INTRODUCTION. XXI
risiens sortent en foule de leurs murs avec les écharpcs aux couleurs des duchesses de Longueville et de Bouillon, et la vue d'un soldat royal les me* en fuite. Enfin, la cour parvient à gagner les chefs de la Fronde, et conclut une première paix. Le 16 août 1649, Mazarin fait sa rentrée dans Paris, et .signe l'arrestation du prince deCondé,du duc de Longueville, et du prince de Conti. Gondé, transféré à Marcoussy, impi'ovise sur le comte d'Harcourt, chargé de sa translation , le couplet suivant :
Cet homme gros et court,
Si connu dans l'histoire,
Ce grand comte d'Harcourt,
Tout couronné de gloire , Qui secourut Casai et qui reprit Turin , Est maintenant recors de Jules Mazarin.
Le 19 novembre 1650, les princes adressent, de leur prison, une lettre au parlement, par laquelle ils le supplient d'obtenir de la régente leur liberté. Le parlement uni au duc d'Orléans fait des remontrances à la cour, et demande le renvoi de Mazarin. La reine lutte quelque temps, et fait des réponses évasives. Le cardinal, qui comprend enfin la haine universelle dont il est l'objet, et tremble pour ses jours, quitte secrètement Paris.
Les princes sont aussitôt remis en liberté. Cette nouvelle victoire du parlement détermine Anne d'Autriche à se jeter dans les bras des frondeurs. Le 17 août 1651, elle convoque le parlement, lui annonce son intention d'éloigner pour toujours Mazarin , mais en même temps elle se plaint de la conduite de Condé et de ses menées avec l'étranger. Gondé se rend au parlement à la tète de quatre cents gentilshommes ou laquais , tous armés, et s'efforce de repousser les inculpations de la reine. Le coadjuteur, récemment attaché au parti de la reine, et effrayé de l'escorte armée du prince, vient le lendemain au parlement à la tête d'une force militaire imposante, prêt à livrer bataille s'il le faut ; Gondé s'y rend aussi à la tête d'une suite plus nombreuse que la veille. Ces deux factions, celle de la cour et celle du prince, se trouvant ainsi en présence, une collision terrible paraissait inévitable ; déj à même les épées étaient tirées , et un horrible massacre allait avoir lieu dans la salle d'audience de la grand'chambre , quand un capitaine observa qu'il serait déplorable que des Français s'égorgeassent pour un Mazarin. Ge simple mot fit rentrer au fourreau toutes les épées. Le coadjuteur toutefois faillit être tué d'uu coup de poignard , par un inconnu dont le bras heureusement fut écarté.
C'est dans cette même journée que le duc de Larochefoucauld , l'auteur des Maximes et partisan des princes, entendit froidement le duc de Briss.ic
\ÏII INTRODIJCTIOX.
lui (lire en yAoin parlement : si nous èlions darnt un autre lien , je vous donnerais cent coups d'éperon. Le coadjuteur lui dit également : Camarade la Franchise (sobriquet de Larochefoucauld) , nous ne nous battrons pas pour cela. Je suis prêtre, et toi tu n'es qu'un poltron. Plus tard, le coadjuteur en vètemens archi-épiscopaux , conduisant la procession de la prande confrérie , vit le prince de Coudé arrêter sa voiture et s'agenouiller avec les siens; l'habile prélat profilant de cette singulière nécessité (pii mettait à ses pieds son mortel ennemi , lui donna sa sainte bénédiction....
Mazarin, à la majorité du roi, obtient de rentrer en France, malgré les arrêts fulminans du parlement; et le même jour, Gondé quitte Paris pour se remettre à la têle des mécontens. Après quelques hostilités dans les provinces, il marche rapidement sur Paris, et arrive au faubourg Saint-Antoine, où son arrière-garde fait éprouver un échec, dans le faubourg Saint-Denis, à l'armée royale, commandée par le maréchal de Turenne. Turenne n'en continue pas moins de le poursuivre. Une première attaque n'ayant pas réussi, le maréchal trompe son ennemi par une fausse retraite et prépaie une manœuvre qui doit en finir d'un seul coup avec la guerre civile. Le prince comprend ce mouvement, et veut se retirer eu toute hâte, mais les portes de la ville lui sont fermées. Tout-àcoup Mademoiselle de Montpensier fait tirer le canon sur les troupes royales, et ce renfort inattendu sauve l'armée de Condé d'une destruction certaine. Après le combat du faubourg Saint-Antoine, Turenne se retira à Montmorency , et le prince resta maître de Paris , où le massacre et l'iticendie furent portés dans toutes les maisons accusées de Mazari. nisme.
Louis XIV, retiré à Pontoise , y créa un parlement qu'il opposa à celui de Paris, et pendant que les deux assemblées se faisaient une guerre d'ar rêls, la cour et les princes se livraient de fréquens combats. Enfin Mazarm, cause apparente de tant de maux , sortit du royaume et le roi put rentrer dans Paris. Mais l'ambitieux prélat ne tarda pas à revenir plus puissant que jamais , et cette fois ses plus hardis ennemis se mirent à ses pieds.
Condé , trop fier pour profiter de l'amnistie royale et se soumettre à Mazariii, préféra passer chez les Espagnols, qui ne le reçurent qu'à d'humiliantes conditions. Après quelque temps d'une guerre sacrilège contre son pays , et dans laquelle la victoire l'abandonna presque toujours, il obtint de revenir à Paris et de rentrer en grâce.
Mazarin gouverna paisiblement jusqu'au 9 mars Ififil , époque de sa mort. Voici une de ses épilaphcs •
Ci gît l'ennemi de la fronde.
Celui qui ftinrb.i tout le monde .♦
INTEODUCTrON. X\IT(
11 fouiba jusqut's au tombeau .
Il fourba même le bourreau, Evitant une mort infâme.
H fourba le diable en ce point Qu'il pensait emporter son ame ; Mais l'aifronteur n'en avait point.
Les guerres désastreuses de Louis XIV ne jouent qu'un faible rôle dans l'histoire particulière de Paris. La révocatiou de l'édir, de Nantes exila de ses murs un grand nombre de riches familles du tiers^état ; elles allèrent porter à l'étranger, qui s'empressa de les accueillir, et leurs capitaux, et les merveilles de leur industrie (1). Louis XIV n'accorda aucune franchise municipale à la \ille de Paris , mais il réforma les juridictions ecclésiastiques et féodales qui furent réunies au Châtelet.
Eu 1676, Paris tout entier s'émut des nombreux empoisoniiemcns qui s'y commettaient. La marquise deBrinvilliersfit périr ainsi sa famille tout entière, fut condamnée à mort le seize juillet , décapitée et brûlée. Les morts subites et violentes se multiplièrent, en 1680, à un degré effrayant; la terreur devint universelle. Le roi se vit forcé d'établir à l'Arsenal une commission chargée de faire le procès aux empoisonneurs et aux ma^'^iciens; cette commission condamna au supplice du bûcher Catherine Deshaies, plus connue sous le nom de la Voisin. Leduc de Luxembourc, la comtesse de Soissons et un grand nombre de seigneurs et de dames de la cour furent arrêtés et subirent des interrogatoires ; le duc de Luxembourg fut exilé.
Le trait le plus saillant de la physionomie de Paris à cette époque est la bassesse des grands, selon l'énergifjue expression du marquis de La Fare. Madame de Main tenon va plus loin, et dans une de ses lettres presque toutes remarquables sous le rapport de la pensée et de style, elle s'exprime ainsi: «Ce pays est effroyable.... presque tous (les courtisans) noient leurs parens, leurs amis, pour dire un mot de plus au roi et pour lui montrer qu'ils lui sacrifient tcTut. Je vois, j'entends des choses qui me déplaisent ou m'indignent. Nous avons des assassinats de sang-froid , des envies sans sujets, des rages , des trahisons sans ressentimens , des avarices insatiables , des désespoirs au milieu du bonheur , des bassesses qu'on couvre du nom de grandeur d'ame...» Le comte Bussi-Rabutin dit un jour, à propos d'initriguesde cour : « Je suis, autant qne je le puis, du parti le plus fort. .. Le maréchal de Villeroi répétait souvent ces sordides paroles : « Quelque
(1) 11 existe à Londres un qunrlier tout entier habité par des ouvriers en soie , assus de familles françaises que chassa la révocation de IVdit de Nantes.Berlin a aussi un nuartier formé de cette sorte de réfugiés.
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ministre qui vienne en place, je déclare d'avance que je suis son serviteur, son ami et même un peu son parent. « Le cardinal de Polignac, recevant une pension du roi, le remercie en lui assurant qu'il s'estimerait fort heureux d'être son domestique.
Un gentilhomme de grand nom maltraitait un valet de pied de Louis XIV. Le roi, entendant des cris, en demande la cause : « Ce n^ est Tien , répondit le gentilhomme , ce sont deux de vos gens qui se battent. » La haute noblesse , sous ce règne, ne retint qu'un seul des privilèges des barons féodaux ses aïeux , l'impunité du vol , chose à peine croyable si elle n'était établie sur d'incontestables documens. Les seigneurs des premières familles se volaient entre eux , et exerçaient leur inqualifiable industrie au jeu même du roi ; le duc de Grammont escroquait presqu'ouvertement à la cour. A une des fêtes magnifiques données à Versailles par Louis XIV , à l'occasion du mariage du duc de Bourgogne , un homme fut arrêté au moment où il volait une agrafe de diamans à la duchesse: c'était , dit le chevalier de Sully , un homme de la première qualité. Le roi lui lit grâce.
Les événemens de la régence se réduisent à peu près à la conspiration de Gellamare, et au système financier de l'écossais Law. A la mort de Louis XIV la dette publique s'élevait à deux milliards soixante'deux millions. Le régent créa une chambre chargée de poursuivre les traitans de l'état et de leur faire restituer le produit de leurs exactions. Cette chambre, par ses condamnations arbitraires, sema la terreur dans Paris. Toutes les hautes fortunes, légitimes ou non, furent citées à comparaître devant ce tribunal de vengeances et de réactions. La délation , autorisée et payée, s'introduisit dans le sein des familles et provoqua les plus monstrueux scandales. Les haines ouvertes, les inimitiés secrètes , les simples jalousies , toutes les passions mauvaises enfin éclatèrent par des dénonciations presque toujours victorieuses. Une inquisition tei'rible fut exercée sur les plus simples patrimoines qui, souvent, malgré les meilleures justifications , furent confisqués au profit de l'état, par un tribunal qui avait ordre de condamner à tout prix.
C'est à cette époque que l'écossais Law proposa son projet d'une banque générale où chacun échangerait son argent pour des billets payables à vue. Cette banque offrait pour garantie hypothécaire le commerce du Mississipi , du Sénégal et des Indes orientales. Le régent adopte ce projet et autorise l'établissement de cette banque qu'il érigea bientôt en banque royale. Séduit par les promesses les plus flatteuses, Paris se porte en masse à l'établissement de Law , qui fit en peu de temps des émissions d'actions pour plusieurs centaines de milHons. Un édit du régent vint enctre aider à ce prodigieux succès, en défendant les paiemens en argent