‹ Paris pittoresqueChapitre 75 sur 104 · TOM£ I · texte numérisé non relu

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plus que des Ingials qui l'accablaient de mépris en réconqyense de ses services. F.es abbés le dédaignaient, le peuple le huait, plus de fêtes pour lui. Loin d'être choyé comme jadis dans les nobles écuries des grands seigneurs, il était en butte à tous les outrages et condamné aux trav aux les plus avilissans. Le cheval lui-même que les anciens preux de la chevalerie errante honoraient comme le compagnon de leurs travaux et de leur gloire, était sujet aux plus mauvais traitemens. « A Paris, dit le narrateur italien que nous avons cité plus haut , ces animaux (les chevaux) perdent leur fierté naturelle, et y deviennent plus doux que des ânes d'Arcadie. Les Français en font ce qu'ils veulent, ils les battent, ils les châtrent, et quand ils ne savent plus comment les tourmenter, ils les réduisent à la vilaine figure du singe, en leur coupant la queue et les oreilles. C'est de là qu'est venu le proverbe que Paris est le paradis des femmes j le purgatoire des hommes et V enfer des chevaux. »

Les animaux sauvages qu'on nourrit encore à Paris, au jardin des Plantes, étaient des objets de luxe. En 1364, \eè rois de France avaient déjà une ménagerie j elle consistait en une volière, une pièce destinée aux tourterelles, et la ménagerie proprement dite, où l'on conservait des sangliers et de gros et petits lions. Cette ménagerie a été transportée depuis de l'hôtel Saint-Paul au jardin des Plantes , et elle a pris successivement de nombreux accroissemens. Les quatre parties du monde ont été mises à contribution, et y ont envoyé les habitans les plus curieux et les plus rares de leurs forêts. Cette collection d'animaux est une des plus précieuses et des plus variées qui existent. On y voit aujourd'hui des zèbres et une girafe , la seule qui ait pu s'habituer au climat de l'Europe.

Mais un des points les plus curieux de l'histoire des animaux à Paris, c'est sacs contredit les diverses dispositions légales dont ils ont été l'objet.

Dans les premiers siècles de la monarchie française, l'absence de réglemens, le peu de vigilance ou l'incapacité d'une police grossière et mal organisée avaient été la cause de bien des malheurs. Au onzième siècle même ou n'avait pas encore trouvé de moyens bien efficaces pour les prévenir. En 1031 , une famine horrible désola Paris; ou ne voyait de tous côtés dans les rues que des cadavres de personnes mortes de faim. Attirés par l'odeur, les loups sortirent des forêts qui environnaient Paris à celte époque, pour dévorer les morts. Ils trouvèrent cette proie de leur goût . et bientôt ils attafjuèrent les hommes pour les dévorer, préférablement aux animaux. Bieu plus tard, le 12 du mois d'août 1595, un loup s'introtroduisit dans Paris par la rivière et alla dévorer un enfant sur la place de Grève. Vers la lin du quatrième siècle ^ un taureau s'échappa de la

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jurande boucherio et répandit dans tout Paris la terreur et la mort. 11 existe à ce sujet une tradition populaire reaieillie par Dulaure, et que nous croyons devoir rapporter ici. Tout fuyait devant ce taureau furieux, personne n'osai( s'opposer à sa fureur. Quelques Parisiens allèrent invoquer l'assistance de Saint-Marcel, archevêque de Paris. Le saint prélat, revèlu de ses habits pontificaux, se présenta devant l'animal. A cette vue, le taureau furieuv s'apaisa et se prosterna devant le saint pontife qui , profitant de son humble attitude , lui passa son ctole autour du cou et le conduisit ensuite en triomphe par toutes les rues de la ville (1).

Au onzième siècle, on laissait errer les cochons dans les rues de Paris ; cette négligence causa la mort de Philippe, fils aîné de Louis-Ie-Gros. Au moment où le roi passait , un jour, dans une rue , accompagné de son fils, un de ces animaux se jeta tout à coup dans les jambes du cheval que montait le jeune prince; le cheval effrayé et embarrassé s'abattit, et Philippe mourut des suites de cette chute.

En 1602. Iti03, 160i, 1605 et 1606, les chiens enragés étaient très communs à Paris. Ils mordirent une infinité de personnes , causèrent lu. mort de quelques-unes d'entre elles , et la police ne trouvait pas de moyens pour prévenir ces malheurs.

Ajoutons à tout cela qu'on entassait alors dans Paris les oies, les pigeons, les cochons et tous les animaux enfin dont on espérait faire commerce et profit. Cette trop grande agglomération en corrompant l'atmosphère occasiona toutes ces maladies épidémiqucs qui ravagèrent si souvent la ville à celte époque. D'un autre côté, les animaux auxquels il était permis de parcourir la ville, causaient partout des dégâts. Les chenilles , les rats , les mulots qui se multipliaient d'une manière effrayante, désolaient la ville et la campagne, ravageaient les maisons, mangeaient les fruits encore en fleur, ou faisaient périr les arbres. Tant de calamités, tant d'accidens éveillèrent enfin Pattention des autorités civiles et judiciaires, qui résolurent d'en prévenir le retour.

Depuis la mort du fils de Louis-lc-Gros, il fut défendu de laisser errer des cochons dans les rues de Paris. Cependant, par une faveur insigne, ceux des religieux de Saint-Antoine furent honorablement exceptés. Ils purent, une sonnette au cou. et au nombre de douze, parcourir impunément la ville. Les personnes qui contrevenaient à la défense étaient con-

(Ij 8nr une des faces de l'église Sainl-Maicel . dctruilo en 1806 . ou vovail un taureau coucJié el scniplé eu derai-ielicf. La mcme tradition dit que (.elle ligure H\ai\ été destinée à pcrpéluci li- ^ou\enii de ce niir.icle.

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damnées à 60 sous d'amende, et il était permis aux sergons de tuer ces animaux quand ils en rencontraient, etdelenr couper la l«He qu'ils gardaient pour eux , mais ils étaient ohligés de porter le corps à THôtel-Dieu. Dans la suite et notamment pendant le cours du quinzième siècle, ledroit de tuer les cochons dans la rue et de s'en approprier la tête, appartint exclusivement au maître des hautes-oeuvres de Paris. Une ordonnance de Louis FX défenditde nourrir aucun porc dans la ville, Charles V comprit les pigeons dans la défense; en 150-2, le prévôt de Paris avait déjà proscrit les oies et les lapins, sous peine d'amende. En 1539, François T*^' renouvela ces ordonnances et les étendit à toute espèce d'animaux.

Bientôt il arriva ce qui devait nécessairement arriver <lans un temps où le flaniheau de la civilisation jetait à peine quelques pâles rayons. C'est que. avec les meilleures intentions, en voulant prendre des moyens nouveaux, on prit des moyens extravagans. et on n'obtint pour résultat que le ridicule.

La découverte du code de Justinien ouvrant une carrière nouvelle à l'étude, devint un aliment pour la chicane. On appliqua les règles de la procédure criminelle à des animaux coupables de dommages ou dégâts, les chenilles, les rats, les cochons, les mulots, etc.; ils étaient jugés dans les formes et presque toujours condamnés à des peines jjIus ou moins graves. L'instruction se faisait contradictoirement, et on nommait d'office, à l'animal incriminé, un curateur ou avocat.

Souvent , dans les grandes causes et lorsque les condamnés ne paraissaient pas vouloir obéir aux lois, les autorités ecclésiastiques intervenaient dans ces sortes de procès. Les réfractaires étaient sommés de céder, et s'ils résistaient, ils étaient déclarés maudits et excommuniés. Cette législation ridicule était encore en vigueur au commencement du dix-huitième siècle. Sous Louis XIV, le^ animaux étaient justiciables des tribunaux; le clergé prononçait des excommunications contre eux et les livrait ensuite aux juges séculiers. C'est pour faire sentir tout le ridicule de pareils prècèdens que Racine composa la charmante comédie des Plaideurs.

C'est ici le moment de parler d'un crime abominable qui était très commun dans ces temps de barbarie. Nous voulons parler du crime de bestia lité. Cette monstrueuse débauche était très connue des anciens Égyptiens et des Juifs , les Français l'imitèrent , et elle était devenue si commune que les législateurs ftirent obligés d'y aviser.

Les personnes qui se rendaient coupables de ce crime étaient condamnées ordinairement au supplice du feu. l'animal complice subissait la

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même peine o[ un anéantissait les pièces du procès pour quMI ne restât aucune trace de pareilles monstruosités (1).

Le 26 mai 1 ôifj, Guyotonide fut pendu et brûlé pour avoir cohabité avec une vache qui fut assommée avant l'exécution (2).

Le 5 février 1556, Jean de la Soille, coupable d'avoir cohabité avec uneânesse, fut brûlé vif. L'ânesse fut condamnée au même supplice, mais par faveur elle obtint d'être assommée avant d'être jetée sur le bûcher (3).

Dans un compte-rendu de la prévôté de Paris on trouve qu'un prêtre, appelé Gillet Souiart, fut condamné à être brûlé vif pour avoir cohabité avec une truie qui fut gardée pendant onze jours à Paris, puis pendue et brûlée (4).

Les femmes n'étaient pas étrangères à cette dégoûtante débauche. Cependant, pour être justes, nous devons dire, à l'honneur de leur sexe, que les procès d(? ce genre où figurent des femmes sont beaucoup plus rares que ceux où figurent des hommes. Sur 47 jugemens rendus par le parlement de Paris, depuis 1540 jusqu'en 1692, on ne voit qu'une femme prévenue et convaincue de cohabitation avec un chien»'

La législation nouvelle contient des dispositions très sages par rapport aux animaux. Elle lésa divisés en deux classes : les animaux domestiques, la volaille et les bestiaux , et les animaux qui jouissent de leur liberté naturelle. Les propriétaires et quelquefois les gardiens des premiers sont responsables du mal ou du dégât qu'ils peuvent causer, si ce mal ou dégât provient de leur négligence; quant aux seconds, personne n'en répond , chacun s'en garantit comme il peut, et tout le monde a le droit de s'en faire jus-tice à sa manière sans l'intervention des lois. C'est tout aussi juste et beaucoup plus raisonnable. Quant au crime de bestialité, la législation nouvelle est muette à cet égard. Elle a laissé à la civilisation le soin de détruire cette monstruosité, et, pour l'honneur de l'humanité, nous devons supposer qu'elle n'existe plus.

Ca>'tan.

\4) Reg. inau. de la touru. ciim. . coté 84- — St-Kdme : dict. delà Péaalité.

(2) Idem, coté 105.

(5) Sauvai, tofiric m, page 387.

(4'> Keg. riiin. du. pari, de Paris. Reg. roté 89-105.

Tous les gouvernemens , quelle que soit leur forme , conviennent qu'ils n'ont été créés que pour rendre la condition despeuples meilleure, assurer l'ordre, garantir la propriété et les droits que donne le travail. Cependant, si nous les considérons à l'œuvre dans nos sociétés modernes , nous les voyons tendre sans cesse à introduire le désordre dans l'état en attirant à eux la fortune publique, en surchargeant d'impôts énormes les classes laborieuses. De là toutes les révolutions qui depuis bientôt cinquante ans se succèdent si rapidement en Europe, et plus particulièrement en France.

Ce fut un malheur pour Louis XVI de monter sur le trône après deux rois, dont l'un, pour satisfaire son ambition dans tous les genres, épuisa les finances et le crédit de la France, tout en donnant , il est vrai , aux arts, à l'industrie et au commerce un essor qui devait créer d'immenses ressources pour l'avenir; dont l'autre négligea ces ressources, et loin de comprendre ce qui avait fait la véritable grandeur de Louis XFV, voulut n'i-

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miter de ce règne quo le l'astc et le goût Hes plaisirs, si toutefois on peut appeler de ce nom les sales voluptés du Parc-aux-Gerfs. A ces traits, on reconnaît moins le petit-fils de Louis XIV, que rélève du régent, de Philippe d'Orléans. Celui-ci, durant son administration , avait donné trop de temps aux orgies du Palais-Royal pour avoir pu s'occuper bien sérieusement des affaires de l'état. Il avait confié les finances, qui se trouvaient dans le plus grand désordre, aux mains de l'aventurier Law, qui bouleversa la France et une partie de l'Europe avec son système des banques. La sage administration du cardinal de Fleury ne put, sous Louis XV, réparer tant de malheurs, et quand Louis XVÏ prit la couronne, il fallut songer enfin à couvrir le déficit énorme qui se trouvait chaque année dans le budget.

Turgot jugea qu'il n'y avait pas d'autre moyen pour y parvenir que d'abolir les privilèges eu matière d'impôt , et de forcer tous les citovens sans distinction de rangs ni de titres à supporter leur part des charges publiques. Avant d'en faire la proposition il s'attendait à être renvoyé, et il le fut. Comment supposer en effet que les partisans des abus, si nombreux dans l'état , si puissans à la cour, et qui voyaient la reine se placer à leur tête, se laisseraient ainsi dépouiller à la voix d'un ministre? Necker luimême fut forcé de se retirer, quoiqu'il eût voulu éviter d'attaquer de front les abus. Calonne s'éleva ensuite, porté par la cabale qui était intéressée à maintenir au pouvoir les ministres assez complaisans pour prodiguer les trésors de l'état. Calonne prouva qu'il était reconnaissant. Il paya les dettes des princes , il acquitta même des créances simulées qu'ils lui firent présenter, il acheta Rambouillet pour le roi et Saint-Cloud pour la reine. 11 fit des dons et distribua des gratifications et des pensions à un très grand nombre de courtisans.

Tant de prodigalités, à la veille d'une catastrophe qui pouvait amener la ruine générale, soulevèrent les honnêtes gens contre ce ministre ; mais fort de l'appui de la reine et de ses complaisans il se maintint malgré la clameur publique. Il avait, en arrivant au ministère, trouvé un crédit assez bien établi parla confiance qu'avait inspirée Necker ^ il l'eût pu soutenir ou même l'élever encore; il en abusa d'abord et le perdit bientôt. Les premiers emprunts n'ayant pas produit ce qu'il en attendait, il dut en faire de plus onéreux, toujours plus chers en raison des besoins plus pressans. Enfin il lui devint impossible de dissimuler plus long-temps l'état déplorable des finances, et pour y porter remède il ne vit d'autres moyens que ceux qui avaient été déjà proposés par Turgot et Necker. Il puisa dans leurs plans, et présenta ses projets au roi. Comme il craignait que le parlement ne s'opposât aux édits qu'il voulait faire ren-

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drc, il demanda l'nssemhlée dos notables qui n'avaient pas été réunis depuis Louis XllI.

Les lettres de convocation furent envoyées le 29 décembre 1786, pour le L>9 janvier suivant; toutefois ils ne se réunirent que le 22 février. Ils élaienl t 37 membres . non compris les princes du sang^ au nombre de 7, qui présidèrent l'assemblée divisée en 7 bureaux. Il y avait dans chaque bureau des délégués de toutes les classes. Elle comptait en tout 8 archevêques, 8 évêques, 2 abbés , 8 maréchaux de France , 1 2 ducs , 1 1 comtes , 10 barons, 12 conseillers d'état ou maîtres des requêtes, 37 membres du parlement, de la chambre des comptes etdelacour des aides. 28 membres des bailliages, sénéchaussées et mairies.

Galonné n'avait pas prévu que l'influence de cette assemblée à laquelle il allait demander de si grands sacrifices , jointe à l'influence des bons citovens et au crédit dont jouissaient quelques courtisans qui songeaient à le supplanter, pourrait amener sa disgrâce. Trop confiant en son adresse, en ses protecteurs , il se crut assez puissant pour déjouer les projets de ses ennemis, assez habile pour éblouir par de vaines paroles une assemblée qui semblait disposée à entrer d'elle-même dans une voie de réformes.

A la séance d'ouverture il exposa que pendant quatre ans il s'était efforcé d'introduire l'ordre dans les finances, do ranimer le commerce et défaire fleurir les arts. Il annonça un déficit qui, selon lui, n'excédait pas SO millions. Dans la séance qui suivit, il proj)Osa l'adoption de six mémoires. Dans le premier, qui traitait rfe l'établissement des assemblées provinciales, il était dit que le clergé et la noblesse y auraient la préséance , mais que les voix seraient prises par tête et non par ordre. Ces assemblées devaient être chargées d'opérer la répartition des impôts selon la fortune des contribuables; elles devaient en outre veiller à l'entretien des chemins, des canaux, etc. Dans le deuxième mémoire, on proposait un mode d'impôt qui eût posé sur toutes les propriétés, sur tous les sujets, quel que fût leur rang. Dans le troisième, on disait que le clergé ne serait plus assujéti à aucuns dons, puisque ses propriétés aussi allaient être imposées. On proposait, pour payer les dettes qu'il avait contractées, le rachat des rentes des gens de mainmorte sur les biens de campagne, l'aliénation des justices, des droits honorifiques et de chasse qui lui appartenaient. Le quatrième mémoire, qui traitait de la /«///e, disait f">e chacun ne serait taxé qu'à rai-

son d'un sou pour livre de ses revenus, profits et facultés qui y sont assujéties. Les artisans ou manouvriers auraient pavé seulement à raison d'une journée de travail par an. Ou ôtait un dixième sur le principal de la taille daus tout le royaume , et les collecteurs, dans les paroisses des campagnes, retenaient un vingtième des tailles pour être appliqué aux besoins des plus pauvres habitans. Un cinquième mémoire demandait que la circulation des grains tut libre à l'intérieur, et que l'exportation fût permise toutes les fois que les assemblées provinciales le demanderaient. Dans un sixième mémoire enfin le roi déclarait qu'il regardait la corvée en nature comme le fléau des campagnes, et il proposait de la remplacer par une somme perçue sur les ricbes. qui étaient plus intéressés que les pauvres à l'entretien des grandes routes.

Nul doute que l'adoption de ces mesures n'eût raffermi la fortune publique. Les notables, quoiqu'ils y vissent l'exploilalion du clergé et de la noblesse a« profil du tiers-état , paraissaient disposés à y donner leur consentement ; mais bientôt ils crurent s'apercevoir que tous les soins que prenait Caloane tendaient à élever les dépenses au niveau des recettes. Ils pensèrent aussi qu'on leur avait caché le véritable état des finances. Le compte-rendu de Necker ayant levé tous les doutes à cet égard, ils résolurent de s'opposer aux projets du ministre.

Quand il fut question de délibérer, ils demandèrent qu'on leur remît un état des recettes et des dépenses. On refusa d'abord. Lafayette fut le premier qui s'éleva contre les abus qui régnaient dans les administra lions, il insista avec force pour qu'on accordât les réductions demandées par les bureaux. Le comte d'Artois, qui présidait, voulutlui imposer silence en lui disant qu'il manquait aux égards dus au roi. Lafayette répondit qu'il se croyait tenu de dire toute sa pensée, par cela même que le roi les avait convoqués pour savoir la vérité 5 il offrit de signer sa déclaration. Tl s'exprima ensuite dans ces termes :

«Je propose au bureau, que le roi soit supplié d'ordonner un examen séfieux par des personnes non suspectes de tous les bons du roi. pour ses domaines, ainsi que des titres des bons, rentes, échanges ou achats, qui sont ou qui devraient être à la chambre des comptes; de manière que sa majesté puisse faire connaître la valeur des dons qu'elle a faits, revenir sur les marchés onéreux qui n'ont pas été liquidés, et rompre ceux où , depuis son avènement au trône , elle aurait été lésée d'outre moitié.» S'élevaut ensuite contre les échanges de domaine qu'on avait fait faire au roi, il prouva que pour la seigneurie de Lorient et la terre de Chollet. dont le revenu ne s'élevait pas à plus de 1 80 mille livres de rente, Louis XVI avait donné la principauté de Dombes , estimée SOO mille livres, plus 800 raille

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I ivres fomplaiU , tl en outre 1 -2 millions '.00 mille livres pa\al>les en vinoftcinq ans. Aprt« avoir révélé beaucoup d'autres marchés tout aussi onéreux pour le trône, il insista lorlemenl sur la nécessité de prendre connaissance des états de receltes et de dépenses.

L'effet de ce discours fui tel qu'il donna un nouveau courage à l'assemblée; elle insista avec force pour qu'on lui remît les étals de recettes qu'on n'osa plus refuser. Quel fut l'élonnement des notables lorsqu'ils virent l'énorme excédant qui ^e trouvait dans les dépenses. On trouva que pour l'année 1786 :

La recette s'élevait à 412,924,000 fr.

La dépense était de 593,542,400

Déficit 180,618,400

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