort do cinq dos roprésentaus patriolos qui avaient fa't cause communo avec le peuple, et la déportation de plusieurs autres. Une nouvelle réaction se fit sentir dans la convention j tous les patriotes furent arrêtés et le peuple des faubourgs fut enfin désarmé par capitulation. Il ne se releva qu'en 1830.
Cette réaction anti-patriotique ayant encouragé les royalistes , ils cherchèrent à s'assurer des sections les plus douteuses et machinèrent une contre-révolution , qui se serait effectuée le 1 3 vendémiaire an iv si les troupes et les patriotes sous les ordres de Barras et du jeune général Bonaparte n'eussent sauvé en ce jour la républicpie du plus grand danger qu'elle eût encore couru.
Dans cette journée mémorable, les affaires delà république paraissaient si désespérées que l'on fit porter dans la salle de la convention nationale des fusils et des munitions pour armer les représentans et en former un bataillon de volontaires. Au moment où le combat s'engagea , un mouvement de crainte se manifesta dans la salle j mais aussitôt l'intrépide Legendre élève la voix, et s'écrie : « Que tous les représentans du peuple restent à leur poste : ayons cette attitude qui convient à des législateurs , cette attitude qui défie la mort , et recevons-la avec l'audace qui appartient aux amis de la liberté, aux fondateurs de la république! » Cette allocution provoqua le plus profond silence , qui ne fut interrompu que par le bruit du canon.
Quand la victoire se fut déclarée pour les troupes républicaines , la convention en usa avec une modération que les gouvernemens monarchiques devraient imiter.
Le 4 brumaire suivant, la convention proclama une amnistie générale, et toutes les prisons s'ouvrirent pour les prisonniers politiques. Enfin, le même jour à deux heures et demie, le président ( Génissieux) se leva et prononça ces mots : « La convention nationale déclare que sa mission est finie, et que la session est terminée. » A l'instant même cette assemblée se leva aux cris de vive la république I et sortit de la salle des Tuileries C[u'.elle occupait depuis plus de trois ans.
Le conseil des anciens remplaça la convention aux Tuileries , tandis que celui des cinq-cents alla s'installer au manège , jusqu'à l'époque du 1 8 fructidor . où le gouvernement l'appela près de lui au Luxembourg.
Rassemblé à Saint-Cloud, dans la matinée du 18 brumaire, ce même conseil des anciens ne rentra plus aux Tuileries , où le général Bonaparte et les conseils provisoires firent leur résidence après la révolution de l'orangerie de Saint-Cloud ( 18 brumaire ). Le premier consul continua d'habiter dans ce même palais jusqu'au jour où il ceignit la couronne impériale.
PALAIS DES TUItERIES. 18à
Ce château devint alors le rendez-vous d'une cour qui fut souvent composée de princes et de rois. Pendant dix ans. Napoléon ne cessa de travailler à l'embellissement du jardin et du palais qu'il habitait ; et quand l'heure d'expier le despotisme qu'il avait exercé fut sonnée, les Tuileries reçurent des princes totalement étrangers à la France révolutionnaire , ramenés et restaurés par les ennemis de la gloire et de la liberté du peuple français.
Ce peuple se vengea de cet affront en accueillant avec un nouvel enthousiasme ce même empereur qu'il avait laissé tomber l'année précédente, et, le 20 mars 1815, Napoléon prit de nouveau possession du palais des Tuileries. Il avait promis la liberté ; mais son acte additionnel aux constitutions de l'empire refroidit singulièrement ses partisans. La perte de la bataille de Waterloo suffit alors pour rendre possibles une seconde invasion des puissances étrangères et un second retour de la famille expulsée deux fois : ils arrivèrent avec leurs vengeances toutes prêtes. Mais la nation . toujours fidèle à la liberté , ne tarda pas à se montrer irritée de ses humi Hâtions. Les princes restaurés ayant perdu l'appui des baïonnettes étrangères, auxquelles ils devaient leur intronisation, cherchèrent à s'appuyer sur une législation de circonstance , faite pour leur propre sûreté au détriment des libertés publiques. Enhardis par quelques succès apparens, ils crurent qu'ils pouvaient tenter davantage, et le ministère Polignac vint avertir les Français qu'ils n'avaient plus qu'à choisir entre le pouvoir absolu et une révolte, ou plutôt une révolution.
Nous voici arrivés au dernier événement dont le palais des Tuileries ait été le théâtre. Le ministère Polignac venait de lancer ses ordonnances liberticides : Charles X avait choisi ce mois de juillet, si funeste à la tyrannie, pour frapper son coup d'état contre-révolutionnaire. Mais l'indignation publique n'en permit pas l'exécution. Les ordonnances du 25, n'ayant été bien connues du peuple que dans la soirée du 26, sa protestation ne se fit pas attendre. Dès le 27, le combat était engagé entre la tyrannie et la liberté ; et, pour qu'on sût bien que c'était à la royauté que le peuple allait faire une guerre à mort , il commença par détruire toutes les enseignes, armoiries, panneaux, etc., qui avaient quelques rapports avec cette royauté. Partout les fleurs de lis furent brisées et effacées avec fureur.
« Dans cette même matinée , dit à ce sujet un historien qui ne peut être suspect puisque son ouvrage a été présenté au roi Louis-Philippe (1), on
(1) Histoire de la Révolution de 1830, par Rossignol
186 PARIS PITTOHESQUE.
arracha , on brisa en pièces , on foula aux pieds les enseignes de la royauté qui décoraient plusieurs magasins et les boutiques de (juelques fournisseurs de la cour : tout disparut en quelques instans. On prévenait même les désirs du peuple à cet égard : soit précaution , soit empressement , on n'attendait pas qu'il exigeât ou consommât lui-même ce sacrifice : les notaires, les huissiers ;, et les fonctionnaires, les dcbitaus, les buralistes de la loterie, etc. , firent disparaître en toute hâte les panonceaux, les écussons fleurdelisés qui brillaient sur leurs portes. Plusieurs de ces enseignes furent pendues aux cordes désormais privées de leurs réverbères ; des feux furent allumés dans plusieurs endroits , et furent long-temps ali mentes par les attributs d'une royauté qui était détruite, alors que la haine qu'elle excitait s'était annoncée par d'aussi violens symptômes. »
Pendant que le peuple, dans sa juste colère, détruisait ainsi tout ce qui rappelait à ses yeux cet ancien régime auquel on voulait le ramener, les ministres de Charles X, que la crainte avait chassés de leurs divers hôtels, s'étaient réunis au palais des Tuileries, où, de concert avec le maréchal Marmont, ils luttaient contre un orage qui leur semblait encore passager. C'est de ce palais que, dans la sanglante journée du 28, ils donnaient leurs ordres contre le peuple; c'est là qu'ils mandèrent le procureur général et qu'ils voulaient installer la cour royale pour lui faire lancer des arrêts de mort contre les principaux patriotes : c'est là enfin que le maréchal Marmont reçut la députation composée de MM. Lafilte, Arago , Mauguin et quelques autres députés chargés d'aller demander le retrait des ordonnances et la convocation des chambres pour le 3 août : Ils durent s'en retourner bien convaincus que les ministres ne reculaient pas devant les horreurs de la guerre civile.
Le lendemain , 29 , la victoire s'étant déclarée pour la cause du peuple et de la liberté, ces lâches ministres, qui auraient dû mourir sur la brèche, n'attendirent pas que le combat s'engageât sur le terrain qu'ils occu paient. A peine le Louvre fut-il forcé par les patriotes, que les ordonnateurs de la guerre civile s'enfuirent ignominieusement par les caves des Tuileries , laissant aux Suisses mercenaires et aux débris de la garde royale le soin de défendre la demeure de Charles X , ou plutôt la royauté aux abois.
Les vainqueurs du Louvre sentirent qu'il n'y avait pas un moment à perdre, et qu'il leur fallait profiter de l'élan sublime du peuple pour déloger les derniers défenseurs de la royauté du palais des Tuileries, position forte , défendue encore par cinq à six mille hommes de bonnes troupes. Heureusement ces troupes étaient accablées de fatigue et de découragement; tandis que les colonnes populaires, plus formidables que jamais par
PALAIS niîS TUILERIES. 187
Jeur réunion générale sur le même point d'attaque , se présentaient sur ce dernier champ de bataille avec une ardeur nouvelle qui ne pouvait rencontrer d'obstacles.
Vers midi du 29 juillet, le combat s'engagea de tous les côtés contre le dernier'asile du despotisme : l'impétuosité de l'attaque fut encore contenue par l'opiniâtreté et l'acharnement de la défense. Les Suisses surtout combattaient encore en désespérés. La lutte ne dura cependant qu'une heure et demie, mais elle fut sanglante : les canons des royaux , braqués sur tontes les petites rues qui aboutissent au château, firent un affreux carnage de patriotes , la plupart sans armes : la mousqueterie qui partait des fenêtres et de la cour, fut aussi des plus meurtrières ; les cadavres étaient entassés sur le champ de bataille du peuple. Il fallut cependant céder au nombre et à l'ardeur des patriotes : la garde royale battue dans la cour, dans le château, dans le jardin, se vit forcée de se retirer par le pont-tournant et la place Louis XV. Les chefs, les officiers , les soldats, s'échappèrent pêle-mêle, sans garder de rang, sans songer à autre chose qu'au courroux des vainqueurs, doni ils étaient loin de soupçonner la générosité.
De ce moment,, le peuple fut maître de ce palais que, quarante ans auparavant, il avait conquis pour la première fois, et dont il avait arrosé les abords du plus pur de son sang. Vers les deux heures, le drapeau tricolore fut arboré sur le pavillon où flottait naguère le drapeau de l'émigration (1).
Le peuple ayant fait irruption dans les appartemens se borna à briser les portraits et les bustes de Charles X, et le tableau du sacre. « On ne pourra jamais concevoir, dit un historien de cette grande semaine, quelle probité, quel désintéressement montra ce noble peuple dans cette circonstance (i2). » Et plus loin il ajoute : « On devait s'attendre à des mal heurs affreux et multipliés, à des vengeances atroces et prolongées, à
(1) Un élève de l'École Polytechnique , lue quelques momens avant la fm de l'action dans les apparlemens du château , fut porté dans la salle du ïrône, et son cadavre iiit placé sur le Irônc même, où il i-esta jusqu'à ce que ses compagnons vinssent lurendrc les derniers devoirs.
(2) On ne trouva d'autres ouvrages dans lapparlemeut du roi qu'un Of/iee du Saint-Esprit , un Parosisien complet et une Journée du Chrétien. La bibliotlièquc du daupliiu élail uniquement composée dalmanachs, remontant au seizième siècle, luais ne contenait aucun ouvrage sur lart militaire, sur la marine ou sur l'adaiiaix tration. En quelles mains, grand Dieu , étaient tombées les destinées de cette France, focer d»>s lumières de toute l'Europe!
des vols, à des brigandages de toutes sortes. Un sentiment de frayeurs© répandait dans les classes aisées de la société : dans les magasins on n'était pas plus tranquille ; mais on ne connaissait pas ces masses armées, ces héros que rien n'avait pu intimider. Ils possédaient autant de vertu que d'intrépidité ; ils en donnèrent la preuve éclatante en se constituant eux-mêmes les protecteurs de la fortune publique et particulière. Des patrouilles civiques, des corps de garde composés de pauvres veillèrent à la sûreté de la Banque, des autres caisses de l'état et des maisons des riches. La semaine entière s'écoula dans cette anarchie de justice, au milieu de cette confusion réglée, où nul excès ne fut commis, où l'ordre ne cessa pas un instant de régner. »
g]SKiiic
Cet hôtel est situé sur le côté ouest du carrefour que forme la rencontre des rues de l'Hôtei-de-vîlle (précédemment de la Mortellerie ) , de l'Étoile, des Barres , du Fauconnier, et du Figuier. Il fait l'angle des rues de l'Hôtel-de-ville et du Figuier, et commence la série des numéros impairs de celle-ci.
Sens était autrefois la métropole de Paris. Les prélats qui jouissaient de ce siège possédaient un hôtel dans la dernière de ces villes, et l'habitaient ordinairement, soit lors de leurs tournées pastorales, soit quand ils venaient faire leur cour aux rois.
Il parait que la construction de cet hôtel ne remontait pas au delà de la fin du treizième siècle, car on lit dans Sauvai ( tome ii, page 262); « La plus ancienne maison d'archevêque que nous ayons à Paris, après celles dont je viens de parler (les anciennes maisons épiscopales delà cité) , est la maison de l'archevêque de Sens. . . Etienne Requard la fit bâtir , et.
l'AlilS PUIOUIîSOL'E.
par SOU testament de l'année 1 309 , la légua à ses successeurs archevêques , avec quelques terres qu'il avait acquises à Villeneuve^ à la charge de donner vingt francs tous les ans aux vicaires de leur église , afin qu'ils pussent vivre et s'entretenir plus honnêtement!
« Un demi-sièele ensuite , les successeurs métropolitains de Requard furent obligés de s'en dessaisir. Il faut croire, au prix qu'ils en retirèrent, (ju'ils l'avaient singulièrement embelli et agrandi.
« Charles V ayant désiré de l'avoir pour agrandir son hôtel de Sainl- I^aul, Guillaume de Melun, archevêque de Sens, le lui vendit en 1363 (ou 1365) moyennant 11,500 livres, dont 1500 livres pour l'achat de l'hôtel d'Estomenil (l'hôtel de Sens), et le surplus pour les réparations, meubles et autres acquisitions (1). »
Cette vente eut cela d'extraordinaire que, pour la rendre valable, on eut besoin de la ratification du pape Urbain V, et que ce pape ne l'accorda, après de nombreuses difficultés, qu'en 1368,
Lorsque cet hôtel eut été ainsi réuni à l'hôtel principal , Charles V l'adopta par préférence. « Son appartement était composé d'une ou deux salles, d'une anti-chambre , d'une garde-robe, d'une chambre de parade , d'une autre chambre à coucher , appelée la chambre où gît le roi y et de la chambre des nappes. Puis se trouvait une chapelle, haute et basse, une ou deux galeries, la grand-chambre du retrait, la chambre de Vestude, la chambre des estuves, une ou deux chambres surnommées chauffe-doux , à cause des poêles qui, pendant l'hiver, y entretenaient la chaleur. — De plus on y trouvait un jardin, un parc, des lices, une volière, une pièce destinée aux tourterelles, une ménagerie où l'on conservait des sangliers , de grands et petits lions (2). »
Vint au trône François I" en 1515 j et, en 1516, les différentes parties dont se composait l'hôtel Saint-Paul furent aliénées au profit de ce prince ;, « sans égard à la qualité de cette propriété, déclarée solennellement du domaine de la couronne. »
Alors l'hôtel de Sens, abandonné déjà , tombait pour ainsi dire en ruines. Tristan de Salazar, archevêque de Sens, en acheta probablement le terrain et la pierre , et fit travailler à une construction nouvelle.
Le père de ce Salazar était un capitaine espagnol de quelque renommée militaire qui avait amené un secours considérable de troupes au roi
(1) Hurtaut et Magny, tome m, page 266. Les 11,500 IWres dont il est ici qiM*tion sont à peu pi;ès représentés par 130,000 francs d'aujourd'hui. Ifi) Dulaure, Histoire d« Parit, tome ii, page 443.
IIÔTEr> DE SENS. 19t
Charles VII, en guerre avec les Anglais; et, en reconnaissance de ce ser vice, Louis XI s'était complu à donner l'archevêché de Sens au quatrième de ses fils, en 1474.
Ce Tristan de Salazar n'était pas seulement un prélat pieux : il avait brillé dans le service des armes. Jehan d'Auton ou d'Autun , abbé d'Angle, aumônier de Louis XII et historien de son règne, raconte « que ce prélat allait à la suite du roi, armé de toutes pièces comme un général d'armée, et qu'il faisait toutes les fonctions militaires comme un officier. » Il est mort le 11 février 1518.
Au décès de Salazar, l'hôtel de Sens n'était pas encore achevé , et ne put l'être que par les soins d'un de ses successeurs, le fattieux Antoine Du Prat.
Cet Antoine Du Prat devint successivement, d'avocat au barreau de Paris, lieutenant-général au bailliage de Mon tferrat, avocat-général au parlement de Toulouse , président du parlement de Paris , chancelier de France, ami de Louise de Savoie (mère de François I"), prêtre, évêque de Meaux , d' Albi , de Valence , de Die , de Gap , archevêque de Sens , cardinal , légat à latere en France , prétendant à la succession papale de Clément VII. Il avait soixante-douze ans le 9 juillet 1535, date de sa morA. C'est de ce grand exacteur des deniers publics que naquit cette maxime qu^il n'est point de terre sans seigneur. Voici l'épitaphe qu'on lui fit :
lUPLISSIMUS TIR HIC JACET.
Gi-dessous gît tout plat Le puissant chancelier Du Pial.
Cet hôtel était vaste et bien entendu.
Le roi Jean y délibéra , en 1 360 , lorsqu'il revint d'Angleterre , au sujet de la création de plusieurs monnaies.
La reine Marguerite, première femme de Henri IV, y demeura à son retour d'Auvergne.
Le cardinal Pellevé, cq poursuivant d'hérétiques, évêque d'Amiens, puis archevêque de Sens, et enfin ligueur impitoyable, mourut dans cet hôtel, en 1594 , du saisissement que lui causa l'entrée de Henri IV dans Paris. On fit sur 1-ui l'épigramme suivante :
Une fois il lit bien , c(^ tut à son trépas ,
Le bon Dieu lui pardoinl , car il n'y pensoîl pas.
192 IMKIS PITIOKESOUE.
Estant sallicilcui- (1), il oui tant de pratique Qu'il cil fut conseiller, puis évêque hérétique. Il devint tost après archcTêque de Sens ; Enfin fait cardinal, il a perdu m sens.
Si l'on en croyait une tradition de quartier, la reine Blanche aurait habité cet hôtel , et l'aurait quitté pour celui des Tournelles. On ne trouve rien à ce sujet dans les historiens du temps.
Jusqu'en 1622 , époque de l'érection de l'église de Paris en archevêché, les métropolitains de Sens habitèrent cet hôtel. Plus tard, ils en firent . pour leur métropole, un revenu assez considérable de location. S'en étaient-ils déjà privés quand Lemaire écrivait , eu 1685, « Les apparlemens peuvent servir pour loger un grand seigneur? » On ne saurait le dire.
Au temps de G. Brice, en 1752 , le bureau des voitures pour Lyon et pour quelques autres villes, y était établi j et il dit : « celui qui tient le bureau y est très-commodément logé avec les nombreux équipages. » Il y avait quelques années, lors de la révolution de 1789, que ce bureau avait été transféré sur le quai des Célestins.
Vendu depuis à des particuliers , il appartient maintenant à M. Pienne, officier en retraite.
Germain Brice a dit : (( l'hôtel de Sens a passé autrefois pour une maison magnifique, quoique à présent, de quelque manière qu'on le con sidère, tout y paraisse d'une extrême grossièreté ; la porte est chargée de sculptures gothiques et flanquée de deux tours construites solidement, ainsi que tout le reste de l'édifice. »
Cet historien a exagéré : il n'y a rien de grossier dans tout cet ensemble, qui ne présente que le caractère de la simplicité. On ne peut juger aujourd'hui les sculptures gothiques dont parle G. Brice, elles ont disparu. Les deux tourelles que l'on voit encore donnent à cet édifice une sorte d'originalité.
La tourelle de droite fait l'angle de la rue de l'hôtel-de-ville, celle de gauche est dans la rue du Figuier. La voûte d'entrée , construite en arête , est décorée de nervures. Au fond de la cour , à gauche, est une tour carrée en partie de construction moderne. La porte de cette tour, les escaliers des tourelles , les tourelles, la voûte de l'entrée en forme de porche avec ses nervures, et les chimères servant de gouttières, tout cela remonte à
(1) Il avait été soHiciieur des affaires du cardinal de Lorraine-
la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième, époque de transition pour l'architecture, qai tenait alors du gothique et de la renais sance.
Le champ ogival au dessus de la baie d'entrée porte en indications, au pourtour : Roidago ordinaire accélère pour tous les pays ,• au centre : à la ville de Clermont j, et ensuite, hôtel de Sens, Corrozet (édition de 1 581) dit que , dans ce champ , il y avait les armoiries des archevêques, et au dessous, Tristan Etienne j, archevêque de Sens.
Dans le champ triangulaire, au dessus de la croisée qui touche à la tourelle du coin do la rue de l'Hôtel-de-ville , est un boulet de quatre, au dessous duquel ou lit : 28 juillet 1830. On comprend difficilement comment ce boulet , lancé , dit-on , du haut de la rue Saint- Antoine , a pu atteindre le mur de cet hôtel.
Le fragment de maison qu'on aperçoit sur la gauche de notre gravure (1) fait l'angle des rues du Figuier et du Fauconnier; ce fragment représente une niche renfermant une vierge. Cette maison était l'hôtel de la fauconnerie royale; et, au lieu où se trouve actuellement la niche, il y avait une tourelle semblable à celles de l'hôtel de Sens, qui fut détruite il V a trois ans : cette destruction est fâcheuse pour l'art et pour l'histoire.
(1) M. Saint- Victor a donne, dans son ouvrage sur Paris, au tome ii, une vue de l'hôtel de Sens, (|ui ne ressemble eu rien à l'édifice tel qu'il existe et tel (ju'il est représenté dans la gravure qae nous publions.
l'om î, 25