ASSEMBLEE NATIONALE
Les résolutions hardies que venaient de prendre les communes , frappt'rentde stupeur le roi et la cour. Les deux premiers ordres sentirent que c'en était fait de leurs honneurs et de leurs privilèges s'ils n'opposaient une vigoureuse résistance. En conséquence, ils résolurent d'employer tous les
SM} l'AKIS ITI lORI-SUi !..
mo}'ens pour obliger le roi à casser les arrêts pris par le liers-étaJ. Joigne, archevêque de Paris, se reudil leur interprète^ il alla se jeter aux pieds de Louis XVJ . et le supplia de sauver le clergé et la noblesse des entreprises d'un ordre qui voulait bouleverser tout l'état.
Celte démarche décida le roi à rendre une ordonnance qui suspendait les États-Généraux . et annonçait une séance ro}alc pour le 22 du même mois. Le 2i , les députés des communes furent fort étonnés de trouver les portes de la salle des séances fermées; mais loin de se laisser abattre, ils résolurent de continuer leurs travaux législatifs, quoi qu'il eu pût advenir. Leur président, Svlvain Bailly, était à leur tête: ils se dirigèrent vers la place d'Armes ; une table , des chaises y furent apportées, et ils se mirent en séance. Comme la foule allait en augmentant autour d'eux , ils quittèrent ce poste et se rendirent au Jeu de Paume, oii ils firent le serment de ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France.
La séance royale avait été renvoyée au 23 : le 21 , l'assemblée nationale se réunit de nouveau au Jeu de Paume ; le 22 , elle tint séance à l'église Saint-Louis, où plusieurs évéques portèrent leurs pouvoirs pour les faire vérifier. Plusieurs membres de l'ordre équestre imitèrent cette démarche.
Le 23, le roi dit, dans la séance royale, qui fut tenue avec grande pompe, que son plus vif désir était de rétablir la concorde entre les trois ordres. Deux déclarations furent lues ensuite en son nom. La première conservait les distinctions des trois ordres dans les Etats-Généraux, déclarait de nulle valeur les arrêtés rendus à ce sujet par les communes; cassait en même temps l'arrêté par lequel elles s'étaient déclarées assemblée nationale ; prononçait que les voix seraient prises par tête lorsqu'il s'agirait d'intérêts généraux , et par ordre dans les affaires particulières à chaque état ; maintenait les prérogatives honorifiques du clergé et de la noblesse; supprimait Timpôt de la taille qu'elle remplaçait par une subvention territoriale supportée par tous les Français , sans distinction de rangs ni de titres; en outre, le roi promettait d'abolir les droits de franc fief payés par les non nobles acquéreurs de fiefs , d'établir des administrations provinciales, de reculer la ligne des douanes jusqu'aux frontières, de soumettre à la décision des états les privilèges des provinces, les adoucissemens à apporter aux aides, le tirage de la milice, l'usage des lettres de cachet , la liberté de la presse, et il modifiait l'organisation des capitaineries royales.
La deuxième déclaration disait qu'aucun impôt ne serait établi qu'après le consentement des états; qu*il ne pourrait être fait d'emprunt dans l'intervalle des sessions . à moins de nécessité urgente et qu'il serait publié
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chaque année un état des finances. Après cette lecture, Louis XVI prit encore la parole et déclara aux étals que s'ils ne voulaient pas s'entendre avec lui , il ferait sans eux le bien de ses sujets.
Les députés du haut clergé et de la noblesse sortirent de la salle en même temps que le roi et l'accompagnèrent jusqu'au château; mais le tiers-état et une partie du clergé qui avaient témoigné leur mécontentement en gardant un morne silence, restèrent dans la salle. Peu d'instans après, le marquis do Dreux-Brézé se présenta et les somma, de la part du roi, de se retirer dans leurs chambres respectives. Mirabeau se leva et lui répondit : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple, et que nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes. » Au lieu d'obéir, l'assemblée prolesta contre les déclarations, maintint ses précédens arrêtés, et déclara tous ses membres inviolables. Ainsi furent déjoués les plans des nobles et du haut clergé; ainsi tombèrent de\ant les ^igoureuses résolutions de l'assemblée, les grandes espérances que la cour avait fondées sur la séance royale. Le succès qu'on en attendait avait répandu de l'inquiélude parmi le peuple; tous les yeux se trouvaient fixés sur Versailles. Quand on eut appris la conduite qu'avait tenue l'assemblée nationale, on se sentit pénétré d'admiration pour (ant de courage et de vertu; mais aussi la haine augmenta contre les princes et la cour, et particulièrement contre l'archevêque de Paris, qu'on croyait avoir contribué plus que personne à faire tenir la séance royale. Il fut rencontré dans les rues et assailli à coups de pierre dans sa Toiture. 11 ne dut son salut qu'à la vitesse de ses chevaux.
Deux jours après la séance royale , le duc d'Orléans et six autres dé[)u tés de la noblesse se réunirent aux communes. Les autres représenlans nobles voyant que leur résistance était vaine, se décidèrent à envoyer une députation à l'assemblée nationale. Le lendemain , le roi leur écri\it : (( Uniquement occupé de faire le bien de mon royaume, mais désirant par dessus tout que l'assemblée des Etats-Généraux s'occupe des objets qui intéressent toute la nation, d'après l'acceptation volontaire faite de la déclaration du 23 de ce mois, j'engage ma fidèle noblesse à se réunir sans délai aux deux autres ordres. » Une lettre semblable avait été envoyée à la minorité du clergé. La réunion s'opéra le même jour.
Tel fut le dernier (>t peut-être le plus déplorable résultat de la séance ro^ale. Il força Louis XVI à des rétractations qui prouvaient à la fois son imprévoyance et ses mauvaises dispositions pour les grandes réformes auxquelles la nation était préparée. Aussi le bruit se répandit bientôt qu'il n'avait opéré la réunion des trois ordres que pour pouvoir dissoudre les Ktats-Généraux d'un seul coup. On disait que son intention était de les
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IransfôrtT à IMclz , on sorail érijfoc une cour sou\('rain(! pour les juger. C'étaient peut-être là des bruits qu'où faisait courir pour animer le peuple contre la famille royale; mais on doit du moins avouer que les mesures qu'elle prenait étaient de nalun; à les rendre croyables s'ils n'étaient pas vrais. Elle réunissait, aux portes de Paris, une armée dont le maréchal '.'f Broglie avait le commandement. De son côté, le peuple était prêt à opposer la force aux folles entreprises de la cour, il voulait défendre ses députés. On s'était assuré des sentimens des Gardes-Françaises et de beaucoup d'autres soldats. Les bustes duduc d'Orléans et de Nccker avaient été promenés dans lesruesdeParisj tout se disposait pour la prise de laBastille.
Ce fut dans ces entrefaites que la cour renvoya Necker, dont les vues avaient paru s'accorder en beaucoup de points avec celles de l'assemblée nationale, et qui, par là. avait gagné la confiance du peuple. Le lendemain 12, un grand nombre de députés se rendirent à Paris. On résolut l'attaque de la Bastille pour le 14.
Mirabeau avait dénoncé le premier à l'assemblée les mouvemens de la capitale. Il avait proposé à ce sujet une adresse au roi qu'on repoussa d'abord , et qui , sur la demande de Lafayette , fut prise en considération le 9. Le 1 3 , l'assemblée offrit à Louis XVI de se rendre à Paris pour calmer l'effervescence des esprits. La cour n'accepta point cette proposition , sous laquelle elle croyait apercevoir un piège. La position des représentansétaittrés critique : d'un coté, ils voyaient préparera Paris un mouvement dont ils ne connaissaient pas précisément le but; de l'autre, ils se trouvaient sans moyens de défense contre le roi et la cour, à qui l'on prêtait les plus sinistres projets, et dont l'armée tenait Versailles assiégé. La plupart s'attendaient à être arrêtés et égorgés d'un instant à l'autre ; ceux qui étaient plus habitués aux calculs de la politique pensaient qu'ils n'avaient rien à craindre jusqu'au moment ou serait connu le résultat de l'insurrection de Paris. Il était probable, en effet, que la cour ne voudrait pas s'exposer aux terribles représailles que le peuple aurait pu exercer pour \ enger l'assassinat de ses représentans.
La veille même de la prise de la Bastille, l'assemblée nationale déclara dans un arrêt que Necker emportait ses regrets; qu'elle ne cesserait de demander le renvoi des troupes, et qu'elle rendait les nouveaux ministres responsables de tous les actes arbitraires qui pourraient être commis. Elle nomma Lafayette vice-président pour la circonstance, et elle s'établit en permanence, tandis qu'il occupa le fauteuil. Elle envoya ensuite une députation au roi pour lui demander de faire retirer les régimens qui occupaient les environs de la capitale et de Versailles.
Le lendemain au soir, li, deux députés du corps électoral de Paris
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vinrent l'informer des évéaeniens qui avaient eu lieu, et lui donnèrent lecture de rarrètc par lequel les électeurs demandaient l'éloigncment immédiat des troupes. Comme le roi n'avait pas répondu encore à la députation que l'assemblée lui avait adressée la veille dans le même but, elle en envoya une deuxième, et comme celle-ci n'apporta pas non plus l'ordre formel de l'éloignemcnt des troupes, elle rendit un arrêté en répondant aux électeurs de Paris qui demandaient l'établissement des gardes bourgeoises.
Tout porte à croire que si Louis XVI avait été informé plus exactement (G l'état des esprits dans la capitale, et des événemcns qui s'y préparaient, 'J n'en eût pas attendu l'accomplissement pour se rendre aux vœux du peuple et de l'assemblée. Bientôt l'on apprit que les courtisans avaient intercepté toutes les nouvelles qui auraient pu l'éclairer sur la situation des affaires. M. Larochefoucault-Liancourt l'en ayant mformé, il prit soudain la résolution de se rendre à l'assemblée. Il y vint le lendemain, accompagné seulement de ses deux frères; il s'efforça de dissiper les craintes que les députés avaient conçues sur leur sûreté personnelle, il les conjura de l'aider dans les circonstances difficiles oùil se trouvait, et termina en annonçant qu'il avait donné l'ordre aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles.
Ce discours fut interrompu plusieurs fois par des applaudissemens uuauimes: le président y répondit avec dignité, mais avec onction. Quand le roi sortit, tous les députés l'accompagnèrent jusqu'au château; ils raccompagnèrent aussi dans la chapelle où il se rendit immédiatement pour entendre la messe. Toute l'assistance applaudit de nouveau à un passage du motet chanté pendant l'ofHce divin, où se trouvent ces mots : plaudite regem. Le même jour l'assemblée nomma une commission composée des membres de tous les ordres, pour porter à Paris ces heureuses nouvelles, qui furent reçues avec enthousiasme aux cris de vive la nation! Le rappel de Necker, le départ de plusieurs favoris également détestés, tout annonçait que le roi avait voulu accorder satisfaction au peuple. En outre, pour calmer tout à fait l'agitation des esprits, et pensant faire comme une nouvelle alliance avec sa capitale, Louis XVI résolut d'aller la visiter. Aussitôt que l'assemblée nationale fut informée de cette résolution, elle nomma cent de ses membres pour l'accompagner, et elle se porta en corps sur son passage. Av.int le départ du roi pour Paris, les nouveaux ministres avaient été destitués, el M. de Broglie a>aitémtau président pour lui annoncer que l'ordre était envoyé aux troupes de s'éloigner. Dans la même séance, tous les députés qui avaieni l'ait des réserves lors de la réunion, les levèrent en disant que les dangers publics ne leur permettaicui
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pas de s'abslcnir plus long-temps de prendre part aux travaux législatifs.
Déjà, avant le moment dont nous parlons, on pouvait distinguer ])lusieurs partis dans l'assemblée nationale: ils s'entendaient tous confre la cour, mais il était évident que le but où ils voulaient arriver n'était pas le même. On appelait le premier le parti des 90; e'étaient eeux qui s'étaient opposés à la dénomination (Vassemblée nationale lorsque le tiersétat et la majorité du bas clergé se (;onsti tuèrent sous ce nom. Thouret qui appartenait à cette opinion, ayant été nommé président par la majo rite, vit contester la validité de sa nomination. 11 crut devoir se démettre, et l'on procéda à une nouvelle élection. Dès ce jour, on put se convaincre que l'opiniâtreté et l'adresse emporteraient souvent des délibérations qui ne seraient point l'expression du vœu de la majorité.
On distinguait un second parti qui tendait davantage vers la démocratie j il était connu sous le nom de club des Bretons et se composait des députés de cette province, de la Francbe-Comté, du Dauphiné et de quelques autres qui voulaient la liberté publique avant tout et à tout prix. Un troisième parti qui, à la vérité, ne comptait que bien peu de membres, mais qui était très actif, très habile, et qui avait à sa tête Mirabeau, se proposait un but tout à fait différent; il voulait faire tomber la couronne sur la tête du ducd'Orléans: c'était celui qui entretenaitledésordredansParisetdans toute la France. Il s'était signalé, dans plusieurs circonstances, aux émeutes des rues, dans les pillages du faubourg St-Antoine, lors de la promenade des bustes d'Orléans et de Necker ; il fut pour beaucoup dans la prise de la Bastille, mais toutes les horreurs qui suivirent, comme beaucoup d'autres dont nous aurons à parler, doivent lui être imputées. Son premier objet étaitde soulever les haines contre le gouvernement de Louis XVI, eu poussant aux excès, et en disant tantôt que ce prince en était la cause, tantôt qu'il en était l'auteur. Les assassinats dans les rues de Paris, étaient aux yeux de ce parti de justes vengeances du peuple, dans les campagnes, ils étaient l'œuvre du gouvernement. Dans le Dauphiné, dans la Bretagne, dans le Poitou, ses agens se présentaient portant une prétendue déclaration du roi qui les autorisait a détruire tous les signes de la féodalité; au nom du roi, ils incendiaient les châteaux et saccageaient les campagnes. La seule province du Dauphiné comptait trente - six châteaux brûlés. « Les partisans du duc d'Orléans, dit un historien, augmentaient par ce moyen la confusion générale, et soulevaient les peuples contre le roi. » Mirabeau était l'auteur de tous ces plans, et l'épargne du duc d'Orléans s'épuisait à payer les exécuteurs de tels ordres. Enfin, les excès furent portes à ce point que les ministres crurent devoir venir en corps les dénoncer à rassemblée. — Tous les canaux des revenus publics sont obstrués, dit
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Necker, on parlant de l'état des (inances, Jes perceptions arrêtées, les dépenses augmentées. Il finit en demandant un emprunt de trente millions.
Tel était l'état des choses lorsque, dans la nuit du 4 août, après avoir entendu un discours prononcé par M. de Noailles et appuyé par M. d'Aiguillon, les députés du clergé et de la noblesse, entraînés par un mouvement d'enthousiasme, donnèrent l'exemple des plus grands sacriûces que jamais des corps privilégiés aient pu faire. D'un mouvement spontané l'assemblée nationale abolit les droits casuels des curés, les droits seigneuriaux du clergé, les jurandes, les dîmes seigneurialoi» , les droits de colombier, de toutes mainmortes, et les pensions non motivées. Les représentans des provinces privilégiées vinrent déposer ensuite sur le bureau un acte de renonciation à tous leurs privilèges, à tous leurs titres, en disant qu'ils n'en souhaitaient qu'un seul, celui de citoyens français. Il fut décidé qu'on frapperait en commémoiation de cette journée une médaille où serait gravée cette inscription : à V abolition de tous les prim'légesj, et à la parfaite unimi de toutes les provinces et de tous les citoyens.
Vers le même temps, le roi, la cour et les simples particuliers envoyaient leurs bijoux et leur vaisselle d'argent à la monnaie pour en faire don à la patrie. Ce n'étaient que de bien faibles recours contre les calamités publiques, il n'y avait plus d'argent au trésor et il devenait difficile de se procurer du pain. Le 12, l'assemblée décréta l'emprunt de trente millions qu'avait demandé Necker; comme il ne fut pas rempli , ou en décréta, le 28, un second, qui ne fut pas rempli non plus.
Trois grands objets allaient occuper désormais l'attention de l'assemblée nationale, l'abolition de la noblesse, la réforme du clergé et la rédaction de la constitution. On était convenu des principales bases qu'on y donnerait; mais comme le plan n'avait pu en être arrêté d'avance, toutes les parties n'eurent pas ces proportions exactes qui forment un parfait ensemble. Il fut décidé qu'elle serait précédée d'une déclaration des droits de l'homme. Le 10 septembre, on arrêta qu'il n'y aurait qu'une seule chambre. La liberté de la presse avait été décrétée le 27 août; après de longs et vifs débats sur la sanction royale, ou était convenu que le roi aurait le veto suspensif, c'est-à-dire qu'il pourrait refuser sa sanction pendant un temps plus ou moins long, selon la nature du décret, et, au plus, pendant la durée de deux législatures.
L'usage trop fréquent que fit Louis XVI de ce droit, contribua plus que tout le reste à le discréditer dans l'opinion publique. Il avait refusé sa sanction à la déclaration des droits de l'homme, et l'on put croire que son dessein était d'opposer la force aux décrets de l'assemblée, lorsqu'un jour les rues de Versailles furent envahies par le régiment de Flandre , Iraînanl
3i2 PARIS l'ii i.Mii st^ici:.
;>prôs lui des canons et des munitions. A rela neso hornèrenl jmhmI les imprudences de la cour. Le 1*' octobre Jes gardes du corps donnèrent un repas aux officiers nouvellement arrivés; on y but à la santé du roi, cl un toast à la nation y fut proposé par dérision et repoussé avec mépris. Au dessert, la reine se montra accompagnée du dauphin et des dames de la cour qui distribuèrent des cocardes blanches. Le roi lui-même parut un in«tant au milieu de cette orgie; une musique guerrière exécuta l'air :d Bichard! en sa présence. Les mets les plus exquis circulaient en abondance dans ce splendide festin, tandis que le peuple passait la journée entière à la porte des boulangers pour obtenir un pain de deux livres.
Sur ces entrefaites le bruit se répand à Paris que le roi doit être enlevé et conduit à Metz, où M. de Bouille l'attend, dit-on, à la tète d'un corps de troupes considérable. A cette nouvelle l'agitation augmente, d'autant plus que le roi vient de refuser encore une fois sa sanction à la déclaration des droits de l'homme. Les ennemis de la cour s'emparent de la circonstance pour pousser à Versailles la population de Paris: on dit aussi que la commune, souveraine maîtresse dans la capitale, voulait y al tirer le roi et les représentans, qu'elle espérait pouvoir dominer à l'aide des faubourgs.
Le 5 octobre, des groupes se forment dans les rues: on arrête lespassans, on les oblige à suivre; des femmes, des hommes déguisés en femmes se trouvent dans ces foules, une insurrection générale se manifeste, ou part. Lafayette lui-même est forcé de marcher à la tête de 15,000 hommes de garde nationale: il arrive à Versailles à minuit; 20,000 hommes, femmes ou eufans, l'avaient précédé, armés de pioches, de piques ou de haches. Mounier présidait ce jour-là l'assemblée nationale; elle admit à sa barre une députation de femmes qui venaient demander du pain au nom du peuple de Paris. Les représentans saisirent cette circonstance pour en voyer au roi une députation qui le pressa de nouveau de sanctionner lu déclaration des droits de l'homme; il l'accepta purement et simplement. L'assemblée ayant été informée le lendemain au matin que l'intention du roi était de se rendre à Paris , déclara qu'elle était inséparable de sa personne, et en conséquence, elle nomma un certain nombre de ses membres pour l'accompagner jusqu'à ce qu'on eût préparé un local où elle put délibérer.
Cependant , les excès auxquels s'étaient portés quelques brigands qui , dans la nuit du 5 au 6 octobre , s'étaient introduits dans le palais de Versailles, et avaient voulu assassiner la reine dans son lit, attirèrent l-'attention de l'assemblée. Le Chàtelet de Paris fut chargé de procéder à l'examen des faits et au châtiment des coupables. Une procédure fut instruite,
dans laqu<'Ilo so ii()uvai<'nl comproiiiis (rOrléans cl Miraheaii qui avaiont préparé cel assassinat ot d'autros rrimos encore dans le club de Passy; mais l'argent de Tun, Pudn'sse de l'autre, et la bonté d'ànie de Lafayette, qui voulait seulement mettre le duc d'Orléans dans Timpossibilité d'exécuter d'autres crimes, furent cause que les poursuites s'arrêtèreut. On avait vu, assure-l-on, le duc d'Orléans déguisé eu charbonnier parmi les assassins qui percèrent le lit de Marie-Antoinette de plusieurs coups de poignard. 11 se laissa exiler en Angleterre. Mirabeau, indigné de tant de lâcheté, se retira du parti de ce prince, et depuis il embrassa les intérêts de Louis XVI.
Les partisans du duc d'Orléans ne se laissèrent pas décourager par la perte d'un chef si habile; ils jugèrent qu'ils devaient mettre plus do prudence dans leur conduite. Ils se séparèrent du club breton, qui se teuait alors au Palais-Royal, et allèrent s'établir aux Cordeliers, sous le nom de Société des droits de rhomme. Plus tard, le club breton s'é- (anl transporté aux Jacobins, les cordeliers s'y introduisirent peu à peu, et secondés par les agens de tous les partis qui avaient intérêt à bouleverser la France , ils parvinrent, dans la suite, à y jouer le premier rôle, ils finirent même par forcer à la retraite les premiers fondateurs de la société, tous ceux qui nourrissaient de louables intentions.
L'assemblée nationale s'était transportée, le 19, à Paris. Elle tint ses premières séances à l'archevêché, situé dans une île, entre le faubourg Saint-Antoine et le faubourg Saint Marceau. Beaucoup de personnes pensèrent que ce site avait été choisi à dessein par les instigateurs de troubles, qui exerçaient une grande influence sur les quartiers environnans. Néanmoins , les représentans s'y rendirent toujours, sans témoigner nulle crainte. Tout semblait devoir les rassurer. L'accueil fait au roi par la population de Paris, avait imposé aux partis, et Lafayette venait d'être nommé commandant de la garde nationale de tout l'arrondissement. La commune elle-même qui, dans plusieurs circonstances, avait voulu lutter de pouvoir avec l'assemblée nationale, paraissait disposée à se soumettre j elle envoya demander, dès les premiers jours, une loi contre les mouvemens populaires: cette loi fut décrétée, séance tenante, quoiqu'on doutât de son efficacité. Il devait être bien difficile de contenir dans de justes bornes une population nombreuse, au milieu de laquelle s'agitaient tant d'intrigues, et que la disette des subsistances rendait naturellement inquiète et séditieuse. Quoi qu'il eu soit, la loi martiale fut promulguée. Ce titre fut une faute.
Souvent distraite de ses plus importans travaux par les intrigues que suscitaient les ennemis de la cause publique et tes malheurs des temjjs.
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I'a8seiiil)lée revenait toujours à la constitution. Le 2 novembre, elle décréta qu'il suffisait de payer un marc d'argent pour être apte à exercer tous les droits civils et politiques, et en même temps elle annonça qu'elle allait s'occuper de substituer à l'ancienne démarcation des provinces une nouvelle division du territoire. D'abord on jugea impossible l'exécution d'une si importante mesure, mais l'assemblée qui savait par expérience combien on est puissant lorsqu'on s'appuie sur l'opinion publique, déclara que la France comprendrait au moins quatre-vingts départemens, et elle fixa la base de la représentation nationale sur les rapports combinés de la population, du territoire et de la contribution. Tandis qu'elle avançait l'œuvre de la constitution, elle démolissait <'n même temps toutes les institutions de l'ancien régime. Bientôt elle déclara les parlemens en vacance, et elle mit à la disposition de la nation tous les biens appartenant au clergé. Les revenus de ces biens montaient à ;îOO millions. Ce fut vers ce même temps qu'elle repoussa un projet de banque nationale que Necker lui avait présenté.
Ces décisirmsà la f(»is sages et hardies, l'édiiice constitutionnel qui s'élevait vers son terme, tenaient tous les yeux fixés sur la France ; la sagesse, la fermeté de ses représentans faisait naître partout l'estime et l'admiration, ils recevaient les hommages de tous les hommes libres ou qui aspiraient à l'être. Tandis que le club de Londres, connu sous le nom de Ctub de la Révolution de 1688, leur envoyait une adresse et que Paoli , co célèbre chef de la Corse, leur écrivait pour les remercier d'avoir fait rentr<'r dans leur patrie les Corses bannis après la conquête que les Français •u aient faite de cette île en 1770, les Brabançons les appelaient à leur secours contre la maison d'Autriche. Telle était la considération dont jouissait l'assemblée nationale à l'extérieur; mais souAent il se passait des scènes déplorables dans son sein. Un député s'emporta un jour jusqu'à dire : « puisque la majorité et la minorité sont en guerre ouverte, tombons sur ces gens-là le sabre à la main. » Ce fut pour empêcher ces sortes de rixes que l'assemblée s'attribua le droit de condamner à quelques jours de prison ceux de ses membres qui se laisseraient aller à de semblables mouvemens.
Si quelquefois elle avait de la peine à contenir les passions qui s'agitaient dans son sein même, combien ne devait-elle pas déployer de sagesse et de fermeté pour déjouer les intrigues, arrêter l'exécution des complots, remédier aux excès où se portait un peuple précipité à sa ruine par tant d'instigateurs cachés qui voulaient perdre la liberté dans le désordre. Chaque jour le comité des recherches recevait de nouvelles dénonciations; JUfonjùwr lui-même vint se justifier, dans l'assemblée, du soupçon de coin-
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plicité avec Favras. Dans le môme temps on apprenait que les ouvriers de l'arsenal maritime de Toulon s'étaient révoltés, et que plusieurs officiers de marine avaient été arrêtés par les autorités. A Paris, la garde nationale soldée, composée d'anciens gardes-françaises, s'était révoltée en demandant une augmentation de paie; il fallut la désarmer. Dans l'interrogatoire qu'on fit subir aux gardes qui furent arrêtés, on put s'assurer que l'argent de l'Angleterre avait beaucoup contribué à la révolte. Cette implacable ennemie de la France avait senti que le moment était favorable pour pousser les esprits à la sédition. L'inquiétude du public augmentait tous les jours, on ne pouvait s'habituer à croire que Louis XVI fût sincère dans ses protestations d'attachement au nouvel ordre de choses. Ce fut ce qui le décida à se transporter à l'assemblée, le 4 février. «Il est temps, dit-il aux législateurs, que je m'associe plus intimement et d'une manière plus expresse et plus manifeste à Texécution et à la réussite de tout ce que vous avez concerté pour l'avantage de la France. » 11 rappela ensuite tout ce qu'il avait fait pendant dix ans pour la liberté, et exprima de nouveau un grand amour pour la constitution. Après que le président Bureau de Puzy lui eut répondu, les députés prononcèrent chacun à leur tour, à la tribune, cette formule de serment : « Je jure d'être fidèle à la nation, à la loi, au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée parle roi. ^) Les tribunes, transportées d'un mouvement d'enthousiasme, demandèrent à s'associer à ce serment : elles se levèrent en masse, et tous les spectateurs, la main tendue, prononcèrent : (( Je le jure. » Ce serment fut répété le lendemain à l'Hôtel-de- Ville. L'effet produit fut vif, mais dura peu ; pourtant on vit les jours suivans le roi se promener dans Paris.
Presque partout où l'influence de l'assemblée ne se faisait sentir que de loin, des troubles éclataient, surtout dans les provinces du midi. A Marseille la justice prévôtale avait sévi avec trop de vigueur contre les premiers actes révolutionnaires; à Bordeaux on avait essayé de soulever le peuple, parce que la loi conservaitaux Juifs le droit de cité dans les provinces du midi; à Beziers on s'était porté aux plus cruels excès contre les commis delà ferme. Lafayette dénonça ces excès à la tribune nationale, et réclama une loi qui pût en empêcher le retour. L'assemblée décréta qu'à l'avenir les municipalités qui avaient à leurs ordres les gardes nationales seraient responsables des èvénemens de cette nature. Elle s'occupa ensuite de mesures propres à rétablir la discipline parmi les troupes.
La licence y était extrême parce que les chefs n'avaient pas la confiance des soldats; la plupart avaient émigré, et les autres étaient découragés par l'impuissance même où ils se trouvaient. Lu décret déclara le roi chef ToM£ I. 44
3/Jf, PARIS PITTOKESQUË.
siipiome de Parméc, ùla lo monopole des grades au privilège pour les àoaner au mérite, et rendit responsables les ministres et les agens militaires. Le pouvoir législatif se réserva de décider sur l'admission de troupes étrangères quand il y aurait lieu.
On augmenta la solde de trente deux-deniers par jour. Ce fut un surcroît de dépenses auquel il fallut faire face quoique les finances fussent toujours dans le même état. Il n'y avait pas d'argent au trésor, et l'excédant de dépenses de l'année s'élevait à 140 millions. L'assemblée décida qu'il serait vendu une certaine quantité de biens nationaux dont le montant devrait être payé en papier. Le 12 du même mois (mars), elle s'était fait apporter le livre rouge sur lequel étaient inscrites toutes les pensions de la liste civile , dont les plus considérables furent réduites à mille écus.
Ces moyens étaient à peine suffisans pour subvenir aux besoins du moment, il fallait en trouver d'autres. Depuis long-temps on avait cherché à familiariser les esprits avec l'idée d'un papier-monnaie, et les cent millions de biens nationaux vendus et payables, au trésor, en papier, étaient un premier pas vers cette institution. Un comité de dix membres fut chargé de faire un rapport et de rédiger deux projets de décret qui servirent de base aux mesures qu'on prit dans la suite.
On décréta les assignats, papier-monnaie, le 17 avril; ils portaient d'abord un intérêt de quatre pour cent qu'on supprima bientôt, parce qu'ils soutinrent avantageusement la concurrence avec la monnaie d'argent , et cela devait être , car leur garantie reposait sur un gage réel , tes biens nationaux; aussi furent-ils reçus à l'étranger avec la même facilite qu'en France; leur crédit s'y soutint plus long-temps. Si l'abus qu'on en fit fut cause de la banqueroute que déclara quelques années plus tard le Directoire, il est certain aussi qu'ils aidèrent puissamment la révofution, en facilitant la vente des domaines nationaux, dont les nouveaux propriétaires virent leur fortune liée au succès de l'ordre nouveau.
Les agens de l'étranger et les artisans de troubles de l'intérieur, dont les plans étaient déconcertés par la sagesse de ces mesures, répandaient partout des libelles diffamatoires contre l'assemblée ; on les distribuait jusqu'aux portes de la salle des séances. En même temps, des troubles de la nature la plus grave éclataient de nouveau dans les provinces du midi. A Marseille, la garde nationale s'était emparée des forts gardés par la troupe de ligne; à Valence aussi, le peuple s'était rendu maître de la citadelle? à Montauban. les protestans et les catholiques s'étaient armés, le sang avait coulé, et tandis que la garde nationale de Bordeaux s'était mise en marche pour y soutenir l'un des partis , la garde nationale de
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Marseillo se disposait à marcher aussi pour v défonHrc ir parti «appose. u Voilà la guerre civile et je l'annonce ici, » s'écria Miraïjeau le jeune à la tribune nationale. Elle avait éclaté à Nîmes , entre les ralholiques d'un côté, les protestans et les troupes de l'autre. L'Angleterre, qui fomentait ces troubles, songeait à en profiter, elle couvrait ses ports d'armemens. Ce fut ce qui amena la question sur le droit de paix et de guerre. Après de bien orageuses discussions, on décida que la guerre ne pourrait être déclarée que « sur un décret du corps-législatif rendu sur la proposition formelle et nécessaire du roi, et ensuite sanctionné par sa majesté, »
C'était ainsi que peu à peu le travail pour la constitution du pays avançait vers son terme , malgré les embarras qui surgissaient de toutes parts , lorsqu'on eut la malheureuse idée de donner une constitution civile au clergé. Cette œuvre était à la fois injuste et impolitique; les moins clairvoyans purent s'en apercevoir lorsqu'elle eut amené tous les malheurs auxquels on aurait dû s'attendre. Tandis qu'on la discutait encore, le ministre de la guerre vint faire un rapport sur l'état de l'armée qui se trouvait dans le plus grand désordre; il fit connaître que des différens avaient éclaté, sur plusieurs points, entre la troupe et le peuple, tandis (jue d'autre part, dans plusieurs villes, des fédérations s'étaient formées entre les citoyens et les soldats.
Déjà Bailly était venu, à la tête de la municipalité, demander un décret qui autorisât une fédération générale : le décret fut rendu, il porta que chaque district nommerait six hommes sur cent de chaque commune, et que, parmi ceux-ci, un sur deux cents serait député à la fédération générale. Chaque corps de l'armée dut envoyer un officier, un sous-officier et quatre soldats. On avait calculé que la fédération se trouverait composée d'environ soixante mille hommes tous armés. C'était la plus nombreuse représentation qu'on eût jamais vue. le Champ-de-Mars fut disposé pour contenir plus de trois cent mille honmies. Tandis que tout se préparait pour cette grande fête, une députation de V Univers se rendit à la barre de l'assemblée pour la remercier, au nom du genre humain, des principes de liberté publique et générale qu'elle avait proclamés. Cette députation était composée d'étrangers de toutes les parties du globe, qui portaient chacun le costume de leur nation.
Dans cette même séance, on devait voir se manifester de bien nobles, (le bien généreuses résolutions. Lameth se leva dans un moment d'enthousiasme, et dit qu'un grand jour comme celui de la fédération d'un peuple libre ne devait pas voir les images de l'orgueil et du despotisme; il proposa de faire enlever de leur socle les quatre nations enchaînées aux pieds de Louis XIY. Une voix s'éleva alors : « Il est des monumens
.3tS PAKIS PlTTOUKSOl'n.
(lo vanilc <'l d'orirucil plus danjyertîux pour l'Iionimc, plus funoslcs pour la socioU' (pic U's imaj2:<'s en hronzo , (lit-cll<'. <r sont les litres do conito, de baron, ele. » Charles Lameth et Lafavelte demandèrent que ces titres fussent altolis « Que meltrez-vous à la place de tv titre : un tel fait noble cl comte pour avoir sauvé l'état tel jour? » s'écria un député. « On dira, reprit Lafayette : « Un tel a sauvé l'état tel jour. » En vain l'abbé Maury voulut défendre les titres, ils furent abolis.
Tandis que l'assemblée, en abolissant des titres qui n'étaient plus la représentation du mérite et des vertus , en restreignant le pouvoir du cierge, renversait les deux grandes idoles du moyen âge, elle saisissait toutes les circonstances qui pouvaient aider à développer des sentimens généreux dans le cœur des citoyens . à établir le culte du génie et de la vertu. Elle ordonna qu'on prononcerait, pendant les fêtes de la fédération, l'oraison funèbre de l'ami de Washington , de l'immortel Franklin, célèbre par ses découvertes en physique, et par les services qu'il avait rendus à sa patrie. Quelques mois plus tard , elle fit appeler la veuve de J.-J. Rousseau dans son sein, et la dota d'une pension au nom du peuple français ; elle ouvrit enfin les portes du Panthéon aux grands hommes de la patrie.
Le lendemain delà fête de la fédération (le 15 juillet), l'assemblée reprit le cours de ses travaux législatifs. La constitution civile du clergé étant terminée, elle régla le traitement qui devait être attribué à chacun des membres selon son rang dans la hiérarchie ecclésiastique, et l'indemnité qui serait attribuée aux possesseurs des chapitres, collégiales, abbaves, prieurés abolis par la loi. D'autres affaires exigeaient aussi ses soins; elle décrétait que la Corse formerait un département de la France, et elle nommait des assemblées coloniales, qui seraient chargées d'examiner quelles parties de la constitution pourraient être applicables à nos colonies. Harcelée sans cesse par les partisans de la liberté des noirs, et n'ayant d'ailleurs , sur des pays si éloignés de la métropole , que des connaissances imparfaites puisées dans des rapports presque toujours dictés par l'esnrit de parti, les mesures qu'elle prit à ce sujet furent presque toujours fausses, et contribuèrent sans doute à hâter la révolution qui éclata bientôt à Saint-Domingue; déjà même une partie de l'île ne reconnaissait plus nos lois.
L'or et les intrigues de l'Angleterre avaient fomenté cette révolte, qui allait nous faire perdre la plus importante de nos colonies. En même temps, secondée par d'autres intrigues qu'ourdissaient à l'intérieur les partisans de d'Orléans, cette dangereuse rivale, avant de nous faire la guerre, dont nous menaçaient les nombreux armemens de ses ports et les
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mesures qu'elle prenait pour coaliser l'Europe contre nous, ourdit une immense conspiration, dont le foyer était à Lyon, dont les ramilications s'élendaient dans nos villes les plus importantes, et dans nos ports de mer. Les ouvriers de Lyon avaient reçu de l'argent pour se soulever, sous prétexte de la cherté du pain. Partout en même temps des troubles éclatent : à Brest, les marins forcent leur chef, homme de mérite et bon citoyen, à donner sa démission; à Béfort, la garnison arbore la cocarde blanche, en vociférant contre l'assemblée; à Aix, à Perpignan, deux partis se déclarent et en viennent aux mains, la guerre civile menace l'état. Ces nouvelles parviennent à l'assemblée dans le temps même où un duel vient d'avoir lieu entre deux de ses membres. Cependant les ministres ne prennent aucune mesure : le pouvoir exécutif fait le mort , dit un député. L'assemblée demande et obtient un changement de ministère; elle prie le roi de donner des ordres pour l'armement de quarante-quatre vaisseaux de guerre et d'un nombre proportionnel de bàtimens de ligne.
Tout le poids des affaires tombait ainsi sur rassemblée, qui n'en continuait pas moins ses travaux législatifs. Elle créa un système nouveau de finances en divisant les contributions en foncières et mobilières : les unes portaient sur les revenus territoriaux, les autres étaient basées sur la fortune apparente des contribuables. Quelques mois après, elle décréta qu'il serait prélevé une contribution somptuaire sur les objets qui ne sont pas de première nécessité ; elle régla tout ce qui concerne les finances et les contributions indirectes, supprima les droits d'entrée aux barrières, et établit un droit de patente au lieu des jurandes, des maîtrises et des corporations de métiers. Elle rendit la culture du tabac libre, et établit une caisse de l'extraordinaire où devait être versé le prix des domaines nationaux vendus, et tout ce qui ne proviendrait pas des contributions orainaires.
Une mesure plus funeste encore que toutes celles qui avaient été prises jusque-là contre le clergé, vint le frapper de nouveau : vainement combattue par les députés les plus populaires, elle fut adoptée le 27 novembre. Un décret porta que tout le clergé serait tenu de prêter serment à la constitution qu'on lui avait imposée. Bonac, évêque d'Agen, fut appelé le premier pour remplir cette formalité au sein de l'assemblée, il reponàit : « C'est avec une douleur profonde que je me vois obligé d'obéir à ma conscience qui me défend d'obéir à un de vos décrets : la loi prive de son emploi celui qui refuse de prêter le serment qu'elle prescrit ; je renonce sans regret à ma fortune, à ma place; je préfère conserver mon estime en vous déclarant que je ne puis prêter un serment que n'approuvent point mes principes. » Un curé du même diocèse ayant été appelé ensuite , répondit : « ïe suivrai partout mon évêque comme Laurent,
La constitution civile avait aussi ses partisans parmi le clergé. 1^ 28 décembre, cinquante-huit prêtres, tous députés, prêtèrent au sein de l'assemblée le serment exigé par la loi. î.'abhé Grégoire, qui était à leur tête, fit un discours où il chercha à prouver qu'il était ridicule de confondre la discipline intérieure de l'église avec la police extérieure qui dépend de l^autorité civile; sa doctrine ne convainquit aucun des opposans. Le schisme commença. Les ministres du culte abandonnèrent leurs fonctions, ou les exercèrent dans des chambres, même dans des greniers et dans des caves; et les évêques, pour qu'on crût davantage à la persécution, se réfugièrent à l'étranger, d'où ils gouvernèrent leurs diocèses au moyen de vicairesgénéraux auxquels ils avaient délégué leurs pouvoirs. Cette partie de la population des campagnes qui considérait ses pasteurs comme de saints personnages crut qu'on en voulait faire des martyrs; elle embrassa leur parti avec ardeur. Dans beaucoup de villes, à Paris surtout, c'était tout le contraire; le peuple, excité par les agens des partis qui avaient intérêt à bouleverser l'état, menaçait de pendre les curés qui n'avaient pas prêté serment. Plusieurs fois il se porta contre les communautés religieuses. Le 1^"^ avril, il envahit le couvent des sœurs grises, et poussa l'insulte jusqu'au point de les fustiger. Ainsi les divisions du clergé se répandirent du sein de l'assemblée dans toute la France, qui se trouva engagée dans une querelle d'autant plus funeste qu'elle «lait fondée sur ce que la plupart des gens croyaient un cas de conscience. Le bas clergé qui jusque-là avait embrassé le parti de la révolution, s'en sépara; cette séparation causa plus tard la guerre de la Vendée.
Mirabeau s'était élevé de toutes ses forces contre les mesures que l'on venait de prendre relativement au clergé ; il avait défendu aussi , pendant la discussion de la loi constitutive , quelques-unes des prérogatives de la couronne ; de là l'accusation qu'on éleva contre lui d'avoir embrassé les intérêts de Louis XVI , et il est vrai qu'il avait reçu de l'argent de ce dernier. On croit qu'il aurait voulu oonner à la France une constitution conforme en beaucoup de points a ceiie de l'Angleterre. Quoi qu'il en soit à cet égard , c'eût été un bonheur s'il avait obtenu de l'assemblée qu'elle balançât un peu mieux les pouvoirs dans la constitution qu'elle préparait. La transition aurait été moins rapide de la monarchie à la république, et l'on aurait eu le temps de mieux assurer ses pas dans ce difficile passage. Mirabeau manqua tout à coup à l'assemblée, à la France et au roi (le 2 avril), alors précisément que sa présence était nécessaire et ne pouvait i)lus être dangereuse à la tête des affaires. Nul autre n'eût été plus propre à prendre en main le gouvernail dans les circonstances difficiles qui allaient surgir de toutes parts, nul autre ne connaissait aussi bien (|ue lui
les sources où Tintriguo et l'audace puisaient leurs forces pour désorganiser le pays, lui seul, premier maître d'ailleurs dans celle école de duplicité et de fourberie , pouvait prendre sur le fait les instigateurs de trahi sons, les réduire par l'adresse, ou les combattre par la force.
(I fut enlevé après une maladie de trois jours, sa mort produisit une vive sensation sur tous les esprits j les spectacles furent fermés, et un décret ordonna que ses cendres seraient portées à l'église de Sainte-Geneviève, qui prit le nom de Panthéon , et fut destinée à recevoir les restes des grands hommes qui auraient illustré la patrie.
Ici vient se placer d'elle-même une réflexion qui n'est pas sans quelque opportunité, surtout par le temps qui court, où l'on a une si grande ad miration pour soi-même, où tant de gens se croient dignes des plus grands honneurs ; c'est que la Constituante aurait dû choisir une autre circonstance pour l'inauguration de ce temple dédié à la mémoire des vertus unies au talent. Certes, peu d'hommes eurent moins de vertus que Mirabeau, et son talent n'est pas fait pour illustrer une nation qui compte tant d'écrivains illustres et de véritables orateurs. Pour devenir grand orateur il faut être d'abord excellent écrivain et ce n'est point là une qualité qui distingue Mirabeau ; souvent il sut rendre avec une certaine originalité les pensées les plus communes; quelquefois aussi, dans les momens d'inspiration ou plutôt d'exaspération , par l'énergie de l'expression, par la force de sa voix , par son débit à la tribune, par les formes inattendues de son langage, cet homme extraordinaire eu loul, sut communiquer à l'assemblée tous les mouvemens de son âme , ou même lui imposer par l'as cendaut d'un caractère que les obstacles irritent sans pouvoir faire fléchir sa volonté. Sans doute ce sont là des qualités, ce sont là des triomphes qui n'appartiennent qu'au talent oratoire, mais ils ne constituent pas seuls le grand orateur; que si l'on considère quel genre d'influence Mirabeau exerça sur le pays, on trouvera qu'il a été bien plus funeste qu'utile; si d'un côté il sut inspirer de vigoureuses résolutions à l'assemblée dans des instans critiques, si c'est bien lui qui a opéré l'armement de la France entière le même jour, au même inslaut, il parait vrai aussi d'un autre côte qu'il fut le premier instigateur de l'émigration, et il est certain qu'il fournit les plans de désorganisation qui causèrent les premiers malheurs de la révolution, et qui, suivis après lui par Danton et Marat, et plus tard par Robespierre, amenèrent le régime de la terreur et la perte de la liberté. L'homme qui fui Taulcur ou la grande cause de si grands désastres, était bien loin de mériter les honneurs que lui accorda la constituante.
Si quelquefois celle assemblée, entraînée à son insu par de perfides suggestions ou par l'opinion plus passionnée qu'éclairée du moment, so
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laissait allerà des mesures impolitiques ou même injustes, elle retrouvait bientôt après toute sa sagesse, elle le j)rouva dans lalougue discussion sur le jurv. Elle établit aussi une haute cour nationale chargée de juger les crimes de haute trahison qu'on appela de lèse-nation. Vers le même temps, elle reçut communication d'une lettre de l'empereur François au roi des Français, dans laquelle il prenait fait et cause pour les princes allemands dont les possessions situées sur la rive gauche du Rhin, avaient été ou allaient être vendues comme domaines nationaux ; elle n'y répondit qu'en donnant Tordre de distribuer quatre-vingt-dix-sept mille fusils aux gardes nationaux de la frontière.
Pendant que l'assemblée prenait ainsi des mesures pour la conservation du sol et l'exacte application de ses décrets, l'Europe, excitée par les démarches des émigrés, réunie par les menées sourdes de l'Angleterre songeait à nous envahir, et Louis XYI méditait des projets d'évasion. 11 y avait eu une première tentative le ^8 février ; des groupes nombreux s'*ètaient dirigés vers le château de Vincenues, eu criant qu'il fallait démolir toutes les prisons d'état; pendant que la garde nationale et les citoyens se portaient sur ce point, des nobles , des prêtres s'étaient introduits aux Tuileries sous prétexte de veiller sur les jours du roi. La garde n'avait pas fait d'abord grande attention à leur présence . maisdes propos indiscrets ayant trahi leurs intentions, quelques uns avaient été arrêtés et l'on avait trouve sous leurs habits des armes cachées, des pistolets et des j>oignards surtout. Cependant sur l'assurance donnée par le roi qu'il ne savait pas dans quel but ils s'étaient présentés, on les avait renvo>'és au milieu des huées du peuple et de la garde nationale qui était arrivée avec Lafayelle: on les appela les chevaliers du poignard, et celte journée est connue sous le nom de la journée des poignards. Le plan d'évasion qui cette fois venait de, manquer, réussit en partie dans la nuit du 20 au 21 juin , le roi partit avec la reine, le dauphin et sa sœur, M""^ Elisabeth et M""^ de Tourzel.
La nouvelle en est apportée à l'assemblée dans la matinée du 21. Loin de s'alarmer . la Constituante prend un caractère plus grand . plus grave j un calme imposant préside à ses délibérations^ elle uiandeà sa barre le commandant de la garde nationale et le commandant des suisses. Le représentant Camus prend la parole : « Sauvons la patrie, dit-il . ses destins reposent sur nous; que toutes les gardes nationales soient averties d'arrêter les perfides qui enlèvent le roi, que des ordres soient donnés pour fabriquer des armes dans les arsenaux,.... que la garde de rassemblée soit doublée, que les officiers municipaux fassent une proclamation pour engager le peuple a rester calme, et le prévenir que l'assemblée ne va cesser
de s'occuper de la sûreté de l'état, que les ministres soient à l'instan^
appelés à la barre pour donner des renseignemens et recevoir des
ordres On laisse, dit-il en terminant, les rênes de l'état flottantes,
c'est à nous de les saisir. » Toutes ces propositions furent décrétées à l'instant même à l'unanimité.
Cependant Lafayette et le commandant des suisses paraissent à la barre; ils ne peuvent donner aucun renseignement sur l'évasion du roi. Les ministres sont mandés à leur tour. Le ministre de la justice dit qu'il vient de recevoir une lettre de M. Delaporte, intendant de la liste civile, qui lui défend de rien celer du sceau de l'état , ni de donner des ordres s'il n'a préalablement obtenu l'autorisation du roi. Il donne lecture ensuite d'une déclaration au peuple français, dans laquelle le roi se plaint d'être privé de sa liberté depuis le mois d'octobre 1789, de voir la royauté détruite, de n'avoir aucune part à la confection des lois , de n'être que le premier fonctionnaire pour les faire exécuter. Ces griefs sont exprimés dans le premier article j la déclaration en contient six. L'assemblée ordonne que cette pièce sera contresignée par le ministre et conservée dans les archives après avoir été scellée du sceau de l'état; elle ordonne également qu'une garde nombreuse veille à la conservation des ministres, et qu'une proclamation soit adressée aux départemens; ensuite elle se déclare en permanence et continue la discussion sur le code pénal. Bientôt elle apprend que le roi a été reconnu et arrêté à Saint-Menehould.
A cette nouvelle , le peuple, qui jusque là avait imité la noble dignité de la Constituante, commença à s'i%iter, et l'assemblée fut obligée de prendre des mesures pour que la famille royale el les personnes qui l'accompagnaient pussent revenir sans danger dans la capitale. Elle nomma des commissaires qui allèrent les chercher à Varennes. En même temps elle apprenait que M. de Bouille, pour favoriser leur fuite, avait disposé des détachemens de troupes sur la route qu'elles devaient parcourir , et le colonel de Royal- Allemand déclarait, dans un interrogatoire, avoir reçu du roi une lettre par laquelle ce prince lui promettait de le nommer commandant de ses gardes s'il parvenait à le délivrer.
Louis XVI rentra à Paris le 25 ; le 26 parvint à l'assemblée une missive de M. de Bouille qui la menaçait de toute sa colère s'il arrivait le moindre mal au roi : « Je me mettrai moi-même à la tête des troupes, disait-il; il )» ne restera pas pierre sur pierre à Paris. »
Les commissaires chargés d'interroger le roi et la reine ayant transmis leurs réponses à l'assemblée, l'on agita la question si Louis XVI devait être mis en accusation. L'opinion des comités fut qu'il fallait s'en rapporter au texte de la constitution qui le déclarait inviolable, mais qu'on de-
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vait traduire devant la haute cour nationale, comme coupables du crime de lèse-nation, ceux qui l'avaient enlevé. « Tranchons le mot, reprit un dé- « puté, ne parlons pas de l'enlèvement du roi, mais de la fuite du roi. » Le représentant Salles, dans un discours qui produisit la plus grande sensation, demanda :
1° Qu'un roi qui quitterait son poste pour se mettre à la tète d'une armée dont il dirigerait les forces contre la nation fût déchu du trône j
2° Qu'un roi qui, après avoir prêté serment à la constitution, la violerait, fût également déchu du trône ;
3" Qu'un roi qui aurait abdiqué fût alors regardé comme tous les autres citoyens.
L'assemblée adopta ces conclusions en même temps que le travail des comités j le 15 juillet elle déclara le roi déchu de ses fonctions jusqu'au moment où on lui présenterait la constitution. Robespierre protesta contre ce décret au nom de la nation.
« Cette protestation, dit Thibaudeau , n'était pas vaine; Paris, depuis assez long-temps tranquille, prit tout à coup un aspect nouveau ; il semblait que les premiers jours de la révolution allaient revenir; des groupes se formaient dans les rues , dans les places publiques et surtout au champ de la fédération ; . . . le parti , ou plutôt les partis républicains , car il y en avait plusieurs qui prenaient ce nom , pour couvrir leur nom véritable , songeaient déjà à se servir du mot de république et furent ensuite obligés de la servir sous ses étendards, n'osMit pas lever le leur. »
Le 17, des groupes nombreux se portèrent au champ de la fédération, et signèrent une pétition pour demander tâ déchéance du roi. Cette démarche fut dénoncée à la commune et à la chambre comme un acte d'insurrection. Lafayette reçut l'ordre de déployer le drapeau rouge ; il marcha à la tête de plusieurs bataillons contre les pétitionnaires qui accueillirent la troupe à coups de pierre, et le général lui-même fut ajusté à bout portant avec une arme à feu. La garde nationale riposta par une décharge qui fit de nombreuses victimes.
Le succès de cette journée rendit quelque espoir aux partisans de la liberté et de Louis XYL Le club des Jacobins et celui des Cordeliers devenus désert furent fermés pendant quelque temps; Lafayette fonda celui desFeuillans. « Le projet de la nouvelle association était, selon Desodoards, d'arrêter d'une main les tentatives des orléanistes et des désorganisateurs, et de l'autre d'enchaîner Louis XVI aux nouvelles institutions. » Elle compta parmi ses membres presque tous les députés qui avaient fait partie duclube des Jacobins. Le duc d'Orléans lui-même s'y fit recevoir, mais son secrétaire intime, Laclos, eu fut rejeté.
Le peuple de Paris était peu satisfait de toutes ces mesures, ses pétitions à l'assemblée commençaient à devenir menaçantes, on y protestait contre le décret du 1 5 , on y demandait que la décision relative aux événemens deVarennes fût envoyée pardevant la nation, et que l'assemblée se donnât des successeurs. Elle-même sentait qu'il était temps qu'elle en appelât à de nouvelles élections. En conséquence elle s'occupa d'abord de faire des lois militaires pour rétablir l'ordre à l'intérieur, et elle ordonna une levée de quatre-vingt-dix-sept mille gardes nationaux pour veiller à la sûreté des frontières j elle procéda ensuite à la révision de l'acte constitutionnel. Le 3 septembre, soixante commissaires allèrent le présenter au roi qui l'accepta et promit de le faire exécuter. La liberté lui fut rendue et il prit en main les rênes de l'état. Dans la dernière séance de la Constituante, qui eut lieu le 30 du même mois, il s'exprima ainsi : « Messieurs, je viens consacrer ici solennellement l'acceptation que j'ai donnée à l'acte constitutionnel. En conséquence, je jure d'être fldéle à la nation et à la loi, et d'employer tout le pouvoir qui m'est délégué à maintenir la constitution décrétée par l'assemblée nationale, et à faire exécuter les lois. Puisse cette grande et mémorable époque être celle du rétablissement de la paiX;, de l'union entre tous les Français, et devenir en même temps le gage du bonheur du peuple et de la prospérité de l'empire. » Les collèges électoraux s'étaieut réunis le 23 du même mois, ils terminèrent leurs opérations en dix jours. Danton.