ÉGLISE
S^-JAGQUES-LA-BOUGHERIE,
J'ai sous les yeux tous les principaux historiens de Paris, depuis Du Breul et Malingre jusqu'à Dulaure et M. Touchard-Lafosse : j'affirme que les recherches les plus laborieuses, les inductions les plus savantes, n'ont pu conduire aucun d'eux à la connaissance de l'origine de l'église Saint- Jacques-la-Boucherie.
Les plus anciens de ces historiens ont adopté la tradition qui place au lieu où cette église s'était élevée une chapelle du nom de Sainte-Anne , et en font remonter l'existence au régne de Lothaire, vers le milieu du dixième siècle, au temps de la mort de Louis IV, surnommé d'Outremer; c'est l'opinion de Sauvai. — L'auteur des Tablettes Parisiennes en fixe l'origine à 700, Lacaille à 1 137 , et presque tous les autres à 1200.
L'abbé Lebeuf , dont le sentiment est partagé par l'abbé Yillain, auteur de VEssai (Tune histoire de la paroisse de Saint-Jacques-de-la-Bou-
PAIilS PITTORESQUE
SA I NT- J A ( ;OUE.S-L A -BOUf.H RR I !• . 231
clien'e, soutionl quo (M'Uo chapelle n'a pu «>ti"e sous l'invocation <lo sainlc Anne, dont le culte n'a commencé qu'au treizième siècle. Il croit (pie Henri \" ou Agnès de Russie . sa femme . a pu faire conslruir ecette chapelle, au onzième siècle, en l'honneur de sainte Agnès; « car on sait, dit-il , que cette vierge martyre a été quelquefois appelée en latin Agna et Anna. »
Jaillot répond ainsi à la conjecture de l'abbé Lebeuf : « Je conviendra* volontiers avec lui qu'on ne rendait pas communément à celle sainte un culte public en Occident avait le treizième siècle; l'usage n'était pas alors introduit dans l'église romaine de célébrer des fêtes en l'honneur des saints ou saintes qui avaient vécu avant la venue de Jésus-Christ; mais on n'ignore pas non plus que souvent les fidèles ont prévenu par dévotion les décrets de l'église, et que ces saints ont porté des noms qui n'étaient point inscrits dans le martyrologe. Il y en a des exemples sans nombre ; on voit même que le culte de plusieurs d'entre eux n'a été introduit en Occident que plusieurs siècles après celui qui leur était décerné chez les Grecs : celui de Sainte-Anne en est une preuve , puisque dès le sixième siècle son nom est écrit dans leurs Synaxaires et dans leurs Menées, que Justinien I*'' fit construire à Coustantinople une église sous son invocation vers l'an 550, et qu'on en bâtit encore plusieurs autres dans les siècles suivans. J'ajouterai encore que, suivant nos meilleurs historiens, la princesse de Russie qu'épousa Henri I", s'appelait Anne, et non Agnès ; et je ne crois pas que leur témoignage puisse être détruit par l'opinion de l'abbé Lebeuf , qui a imaginé que dans la charte de fondation de Saint-Martin-des-Ghamps il faut lire sigmwi, Agnetis^ au lieu (VAnnœ reginœ^ qui s'y trouve après la signature d'Henri I" et celle de Philippe son fils. »
L'abbé Villain a été plus loin que tous ses devanciers, puisqu'il fait remonter en quelque sorte l'origine de la chapelle dont il s'agit à une époque rapprochée de la possession romaine. Les détails sur lesquels il s'appuie sont trop curieux pour être négligés ; les \oici :
« Je crois pouvoir dire que lorsqu'il se fut formé un fauJ)Ourg un peu considérable du côté septentrional de Paris, à la tête du pont appelé autrefois le Grand-Pont, et remplacé maintenant par le Pont-au-Change, vraisemblablement on bâtit au moins une chapelle ou petite église pour l'usage des habitans de ce faubourg; elle leur était nécessaire pour leur faciliter les secours spirituels, principalement pendant la nuit, car alors la Cité était environnée de murs, avec des portes qui se fermaient pendant la nuit. Les bouchers peuvent bien dans le commencement avoir été les habitans de ce faubourg, ei avoir dé unis dans l'iisace de
2l^-2 l'AKis phtorksoik.
celle église aux pelleliors ou tanneurs, qui paraissent avoir haliilé au lias des murs de la Cité en face des bouchers. En effet, M. Lebeuf conjecture que la rue de la Pelleterie, située dans la Cité, au long de la rivière , na été attribuée à l'église Saint-Jacques qu'en vertu d'une loi de police romaine , qui excluait des villes les artisans dont la profession était infecte et sale. Les tanneurs unis aux bouchers > deux corps exclus des villes, auront occasioné le bâtiment d'une petite église pour leur usage; et le faubourg croissant en même temps que la loi tombait en désuétude, cette église a été fréquentée par tous ceux qui l'environnaient.»
Ne semblerait-il pas, en lisant ce passage . qu'il n'y avait que des bouchers sur ce point de la ville et pas d'autres chapelles sur la rive droite de la Seine? Le Grand-Châtelet, élevé par Jules-César, avait attiré des citoyens de tout état, et dés le sixième siècle existaient déjà, de ce côté de la rivière, la chapelle Saint-Martin, Saint-Laurent, Sain t-Ger vais, la Saint-Germain-l'Auxerrois, etc.
Toutes ces conjectures sont hasardées : on ne sait rien de positif sur l'origine de cette chapelle. La même incertitude règne sur quelques autres points : comment s'est-elle trouvée dans la ceusive de Saint-Martin-des- Champs? Quelle est la date de son érection en paroisse .
Jaillot est de tous les historiens de Paris celui qu'il faut le plus souvent invoquer dans les difficultés du sujet. Il résume et réduit de la manière suivante celles que les auteurs ont soulevées à propos de cette chapelle : « Il existait certainement au douzième siècle une chapelle à l'endroit où est située l'église de Saint- Jacques-la-Boucherie , mais je n'ai point trouvé de preuves qu'elle portât le nom de Sainte- Anne ; et si elle eut été sous l'invocation de sainte Agnès, son culte s'y serait perpétué comme étant celui de la première titulaire : cependant on n'en a jamais fait ni la fête, ni même de mémoire particulière dans cette église. Les religieux de Saint-Martin ne la possédaient point encore en 1097, ni en 1108, puisqu'elle n'est point énoncée dans les bulles d'Urbain II et de Pascal II, de ces années-là ; mais elle ne tarda pas à leur appartenir, et ce fut peut-être un don de Ponce . abbé de Cluni, qui vivait dans ce temps. Il y a grande apparence qu'elle fut alors érigée en paroisse, pour la commodité des habitans qui se trouvaient trop éloignés de Saint-Martin, où ils faisaient faire l'office, et qui pouvaient avoir la nuit besoin des sacremens. Elle se trouve indiquée sous le titre de paroisse dans la bulle de Calixte, de 1 1 1 9, qui rappelle toutes les possessions de l'église de Saint-Martin , et c'est le premier litre authentique que j'ai vu qui fasse mention de cette église, et qui prouve que Du Breul, Sauvai, et les autres, se sont trompés en ne iixant l'érection de la paroisse que sous Philippe-Auguste, et vers l'an
SAl>T-.IAC0UES-LA-BOi;rHERlË. 2'l:l
i20(K .le ne parle point ici d'un titre cité par l'historien de Saint-laciptcs, qui paraît indiquer un enterrement qui y fut fait en 1060, cet acte portant avec lui tous les caractères qui peuvent en faire suspecter la date. »
Ainsi la chapelle, devenue ensuite église , a donc été toujours sous l'invocation de saint Jacques-le-Majeur?
Quant à son surnom, il lui a été donné à cause de son voisinage de l' Apport-Paris, où était la plus ancienne et la plus grande des boucheries de la ville; elle l'a reçu lors de l'érection de Saint-Jacques-du-Haul-Pas et de Saint-Jacques-l'Hôpital, au treizième siècle et non au quatorzième, comme ^'avancent quelques auteurs.
Cette chapelle, avant de devenir paroisse, et surtout depuis, avait suhi des agrandissemens successifs, spécialement depuis la fin du treizième siècle jusque vers le milieu du dix-septième ; mais, en 1672, le besoin d'élargir la rue des Arcis pour faciliter les communications de ce quartier populeux, décida l'autorité municipale à demandier la démolition d'une partie des chapelles du chevet. Enfin cette église, telle qu'on la voyail à l'époque de la révolution, avait été achevée au temps de François l". Kc petit portail qu'on j remarquait du côté de la rue Marivaux, avait été bâti aux frais de Nicolas Flamel, en 1399.
Thoynes, curé de Sannois, avait acquis de la paroisse les deux hôtels de la Rose , voisins du Porche; par son testament, qui est de 1505, il disposa du premier en faveur de l'église, et donna l'autre à la confrérie d(! Saint-Fiacre-des-Bonnetiers .
L'église était privée de tour, et la fabrique en désirait une. Mais on ne pouvait l'édifier que sur l'emplacement des donations du curé Thoynes : et comment obtenir de la confrérie l'hôtel qu'elle voulait conserver? L<>s marguilliers recoururent à la protection des juges du Châtelet, et une sentence rendue le 26 février 1508, obligea les confrères bonnetiers à la cession de leur propriété.
Les démolitions commmencèrent, et furent immédiatement suivies des travaux d'érection.
« En 151 0, l'ouvrage était monté jusqu'au premier plancher. La pierre que l'on employait coûtait vingt sous le chariot, et le moellon vingt deniers. J'ai trouvé une quittance de 251 livres 5 sous pour cent soixante neuf toises d'ouvrage, prises depuis les fondations, à raison de vingtquatre sous parisis de la toise pour la peine des ouvriers. En 1521 et 1522, temps auquel on finissait cet ouvrage, on acheta quatre-vingt-dix pieds de pierre do liais, pour les gargouilles, au prix de trois sous quatre deniers le pied. Rault, tailleur (Pimageft, c'est ainsi que l'on nommait les sculpfpurft, et eelui-ri pourrait bien avoir été appelé failleur dp pierres.
l'oMK I. 30
Raull fit lo Saint-Jarques placé sur la calollo do l'escalier, avor le.s aniiiiauv qui sont aux trois angles, cl qui lorment les symboles évangélistes; ces quatre pièces ne coûtèrent que vingt livres tournois. C'est là tout ce qu'il y a de remarquable dans ce qui nous reste de mémoires sur ce morceau de l'église. J'ajoute que c'est une fausse tradition que celle qui dit que la tour n'a coûté que 500 liv. , puisque l'on trouve plus de 1350 liv. dans ce que nous avons de reste des articles de la dépense faite pour son élévation . — L'architecte qui a élevé ce morceau a montré son intelligence par la solidité et la délicatesse avec laquelle cette tour est construite, quoique très haute (1), et à peu de chose près autant que celles de Notre- Dame, en sorte qu'elle s'aperçoit d'une manière distinguée de tous les environs de Paris. Rien néanmoins n'a manqué depuis plus de deux siècles qu'elle subsiste ; les ornemens gothiques qui la couvrent sont légers : elle mériterait d'être unie à une tour qui y répondit par sa correction. Les cloches qui y sont placées sont au nombre de douze (2). »
Pendant la révolution, ces cloches furent portées à la Monnaie, le Saint-Jacques qui surmontait la tour disparut, et l'on détruisit l'église afin d'assainir le quartier.
Sur l'emplacement de l'église s'élevèrent des échoppes de fripiers , que ie feu consuma en 1824. Le propriétaire fit construire, d'après un plan uniforme, de nouvelles boutiques ayant logement au dessus, le tout en maçonnerie et occupé comme précédemment par des vendeurs de vieux linge et de vieux habits.
La tour est devenue propriété particulière en même temps que le terrain employé maintenant à ce marché de friperies.
De même que les autels , les confréries s'étaient multipliées dans les églises, et il eût été fort extraordinaire que Saint- Jacques-la- Boucherie n'en eût point possédé plusieurs : elles ajoutaient toujours, par le produit de leurs quêtes, aux libéralités des fidèles.
Une confrérie du nom de Sainte-Anne y était établie dès le quatorzième siècle, et c'est probablement ce qui aura fait croire que la chapelle primitive avait été placée sous l'invocation de la sainte ainsi appelée. Villain
(1) « La tour a de hauteur depuis le rez-de-chaussée de la nie jusqu'au dessus de la balustrade vingt-cinq toises cinq pieds. Il faut y ajouter, depuis la balustrade jusqu'au haut de la figure de Saint-Jacques, env-iron trois toises , en tout près de trente loises. » Elle a de diamètre . d'au angle à un autre angle hors d'oeuvre , cinq toises un pied neuf pouces, pris en haut.
(2) L'abbé Villain (1758). pages 71-72.
S.VI>T-JV<;0UES-LA-BOUCHERIi:. 235
<ilo un romplo de \:r2:>, qui constate que Tneuvrï» loçul des ( on frères Ireize livres «l'une quête faite pour enchâsser un bras de saint Clair.
Si l'on ajou(<' foi au récit de l'abbé Lebeuf, la confrérie de Saint-Jacques do Rouccvauv aurait été plus ancienne encore , puisqu'il la fait remonter à l'année 1227, Saint Christophe était le second patron de cette confrérie, qui cessa d'exister eu 1692.
Les maîtres bouchers y avaient la leur sous le titre de Confrérie de N. S. aux maîtres bouchers de la ville en la chapelle Saint-Louis.
Voici les noms des autres associations de cette nature : Saint Léonard^ des pèlerins; — Saint-Leu-Saint-Gilles^ des lormiers-éperonniers ; — Saint- J ean-VÈi>angèliste j des peintres et des selliers 3 — Saint-Séhastien- Saint-Roch^ — Saint-Michel ^ des chapeliers et aumussiers; Saint- George, des armuriers ou heaumiers, lîibricans de casques et de cuirasses; — Saint-Fiacre, des bonnetiers.
Cette église n'en possédait plus que trois au moment de la révolution :
1° Celle des clercs fondée en l'église Saint- Jacques-la- Boucherie aux prêtres et clercs des églises , et aux bonnes gens qui en sont. Catherine de Beauvais, femme de Jean Portier, conseiller du duc de Bouriro^ne était hûtonnière de cette confrérie en 1430. Plus tard, elle avait pris pour patron saint Nicolas, dont elle conservait une relique. A la fête du saint, les confrères représentaient chaque année \mjeu ou mystère.
2" Celle du Saint-Sacrement, à laquelle appartint, en 1697, le cardinal de Noailles. Elle possédait, entre autres reliques, du bois de la vraie croix renfermé dans une croix en vermeil.
3" Celle Saint-Charles Borromée, créée en 1617, en vue de soulager les pauvres malades et honteux. Lecamus, évêque de Bellay, lui avait fait présent d'une éfole qui avait servi au saint, et d'un morceau d'épongé teint de son sang, recueilli lorsqu'il fut ouvert après sa mort. Saint François de Sales, Anne d'Autriche, Marie-Thérèse d'Autriche. Charlotte- Marguerite de Montmorenci. princesse de Condé, Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, des cardinaux, des évêques, des magistrats, des courtisans élevés en cour, étaient du nombre des confrères.
Indépendamment des reliques des confréries , l'église en conservait un grand nombre d'autres, débris incertains de dix-neuf saints ou saintes.
Nicolas Flamel et Pernelle sa femme avaient été inhumés dans cette église. Leurs figures, sculptées en plusieurs endroits, décoraient le dessus de la porte d'entrée du côté de la rue des Écrivains; elles j demeurèrent jusqu'en 1781, date de la suppression de cette entrée. Les alchimistes ont < ru et croient encore que Flamel avait trouvé le grand-œuvre et l'ont adopté pour leur patriarche.
23fi l'AKIS PIIKUIISOIK.
Les dcpuuillos morU'lIcs do Fornel , raédccin do Honri II , à qui Call»( rlne de Médicis donnait dix mille écus lors de chacune de ses couches, avaient été dôj)osoos dans un des caveaux do l'église.
Saint-Jacques-la-Bouoheiioétaitun lieu d'asile. Los historiens racontent que Porriu Maco, bourgeois de Paris, ayant assassiné, en 1357, Jean Baillet, trésorier de France, s'y réfugia; que le dauphin, depuis Charles V, régent du royaume, le fit enlever et pondre sur-le-champ ; qu'irrité do cette exécution, Jean do Moulan , évoque de Paris, ne se contenta pas de se plaindre hautement de cette violation des immunités ecclésiastiques, mais qu'il fit détacher du gibet le corps du malfaiteur, pour le faire enterrer en grande pompe dans l'église d'où l'on avait osé l'arracher. «La uiême scène se renouvela, en 1406, au sujet d'un autre criminel qui s'éfait réfugié dans la même église, et qu'on y avait ressaisi pour le conduire I la Conciergerie. L'évoque d'Orgemont fit cesser le service divin, et ne permit do le reprendre que lorsque le parlement eut fait droit à la requête qu'il présenta contre cette prétendue profanation.»
Louis XII abolit ce droit d'asile, dont jouissaient alors Saint-Jacquesla-Bouchorie , Saiut-Méry, Notre-Dame, l'Hôtel-Dieu, l'abbaye Saint- Antoine, les Carmes de la place Maubert, et les Grands- Augustins.
Les objets de cette église qui attiraient plus particulièrement l'attention des connaisseurs, étaient :
Des vitraux coloriés par le célèbre Pinaigrier; un grand bas-relief en albâtre, représentant la mort de la Vierge ; un tableau de Quentin Varin ; la grille en for qui environnait le chœur, et le crucifix en bois qu'on voyait au dessus de la porte de cette enceinte, ouvrage de Jacques Sarrazin , qui excellait dans les pièces de ce genre : les vitraux et le bas-relief avaient été conservés par les soins de M. Alexandre Lenoir, créateur du Musée des raonumens français , dans sa vaste collection nationale ; mais à leur retour les Bourbons détruisirent cet établissement, si important pour la science historique , si plein de toutes les richesses des siècles passés, et l'on ne sait ce que sont devenus vitraux et bas-relief.
Nous forons remarquer que de toutes les gra^ uros représentaiu la tour restée debout , celle que nous donnons est la seule qui soit sans reproche sous le double rapport de l'art et de l'exactitude.
Voyez Charmer des Innocens.
LES FEMMSS
Esclaves cl avilies chez les peuples barbares, libres et arbitres des mœurs dans une société polie et éclairée, la nature leur a départi les qualités douces et aimables dont l'attrait devient toujours plus puissant à mesure que la civilisation développe l'intelligence et la sensibilité humaines. C'est principalement sous l'influence de ce sexe faible et timide, mais orné de tant de grâces, que s'est formée la civilisation moderne, où les femmes sont considérées à l'égal des hommes, dont elles ont cessé d'être les esclaves pour devenir leurs compagnes. Elles sont donc essentiellement intéressées au maintien de la civilisation dont la ruine ramènerait, avec la barbarie, leur esclavage et leur avilissement.
Il est peu de villes dont l'histoire offre autant de preuves de cette vérité que la capitale de la France,
Où d'un poujjlo poli les femmes adorées
Compagnes dtin époux cl reines en tous lieuv
Libres sans déshonneur et sages sans contrainte El ne ile\;iiil j:ini;tis leiu''' veitii.-- ;i la (••jiinle;
238 l'AUlS PlTTUUfcSQUE.
Sont UD sujet d'envie, non seulement pour les malheureuses esclaves de l'Asie, mais même pour la plupart des Européennes.
Ce n'est ni le climat, comme l'ont prétendu quelques écrivains, ni aucune autre circonstance particulière qui a rendu le sort des Françaises si doux, c'est uniquement la perfection de la civilisation du pays.
Avant la conquête de César, lorsque Paris n'était encore qu'un amas de huttes renfermé dans les îles de la Seine, et que la rue où s'élèvent le Louvre, les Tuileries, la colonne Vendôme , n'offrait qu'une de ces lorèïs primitives telles que, de nos jours, les Parisiens en vont admirer dans l'Amérique septentrionale, la condition des Parisiennes n'était guère plus brillante que l'aspect de leur cité.
Les Gauloises avaient cependant dès lors mérité par leur courage une distinction particulière. Vers l'époque où nos aïeux allèrent , sous la conduite de Brennus, incendier la ville immortelle , égorger ses sénateurs et ne s'arrêtèrent que devant les destinées du Capitole , des divisions intestines avaient éclaté parmi eux ; les guerriers réunis dans une plaine immense étaient sur le point d'en venir aux mains, déjà des traits volaient de part et d'autre, lorsque lés femmes se précipitèrent entre les deux armées , les séparèrent et amenèrent une réconciliation générale. A la suite de cet important service rendu à l'état, elles furent admises dans les conseils de la nation , où les jeunes filles donnaient leur a^ is avant les vieillards.
Lorsque Annibal traversa les Gaules pour porter la guerre en Italie . elles conclurent avec lui un traité où il fut convenu que, s'il survenait des contestations du côté des Carthaginois , on s'en rapporterait à leur chef; mais que si c'était du côté des Gaulois, elles seules en seraient juges. Tel était leur ascendant sur l'esprit des guerriers que , si vaincus dans une bataille ils prenaient la fuite, il suffisait qu'elles vinssent se précipiter à genoux devant eux pour leur rendre tout leur courage ; aux accens de ces voix chéries, ils retournaient au combat et souvent ressaisissaient la victoire.
Eh bien ! ces mêmes hommes qui , dans les circonstances les plus graves, semblaient reconnaître une sorte de supériorité dans les femmes, exerçaient contre elles le pouvoir le plus despotique, le plus absolu. Le mari avait droit de vie et de mort sur son épouse. Un père de famille, d'une condition distinguée, venait-il à mourir, ses parens se rassemblaient, et s'ils concevaient le moindre soupçon que sa femme eût pu être pour quel- (|ue chose dans cette mort, ils l'appliquaient, comme une esclave, à la torture. Lorsque la violence des douleurs arrachait à l'une de Ci.'s mal
heureuses des aveux faux ou véritables, on la faisait périr dans les plus affreux tourmens.
Cet état de choses ne changea guère par la conquête des Romains. Avant que Rome eût pu exercer de l'influence sur ces nouvelles provinces , elle était tombée dans une rapide décadence. Sous l'administration oppressive et dévorante des délégués de tant de monstres qui se succédèrent sur le trône du monde, leis mœurs des Gaulois se corrompirent plutôt qu'elles ve changèrent.
Bientôt l'inondation des Barbares vint donner à la Gaule de nouveaux maîtres. Ici encore un heureux hasard semblait devoir protéger le sort des femmes de notre patrie , si leur bonheur pouvait dépendre d'autre chose que de la civilisation. Les Germains étaient presque les seuls de tous les Barbares où la polygamie, bornée aux grandes familles, ne fût pas un usage général. Par conséquent les Germains devaient avoir pour les femmes une estime que détruit la polygamie. De plus, ils croyaient voir en elles quelque chose de prophétique et, pour ainsi dire, de divin. Voilà bien des raisons pour qu'ils eussent à leur égard de tout autres procédés que ceux des hordes barbares de l'Afrique et de l'Asie. Voyons cependant quelle était chez eux la position des femmes. D'abord le mari les achetait, ce qui ne plairait pas beaucoup à nos dames , et a bien quelque rapport avec l'esclavage. Le prix ordinaire était quelques bœufs et un cheval. L'adultère n'était pas puni de mort; mais c'était le mari qui, dansées sortes d'affaires, était à la fois«le juge et le bourreau. Après avoir condamné, il saisissait la coupable, lui coupait les cheveux, la dépouillait de ses vélemeus et la promenait dans la bourgade en l'accablant de coups de fouet. Dans quelques tribus il n'était pas permis aux veuves de se remarier.
Quand les Germains envahirent la Gaule , trois nations différentes se la partagèrent , les Francs , les Bourguignons et les Visigoths. Quoique le sort des femmes fût à peu prés le même chez ces trois peuples , chacun avait cependant des coutumes particulières qu'ils rédigèrent eu lois. De plus , ils permirent aux Romains de continuer à suivre le code Théodosc, ou de vivre sous la loi des vainqueurs. Les femmes suivaient la loi de leurs maris, les veuves revenaient à leurs propres lois. Mais pour la jiartie de la France où se trouve Paris, et qui par conséquent doit surtout nous occuper, la permission de continuer à suivre la loi romaine fut bientôt sans effet, car la loi des Francs établissait une différence si marquée entre les Barbares et les Romains , et si injurieuse aux derniers, qu'ils préférèrent presque luus suivre la loi Franque ou Salique. Ce fut donr bientôt la loi salique qui régla l'état de presque toutes les femmes dans le nord de la France .
240 l'ARIS IMirORESOUt.
On a dit trop généralement que d'après cette loi les filles étaient exclues de toute succession. Dans la Germanie, où il n'existait d'autre propriété territoriale que la cabane et le peu de terre enclos qui l'entourait, les mâles seuls avaient droit à cet héritage. Mais lorsque, par la conquête, les Francs possédèrent de véritables terres, il s'établit un usage qui permettait au père de rappeler à la succession sa fille et les enfans de -a lille, et insensiblement le partage de la succession devint un droit commun. Les Francs continuèrent à acheter leurs femmes; le prix en revenait aux parens, et à leur défaut , au roi.
Eu revanche, dès les premiers temps de notre histoire, ainsi que de nos jours, la régence du royaume était déférée aux mères des rois pendant leur minorité. Ce fut la régente Bathilde qui déchargea les Francs de la capitalion qu'ils payaient sans distinction d'âge ni de rang. Cet impôt était si onéreux qu'il empêchait les plus pauvres de se marier, ou les obligeait d'exposer ou de vendre leurs enfans. Bathilde fit plus qu'abolir ce funeste tribut; elle racheta de ses deniers les malheureux qu'il avait réduits en esclavage. La même loi qui réglait la tutelle des rois mineurs régissait aussi les simples particuliers ; elle transmettait aux mères la tutelle et la garde-noble de leurs enfans, c'est-à-dire, d'après Pasquier, « le gouvernement de leurs personnes et de leurs biens^ soit fiscs ou rotures. »
Dès l'origine de la monarchie, les mères nobles, mariées à des roturiers, jouissaient d'un privilège moins précieux sans doute que le droit d'être tutrices de leurs enfans, mais qui était, bien important toutefois dans des temps où le privilège de la naissance comptait plus dans la vie d'un homme que toutes les vertus réunies à tous les talens: elles transmettaient la noblesse à leurs enfans : .< Non seulement ventre ennoblit . disent plusieurs coutumes, mais encore affranchit. » D'ailleurs la loi salique commandait le plus grand respect pour les femmes , et punissait sévèrement ceux qui les offensaient. Elle condamnait à une amende de quinze sous d'or celui qui avait serré la main d'une femme; au double s'il l'avait saisie par le bras ; au quadruple s'il lui avait touché le sein. Ces dispositions étaient d'autant plus sages que les guerriers amenaient toujours leurs compagnes dans les camps où il devait être bien difficile de les mettre à l'abri de toute insulte. Un. autre article défendait de parler mal des femmes.
Cette considération dont la loi les entourait, ces soins qu'elle prenait pour les garantir de toute insulte , semblent prouver que les Francs , en général, avaient pour elles de l'estime et de l'affection. Il parait aussi (ju'ils ne souffraient pas patiemment le partage dans leurs droits d'époux. On racitnte que Chilpéric P'. qui régna avant Clovis, se vit déposséder du
Irùno par une lif?uc de seigneurs dont il avait séduit les femmes. Mais malgré les droits de régence et de tutelle, malgré cette susceptibilité et ces précautions légales , quel pouvait être l'état des femmes en général au milieu d'un désordre de mœurs tel qu'on pourrait en inférer que c'était la pauvreté seule qui rendait la polygamie si rare dans les forêts de la Ger manie? Quand Chilpéric demanda la main d'une fille du roi d'Espagne, ce prince ne voulut la lui accorder qu'à condition qu'il s'engagerait par serment à n'élever aucune autre femme au rang et à la dignité de reine du vivant de celle-ci. Les ambassadeurs jurèrent pour leur maître «en tirant et brandissant leurs épées.» La précaution était d'autant plus juste, si elle n'était pas vaine, que les rois non plus que les simples particuliers ne se faisaient aucun scrupule d'avoir jusqu'à trois ou quatre femmes légitimes et autant des concubines. Presque toujours ce furent les princes qui donnèrent les plusmauvais exemples, les courtisans ensuite; et les peuples, après les courtisans, poussèrent la licence à l'extrême.
En 580, Théodebert répudie sa femme Wisingarde pour épouser Deuterie, qui était déjà mariée; et dont le mari vivait encore. Déjà Clotaire avait épousé la veuve de son frère. Ce prince eut en même temps trois femmes dont deux étaient sœurs. Son fils Caribert répudia Sagobert pour épouser Mirefleur, fille d'un artisan, qui fut bientôt remplacée dans la couche royale par sa sœur Marcouse, jusque là vierge sainte consacrée au culte de Dieu. Nous lisons dans un canon du second concile d'Orléans, qu'il est fait défense d'épouser sa belle-raère ou la femme d ..on frère, ce qui prouve que ces mariages n'étaient pas rares. Les prêtres non plus ne se faisaient aucun scrupule de contracter des mariages ([ue l'église déclare incestueux. « Si un prêtre, est -il dit dans un capitulaire de Vermirie , a épousé sa nièce , qu'il la renvoie , et qu'il soit dégradé , si alors un autre homme la prend, il ne doit point la garder non plus; mais s'il ne peut se contenir, qu'il choisisse une autre femme , car il serait répréheusible qu'un autre homme gardât la femme qu'un prêtre aurait renvoyée.»
Le premier concile tenu à Tolède voulut porter remède à tant de désordres; mais il jugea prudemment qu'il ne devait pas chercher à les redresser tous à la fois. Il déclara formellement qu'un homme ne doit avoir qu'une femme ou qu'une concubine à son choix. Pour l'intelligence de cette décision, il est nécessaire que nous disions ici ce qu'on doit entendre par ce mot de concubinage, qui aujourd'hui signifie tout autre chose que ce qu'il voulait dire d'abord.
C'était une union légitime , qui , quoique moins solennelle, n'était pas moins indissoluble que le mariage. Les lois civiles l'autorisaient lorsque le défaut de naissance de la part de la femme l'empêchait, selon le droit Tome i. 31
2i2 PAUIS IMI KHIESQLI:.
romain , de rontrarlcr alliance avee des personnes d'un cerlain rang. Quoique dans la famille la concubine ne jouît pas d'aulanl de considéralion qu'une épouse de condition égale, le nom qu'elle portait était honorable, et sescnfans étaient habiles à succéder, lorsque le père le voulait. Ces mariages ont cessé par la suite d'être regardés comme légitimes parce que le défaut de solennité donnait naissance à beaucoup d'abus. C'était par cette raison que les lois romaines, tout en reconnaissant comme légitimes les enfans qui provenaient de cette um'on, ne leur accordaient pas le droit de succéder; mais il n'est pas moins vrai que dans le mariage la concubine jouissait d'autant de droits que l'épouse légitime.
Sous les rois de la première race, les femmes , comme nous l'avons dit, étaient achetées par leur mari ; elles ne lui apportaient donc point de dot. Seulement elle lui faisait cadeau de quelques armes, tandis que, au contraire , dans certaines conditions, c'était l'époux qui assignait à la femme une dot ou apanage qu'on appelait Morganiba, et qui consistait, selon la fortune du mari, en terres, maisons de campagne, villages, villes ou pntvinces. IVjur les princesses, il existait toutefois un usage qui équivalait en (}uelque sort<' aune dot. Les parens de la mariée se faisaient un de\oir de la munir des plus riches présens. Ainsi la femme de Chilpéric partit do chez le roi d'Espagne, son père, avec de grandes richesses, et arri\a à la cour de son mari sur un magnifique char d'argent de forme ronde.
Lorsque le même Chilpéric et sa femme Frédégonde fiancèrent leur fille Rigunthe à Récaréde , fils de Lewigilde , roi desWisigoths , ils la firent accompagner d'un grand nombre de serfs fiscaux qui furent enlevés des maisons fiscales de Paris. Ces malheureux furent entassés sur des chariots cl obligés de suivre la princesse. Plusieurs aimèrent mieux se donner la mort que de quitter leur patrie. Presque tous firent leur testament avant (le partir.
C'étaient les mères particulièrement qui pourvoyaient au trousseau de leurs filles. Le jour des noces dcRigunthe, Frédégonde étala de si grandes richesses en or, argent et vètemens, aux a eux de la cour assemblée pour \oir ces magnifiques cadeaux , que le roi se crut ruiné. Frédégonde , qui pénétra celte crainte, dit pour le rassurer , en se tournant vers les Francs : « Ne croyez pas, nobles hommes, qu'il y ait rien ici qui appartienne au trésor de vos anciens rois. Tout ce que, vous voyez est de ma propriété; car le très-généreux roi m'a donné beaucoup de choses, moimême j'en ai ramassé beaucoup d'autres par mon travail; j'ai fait des économies sur les fruits des maisons qui m'ont été accordées; d'un autre côté vous nravez enrichie de vos présens, elc. »
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Chilpéric étant mort sur ces entrefaites, le mariage de Kiguniho ne s'ac* cumplil point. Rccarède porta ses vues ailleurs, el Didier, qui commandait en Gascogne, arrêta cette princesse sur la frontière, et s'empara dises richesses qui consistaient, outre de grandes sommes d'or et d'argent , en cinquante grands chariots d'habits et de meubles précieux.
La loi avait pourvu de la manière la plus sage à ce que les filles de nos rois ne pussent jamais porter à des princes étrangers des droits s-ur aucune partie du royaume, en déclarant qu'elles n'auraient la jouissance des terres fiscales qu'autant qu'elles résideraient en France. Dans tous h's cas, elles n'en avaient que l'usufruit, la propriété en était inséparablement réunie au fisc. Ces propriétés consistaient en terres, bourgs ou villes, dont les revenus fournissaient à l'entretien des princesses. Sous la première race surtout, on accordait les plus grands honneurs aux filles des rois , c'est ainsi qu'on les appelait reines , mais aussi elles ne pouvaient épouser que des rois. Lorsqu'on parlait d'elles après leur mort;, on ajoutait à leur nom « de glorieuse et d'heureuse mémoire, » prérogative réservée aux tètes couronnées.
C'était , comme nous l'avons vu , au mariage de ces princesses que leurs mères se plaisaient à étaler leurs plus grandes richesses, dont elles leur donnaient la meilleure partie , et qui consistaient principalement en vètemens et en meubles précieux. Il n'est guère fait mention de pierreries avant le règne de Dagobert.
Sous ce roi la magnificence de la cour fut comme presque toujours en rapport avec la misère publique. Il eut jusqu'à trois femmes et des maîtresses sans nombre. Ses trésors ne suffisant pas pour satisfaire leur avidité , il accabla le peuple d'impôts , et nourrit ainsi un luxe qu'on a peine a se figurer quand on songe au temps où il vivait. Les pierres précieuses devinrent si abondantes à la cour que saint Eloi, qui n'était qu'un orfèvre, en enrichit sa ceinture. Mais ce qui doit étonner le plus sous ce règne , c'est ce trône d'or massif sur lequel Dagobert parut dans une assemblée, générale des seigneurs de son royaume. Il est probable que ses maîtresses se couvraient de riches ornemens; toutefois jusqu'au règne de Charles VII, il n'est point fait mention de bracelets . ni de colliers, ni de pendans d'oreilles. Ce ne fut que sous Charles YI que les Françaises commencèrent à découvrir leurs épaules; jusque-là leur parure les avait peu occupées. « Rien de plus simple que leur coiffure , dit Velly, de moins étudié que leur frisure, de plus uni et en même temps de plus fin que leur linge. Leurs robes armoriées à droite , de l'écu de leur mari , à gauche, de celui de leur famille, étaient si serrées qu'elles laissaient voir toute la finesse
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de la taille^ si iiaul mon lécs qu'elles leur conviaient enlieie»ucnt la gorge. Les veuves s'habillaient comme nos religieuses.»
Si maintenant, après avoir eousirléré la condition des femmes pendant les premiers temps de notre histoire, nous recherchons quelle a été leur influence sur la politique, les mœurs et la religion , nous trouverons que c'est à elles surtout qu'on doit les progrès du christianisme, et que par là elles ont puissamment contribué à former la civilisation moderne, si différente en beaucoup de points d(; la civilisation antique. Tout dans le nouveau culte devait leur plaire, non seulement il établissait une balance égale entre elles et nous; mais le prosélytisme répondait en quelque sorte à ce goût toujours dominant chez elles de subjuguer et d'étendre leur pouvoir. Ce fut , on le sait, en reconnaissance des services qu'elles avaient rendus, que saint Jérôme leur dédia une partie de ses ouvrages. Leur zèle ne se montra pas moins vif dans les Gaules que dans les autres parties de l'empire.
Clotilde fut sans doute la première qui pratiqua chez les Francs la religion du Christ. Elle ne fit d'abord qu'un prosélyte; mais c'était un roi que devaient imiter bientôt tous les grands du royaume. Persuadé par les charmes de sa jeune épouse , mais non pas vaincu par la force de ses raisonucmens, Clovis hésitait à se convertir, lorsque, presque battu à la bataille de Tolbiac, il s'écria dans un moment d'inspiration : « Dieu de Clotilde , si vous m'accordez la victoire , je fais vœu de recevoir le baptême et de n'adorer désormais que vous.» La victoire se déclara pour lui. Peu de jours après, sa sœur Aboflède et trois mille Francs reçurent le baptême en même temps que ce roi.
Le prince et les plus grands personnages de la nation ayant embrassé le nouveau 'culte, tout le monde voulut les imiter; les dons au clergé se multiplièrent, et bientôt il fut en possession de terres considérables. Comme il recevait toujours et n'aliénait jamais, au bout de certain temps , des villages j des villes entières devinrent sa propriété. Les femmes étaient à la tête de ce mouvement , elles se distinguèrent par un grand nombre de fondations pieuses. On vit s'élever par leurs soins de célèbres abbayes où la vertu trouvait un refuge, le malheur un asile. Les princesses et les reines v venaient chercher une retraite qui pût les soustraire aux embarras de la grandeur, ou aux catastrophes si soudaines, si fréquentes dans ces temps de désordre et de barbarie. Sainte Bathilde fonda le monastère de Chelles où elle se retira après avoir terminé l'éducation du roi son fils. Sainte Trmine , fille de Dagobert II , fut fondatrice et première abbesse de < elui d'Oéren. Notre-Dame de Soissons, dont plusieurs princesses ont été abbesses. doit son érection à la pieuse Leutrude, femme d'Ébroin , maire