‹ Paris pittoresqueChapitre 73 sur 104 · I,KS ANIMAUX A PARIS · texte numérisé non relu

I,KS ANIMAUX A PARIS

Un raiiard sauvage , à » 4 s.

lin canard domestique, à » 3

Mauviettes , la douzaine , à » 4

A ce prix , les Parisiens d'autrefois faisaient bonne chère pour le môme argent qu'un malheureux ouvrier paie aujourd'hui un mauvais boudin ou un morceau de lard rancc ; cependant ils ne furent pas toujours aussi heureux. Pendant que Henri IV assiégeait Paris, la famine désolait l'intérieur de la ville. On mangea alors des animaux domestiques : environ deux mille chevaux et huit cents ânes ou mulets, dont la chair se vendait à un très haut prix, furent sacrifiés à la faim publique. On ordonna ensuite que tous les chiens et les chats seraient portés dans des quartiers désignés 5 on les fit cuire dans de grandes chaudières, et, pendant quinze jours, on en distribua la chair aux pauvres avec une once de pain. Quelques personnes munies d'argent, dépourvues de vivres, achetèrent fort cher trois mille peaux de ces animaux; mais lorsqu'elles voulurent les transporter dans leurs maisons, le peuple affamé s'en saisit et les dévora (t).

Yoyons maintenant les diverses superstitions dont les animaux ont été l'objet.

Comme chez les peuples anciens, il y a eu à Paris des animaux sacrés, auxquels on rendait des honneurs divins. Les Gaulois et après eux les Français adoraient, entre autres idoles, un taureau en pierre, représentant le taureau du zodiaque. Lorsqu'on creusa dans l'église Notre-Dame de Paris les caveaux destinés à la sépulture des évêques, on trouva un bloc de pierre sur lequel était sculptée en relief la figure de ce taureau, revêtue de l'étole sacrée (2).

A l'entrée principale de l'église Saint-Séverin , on voit deux lions des deux côtés de la porte. Ge sont encore là des restes du paganisme , et ces deux figures de lions viennent attester que le culte des astres exista autrefois à Paris.

Les peuples modernes représentent la Force sous la forme d'un lion. C'était sans doute pour cela que les grands dignitaires rendaient autrefois la justice à la porte de Saint-Séverin et entre ces deux lions, car il existe plusieurs sentences terminées par cette formule : rendue entre deux h'ons. On voulait sans doute faire entendre par là que la force était toujours

(1) Bref discours et véritable sur te siège de Paris, page 52.

(2) Dulaurc. Histoire de Paris, tome 1'=', p."g<' S9. il lome n, page 854.

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du côté (lo la juslico. On sait que, comme les anciens peuples de l'Orient, les peuples du Nord qui firent irruption dans l'Europe méridionale se servaient souvent de figures allégoriques.

La cérémonie du bœuf-gras, autrement appelé bœuf violé ou vielle ^ parce qu'il marchait autrefois au son du violon ou des vielles, parait devoir sa naissance au culte, superstitieux dont nous venons de parler. Cette fête, en effet, avait lieu autrefois le jour où le soleil était censé entrer dans le signe du taureau. Cette circonstance porte à croire que la fête du bœuf-gras a pris naissance dans quelque tradition du culte des astres. On a remarqué en outre que la fête d'Isis, nom que les Égyptiens avaient donné à la lune , se célébrait presque à la même époque de l'année et à peu près de la même manière. Nous éclaircirons tous ces points en revenant à la cérémonie du bœuf-gras dans un article consacré aux fêtes et réjouissances publiques.

Les anciens Français avaient encore reçu d'autres coutumes d'idolâtrie des Égyptiens et des autres peuples de l'antiquité. Ils ont adoré Pan . dieu des campagnes, sous la figure d'un bouc. Le sabbat d'autrefois n'était autre chose que la célébration des mystères de cette divinité. Ces cérémonies étaient célébrées la nuit dans les lieux éloignés d'habitations, dans l'épaisseur des forêts. Le prêtre qui présidait ces assemblées portait les attributs du dieu Pan . Comme lui . il était vêtu d'une peau de bouc ; son front était armé de cornes et son menton garni de la barbe de cet animal ; c'est-à-dire qu'un masque cornu et velu donnait à ce prêtre les principaux traits de c^tte divinité.

Puisque nous venons de parler du bouc , c'est ici l'occasion de rappeler la singulière industrie qu'exerçait, au moyen de cet animal, au commencement du dix-septième siècle, un nommé César Perditor qui mourut à la Bastille, étranglé par le diable, dit le public. H est probable que ce diable n'était autre chose que le bourreau ou un guichetier payé ad hoc. Nous regrettons que le défaut d'espac€ nous empêche de rapporter ici la narration qu'il fait lui-même des singuliers moyens qu'il employait poui exploiter la curiosité publique, et que nous a conservée un auteur contemporain (1). Pour 45 ou 50 pistoles, il faisait voir aux amateurs curieux le diable et sa cour infernale. Une carrière large et profonde, située à un quart de lieue de la ville , lui servait de théâtre ; un bouc chargé de chaînes rouges, les cornes peintes en vermillon, jouait le rùle de Satan. Quelques inàtins, auxquels on avait mis la tête dans des instru-

(1) Nouveaux Mémoires historiques de. t'ahbé d'Artigny, tome vi . page 45.

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