‹ Paris pittoresqueChapitre 76 sur 104 · ANNEE COMMUNE · texte numérisé non relu

ANNEE COMMUNE

La recette était de 474,948,229 fr. 6 s. 6 d.

La dépense de 590,254,395

Déficit 115,306,365 6 6

Par les mêmes états de 1786, relatifs à la dépense, on trouve 623,248,563, ce qui faisait un excédant aux dépenses ordinaires de 148^300,333 fr. 6 s. 6 d. Tout calcul fait, on convint que le déficit annuel s'élevait à 140 millions. En dix ans le capital de la rente s'était augmenté d'un milliard 630 millions, dont 300 avaient été empruntés par Jol) de Fleuiy, 530 par Necker, et 800 par Calonne durant ses quatre années de ministère.

Le roi lui-même fut effrayé de cet accroissement de la dette et de la dépense. Il déclara, le 9 mars, à l'assemblée qu'il espérait pouvoir retrancher de ses dépenses personnelles et de celles de sa famille environ 40 millions; il ajouta qu'il ne souffrirait pasque le déficit se reproduisît en aucun cas. Restaient donc 100 millions que le ministre eût couverts facilement par ses différentes proposition s. Mais les membres du clergéetde lanoblesse, qui n'avaient cherché qu'un prétexte pour se dérober aux sacrifices qu'on voulait leur imposer, le gênaient dans tous ses plans. Les courtisans qui désormais se tournaient contre lui , s'étaient rangés dans le parti de Necker ; ils faisaient tenir au roi des écrits où les projets de Calonne étaient critiqués. Ce fut dans ces circonstances qu'il eut l'imprudence de publier un avis au peuple où il disait quelesdeux ordres privilégiés s'opposaient de toutes leurs forces au bien qu'il désirait faire. Les nobles et le clergé s'en

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oraparèrent pour faire entendre au roi que le ministre trahissait leurs intérêts en appelant le peuple a son aide. Dès lors, quoique soutenu par la reine et par madame de Polignac, le crédit de Galonné commença à baisser. A la veille de sa «bute, il Ht donner les sceaux à Lamoignon qui remplaça Miroménil. Sa démission lui apnt été demandée, le 10 avril, il prit la fuite, fut exilé en Lorraine, rompit son banc et se réfugia en Angleterre. Fouqueux lui succéda. M. deBrienne fut nommé principal ministre te V mai 1787.

Cependant les notables, après avoir discuté de vains projets au milieu des intrigues qui se croisaient en tous les sens, décidèrent qu'il serait fait un emprunt de six millions de rentes viagères; que des assemblées provinciales seraient établies dans les pavs d'élection ; qu'on supprimerait les corvées et une partie des gabelles; qu'on reculerait la ligne des douanes aux frontières, et qu'on créerait un conseil des finances. Comme le gouvernement vit bien qu'il ne pouvait pas en obtenir ce qu'il demandait, on les .congédia le 25 mai. Brienne leur déclara dans le discours de clôture que , selon la volonté du roi , le tiers-état aurait également la moitié des voix dans les assemblées provinciales où les suffrages seraient recueillis par tête et non par ordre.

Les députés revinrent dans leurs provinces où ils témoignèrent partout combien ils avaient été profondément dégoûtés de ce qui s'était passé sous leurs jeux. Ils exprimaient la pensée que les États-Généraux pouvaient seuls porter remède aux maux de l'état dont ils n'avaient pu sonder toute la profondeur. Cette pensée était déjà dans lescœurs; Sémonville, Desprémenil , Sabatier l'exprimaient aussi dans le parlement, et bientôt le roi luimême, après avoir vainement tenu un lit de justice pour faire enregistrer ses édits, effrayé de voir s'élever contre lui toutes les cours du royaume, se rendit à cette opinion exprimée dans un arrêt du parlement de Paris exilé à Troyes, où cette compagnie déclarait qu'en cas de nouveaux impôts, elle regarderait comme hors de son pouvoir de les enregistrer sans le consentement préalable des Étals-Généraux.

Le roi , par un arrêt du 8 août 1 788 , fixa la tenue des États-Généraux pour le l"mai 1789. Le 14 du même mois, il convoqua de nouveau les notables pour régler la marche à suivre dans la formation de cette assemblée, et il nomma Necker surintendant des finances. Les notables

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s'occupèrent do. délorminer dans quelle forme seraient convoqués ' les états , et si les voix y seraient recueillies par tête ou par ordre. Ces deux points iraportans, de la solution desquels pouvaient dépendre tous les cvéneraens, agitaient la France entière. Kn même temps, le conilc d'Artois, le prince de Condé, le duc de Bourbon , le prince de Conti, le duc d'Enghien exposaient au roi, dans un mémoire, qu'il était important de conserver dans la formation dos Etats-Généraux les distinctions par ordre et le droit de délibérer séparément.

Le parti opposé veillait aussi, écrivait et pétitionnait. Six corps d'état de Paris disaient, en s'adressant au roi : « A défaut des lois, les usages

peuvent gouverner les hommes Si les usages sont mauvais, la raison

exige absolument qu'on les change.... C'est donc à la raison qu'il appar tient de juger souverainement les lois et les usages, de créer, de conserver ou de proscrire Appliquons ces principes.» Ils demandaient que le

tiers-état eût une représentation double et que les voix y fussent prises par tête. Ce fut au milieu des débats de ce parti qu'eut lieu la clôture de l'assemblée des notables, le 12 décembre. Le clergé et la noblesse renoncé rent à leurs avantages pécuniaires, et les pairs informèrent le roi qu'ils se soumettaient à supporter leur part des charges publiques.

Le 27 décembre, après avoir tenu un conseil où se trouvait Necker. à qui l'on dut surtout la résolution qui y fut prise , le roi déclara que les États-Généraux se composeraient de 1,200 membres dont la moitié serait nommée par le tiers-état, et l'autre moitié par le clergé et la noblesse.

Voyez États-Généraux.

Danton.

Cette assemblée était composée ainsi qu'il suit : le clergé était représenté par quarante-quatre archevêques ou évêques, cinquante deux abbés, chanoines, vicaires-généraux, professeurs, deux cent cinq curés, sept moines ou chanoines réguliers; en tout trois cent huit.

La noblesse, par deux cent soixante-six gentilshommes d'épée, dix-neuf magistrats de cours supérieures; en tout, deux cent quatre-vingt-cinq.

Le tiers-état , par quatre prêtres, quinze nobles ou administrateurs lÈilitaires , vingt-neuf maires ou magistrats municipaux , deux magistrats de cours supérieures, cent cinquante-huit magistrats de cours inférieures, deux cent quatorze hommes de loi ou notaires, cent soixante-dLx-huit négocians, propriétaires, cultivateurs, bourgeois-rentiers, douze médecins, cinq hommes de finances ou d'administrations civiles, quatre hommes do lettres; en tout six cent vingt-un.

Comme on le voit dans ce tableau . les communes comptaient aux Etats-

33' r.vKis iMrr(iia;sy(;E.

Généraux viogl-huit membres de plus que les deux autres ordres réunis. Celait ainsi, parce que le haut clergé et la noblesse de Bretagne avaient refusé de nommer des députés, prétendant que les élections ne pouvaient être légalement faites que par les états provinciaux.

La réunion de cette assemblée remplit de joie l'àme de la plupart (les bons citoyens . qui voyaient dans un prochain avenir la régénération sociale, préparée depuis deux cents ans par nos grands écrivains. Mais ceux qui avaient pu observer les événemens de plus prés, qui avaient vu les intrigues se nouer en tout sens, qui savaient qu'il existait une puissance occulte capable d'agir à la fois sur les campagnes les plus reculées et sur les faubourgs de la capitale, qui connaissaient la haine du duc d'Orléans contre la famille rojale, et ses projets d'usurpation, craignaient avec raison qu'il ne se rencontrât parmi les députés des hommes disposés à prendre son or en s'associant à ses crimes. Ces craintes étaient d'autant plus légitimes que Necker lui-même était soupçonné de complicilé avec d'Orléans.

Dans cet état de choses, si le roi avait été bien conseillé, il se serait entendu avec les États-Généraux, et aurait accordé sans difficulté ce que demandaient les cahiers des bailliages j tout prétexte de discorde ^ d'appel à l'opinion eût disparu, et les instigateurs de troubles se seraient trouvés réduits à l'impuissance: mais il fit tout le contraire, il indisposa le tiers-état, arma l'opinion contre 4«i, et mit l'assemblée nationale dans une position telle qu'elle ne dut attendre son salut que du succès d'une insurrection dans Paris.

Les États-Généraux avaient été convoqués àVersailles. Lorsqu'ils furent présentés au roi, qui les reçut dans son cabinet, les battans des deux portes s'ouvrirent devant les représentaus du clergé et de la noblesse, tandis que les députés des communes qu'on avait fait attendre long-temps dans une pièce où ils étaient entassés, virent s'ouvrir un seul des battans par où ils passèrent pour défiler rapidement. Ils portaient un chapeau sans bouton, une large cravate et un manteau noir, tandis que les gentilshommes étaient couverts de manteaux magnifiques doublés en or. Cette différence dans les costumes fournit aussi prétexte aux critiques des ennemis de la cour, tant il est vrai que les plus petites choses acquièrent du poids quand les circonstances sont graves.

Le 4 mai, le roi, sa famille et les États-Généraux assistèrent à une procession, et le lendemain on installa les trois ordres à la salle des mentis. La première séance fut consacrée à entendre trois discours prononcés par le roi, le garde-des-sceaux et le contrôleur général.

Cependant ceux des députés qui avaient reçu de leurs commcllans la

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mission d'opérer l'égale répartition de l'inipôt , en raison do la fortune do chacun, de faire admettre tous les Français, sans distinction de rang- ou de naissance, à toutes les charges et de stipuler le libre exercice de tous les droits civils et politiques pour les protestans, se voyaient dans des réunions particulières où ils s'entendaient sur la conduite qu'ils devaient tenir à l'assombléc. Bientôt toutes ces réunions furent absorbées dans une plus considérable qu'on appelait le club breton, et qui fut l'origine de la société dos jacobins, comme le club du Palais-Royal le fut de celle des cordeliers. Mirabeau, qui avait été repoussé aux élections par les nobles, commençait à jouer un rôle dans le parti des communes j il entraîna plu sieurs députés nobles au club breton. Les partis allaient se dessiner bientôt dans l'assemblée, à l'occasion du yoia par tête ou par ordre.

Les deux premiers ordres s'étaient retirés le 6 mai dans leurs salies particulières, afin de ne pas établir un précédent favorable à la délibération par tète. Mais le tiers-état, qui voulait opérer des réformes utiles était resté dans la salle dos menus. Jl leur fit dire que les pouvoirs devaient être vérifiés en commun. Cette invitation n'ayant pas été favorablement accueillie, il leur envoya . le 2 juin, un exposé de motifs, dans lequel il disait que les besoins de l'état exigeant que les travaux législatifs commençassent tout de suite , il les sommait de nouveau de venir procéder en commun à la vérification des pouvoirs j en cas de refus ;, ajoutait-il, ï'appel des bailliages va commencer.

Cette déclaration fut appuyée dans la salle du clergé par trois curés du Poitou, qui décidèrent la plupart de leurs collègues à se réunir aux communes. Le haut clergé resta presque seul. Enhardi par ce premier succès, et sachant bien qu'il avait des partisans parmi les députés de la noblesse, le tiers-état osa tenter un coup décisif: il se déclara assemblée nationale, le 17 juin, et il décréta immédiatement qu'on continuerait à paver les impôts établis. Tl plaça la dette publique sous la sauve-garde de l'honneur national, et proposa des mesures pour l'approvisionnement de Paris, où commençait à se faire sentir la famine.

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