X INTRODUCTION
favorisé, ne croyant pas que les sujets de représentation cesseraient jamais d'être religieux. Pendant long- temps en effet Paris ne vit jouer que des drames tirés de la passion , et appelés mystères. Mais bientôt les spectacles et les sujets de pièces se multiplièrent. Les Confrères de la Passion trouvèrent de dangereux émules dans les clercs de la basoche. Les clercs du Chàlelet ne tardèrent pas à imiter ceux du parlement. Les collèges de Paris, et jusqu'aux halles, dressèrent des théâtres et jouèrent des 7;îoralités , des soties et des farces. Parmi les auteurs dramatiques de ce temps les plus célèbres étaient Michel, Jean d'Abondance, les deux frères Simon, Arnoult Gréban, et Pierre Gringoire.
Nous voici arrivés au moment solennel où la grande ville commence à jouer un rôle souverain , et devient le théâtre des événemens qui forment» à cette époque, l'histoire de toute la France : nous voulons parler des guerres religieuses.
En 1521, un acte important révèle l'introduction du luthéranisme en France: Luther et ses doctrines sont condamnes par la Sorbonnc; cet arrêt des docteurs en théologie passe inaperçu. Le bras séculier intervient eu 1525, et fait fouetter, dans Paris, delà main de l'exécuteur, lenommé Jean Leclerc, soupçonné d'hérésie. Le 29 mars 1525, Jacques de Pavane ouvre cette série d'autodafés humains que commanda et auxquels assista lui-même ce prince qu'on a nommé le protecteur des lettres, François I", de très sanglante mémoire. La même année, Lhermite est brûlé vif sur la place de la Grève, au son de toutes les cloches de Paris. En 1529, Louis de Berquin, gentilhomme d'Amiens est pendu, étranglé, puis brûlé. En 1533, Jean Pointel et maître Alexandre, subissent le même supplice. En 1535, François l^^ suspend toute impression de livres dans le roi/aume, sous peine de la hart, et ordonne l'arrestation de tous les prolestans. Barthélemi Milon, Nicolas Vale ton, Jean Dubourg, Etienne de la Forge, La Gatelle, Antoine Foise, sont brûlés vifs le 21 janvier suivant. En 1536 également, François I" défend de donner asile aux dissidens sous peine du feu et établit dans chaque parlement du royaume une chambre ardente char2-ée de condamner au même supplice et les Calvinistes et les Luthériens. Sous le règne de Henri II, la persécution prit un caractère de férocité et d'acharnement qui devait à la fin provoquer une terrible réaction. Le registre des arrêts des luthériens par la chambre ardente mentionne une suite de condamnations qu'il est facile d'évaluer, quand on songe que la chambre siégea tous les jours, depuis le 2 mai jusqu'à la fin d'octobre 1548, que l'entrée solennelle deHenri II à Paris, accompagnée de fêtes somptueuses fut célébrée par de nombreux supphces, et que souvent plus de vingt exécutions étaient ordonnées par jour. Les chambres du parlement dirigèrent des poursuite s contre cinq de leurs membres : quatre se rétractèrent,
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tti seulsoutinl sa croyance religieuse; ce fut le conseiller Anne Duhourg, (jui obtint pour seule grâce d'être étranglé avant d'être brûlé.
Jusqu'en 1560, les condamnations capitales se multiplièrent dans d'effrayantes proportions. Néanmoins l'église protestante se constitua pour la premièxe fois à Paris en 1555. Le 4 septembre 1557, cette église fut attaquée par le peuple et le temple détruit ; un grand nombre de réformés restèrent sur la place , d'autres furent pris , jugés, convaincus et condamnés au bûcher. Le 29 mai 1559, les églises protestantes de France tinrent à Paris un synode, où les articles de la foi nouvelle furent discutés et arrêtés.
Après la mort de Henri II la persécution se ralentit grâce à la haute et courageuse humanité du chancelier Michell'Hospital. L'éditd'Amboise de 1560, qu'il provoqua, offrit quelques garanties aux réformés, mais l'édit fut violé et les supplices recommencèrent. Le peuple de Paris se porta sur toutes les maisons suspectes de luthéranisme, et à la voix des prédicateurs les renversa de fond en comble. Le fanatique connétable, Anne de Montmorency, encourageait et conduisait lui-même plusieurs de ces expéditions.
Enfin, ilvmt un jour où les protestans se comptèrent et comprirent que le moment de la résistance ouverte était venu pour eux.
La guerre civile fut déclarée. Les seigneurs, nom qu'on donnait alors aux gens de noblesse, riches, ayant dignités, possédant châteaux et droit de justice; les seigneurs profitent de cette nouvelle puissance qui s'élève dans le royaume, et conçoivent le projet de reconstituer cette féodalité qui depuis Louis XI et les guerres d'Italie, ne donnait plus signe de vie. Le prince de Gondé , le roi de Navarre et l'amiral Goligni se mettent à la tête des Calvinistes. La guerre à peine allumée se termine par la paix fourrée. Six mois après les hostilités recommencent: le prince de Gondé est assassiné à la bataille de Jarnac, perdue par les réformés. Une seconde paix, appelée paixboiteiisc est conclue le 15 août 1570, et dans la nuit du 24 août 1572 la cloche de la Sainte-Barthélémy annonce le massacre général de toute la huguenoterie de France. Les victimes les plus importantes de cette immense exécution qu'avaient arrêtée Gatherine de Médicis,le roi d'Espagne Philippe II, Gharles IX et îes Guise, furent l'amiral Goligni, Téhgné son gendre, Larochefoucault, Jean Goujon, le marquis de Bonel de La Force le baron de Soubise, de Guerchi, deLavardin, Pierre de la Place, Brion, Ramuî de Gaumont, Gharles de Quenelles, etc. Les massacreurs les plus remarquables sous les ordres du duc de Guise, du maréchal de Tavannes, du comte ae Turenne , du duc (TAumale, du duc de Nevers, du comte de ReCz furent le comte Coconas, le boucher Pe'zou, René, le parfumeur de la Reine, Jean Févriers avocat, Crucé, Michel, Besme , l'assassin de l'amiral, \ejameux Bussy-Rabuliti et Maurevert, le Tueur de la Reine.
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La SaiQt-Barihi'Icniy porta un coup ialal à la royauté îles Valois, en élcvaiil la maison tle Lorraine au plus lîaut dogré de puissance qu'ail jamais atteint un vassal sous la monarchie féodale, La Ligue fut le gigantesque nuircliepictl dont se servit cette famille pour atteindre au troue.
La première organisation de la ligue fut provoquée, à Paris, par le cardinal de Lorraine, eu l.)62. Henri de Lorraine, duc de Guise, et fils du duc François, dressa la formule du serment par laquelle les signataires d'un projet de ligue s'engageaient à sacrifier leurs biens et leurs vies à la défense de la religion catlioli(iue. L'association porte dans cette formule : le nom de Sainte, ligue, de ligue royale et chrétienne. La ligue fut tenue secrète jusqu'au traité de pacification, du 1 i mai 1576, qui excita chez les catholiijues un vif mécontentement. Alors elle s'organisa rapidement dans Paris. Le duc de Guise, qui en était l'ame, révéla toutes ses prétentions en publiant une généalogie qui faisait descendre directement sa famille de l'empereur Charlemagne. La ligue s'étendit bientôt dans les provinces avec une rapidité qui effraya Henri III, et !e força cà en signer lui-même les statuts; plus tard , et dans l'espérance de déjouer les manœuvres du duc de Guise, il se déclara solennellement chef de la saiyite union. Ce coup de politique hardi et inattendu parut déconcerter les ligueurs qui, pendant huit années, furent réduits à une complète inaction. Guise employa ce temps à perdre le roi dans l'opinion publique. Prédications furibondes, libelles régicides, placards, satires, caricatures , rien ne fut épargné pour arriver à ce but.
En 1585, la ligue se réveille tout-à-coup , et resserre les liens qui l'unissent à la maison de Lorraine. Guise fort de son appui , brave ouvertement l'autorité royale, et à l'exemple des hauts seigneurs de l'ancienne féodalité, lève une armée composée de Français et d'Allemands. En même temps un conseil supérieur s'organise dans le sein de la ligue. Il compte parmi ses membres les hommes les plus compromis ou les plusinfluens. Ce conseil se divise par quartiers; il recrute parmi les curés de Paris, parmi les avocats des différentes juridictions, et devient bientôt le foyer d'une conspiration permanente.
Au commencement de 1586, la partie la plus active de la population de Paris était engagée dans la sainte union. Au mois de mars 1585 , on la voit s'emparer, en son nom, de plusieurs places fortes. Dans la même année, elle arrête des projets d'assassinat sur la personne du roi, que Nicolas Poulain prévient en les révélant à Henri III. Toutefois, le monarque était tombé dans un mépris profond et voyait chaque jour son autorité méconnue. La ligue finit même par s'emparer de l'administration de la ville de Paris, et constitua un conseil des seize, du nom des seize quartiers de la ville, quil fut chargé de diriger.