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SOURDS ET MUETS

Cette institution est située vers le haut de la rue Saint-Jacques. L'entrée principale porte le n» 256. Un vaste édifice, aujourd'hui terminé après dix ans de travaux, a été spécialement disposé pour le service de l'établissement. La place qu'il occupe avait successivement appartenu à diverses communautés religieuses.

Les premiers possesseurs dont la mémoire nous soit transmise, sont les religieux de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Des lettres de Charles-le-Bcl, portant la date de 1322, indiquent que le terrain qu'ils possédaient formait alors la moitié d'un endroit nommé le Clos du Roi. Ces religie .x étaient une colonie de l'hôpital de Saint-Jacques-du-Haut-Pas , établi en Italie sur le territoire de la république de Lucques. On les nommait aussi Frères Pontifes, ou constructeurs de ponts. Leur première chapelle fut bénite en 1350. En 1 519 , une chapelle plus grande fut bâtie et érigée en succursale de l'église paroissiale. Mais en 1 572 , lorsque le couvent qui ne

300 l»AKIS PriTORIiSQUE.

comptait plus que doux religieux, ne remplissait plus d'ailleurs rohjol de sa fondation, qui «Hait de recueillir et soulager les pèlerins de la terresainte, il fut donné aux moines de Saint-Magloire.

Les moines de Saint-Magloire avaient eux-mêmes été dépossédés, de leur monastère et des reliques de leur patron, par les Filles Repenties, lesquelles avaient aussi éié chassées de leur couvent par un caprice de Catherine de Médicis qui faisait bâtir l'hôtel connu d'abord sous le nom d'Hôtel de la Reine^ puis ensuite sous celui d'hôtel de Soissons, à la place où se trouve aujourd'hui la halle au blé.

En 1618 , ces moines de Saint-Magloire menaient une vie si dissolue, leurs déportemens causèrent des plaintes si pressantes, que l'évêque de Paris, Henri de Gondi , fut forcé de les supprimer : il donna leur maison aux prêtres de l'Oratoire. Ce fut le premier séminaire fondé à Paris. Les oratoriens lui acquirent par la suite une belle réputation , et son importance s'accrut chaque année jusqu'à ce qu'il fût frappé par la révolution.

En 1792, la maison des oratoriens fut affectée définitivement à l'institution des Sourds et Muets.

Mais avant d'entrer dans de plus longs^éUils sur cette institution , il est bon de faire avec ordre l'histoire de sa conception, de sa naissance et de ses progrès.

OBSBRVATIONS STATISTIQUES.

Les sourds et muets sont plus nombreux qu'on ne le croit généralement. D'après des calculs aussi exacts que la statistique puisse en faire, leurnombre s'élève de vingt-un à vingt-deux mille en France, un sur quinze cents individus environ. La proportion étant à peu prés la même pour l'Europe et pour tout le monde connu, il faut donc supposer que l'humanité entière est affligée d'un tribut de cinq à six cent mille infortunés , qui , privés de Pouïe et par suite de la parole , doivent vivre condamnés à une condition misérable.

Cette cruelle affection , qui frappe dans une proportion assez égale en généralité, semble cependant s'acclimater dans quelques localités étroites. Ainsi le voisinage de certains fleuves , les brouillards froids qui planent au dessus des profondes vallées, la privation de la clarté chaude du soleil, peuvent être indiqués parmi les causes qui amènent la paralj'sie du nerf

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