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tandis que sos porsrrutions oltlifjèn'iil les lils du numarquc à quitter la cour. Après la mort de Robert, elle souleva contre son successeur une partie du royaume. (JueUjues années auparavant, elle avait crevé un œil à son confesseur avec une baguette qu'elle tenait à la main , car telle était la mode alors parmi les dames de qualité, toutes portaient de petites cannes légères , dont la pomme, pour Tordinaire , était ornée de la ligure de quelque oiseau.
Ce confesseur avait le malheur de professer une hérésie qui ressemblait beaucoup à celle des manichéens, et qui avait été introduite en France par une Italienne aidée de deux prêtres français. Ces hérétiques , dit-on , s'assemblaient pendant la nuit , et récitaient une espèce de litanie en l'honneur des mauvais anges , ne cessant de les invoquer jusqu'à ce qu'ilsvissent un démon descendre au milieu d'eux sous la forme d'une petite bêle. Alors les lumières s'éteignaient et chacun prenait la femme qui se trouvait sous sa main pour en abuser. Tous furent brûlés par ordre d'un concile, les uns à Paris , les autres à Arras et dans le Languedoc.
Tandis qu'on extirpait ainsi les premiers germes d'une hérésie introduite en France par une femme , toute la France , l'Europe entière était à la veille de se précipiter sur l'Asie pour aller à la conquête du berceau et de la tombe du Messie , profanés dés long-temps par les sectateurs de Mahomet. Ce fut sous Philippe P' que Pierre l'Herraite prêcha la première croisade. On pense bien que les femmes ne restèrent pas étrangères à ce mouvement qui agita tous les peuples à la fois j on en comptait en effet un très grand nombre qui partirent avec les croisés pour la Palestine,
11 serait difficile de se faire une juste idée du désordre qui régnait en Europe; ces troupes de croisés, composées en grande partie de brigands de toutes les nations, réunis dans un but commun, n'en peuvent offrir qu'une image imparfaite. La féodalité semblait n'avoir été instituée que pour entretenir une guerre civile permanente dans l'état. Les o^rands vassaux étaient presque continuellement en hostilité contre les rois elles seigneurs moins puissans, toujours à la veille d'attaquer ou d'être attaqués lorsqu'ils étaient plus forts ou plus faibles que leurs voisins , se tenaient sans cesse en armes dans leurs châteaux, dont les ponts ne se baissaient guère que pour courir sur les voyageurs qui passaient aux environs. Tout commerce était impossible, nul voyage n'était sûr qu'à la tête d'une nombreuse armée.
On devait se lasser d'une si cruelle anarchie , où chacun tentait de s'emparer de tout sans que personne pût s'assurer rien. Quelques nobles guerriers s'associèrent pour faire respecter les droits de l'innocence et
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(le la Jnihlcssc j>ar la I'oito des arnios,('l, «omnic il fallait l)i»'n (|iic la religion eulràl pour quelque chose dans tout ce qui se faisait pondant ces temps de fanatisme, ils résolurent d'aller combattre les >Iaures en Espagne , les Sarrasins en Orient, en même temps que les l> rans des châteaux en Allemagne et les nobles voleurs qui infestaient les chemins en France. Défendre l'innocence opprimée, protéger la foi, propager la religion , tel parait avoir été d'abord le but de cette institution connue sous le nom de chevalerie. Les femmes encouragèrent les efforts des chevaliers; en leur parlant au nom de l'honneur, de la loyauté et de la religion, elles surent les persuader: en exaltant leur courage elles les inspirèrent, et bientôt , noble récompense d'un si beau*zèle! elles conquirent dans l'esprit de leurs amans et de leurs époux une place entre le ciel, le trône et l'autel. De là vinrent ces aimables erreurs d'enthousiasme amoureux, d'exagération sentimentale, qui remplacèrent les promptes et trop courtes jouissances par de longues années de soins , de dévoùment et de constance.
Une sorte de civilisation était commencée ; il fallait aux jeunes chevaliers une éducation qui \ lût conlbrme, les femmes se chargèrent de la leur donner. Tout jeune homme qu'on initiait au métier des armes était recommandé aux soins de quelque dame d'un rang et d'un mérite distingués, à qui il était tenu de révéler tous ses sentimens, toutes ses pensées, toutes ses démarches; la première leçon qu'il en recevait était qu'il faut aimer Dieu et les dames. Les dames l'armaient et le désarmaient lorsqu'il était reçu chevalier. Il allait ensuite à la quête d'aventures, où il espérait acquérir de la gloire et les bonnes grâces de celle dont il était amoureux , en combattant quiconque n'aurait pas voulu convenir qu'elle était la plus belle et la plus vertueuse. C'était dans les tournois surtout que le chevalier trouvait d'éclatantes occasions de s'illustrer. Là se rencouraient les plus fameux guerriers; là se donnaient les plus beaux coups (le lance , portés et rendus a^ec autant de force que d'adresse et de grâce; là aussi, là surtout régnaient les dames : elles étaient juges des combats et couronnaient de leurs mains la tête des vainqueurs; elles armaient et désarmaient le chevalier qui tenait le pas d'armes contre tous venans en l'honneur de celle dont il se faisait gloire de porter les couleurs et qu'il espérait obtenir pour épouse; elles pansaient les blessés et permettaient aux vainqueurs de les embrasser , et même quelquefois , pour les récompenser de leur valeur, leur accordaient le don iV amoureuse merci.
Le chevalier qui se présentait à un tournois dans l'intention de plaire à la fille du chef qui donnait la fêle , ne la voyait que de loin. Il était ordinairement reçu par tes parens avec une politesse froide qui prouvait peu
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(le (lisposilious il nnUr;»(UM' alliaiico axcc lui. T.a joune personne elle uiênio, élovéo tiaus l'or^nu'il do sa famille, se serait déshonorée à leurs yeux si elle avait cédé tout de suite aux vœux du chevalier , qui ne pouvait en obtenir quelques faveurs que par une longue suite desoins, de respects et de services.
La passion tendre et fidèle cpii remplissait l'âme d'un chevalier devait naturellement produire une grande pureté de mœurs et beaucoup do ros pect pour le beau sexe. Des hommes qui so faisaient un devoir de défendre la réputation et la dignité de leurs dames devenaient par là mémo très délicats et très circonspects dans leur conduite. Une femme qui ])ouvait s'éearlor des maximes reçues au point de violer la chasteté, était universellement abandonnée par tout le monde. Celles au contraire (pii étaient fidèles aux lois de la vertu, étaient traitées comme des êtres d\m ordre supérieur.
Les dames, les chevaliers, les troubadours, car les troubadours aussi parurent vers cette époque , s'excitaient mutuellement à devenir meilleurs, de plus parfaits modèles d'honneur, d'amour et de galanterie. De là l'institution des cours d'amour, qui étaient toujours tenues par des dames , où l'on discutait de la manière la plus sérieuse sur les régies à suivre pour servir dévotement les dames et l'honneur. Il n'y avait aucun sentiment du cœur, quelque finesse qu'on y suppose , qui pût échapper à la sagacité des juges. On y proposait quelquefois sur cette matière des questions auxquelles on ajoutait plus d'importance qu'aux affaires d'état. Ces cours connaissaient aussi des forfaitures d'amour. Leurs arrêts hâtèrent peut-être la décadence de la chevalerie , (;n transformant les guerriers en bergers d'Arcadie. L'inconstance , l'indiscrétion , étaient des crimes. Les peines naissaient de la nature du délit. Un chevalier discourtois était "ondamné à ne point porter ses armes pendant un certain laps de temps , un amant à ne point prononcer le nom de sa maîtresse, etc.. Ces décisions étaient ponctuellement exécutées.
Les tournois, les cours d'amour, les troubadours se soutenaient encore avec beaucoup d'éclat pendant la régence de Blanche de Castille, mère de saint Louis. Mais cette reine mérite une mention particulière. C'est la Française qui a le mieux prouvé que si la loi salique n'excluait pas les princesses du trône, la France aurait eu des règnes de femmes aussi glorieux que ceux que citent avec le plus d'orgueil quelques nations voisines. Elle poursuivit avec succès le système tracé par Louis-le Gros et Philippe II, dit Auguste, pour amener l'abaissement des grands vassaux du { oyaume , et pour chasser les Anglais des provinces de France qu'ils occupaient.
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Ello songea d'abord à réducatiou de son fils qu'elle confia au connétable de Monlmorenci, le plus sage et le plus grand homme de guerre et d'état qui fût alors en France. « J'aimerais mille fois mieux, disait-elle au jeune Louis, vous voir mourir tout roi que vous ôtes, et quoique je vous chérisse par dessus toutes choses, que de savoir que vous fussiez tombé dans une faute qui dût vous priver de la grâce et vous mériter l'indignation du ciel.» Il était à peine âgé de douze ans lorsqu'elle le fit couronner. Et immédiatement elle le conduisit contre le duc de Bretagne, le comte de Champagne et d'autres seigneurs qui s'étaient révoltés. Ses négociations ayant réussi à détacher Thibaut de la ligue, les autres grands vassaux furent obliges de faire leur soumission. Ils signèrent un traité de paix à Vendôme, sans cependant discontinuer leurs intrigues et leurs conspirations contre le roi et la régente. Peu de temps après, elle faillit tomber dans une embuscade qu'ils lui avaient tendue sur la route d'Orléans; prévenue îi temps, elle se retira dans le fort de Montihéry d'où elle envoya demander des secours à la capitale. Du moment où les Parisiens furent informés du danger qu'elle courait, ils sortirent en armes pour l'aller chercher, et la ramenèrent en triomphe à la vue du duc de Bourgogne et des autres barons ligués qui n'osèrent rien entreprendre.
Blanche avait de puissantes ressources dans sa politique. Elle en fit usage pour retirer le comte de Provence du parti des confédérés, elle lui fit croire que le roi pourrait épouser un jour une de ses filles. Cette espérance fit rentrer le comte dans le devoir; quantité de barons et le duc de Bretagne lui-même, furent entraînés à sa suite. La paix se trouvant ainsi assurée, pour quelque temps du moins, de ce côté, elle entreprit de soumettre Raimond, comte de Toulouse, protecteuretchef des Albigeois. Par une conduite tout opposée à celle de ses prédécesseurs , et plus conforme à l'Évangile , au lieu de chercher à dompter l'opiniâtreté des hérétiques par les supplices , elle fit envisager qu'ils avaient tout à espérer de sa clémence et de sa bonté s'ils voulaient abandonner leurs erreurs. Ce moyen lui réussit au-delà de tout ce qu'elle pouvait espérer. Raimond, suivi de tous les seigneurs , ses vassaux, vint embrasser les genoux du souverain , et abjura solennellement l'hérésie qu'auparavant il se faisait gloire de professer.
Tant de succès irritaient l'ambition des grands vassaux qui se sentaient affaiblir d'autant; ils se liguèrent de nouveau contre la régente, et cette fois le comte de Boulogne, oncle du jeune Louis, prit parti avec eux. Bientôt il se laissa gagner, ainsi que le comte de Dreux, par les prévenances et les adroites insinuations do Blanche qui porta la guerre et obtint do grands succès contre les autres rebelles. Elle visitait elle-même
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le camp, en parcourait tous les quartiers, et soi;,'uail parliculièrernctit la cavalerie qui en faisait la principale force. « Ce n'était pas seulement par cette vigilance, dit un historien, que Blanche de Castille paraissait être une princesse de conduite; mais en tout le reste de ses actions c'était la plus adroite et la plus habile femme du royaume. »
Après tant de yictoircs et de pardons, on devait croire que les grands \assaux se tiendrai<;nt tranquilles. Il n'en fut rien. Leduc de Breta;j:ne leva de nouveau l'étendart de la révolte. L'infaligable régente se met en campagne. Tout fuit devant elle dans l'Anjou, dans la Bretagne. Elle s'empare d'Angers qui appartenait au roi d'Angleterre, de Clisson où le comte delà Marche, l'un des principaux révoltés, vint faire sa soumission. Elle alla ensuite faire le siège d'Ancenis, où se trouvait le roi d'Angleterre, qui en délogea à l'instant, «aimant mieux, dit Guillaume de Nangis, manquer de foi à son fidèle partisan le duc de Bretagne, que de se mettre au hasard d'augmenter les trophées d'une femme de laquelle, pour la seconde fois, il n'osait pas attendre les attaques. » Ancenis fut pris,Oudon, Chatonneaux subirent le même sort. Bientôt toute laBrclagne fut soumise, à l'exception de Nantes qui se voyait sur le point de capituler. Blanche termina cette fois encore la guerre par un pardon qu'elle accorda au duc de cette province, après avoir pris toutefois ses précautions pour l'avenir. Pendant les guerres et la captivité de Louis IX en Afrique , l'administration de la reine Blanche fut aussi sage que sa régence avait été favorable et glorieuse à la France, et cependant son plus grand bienfait fut d'avoir formé un roi si vertueux qui signala sou règne par de si utiles établissemens.
Nous venons de voir les Anglais abandonnant nos villes, vaincus par la conduite sage ,' ferme et adroite d'une femme ; ce sera encore une femme qui les chassera, pour la seconde fois, de nos provinces , lorsque après les malheurs de la France , sous le roi Jean , elles leur seront de nouveau livrées par le traité de Bretigni. Mais il faut le dire , le courage de Jeanne d'Arc n'eût pas trouvé l'occasion de s'illustrer, si d'abord Agnès Soreln'avait su déterminer Charles VII à vouloir être roi de France. Voici comment elle s'y prit, d'après Fontenelle, pour inspirer à son amant la résolution de recouvrer le trône de ses ancêtres. C'est Agnès elle-même qui parle :
« Le roi dont j'étais aimé voulait abandonner son royaume à des usurpateurs étrangers , et s'aller cacher dans un pays de montagnes où je n'eusse pas été très aise de le suivre. Je m'avisai d'un stratagème pour le détourner de ce dessein. Je fis venir un astrologue avec qui je m'entendais secrètement. Il me dit un jour, en présence de Charles, que tous les astres étaient trompeurs, ou que j'inspirerais une longue passion à un grand roi
Aussitôt je dis à Charles: « Vous ne trouverez donc pas mauvais, sire, qiie je passe à la cour d'Angleterre, car vous ne voulez pas 6lrc roi, et il n'y a pas assez de temps que vous m'aimez pour avoir rempli ma destinée. » La crainte qu'il eut de me perdre lui (il prendre la résolution d'être roi de France. La vérité est pourtant que Charles Vil ne commença réellement à se rétablir que lorsqu'il fut secouru par Jeanne d'Arc. 11 ne lui restait plus que la ville d'Orléans, dont les Anglais pressaient vivement le siège.
Jeanne d'Arc était servante d'auberge lorsqu'elle se figura que Dieu l'avait destinée à arracher la France aux Anglais. Elle s'adressa à Baiidricourt, gouverneur de Vaucouleurs, à qui elle révéla la mission dont elle se croyait chargée par Dieu. Baudricourt lui donna des armes, un cheval, et elle partit pour Blois où s'assemblait l'armée qui devait secourir Orléans. Jeanne parut, le 29 avril, à la vue de cette ville où elle conduisait un secours de douze mille hommes. Les Anglais furent si outrés qu'on s'en remît à une femme pour les combattre, qu'ils firent mettre eu prison le héraut d'armes qu'elle leur envoya. Mais les Français, qui croyaient Jeanne inspirée du ciel, combattirent avec tant de courage (ju'ils entrèrent dans la ville après avoir repoussé les Anglais. Le leude main Jeanne emporta, l'épée à la main, le fort Saint-Loup, le boulevart Saint-Jean et celui des Augustins. Peu de jours après, les Anglais furent chassés des forts qu'ils occupaient aux environs. Jeanne fut atteinte h la gorge d'un coup de flèche qui fit craindre pour sa vie, parce que le sang sortait à gros bouillons : « C'est de la gloire et non du sang qui coule de cette plaie,» s'écria- telle pourrassurer ceux qui la voyaient dans cet état.
Les Anglais furent forcés de lever le siège d'Orléans, le 8 mai. Ce fut Jeanne qui en porta la nouvelle au roi ; elle lui dit qu'il fallait songer à aller à Reims pour s'y faire sacrer. L'entreprise n'était pas aisée, car les Anglais étaient maîtres de toutes les places par où il fallait passer. Tant d'obstacles ne rebutèrent pas Jeanne. Elle alla trouver le connélable de Richemont . qui paraissait disposé à se tourner du côté des Français. (( Je ne sais qui vous êtes, ni de par qui vous êteis envoyée, lui dit le connétable. Si c'est de par Dieu, je ne vous crains point; il connaîtmes intentions, ainsi que les vôtres; si c'est de par le diable, encore moins, et faites du mieux ou du pire que vous pourrez.» Elle le rassura , et bientôt après elle alla faire avec lui le siège de Gergeau qui fut pris ainsi que Meun. Elle remporta un avantage considérable contre le duc de Bedfort, à Patay. en Beauce. Voici comme les Anglais parlèrent de cet événement : « Cela est arrivé en partiepar la confiance que les ennemis ont eue en une femme née du limon de l'enfer et disciple de Satan , qu'ils appellent la Ptœelle, îaqu''>!e s'e^st servie d'enchantemeus et de sortilèges.»
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A|»rés ce succès, la Pucclle s'ompara successivement d'Auxerre, de Troues, deChâlons, et ouvrit ainsi le chemin de Reims au roi, qui y l'ut sacré le lendemain de son arrivée. Lorsque la cérémonie fut lermi née , Jeanne d'Arc se jeta aux ijenoux de Charles VU et lui dit : « Enfin » grand roi , or est exécuté le plaisir d(! Dieu, qui voulait que vous vins- » siez à Reims recevoir votre digne sacre, en montrant que vous êtes » vrai roi. » Pour témoigner sa reconnaissance, Charles fit frapper une médaille en l'honneur de la Pucelle. D'un côté on voyait son portrait , et de l'autre une main portant une épée, avec ces mots pour légende : consilio confirmata Dei ^ soutenue par l'avis du ciel.
Le roi et la Pucelle allèrent de Reims à Crépi et à Senlis, s'emparèrent de St-Denis et de Lagny, et mirent le siège devant Paris, où l'héroïne fut blessée. A quelque temps de là, Jeanne fut prise dans une sortie qu'elle fit contre les troupes qui assiégeaient Compiègne. Après un assez long combat, où elle avait poussé l'ennemi un peu trop loin , elle songeait à se retirer lorsqu'elle se vit investie avec tous ses gens. Néanmoins elle parvint à dégager sa troupe. Comme elle était restée la dernière pour soutenir l'effort des ennemis, la porte de la place se ferma devant elje quand elle voulut rentrer. Se voyant trahie, elle chargea ceux qui la poursuivaient avec un courage digne d'un meilleur sort. Pendant qu'elle combattait en désespérée , son cheval fut renversé et elle se rendit prisonnière au bâtard de Vendôme. Jean de Luxembourg la vendit aux Anglais pour dix mille francs. Le roi Charles ne fit aucune démarche pour la retirer de leurs mains ; les services qu'elle avait rendus étaient déjà oubliés.
Les Anglais l'abreuvèrent de toutes sortes d'outrages et lui firent son procès. L'acte d'accusation portait qu'elle était sorcière, devineresse et fausse prophétesse ; qu'elle avait fait parte avec les esprits malins et troublé le repos commun avec scandale. Il la déclarait au moins suspecte d'hérésie. La vue du bûcher ne la troubla point : elle s'y assit tranquillement, et on la lia à un poteau. Elle ne fit entendre que ces mots : Dieu soit béni. A peine eût-on mis le feu au bûcher qu'elle fut étouffée par la fumée. Son corps étant consumé on jeta ses cendres au vent. Telle a été la fin de cette fille merveilleuse. Son supplice sera toujours une honte pour les Anglais, et l'indifférence que Charles VII manifesta envers elle pendant sa captivité accusera éternellement la mémoire de ce roi.
Son successeur, Louis XI, donna le jour à Anne de France, dame de tcaujeu, qui exerça la régence du royaume pendant la minorité de Char les Vlll. Les ducs d'Orléans et de Bourbon voulurent la lui disputer.
mais elle y fut maiolenue par les étals-genéraux. Sous son adminislration la Bretagne fut réunie à la France. Si cette acquisition lui valut la reconnaissance des Français, elle mérita le blâme pour avoir cédé la Cerdagnc et le Roussillon au roi d'Espagne. Les historiens assurent qu'elle se laissa entraîner à cette faute par les conseils d'un moine , son confesseur, qui , gagné par Ferdinand, fit croire à Anne que l'àme de Louis XI ne sortirait point du purgatoire avant que cette restitution fût opérée. Charles VIII étant mort bientôt après , Louis XII monta sur le tr«)ne. On sait que les femmes ne jouirent d'aucune influence sous ce prince : en conséquence, nous allons passer au régne de son successeur, pour qui une cour sans femmes était un printemps sans roses.. Sous François 1^' elles commencèrent à jouer un rôle dont l'importance s'est accrue au fur et à mesure que la civilisation a fait des progrès.
Jusque-là les dames étaient demeurées au fond de leurs provinces, confinées dans leurs châteaux , où elles ne recevaient guère qnedes parens ou des voisins, ou bien encore quelques troubadours sans armes, sans argent, fort légers d'équipage, qui, pour prix de l'honorable hospitalité qu'on leur donnait, enlevaient souvent le cœur des gentilles damoiselles ou même des châtelaines , leur laissant en échange les chansons dont ils les avaient amusées. Quand elles se réunissaient eu assez grand nombre, c'était seulement pourquelque temps, et pour assister à des tournois ou pour tenir des cours d'amour. François P', né galant, qui naturellement aimait les arts et voulait poUr les mœurs de la nation, les appela à la cour. Il est à remarquer que parmi le grand nombre de femmes que ce prince aima, il en est peu qui n'aient exercé quelque influence sur luimêmej sa femme, Eléonore d'Autriche, le captiva un moment par le charme de la figure la plus séduisante. Elle signala sou crédit dans l'entrevue qu'elle ménagea entre son époux et son frère Charles-Quint. Un poète lui adressa à cette occasion un distique latin qu'on a traduiJ ainsi :
D'Hélène on clianta les attraits :
Auguste Léouor, vous n êtes pas moins belle ;
Mais bien plus estimable qu'elle, Elle causa la guerre , et vous donnez la paix.
Les makressfe: le François L' prirent, pour lui plaire, les manières élégantes qu'il aimait, et se livrèrent à tous les goûts qu'elles découvrirent dans son âme. La duchesse d'Étampes, qui unissait à la beauté un esprit fin, solide et étendu, encouragea aussi les lettres. Elle se fit donner le titre de la plus savante des belles^ de la plus belle des savantes