‹ Paris pittoresqueChapitre 79 sur 104 · S l'ARIS PITTOHESOUK · texte numérisé non relu

S l'ARIS PITTOHESOUK

ijui , pendant l'absence de Raoul^ avait exercé sa charge, et la désirait; avait inspiré à Jean de violens soupçons sur sa fidélité. Ce roi, qu'on a surnommé lo Bon, signale la première année de son régne par un assassinai, il fait arrêter Raoul, et, sur de simples soupçons inspirés et fomentés par un ennemi envieux, il le fait emprisonner par le prévôt de Paris, Trois jours après, sans le livrer à aucun tribunal et sans suivre aucune forme légale, il lui fait trancher la tête, pendant la nuit, devant l'hôtel de Nesle, en présence du duc de Bourbon, du comte d'Armagnac et d'autres seigneurs qui eurent la barbare lâcheté d'assister à cette exécution. Le roi confisqua ses terres : comment ce despote aurait-il pu se rendre maître des propriétés d'un homme de la vie duquel il venait de disposer? Les peuples, quoique plus accoutumés alors à de pareils forfaits, s'indignèrent de celui-ci. Il aliéna tous lesesprits, et il fut cause en partie des malheurs du roi Jean. Quant à La Cerdan, il fut assassiné quelque temps après par Charles- le-Mauvais, roi de Navarre, son cousin et son gendre. La corps de Raoul fut porté aux Augustins, et enterré dans cette cour sans monument ; aucun marbre ne retrace le crime de ses bourreaux ; mais l'histoire , ce juge inflexible et impérissable, Ta conservé. »

En 1.357, le dauphin Charles, qui fut Charles V. régent pendant l'absence de Jean, son père, prisonnier des Anglais, donna cet hôtel à Charles-le Mauvais, roi de Navarre, età sa sœur Jeanne, femme de ce roi.

En 1 380 , le duc de Berri , oncle de Charles VI , le reçut de ce dernier prince, et y mourut en 1416. Le duc de Berri s'y trouvant trop à l'étroit malgré son étendue, acheta, le 13 janvier 1 385, sept arpens de terre audelà des fossés de Nesle , à l'extrémité du chemin ou rue des Buttes , à l'angle actuel de la rue de Seine et du quai Malaquais , et y fit construire le Petit séjour de Nesle, où il plaça ses écuries. On jeta un pont sur le fossé, afin de faciliter les communications, là où est l'angle de retour de la rue Mazarine : en face de ce pont était la porte de l'hôtel de Nesle. Le Petit séjour de Nesle fut ravagé et presque détruit pendant la guerre civile des Bourguignons et des Orléanais ou Armagnacs j il passa ensuite à des particuliers qui le rasèrent. C'est sur ce fonds qu'on bâtit les maisons qui, en 1663, furent acquises pour le collège Mazarin (1), et que l'on

(1) a Jean, duc de Bourgogne, fit bien un autre sacrilège en 1407, lorsque, le 20 novembre, qui était un dimanche, il communia, avec le duc d'Orléans, aux Grands- Augustins ; car il jura même, sur le corps de notre Seigneur, d'être son frère d'armes et son vrai et fidèle parent; en suite de quoi ils furent dîner chez le duc d- Berri , à l'hôtel de Nesle , proche de là , et où , après avoir dîné , lé duc d'Orléans lu donna le collier de son ordre, qu'il reçut avec joie. « (Sauvai. 1. 2, p. 572).

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construisit une partie des rues de Seine, de Bussi , Mazarine, Dauphine et Saint- André-des- Arts, puisque les jardins de ce Petit séjour s'étendaient jusqu'à la porte Bussi qui, comme on sait, était située rue Saint- André-des-Arts en face de celle Contrescarpe.

En 1416, Charles VI donna à l'exécrable Isabelle de Bavière, sa femme, et l'hôtel et ce qui restait debout encore du Petit séjour.

Charles VIT, par lettres du 21 mai 1446, donna cette propriété à son neveu, François l^"", duc de Bretagne. Ce duc étant mort sans enfans mâles, elle revint à la couronne.

En 1461 , Louis XI en fit don à Charles, petit-fils de Jean-sans-Peur, comte de Charolais et dernier duc de Bourgogne , qui y demeura ; mais il la réunit au domaine après la mort de ce prince, tué au siège de Nanci, le 5 janvier 1477 ; Charles était surnommé le hardi ei le téméraire.

Le roi François I" avait eu le dessein d'établir dans cet hôtel un collège pour les lettres grecques, et d'y fonder quatre chapelains^ mais ce projet resta sans exécution.

En 1552, Henri II ordonna la vente de l'hôtel de Nesle et des terrains qui en dépendaient : le duc et la duchesse de Nevers en firent l'acquisition, le 3 juin 1580, et demandèrent à l'abbé de Saint-Germain d'ériger cette vaste possession en fief , sous la condition de foi et hommage , et d'une redevance annuelle de 50 sols parisis. Jaillot dit avoir lu l'acte de foi et hommage rendu par le duc de Nevers le 3 août 1618, « pour V hôtel de Nevers anciennement appelé hôtel de Nesle » (Voyez hôtel de Nevers.)

Ce qui restait de l'ancien hôtel de Nesle, la porte et la tour de ce nom ne furent démolis qu'en 1 6 6 3 .

Saint-Foix a dit (£^sau sur Paris, éd. de 1776, t. !«', p. 183 ), d'après les mémoires de Nevers ( 1. 1. , p. 57) :

« Ce fut à ce même hôtel de Nesle que Henriette de Clèves , femme de Louis de Gonzague , duc de Nevers, apporta la tête de Coconas, son amant, qu'on avait exposée sur un poteau dans la place de Grève; elle alla elle-même l'enlever de nuit; elle la fit embaumer, et la garda long-temps dans l'armoire d'un cabinet, derrière son lit. Ce même cabinet fut arrosé des larmes de sa petite fille , Marie-Louise de Gonzague de Clèves (1) , dont l'amant (2) eut la même destinée que Coconas. »

Un point d'histoire fort controversé est celui de « cette reyne qui se te-

(1) Elle épousa Ladislas , et ensuite Casimir, frères et rois de Pologne. [•i) Cinq-Mar» , décapité en 1642.

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noit à l'hôtel de Nesle à Paris, laquelle, faisant le guet aux passans, et ceux qui Mi revenoyent et agreoient le plus, de quelque sorte de gens que ce tussent, ïes faisait appeler et venir à soy ; et, après en avoir tiré ce qu'eue en vouloit, les faisoit précipiter du haut de la tour , qui paroist encores, en bas en l'eau, et les faisoit noyer (1). »

Quelle reine doit être accusée de ces crimes? Est-ce Jeanne de Navarre , femme de Philippe IV , dit le Bel; Marguerite de Bourgogne , femme de Louis X, dit le Hutin; Jeanne, comtesse de Bourgogne, femme de Philippe V, dit le Long; Blanche de Bourgogne, femme de Charles IV, dit le Bel, ou tout autre impudique de trône!

Les historiens sont divisés d'opinion; quelques uns, mais en petit nombre, se hasardent à nier le fait qui pourtant ne semble pas douteux. On y croyait encore au temps de Brantôme, puisqu'il écrivait (2) : (( Je ne peux dire que cela soit vray; mais le vulgaire, au moins la plus part de Paris , l'affirme ; et n'y a si commun , qu'en luy montrant la tour seulement, et en l'interrogeant, que deluy-même ne le die. »

Robert Gaguin, mort en 1521 , et le docteur Launoy, auteur d'une histoire du collège de Navarre , sont les premiers qui entreprirent la défense de Jeanne de Navarre, à qui le peuple faisait l'application de ces vers de la ballade aux dames, composée, en 1461 , par le poète Villon :

Semblablement où est la reine Qui commanda que Buridan Fût jeté en un sac en Seine?

La défense de Gaguin était de nature à perpétuer le soupçon. Après avoir fait le récit des débauches des trois belles-filles de Philippe IV, il ajoute que ces désordres et leurs suites épouvantables donnèrent « naissance à une tradition injurieuse dont des gens peu instruits souillent la mémoire de Jeanne de Navarre, épouse de Philippe-le-Bel. Suivant cette tradition, elle recevait dans sa couche quelques écoliers ; et, pour ne laisser aucune trace, aucun témoin de ses désordres, elle les faisait jeter de la fenêtre de sa chambre dans la rivière; un seul de ces écoliers, Jean Buridan, eut le bonheur d'échapper au supplice qu'il avait encouru. C'est pourquoi il publia cet argument sophistique , qu'en certains cas on a le droit de tuer une reine. »

(1) CKuv. complet, du seigneur de Brantôme, éd. de 1822 . annotée par M. de Montmerquéjt. VII. p. 217-218.

(i) Ibid. p. 218

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L'objection la plus puissante de Gaguin , c'est que Jeanne de Navarre est morte le 6 avril 1305, et que Buridan vivait encore en 1348; que Buridan était trop âgé, et que d'ailleurs le crime n'avait pu avoir lieu, puisque la soi-disant victime avait vécu long-temps après la reine. Si le crime dont il s'agit devait être imputé à Jeanne de Navarre, l'âge de Buridan ne serait point un motif de douter, puisqu'il aurait pu être écolier au temps de cette reine, ce qui est même probable; et de ce que Buridan serait échappé à ses bourreaux, il ne s'ensuivrait pas qu'il y eût eu absence de crime : mais nous croyons que l'accusation doit retomber sur une autre Jeanne.

Philippe-le-Bel eut, dans l'année de sa mort, à juger les femmes de ses trois fils, accusées d'adultère. « La première femme, femme de Louis Hutin, et la troisième, de Charles, étant convaincues de ce vilain crime avec Philippe et Gautier de Launoy, frères, gentilshommes normands, furent, par arrêt du parlement, le roi y séant, confinées au château-Gaillard d'Andely, et les deux galans écorchés tout vifs, traînés dans la prairie de Maubuisson nouvellement fauchée, mutilés des parties qui avaient péché, et puis décolés, et leurs corps pendus par dessous les aisselles au gibet. Marguerite, la plus criminelle des trois, périt en prison (1); Blanche fut répudiée sept ans après sous prétexte de parenté. Pour Jeanne, qui était femme de Philippe-le-Long, après qu'elle eût été aussi enfermée près d'un an, son mari voulut bien la reconnaître pour innocente, et la reprit avec lui (2). »

Mayenne, auteur d'une histoire du royaume de Navarre j comprise en celle d^Espagne (t. L,p. 559-560), dit, en parlant de Marguerite: « Cest cette reine dont on dit le tempérament si emporté, que quand elle voyait un homme de bonne mine elle le faisait mener dans son appartement, d'où il ne sortait que pour être précipité dans la Seine, afin qu'il ne publiât pas ses débordemens. Un écolier qu'on n'avait pas bien attaché se sauva à la nage et découvrit la vérité. On trouve des auteurs qui attribuent ces impuretés à Jeanne, mère de Louis Hutin. » Mayenne place ces faits à l'année 1321 , et accuse Marguerite, ce qui est évidemment une double erreur.

Jean second, poète hollandais, qui vint à Paris en 1532, nota sur ses tablettes ce qu'on lui dit de la tour du vieil hôtel de Nesle. .Une de ses épigrammes, qu'on retrouve dans l'édition de ses œuvres de 1582 et dans

(1) Elle était dans sa prison depuis quelques mois quand Louis Hutin la fit étrangler. 't) Mezeray, abr. in-4*, t. î, p, 386, année IJl/l.

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celle de 1619, porte pour titre : Vers sur le palais de la reine ou (Punc reine Blanche à Paris. Comme on avait appliqué ces vers à Blauche , femme deCharles-le-Bel, et que Jean second avait reconnu l'incertitude et le peu d'autorité des récits qu'on lui avait faits, il retrancha le titre de son épigramnie dans son vo} âge écrit en vers et en prose, voyage qui a été joint à ses poésies de l'édition de 1636. Jean second aura probablement appris plus tard qu'il s'était trompé dans la signification du nom de Blanche.

Saint-Foixet Dulaure, contrairement à l'opinion de Dreux du Radier, qui , cette fois , s'est montré fort mauvais logicien , ont admis sans réserve qu'il était question ici de Jeanne de Bourgogne , femme de Philippe le Long. Lors du procès de ses belles-sœurs, Jeanne pouvait avoir vingt-uo ou vingt-deux ans ; elle fut d'abord reléguée au château de Dourdan . puis, un an écoulé et après quelques formalités rendues indispensables par l'éclat de l'affaire des princesses, son mari la reprit. Philippe mourut le 3 janvier 1322 et Jeanne le 21 janvier 1329.

Dès 1319, Philippe avait donné l'hôtel de Nesle à Jeanne, qui continua de l'habiter après la mort de son aiari et jusqu'en 1329.

Des quatre princesses désignées par les historiens , Jeanne est la seule qui ait demeuré à l'hôtel de Nesle, ayant et pendant tout le temps de son veuvage. Buridan vivait alors. Alors aussi, et depuis la reine Blanche, mère de Louis IX, dit Saint-Louis, et Blanche d'Evreux, femme de Philippe VI, dit de Valois, on donnait communément le nom de reine Blanche aux veuves des rois, non pas à cause delà couleur de leurs habits de deuil, comme le peuple le croyait, mais pour exprimer le vœu qu'elles vécussent aussi long-temps après leurs maris que les femmes de Louis VIII et de Philippe VI avaient vécu après les leurs.

Ainsi s'expliquent et les vers de Villon et l'épigramme du poète hollandais et les divers passages des auteurs qui ont soulevé des discussions à ce sujet. ^ „

Quelques écrivains modernes ont cru qu'Isabelle de Bavière, tant renommée pour ses débauches, qui habita, en effet, l'hôtel de Nesle après la mort de Charles VI et même du vivant de son mari, était la véritable coupable de ces infâmes exécutions. L'impudicité de cette reine prête à Tinter prétation; mais Villon, qui vivait de son temps, ne se serait pas mépris jusqu'à employer le nom de Buridan qui n'existait plus depuis prés d'uu siècle. Les raisons données par ces écrivains ne sont rien moins que concluantes.

Saint -Foix avance que , en 1538 , en fouillant la terre proche de la tour

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cleNesle, on trouva onze caveaux , et dans un de ces caveaux le corps d'un homme armé de toutes pièces. Ces sépultures étaient-elles du temps des païens? Il est certain qu'il n'y avait jamais eu ni cimetière ni église dans cet endroit. Saint-Foix cite Guillaume Marcel (t. I.,p. 71 et 78) comme l'auteur où il a puisé ce fait; j'ai voulu vérifier l'exactitude de la citation , et je n'ai rien trouvé dans Marcel , ni aux pages indiquées, ni à l'année 1 538 , ni ailleurs, de sorte que je ne puis émettre d'o. pinion.

On avait cru généralement que l'acceptation de l'acte constitutionnel par Louis XVI serait le terme où s'arrêterait la révolution. Vaine illusion qui ne devait pas tarder à se dissiper 1 Bientôt en effet la nouvelle assemblée laissa percer ses vues pour l'avenir, ses tendances républicaines. Toutefois elle voulut entourer de la plus grande solennité le serment qu'elle prêta d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi. Sur la motion d'un vieillard , elle vota que la députation chargée d'aller chercher la constitution aux archives serait composée des membres les plus âgés. Précédés des huissiers de la chambre ; ils partirent au nombre de sept, au milieu d'universels applaudissemens. On attendit leur retour dans le silence et lerecueiL lement. Quand ils parurent, un huissier cria : « Messieurs, j'annonce à l'assemblée nationale l'acte constitutionnel. » Tous les membres se levèrent, et un profond silence régna de nouveau dans toute la salle. Les vieillards entrèrent ensuite accompagnés d'un détachement de gendarmes nationaux qui portaient les armes hautes; ils s'avancèrent vers le bureau, et l'un

d'eux parla ainsi : « Peuple français, citoyens de Paris, vous tous qui avez tant fait pour la révolution, voilà le dépôt sacré de notre constitution, le gage de la paix qui va réunir tous les Français. " Le président monta à la tribune et prêta le serinent que prononcèrent individuellement tous les députés en tenant la main droite sur l'acte constitutionnel.

« Jamais, dit Necker . recueil de lois ne fut reçu avec plus de pompe, jamais inauguration ne fut plus solennelle , » ni plus vaine surtout, ajoutons-nous, car déjà la plupart des députés méditaient la ruine de ces lois.

Peu de constitutions ont compté moins de partisans parmi les assemblées qui leur ont prêté serment , que celle de 91 n'en eut dans la législative. Tous étaient prêtes à l'attaquer et personne ne se disposait à la défendre. Quelques plaisans l'avaient surnommée mademoiselle Target, parca que ce législateur avait fait partie du comité chargé d'eu présenter le projet. Ils disaient, à propos de décret du 17 mai, par lequel les constituans s'étaient interdit de faire partie de la législature suivante, que « le père de cette adolescente , en la livrant à des mains étrangères , aurait dû craindre qu'on ne la violât j » et ils ne se trompaient point. Les courtisans se flattaient qu'en la renversant, ils ouvriraient la voie qui devait ramener l'ancien régime, les partisans de d'Orléans voulaient la faire tomber d'une chute commune avec le trône de celui dont ils ambitionnaient la couronne pour leur maître, et les Girondins qui se proposaient d'établir la repu blique, la voyaient comme le plus grand obstacle à leurs projets.

Il suffit de signaler ces dispositions de l'assemblée , les intérêts divers qui la rangeaient pour ainsi dire sous trois bannières différentes, pour qu'on puisse prévoir les divisions qui allaient y régner, et les malheurs qu'elle ferait peser sur la France. Ces malheurs devaient être d'autant plus grands que la position devenait de jour en jour plus critique, tant à l'intérieur, où les agens de Pitt, de Coblentz et de d'Orléans s'aidaient mutuellement pour renverser le trône et la constitution , et pour faire haïr la liberté en provoquant à toutes sortes d'excès , qu'à l'extérieur ou la coalition faisait des préparatifs de guerre formidables. Vainement Louis XYI avait adressé une proclamation aux émigrés pour leur faire connaître ses dispositions en faveur de la constitution j vainement, deux jours après (le 16 octobre) il avait écrit aux princes ses frères dans le même sens, ses frères et tous les émigrés , loin de se conformer à son vœu, se disposaient à marcher à la tête des armées ennemies.

Les exhortations de Louis n'ayant rien obtenu de ces rebelles, l'assemblée législative, dans un arrêté du 9 novembre, déclara suspects de conspiration contrel'état tous les Français rassemblés et armés au-delàdes frontières, or-

donnaleséquestredcleursbiens,eldéclaraques'ilsétaieatcucore rassemblés et armés le 1" janvier 1792 , ils seraient punis de mort, et que leurs biens seraient confisqués au profit de la nation. Bientôt après, un autre arrêt prononça que tout ecclésiastique qui n'aurait pas prêté serment à la constitution civile du clergé, serait privé de son traitement et pourrait être condamné à un emprisonnement d'un an s'il survenait des troubles dans la commune dont il était pasteur.

Si dans ces circonstances Louis XVI eût été dirigé par de sages conseils, il se serait hâté de sanctionner toutes les mesures prises contre les émigrés, et il eût apposé son veto sur le décret concernant les prêtres. Ainsi . il eût prouvé qu'il ne s'entendait point avec le parti de l'émigration, et il eût rallié à lui la majeure partie de la population qui pensait que les mesures prises contre les prêtres étaient toutes impolitiques. En refusant sa sanction aux deux décrets , il fitsuspecter ses intentions et rendit croyables les accusations qu'on répandait contre lui , et qui acquéraient d'autant plus de gravité que les périls devenaient plus imminens. La coalition et les émigrés avaient lancé leurs manifestes. La législative y répondit par d'autres décrets. Le 1"' janvier 1792, elle déclara conspirateurs contre l'état et décréta d'accusation le prince de Condé, M. de Galonné, le vicomte de Mirabeau et M. de la Queuille . comme coupables d'avoir recruté et enrôlé contre la France, de ne s'être point conformés aux arrêts rendus par l'assemblée, d'avoir fait des réponses audacieuses aux invitations fraternelles du roi, etc. Le 16 du même mois , Monsieur fut dépossédé de son droit de régence. Le 25 . une invitation fut adressée au roi pour qu'il eût à demander à l'empereur d'Allemagne s'il était dans l'intention de rester en paix avec la France. Le délai pour la réponse était fixé au 1" mars.

Pour soutenir ces mesures vigoureuses il fallait un ministère qui inspirât de la confiance à la nation. Le parti girondin réussit à y faire porter de Grave, Servan , Lacoste , Dumouriez, Rolland et Claviéres. Sur ces entrefaites le bruit se répandit cpio le roi était dirigé secrètement par un comité qu'on désigna sous le nom de comité autrichien. Brissot et Gensonné le dénoncèrent à la tribune nationale , mais ils ne purent produire des preuves assez claires de son existence. Ce qui est certain du moins , c'est que la cour avait établi un bureau de corruption , pour semer la division , fausser l'esprit public et acheter des traîtres dans tous les partis. On sait que Danton, qui se trouvait en même temps à la tête du parti de d'Orléans, reçut de ce bureau des sommes considérables ainsi que son ami Fabre d'Églantine. Ils s'étaient faits forts l'un et l'autre de l'emporter, dans les sociétés populaires,, sur les Girondins., en enchérissant sur toutes les pro-

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positions que pourraient faire les députés de cette opinion. Le procédé n'était pas nouveau, comme on voit, il était renouvelé des patriciens de l'ancienne Rome; et il n'en réussit pas moins.

Le 1" mars, fixé par l'assemblée pour recevoir la réponse de l'empereur d'Autriche, fut remarqué par la mort de ce prince. La France déclara la guerre à son successeur le 20 du mois suivant.

Le pouvoir exécutif avait pris quelques mesures. Trois armées se trouvaient prêtes. Lukner campait avec l'une sous Lille, Lafayette commandait l'autre devant Maubeuge, la troisième, qu'on appela du centre et plus tard de la Moselle, était sous les ordres de Rochambeau.

La guerre ouverte qu'allaient nous faire les rois ne devait pas nous susciter les plus grands dangers ; les intrigues de leurs agens secrets à l'intérieur étaient bien plus à craindre. Trop souvent les mesures impolitiques que prenait l'Assemblée vinrent en aide à leurs plans désorganisateurs. Tel fut le décret qui prononça le bannissement des prêtres insermentés.

Un autre décret conçu dans un esprit de sagesse fut rendu en même temps ; il eût sauvé probablement la cause publique et peut-être aussi le roi, si le roi n'y avait apposé son veto. Il avait été rendu sur la proposition du ministre Servan et ordonnait la formation d'un camp de vingt mille hommes sous Paris. Cette armée eût suffi pour maintenir l'ordre et pour empêcher la révolution de tomber dans les mains de quelques brigands à la solde de l'étranger ou des traîtres de l'intérieur. Mais la cour craignit qu'on ne voulût s'en servir pour imposer au roi la volonté de l'Assemblée, ou même pour prendre les Tuileries. Ces craintes étaient fondées. Déjà on avait enlevé au roi la garde que lui accordait la constitution, et en décrétant la formation d'un camp sous Paris, les républicains voulaient se mettre sous la main une force armée qui, à un commandement donné , pût anéantir la royauté.

Les partisans de la constitution se plaignaient aussi vivement que Louis XVI des atteintes portées aux prérogatives royales. Ils crurent que l'intervention de Lafayette pouvait protéger le roi contre les complots dont il était menacé. Ce général se rendit à leurs prières, et écrivit, de son camp, une lettre à l'Assemblée où il s'efforçait de la faire rougir des atteintes qu'elle avait portées à la constitution. Cette lettre fut renvoyée aux comités. Elle n'eut d'autre résultat que d'accélérer la journée du 20 juin pour laquelle tout était disposé. Le veto mis sur le décret concernant les prêtres, et peut-être aussi le renvoi des ministres Servan, Roland et Clavières, en furent, sinon la cause, du moins le prétexte.

Les ouvriers des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau se rassem-

blèrenton tumulte, au nombre d'environ trente mille, traînant à leur léte deux pièces de canon. Santerre les commandait. Ils se dirigèrent vers l'Assemblée, ils demandèrent et obtinrent de défiler dans la salle. De là ils se portèrent sur les Tuileries dont ils enfoncèrent les portes. Louis XVI les reçut sans s'émouvoir. Il se couvrit la tête d'un bonnet rouge qui lui fut présenté. On vint lui lire une pétition où les outrages lui étaient prodigués j il y répondit avec modération et fermeté. En protestant de son zèle pour la constitution, il déclara qu'il ne se dessaisirait pas des droits qu'elle lui conférait.

Lorsque l'Assemblée fut informée que les insurgés avaient pénétré dans les appartemens du roi , elle se hâta d'envoyer une députation pour le délivrer de leur dangereuse présence. Vergniaud et Isnard vu faisaieutpartie.Ils trouvèrent LouisXVI assis auprès d'une table où veuaicnt boire des hommes déjà ivres. Vergniaud harangua la multitude. Pétion se présenta ensuite , et , sur son invitation , la foule s'écoula et laissa libres les appartemens.

Si les partisans de la constitution étaient en très petit nombre dans le corps législatif, au sein de la nation ils étaient très nombreux. Les départemens et Paris présentèrent des adresses où l'on demandait la punition des instigateurs du 20 juin ; mais il faut dire aussi que d'autres adresses demandaient qu'on prononçât la déchéance du roi. Sur ces entrefaites, Lafayette parut inopinément à la barre de l'Assemblée. Il demanda au nom de son armée qu'on punît les violateurs de l'acte constitutionnel, qui avaient insulté dans sou palais le chef du pouvoir exécutif. Sa présence intimida d'abord tous les partis, parce qu'ils crurent qu il s'était fait suivre de près par quelques régimens d'élite ; mais quand ils surent qu'il était venu presque seul, ils reprirent courage. Lafayette se présenta ensuite au château des Tuileries où il reçut un accueil très froid. Il s'aperçut bientôt que la cour cherchait à traverser son entreprise. La garde nationale elle-même méconnut la voix de son ancien générai , qui voulait la conduire contre le club des Jacobins j elle resta morne et silencieuse. Plusieurs fois on lui indiqua des points de rassemblement, elle ne s'y rendit jamais. On dit que Lafayette proposa au roi de le conduire à son armée. Cette proposition, si elle fut faite, n'eut aucune suite. Le général retourna dans son camp, après avoir fait une démarche qui eût pu être décisive s'il l'eût mieux soutenue. Il montra beaucoup de courage, mais trop peu de résolution ; il eût pu acquérir de la gloire, on dressa un acte d'accusation contre lui.

Sa retraite fut le signal de l'entière défaite des constitutionnels , qui demeurèrent sans force et sans voix. Les Jacobins et les Girondins res-

tèrent seuls dans l'arène où se livrèrent depuis de si sanglans combats. Nous avons déjà remarqué que les vues de ces deux partis étaient diamétralement opposées. Les Girondins avaient toujours fait des vœux pour un gouvernement libre, leurs écrits le témoignent; les premiers ils avaient fait entendre le mot de république. Ce furent eux qui , dans rAssemblée, jetèrent de la défaveur sur Texercice du veto , portèrent le décret contre les princes émigrés et firent déclarer la guerre a l'Autriche. Mais les symptômes d'anarchie qui se manifestaient chaque jour avec p'us de force , l'ascendant qu'avaient pris dans les sociétés populaires quelques agitateurs forcenés qui ne demandaient que meurtres et ravages", et qui conduisaient une partie de la population au moyen des agens secrets que soudoyaient leurs patrons, leur firent concevoir des craintes pour l'avenir. Ils eussent mieux aimé assu-rer une partie de leurs espérances que de les laisser toutes au hasard. S'ils avaient pu, comme ils l'avaient espéré un instant . amener le roi à exécuter franchement la constitution, à éloigner les armées ennemies des frontières, à sanctionner plusieurs décrets qu'il s'obtinait à repousser, à rappeler des ministres patriotes et à donner un gouverneur au prince royal , ils eussent sauvé à la fois la liberté et la France, eux-mêmes et le pouvoir royal. A la vérité ce pouvoir dans les étroites limites où il était enfermé, n'existait guère plus que de nom. C'était ce que sentait Louis XVI, puisqu'il refusa d'accéder à leurs propositions avant le 20 juin; il s'y refusa encore quelques jours avant le 10 août, et les Girondins, obligés d'opter entre les abus du régime royal et les dangers de l'anarchie, résolurent la perte du trône. Il n'est pas permis aujourd'hui d'attribuer à d'autres cette célèbre journée. Danton luimême, dit-on , le terrible Danton, si redoutable à la tribune des Cordeliers, ne se montra que quand le danger fut passé. Robespierre n'osa paraître que plus de vingt-quatre heures après l'affaire, mais lui et les siens avaient tout préparé pour profiter de la victoire.

Dés le matin de ce grand jour, les sections assemblées tumultuaîremenl, avaient destitué le conseil communal, mis à sa place une municipalité révolutionnaire, et proclamé Santerre, l'un des sicaires de d'Orléans, commandant militaire provisoire de Paris. Telle fut l'origine de cette célèbre commune où furent réunis des agens de tous les partis opposés à la résolution, et qui, secondée par Robespierre, dont elle servit en tout temps les fureurs, finit par dominer le corps législatif même. Les trames qui en avaient amené la formation furent tenues si secrètes, que les Girondins n'apprirent son existence qu'au moment où l'on vint annoncer son installation à l'assemblée.

Peud'inslans après on fut informé que le roi venait demander un asile

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pour lui et sa famille au corps législatif. 11 arriva bientôt accompagné de la reine, de Mme Royale, de Mme de Tourzel et de deux autres dames. Un grenadier portait le prince royal. Ils furent accueillis avecun sentiment «te respect dont les amcs les plus farouches ne sauraient se défendre en présence de si grandes infortunes. « Je suis venu ici, dit Louis XVI, pour prévenir un grand crime : je me croirai toujours en sûreté avec ma famille, au milieu des représentans de la nation j j'y passerai la journée. » « Sire, répondit le président Vergniaud, l'assemblée nationale connaît tous ses devoirs j elle regarde comme l'un des plus chers le maintien de toutes les autorités constituées; elle demeurera ferme à son poste. Nous saurons tous y mourir. » Un député ayant fait observer que toute discussion au corps législatif était interdite en présence du roi, il se retira dans la tribune où étaient tous ceux qui l'avaient suivi. Avant de se séparer l'assemblée vota un décret portant qu'une convention nationale serait convoquée , que le chef du pouvoir exécutif serait provisoirement suspendu de ses fonctions, que les ministres continueraient leurs services. La séance fut levée à minuit. On remarqua que la plupart des constitutionnels s'étaient retirés chez eux craignant d'être égorgés. Le 13, l'ex-roi fut conduit avec sa famille à la tour du Temple.

A dater du 10 août la puissance du parti Girondin ne cessa de décliner, et il devait en arriver ainsi. Le parti désorganisaleur qui jusque là n'avait fait qu'une guerre sourde, osa se montrer publiquement et étaler au grand jour ses coupables doctrines, ses horribles projets. Toujours conséquent avec lui-même, il avait constamment suivi le plan tracé par Mirabeau, qui consistait àmettre le corps législatif dansladépeudancede la Commune, et à dominer, par la Commune, toute la France. Pour établir cette domination , il fallait avilir la représentation nationale en la poussant à des crimes, en la faisant agir, voter sous l'influence de la terreur; ensuite pour atteindre le but que se proposait la Commune, pour faire mépriser la constitution et haïr la liberté, il fallait en son nom couvrir la France de ruines et de funérailles. Certes, après quelque temps d'un pareil régime, il devait être aisé de faire accueillir un gouvernement, un maître quel qu'il fût, despote héréditaire ou dictateur. C'était ce que voulaient les dominateurs de la Commune , Marat, Robespierre et Danton.

Robespierre venait souvent porter des pétitions à la barre de l'assemblée: « Le sang ne coule point encore, disait-il, le peuple reste sans vengeance. Nul sacrifice d'expiation n'a été encore offert aux mânes des héros dont la mort a valu le 10 août à la France. » En parlant des partisans de Louis XVI, « Déjà je les vois, je les entends, s'écriait-il, qui se flattent de surprendre et d'égorger sans défense les vainqueurs qu'on em-

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pèche de protitcr de leur victoire. » Et, pour effrayer les députés, il ajoutait : « Un tel malheur, s'il arrivait, ne serait point imputé au peuple, il sent ses droits et brûle de les exercer; votre faiblesse en serait la seule cause. . . Vous parlez, législateurs, de mettre en jugement les conspirateurs

du 10 août, c'est trop restreindre la vengeance nationale! qu'ils soient

jugés tous; mais par des juges créés pour les circonstances. » Il demandait que tous les conspirateurs de toutes les époques de la révolution fussent jugés par des commissaires pris dans chaque section.

L'assemblée frémit à ces propositions; les Girondins s'.élevèrent contre les assassinats qu'on voulait légaliser, ils obtinrent avec beaucoup de peine qu'on conservât quelque faible image de jury au tribunal extraordinaire qui fut créé. Les nouveaux juges, effrayés de leurs fonctions, mettaient de la lenteur dans leurs jugemens toutes les fois que cela dépendait d'eux. La Commune s'indignait de ces lenteurs. Aucun tribunal n'aurait pu. même dans plusieurs années, lui livrer le grand nombre de victimes qu'elle voulait immoler.

La terreur dominait l'assemblée; les Girondins ne purent jamais obtenir qu'elle prît des mesures vigoureuses contre les auteurs de ces lâches assassinats, qui déjà menaçaient de la proscription le ministre Rolland , et annonçaient l'intention de poursuivre , comme traîtres à la patrie, Vergniaud, Guadet, Gensonné et Brissot. Un mandat avait été lancé contre ce dernier, ses presses avaient été saisies, et son collaborateur, Girey Dupré, était en prison. Rien ne pouvait retirer la Législative delà stupeur où elîe était plongée; si quelquefois encore elle rendait des décrets, c'était pour fournir de nouvelles armes à ses ennemis. Ce fut ainsi qu'elle ordonna des visites domiciliaires qui servirent de prétexte au ministre de la justice, Danton, pour enfermer dans les prisons des milliers de victimes destinées d'avance au fer des égorgeurs. Tout se disposait pour un massacre général qui devait s'étendre d'un bout à l'autre de la France. La prise de Verdun et de Longwy,etlamarche des PrussiensdanslaChampagne en serontle signal.

L'assemblée ne peut plus ignorer les crimes qui.se préparent. Les discours généreux de Vergniaud et d'Henry-Larivière l'émeuvent un instant, mais ne peuvent la porter à de courageuses résolutions ; elle se borne à adresser à la Commune une injonction d'être plus circonspecte à l'avenir sur les mandats d'amener; elle mande en même temps son président à la barre. Robespierre et Danton sentent que c'est le moment de l'accabler dans sa lâcheté. Ce ne sont plus des dénégations qu'ils vont opposer aux accusations qu'on fait peser sur eux, c'est l'apologie de leur conduite , des crimes de la Commune qu'ils vont faire entendre aux représentans de la France. Tallien portera la parole, il poussera l'audace justju'à leur dire :

« Nous avons fait des visites domiciliaires. Qui nous les avait ordonnnécs? vous. . . Nous avons fait arrêter des prêtres perturbateurs ; ils sont enfermés dans une maison particulière, et sous peu de. jours le sol de la Ubcrlc sera purijè de leur présence, etc. » A peine l'orateur a-t-il terminé que des cris affreux pénètrent dans la salle : vive la Commune! vivent nos bons commissaires! nous voulons les voir et les défendre. Kn même temps les tribunes font entendre d'horribles menaces contre l'assemblée qui voit envahir par ces hordes l'enceinte de ses délibérations. Elle lève la séance sans rien décider. La Commune estvictorieuse; leségorgemensvontcommencer.

Les listes de proscription se dressent dans l'hôtel du ministre de la justice. Il vient annoncer à l'assemblée les mesures qui ont été prises pour sauver la patrie. « Le canon que vous allez entendre, dit-il, n'est point le canon d'alarme, c'est le pas de charge sur nos ennemis. Pour les vain cre, pour les attérer, que faut-il? De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace! » Ces mots sont prononcés avec un geste exterminateur. Tandis qu'il parle encore, Robespierre, Collot d'Herbois, Billaud Varennes ont réuni une foule d'assassins autour de la Commune; i'is les haranfyuent, leur distribuent des assignats, de Tor et des liqueurs fortes, et les lancent sur les prisons. Les massacres durèrent quatre jours.

Que faisait l'assemblée? elle discutait des décrets pour la fabrication d'une petite monnaie. Elle se décida pourtant, sur la motion de Fauchet, évéque constitutionnel, à envoyer une députation pour engager les assassins à cesser les massacres. Ses commissaires réussirent à peine à sauver une victime.

Le 3 septembre , les commissaires de la Commune osèrent venir rendre compte de leurs travaux à la barre du corps législatif. Ils furent écoutés sans indignation. Rolland seul osa faire entendre sa voix contre les auteurs de tant de meurtres, qui, toujours plus avides de sang par cela même qu'ils en avaient versé davantage, parlaient de porter le ferxhns le sein de rassemblée même. Ils répétaient qu'on n'avait frappé encore que des traîtres obscurs, qn'il fallait réunir dans un même supplice les constitutionnels et les Girondins. Mais leurs nouvelles entreprises furent arrêtées par l'élo. quence de Vergniaud qui sut inspirer enfin à ses collègues la résolution de se défendre si on venait les attaquer. Rien n'honore plus sa mémoire que le discours qu'il prononça dans celte circonstance.

L'assemblée législative termina sa déplorable carrière au milieu de tant d'horreurs. Dans tous les départemens on élisait les membres qui devaient faire partie de la Convention nationale ; la majorité y était acquise au parti de la Gironde qui attendait avec impatience le moment où elle pourrait punir les crimes de la Commune. Damon,

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