Tome i. 3g
^58 PARIS PlTTOUrCSoLK.
cWo y io\ffn\l cehû ^t' protectrice deg hrinix-nrts. Ce fui |)«nir Hic (pic Fnuirois l"^ Ht les vers suivans,où l'on verra une teinte aimable do galaolerie qui paraissait si naturelle à ce prince :
Est-il l)ien vrai , on si je l'ai songe , Qu'il est besoin m'éloigner ou di^liaiic De notre amour et en prendre congé?
Lâs! je le veux, et si ue puis le faire. Que dis-je. veux! c'est du tout le coulraiic, Faire le puis, et ne puis le vouloir.
Car vous avez là réduit mou ^ouloir.
Que, plus tâchez ma liberté me rendre.
Plus emj>écliez que ne la puisse avoii'. Eu commaudanl ce que voulez défendre.
Si la duchesse d'Elauipes exerça un grand empire sur l'esprit de François I", on peut dire que le règne de Henri II fut le règne de Diane de Poitiers, et la France n'y perdit point. Diane encouragea les lettres et les arts qui commençaient à uaitre. Elle préféra toujours le bien de l'état au bien de ses créatures ou même de sa famille. Une seule fois elle suivit son inclination dans la dispense des faveurs, ce fut une faute: elle la reconnut et la répara. Le même zèle l'animait pour la gloire du roi. On avait donné au cardinal de Ferrare la direction politique et militaire de Sienne ; Strozzi. parent de la reine, demanda cette commission. La duchesse se déclara pour la maison de Ferrare , dévouée depuis long-temps aux intérêts de la France, et représenta au roi qu'il trahissait son honneur en manquant à sa parole.
Diane joignait à une grande force de caractère, à beaucoup d'élévation dans l'esprit , une beauté qui est devenue célèbre. On sait qu'elle était de vingt ans plus âgée que le roi qu'elle gouvernait. Jamais elle ne fut malade. Dans le plus grand froid, elle se lavait le visage avec de l'eau de rivière, se levait à six heures du matin, montait à cheval, faisait une ou deux lieues , revenait se coucher et lire dans son lit. Le roi avant voulu reconnaître une fille qu'il avait eue d'elle, Diane lui dit : « J'étais née peut-être pour avoir des enfans légitimes de vous ; j'ai été votre maîtresse, parce que je vous aimais; je ne souffrirai pas qu'un arrêt me déclare votre concubine. » On voit encore aujourd'hui une médaille sur laquelle elle est représentée foulant aux pieds l'amour. On y lit ces mots : Omnium Victor em vici. » J'ai vaincu le vainqueur de tous. »
Après la mort de Henri II, Diane se relira dans son chàte«u d'Anel
d'où elle fut rappelée par Catherine de Médicis, à qui tous les moyens étaient bons pour augmenter le nombre de ses partisans et déjouer les intrigues de ses ennemis. Voici le portrait que nous donne Varillas de celte reine si horriblement célèbre par le massacre de la Saint-Barthélémy: « Elle avait, dit-il, la taille admirable j et la majesté de son visage n'en diminuait pas la douceur. Elle surpassait les autres dames de son siècle par la blancheur de son teint et par la vivacité de ses yeux... Le beau tour de ses jambes lui faisait prendre plaisir à porter dos bas de soie (desquels l'usage s'était introduit de son temps ) , et ce fut pour les montrer qu'elle inventa la mode de mettre une jambe sur le pommeau de la selle , en allant sur les haquenées... Il semblait que la nature eût pris plaisir à réunir en elle toutes les vertus et tous les vices de ses ancêtres... Son ambition ne le cédait point à celle de Pierre II , son aïeul , et pour régner elle ne mettait pas plus de différence que lui entre les moyens légitimeset ceux qui sont défendus, etc. »
Beaucoup d'historiens assurent, et c'est très-probable, qu'elle n'avait point de conviction religieuse : croyant d'abord que les catholiques avaient été vaincus dans la bataille de Dreux, elle dit tranquillement à ses femmes : « Eh bien', nous prierons Dieu en Français. » Dans toutes les circonstances, elle se rattacha au parti qui lui parut pouvoir servir plus utilement ses intérêts, et toujours elle fut assez dissimulée pour cacher à tous ses intentions , tandis que son astuce italienne lui suggérait toutes sortes de moyens pour savoir les secrets de ses ennemis. Elle donna l'ordre à mademoiselle Rouet, et à la belle de Limeuil, deux de ses filles d'honneur, de séduire le roi de Navarre et le prince de Condé, afin d'apprendre par elles les intentions de ces princes. Elle préluda par des tentatives d'assassinat au massacre général des calvinistes. L'amiral de Coligny faillit être assassiné par ses ordres pendant qu'il faisait le siège de Poitiers , et ce fut la crainte de périr par le poison ou le poignard qui le décida à s'éloigner de cette place. Tout porte à croire que lorsqu'elle fit la paix avec les protestans, en 1570 , elle avait prémédité déjà la Saint-Barthé- " lemy. Elle ne négligea aucun moyen pour attirer les plus influens du parti à la cour, où ils furent égorgés presque tous. On sait qu'elle avait voulu faire assassiner aussi, dans cette fatale journée, le duc de Guise son complice, qui dirigeait les assassins, et sur qui elle voulut ensuite faire retomber tout l'odieux du massacre.
Le crime de Catherine de Médicis paraît encore plus odieux quand on songe que cette cruelle femme en conçut l'idée au milieu des fêtes et des plaisirs. Les arts et les lettres étaient alors florissans en Italie ; elle en apporta le goût en France , avec le luxe, le faste et l'amour des fêtes cl
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(les spcdaclos. Elle «Hail belle , et sa beaulé la rendait orçrueillcuse ; elle ne néiïligeail rien de ce qui en pouvait relever l'éclat. Elle inventait deii modes également galantes et superbes , et , comme pour relever encore les charmes de sa personne par la comparaison avec ce qui l'entourait , elle eut toujours à sa suite un très grand nombre de femmes remar<iuables par leur beauté. « En quelque endroit qu'elle allât, lit-on dans Mézerai , elle traînait toujours avec elle tout l'attirail des plus Noluplu^'ux divertissemens, et particulièrement une centaine des plus belles femmes delà cour, qui menaient en lesse deux fois autant de (ourlisans.» « Il fallait, dit Montluc, que dans le plus grand embarras de la i,nierrc et des affaires le bal marchât toujours ; le son des violons n'était point étouffé par celui des trompettes, le même équipage traînait les machines des ballets elles machines de guerre ; dans un même lieu on vovait les combats où les Français s'égorgeaient et les carrousels où les dames se divertissaient. »
Le plus funes e effet peut-être des crimes de Catherine fut de diviser la nation en deux partis désormais irréconciliables , dont l'un crut voir qu'il n'v aurait de sûreté pour lui que dans un changement de gouvernement. Les protestans prirent les armes de toutes parts et ne les déposèrent qu'après avoir amené le roi de Navarre triomphant dans Paris. Henri IV aima les femmes, mais il ne leur laissa jamais exercer une grande influence. 11 dit un jour à l'une d'elles qu'il aimait mieux perdre dix maitr esses qu^un Sully. Il aima tendrement Gabrielle d'Estrée. Les quelques mots qu'il lui écrivit du champ de bataille, dans une occasion périlleuse, font connaître le courage et la galanterie de ce roi: «Si jesuis vaincu, vous me connaissez assez pour croire que je n'y survivrai pas : mais ma dernière pensée sera à Dieu , l'avant-dernière à vous. » Henri IV aimait les sciences et les arts, qu'il eût protégés efficacement s'il n'eut été sans cesse occupé de grandes entreprises. Les hommes eurent plus d'empire que les femmes sur Louis XIIÏ, son • successeur. D'abord soumis par son âge à Marie de Médicis sa mère , il ne supporta qu'impatiemment sa tutelle ; dés qu'il put briser le joug il rompit aA ec elle. Deux femmes s'illustrèrent par leur courage sous ce règne, mais ce fut en combattant contre la cour. Marguerite de Béthune, femme du duc de Rohan et protestante comme lui, défendit Castres avec son mari contre le maréchal de Thémines. en 1 625. Et au siège de la Rochelle, la mère du duc de Rohan, chef des dissidens , défendit cette ville pendant un an contre l'activité du cardinal de Richelieu, dont le génie ne put triompher enfin qu'en établissant un chemin à travers les flots delà mer.