CONSEIL DES CINQ-CENTS
La constitution de l'an lïl, que M. de Tracy, dans son excellent commentaire sur Montesquieu, semble juger la meilleure de toutes celles qui ont été faites depuis 1789, avait adopté à peu près les mêmes bases que c^lle de 91 ; mais elle donnait des formes bien différentes au pouvoir exécutif et au pouvoir législatif. Elle créait un directoire composé de cinq membres qui devait mettre à exécution les lois décrétées par deux assemblées ; l'une nommée Conseil des Cinq Cents , et où l'on pouvait être élu à l'âge de 25 ans; l'autre appelée Conseil des Anciens et où l'on n'était admis qu'après 40 ans. Ce conseil, qui était considéré comme le modérateur du gouvernement, se composait de deux cent cinquante membres; i! accep
374 ■ PARIS pnrniM'SorK.
tait ou rejelail les projols (\v loi déjà votés par les Cinq-Cents. Ces deux assemblées, qu'où comprenait sous le nom de corps législatif, comptaient trios cent cinquante députés nommés par des électeurs choisis eux-mêmes dans les assemblées primaires. Les deux conseils étaient rééligibles par tiers toutes les années. Toutes les années aussi, et dans le même temps , la voie (lu sort déclarait le changement d'un membre dans le Directoire,
La Convention n'imita pas la noble et funeste résolution des constituans qui, en 91 , s'exclurent de l'assemblée où devait être acceptée et promulguer la constitution ; elle décréta , au contraire , que les deux tiers du corps législatif seraient pris parmi ses membres. Cette mesure si vivement crctiquée et qui fut sinon la cause du moins le prétexte du soulèvement du 13 vendémiaire, sauva peut-être la France. En effet, sans cela deux partis entièrement opposés de vues et d'intérêts, l'un, celui que le 9 thermidor avait vaincu, mais n'avait pas détruit; l'autre, celui que l'or de FAngleterre et les intrigues des émigrés avaient relevé , surtout depuis la chute du système de la terreur , seraient entrés en majorité dans les deux conseils. C'est du moins ce que semblent prouver les élections qui eurent lieu dans la suite. Cette mesure eut la même cause que les coups d'état par lesquels le Directoire s'efforça de préserver son pouvoir et la liberté. La position du gouvernement était des plus critiques; tenant une sorte de milieu entre deux partis opposés , ennemi de tous deux , il ne pouvait pas frapper l'un sans que l'autre ne sentît renaître ^es forces et ne lui préparât de nouveaux combats à livrer , de nouveaux excès de pouvoir à commettre. Dans le corps législatif même il y eut dès le commencement deux partis, comme il y avait deux systèmes de lois qui régissaient la république. Les décrets de la Constituante, une partie de ceux de la Convention et la constitution formaient le premier ; le second résultait d'une effrayante collection de lois révolutionnaires rendues à différentes époques. Les partisans de ces lois étaient peu nombreux dans les conseils, mais ils pouvaient avoir facilement de l'écho dansunepartie de la population de Paris. Comme dans toutes les circonstances ils se montraient opposés au Directoire, la majorité jugea qu'elle devait favoriser l'agrandissement du pouvoir chargé de veiller au salut delà constitution. Bientôt, en effet, le Directoire devint assez puissant pour tenir sous sa tutelle en quelque sorte le corps législatif et vaincre l'émeute dans les rues; mais il ne fut jamais ni assez habile ni assez fort pour inspirer la confiance, rallier la nation autour de lui et imposer a la sédition par l'ascendant de l'opinion publique.
(]e n'était pas tout que de se prémunir contre les dangers des factions, on dut s'occuper en même temps de créer des ressources et un crédit publicque le système de la terreur semblait avoir détruits à jamais. Le corps