INTRODUCTION. XXV
au-dessus de six cents livres, mesure arbitraire qui rendit nécessaire la circulation des billets de banque. La rue Quincampoix , devenue célèbre par l'agiotage dont elle fut long-temps le théâtre, ne put bientôt plus contenir la foule qui s'y pressait. Cette espèce de bourse en plein air fut transférée à la place Vendôme et de là à l'hôtel de Soissons.
Le prestige du système ne dura pas long-temps ; le prince de Conti ayant envoyé demander à la banque le remboursement d'une masse énorme de billets , en ramena deux fourgons de numéraire ; ce remboursement fut fatal à la banque. En 1719 et 1720, des Anglais et des Hollandais qui avaient acheté à bas prix des sommes considérables en billets, emportèrent de France plusieurs centaines de millions en monnaie. Dès lors le crédit de Law fut ruiné. Un édit du 21 mai 1720, qui or donnait une réduction graduelle des billets de banque et des actions de la compagnie des Indes, révéla toute la profondeur de l'abîme dans les quel Paris et la France s'étaient plongés. La régence essaya vainement d'apaiser l'indignation publique en destituant Law , le directeur des finances ; des cris de mort s'élevèrent contre lui, et peut-être l'insurrection populaire l'eût-elle arraché des appartemens du Palais-Royal où le duc d'Orléans le tenait caché, si celui-ci ne l'eût fait secrètement évader et parvenir à Venise, où il mourut, dit-on, dans une extrême misère.
La fortune publique était encore ébranlée par le déficit désastreux des utopies financières de Law , lorsqu'une conspiration fut tramée par le cardinal Alberoni, l'abbé Porto-Carrero, le cardinal de Polignac, et le duc du Maine , un des bâtards de Louis XIV , dans le dessem d'enlever au duc d'Orléans, et au profit de Phihppe V, roi d'Espagne, la régence du royaume. L'abbé Porto-Carrero fut arrêté à Poitiers et ses papiers saisis. Le prince de Cellamare fut emprisonné , ainsi que le duc et la duchesse du Maine. Le cardinal de Polignac et d'autres seigneurs de la cour furent exilés.
Sur la fin de la régence , l'histoire de Paris se retrouve tout entière dans les lupanars du Palais-Royal et dans les actes de corruption inouie de la confrérie des roués.
Louis XV, dit \^ Bien- Aimé, fit coucher la prostitution sur les lis de France et chanceler la royauté comme un homme ivre et à demi-mort d'orgie. Nous ne dirons rien des jésuites confesseurs et du règne des maîtresses royales. Ce sont là d'affreux scandales dont il faut se détourner avec dé"-oût en tenant les yeux fixés sur l'horizon du pays, qui déjà , à cette époque, se couvre de nuages et fait entendre un tonnerre lointain. Mais nous mentionnerons en passant, comme épisode caractéristique des mœurs parisiennes, les convulsionnaires de Saint-Médard, protestant au nom du jansénisme contre la \)\\}\ç^unigenitas, et se multipliant bientôt, grâce à l'intervention hostile du gouvernement. On vit la nouvelle secte s'organiser
XXVl INTRODUCTION.
en société qui eut ses rè^Iemens, ses chefs, ses saints et ses martyrs* Des schismeséclatèrentdanssonseiu.elproduisirentsuccessivemenllesiaiV. lantistes , les augusliniens , \cs vielangLstea , \es disc^mans , les margoul' listes, les /îifuristes et les secouristes. Les sectaires les plus ardens furent les femmes, que l'on distingua en sauteuses, aboyeuses cl miaulantes ^ qualifications bizarres dont on devine sans peine l'origine.
Un scandale succède à un scandale. Christophe de Beaumont , archevêque de Paris , défend l'usage des sacremens à qui n'aura pas accepté la fameuse bulle, et ne se sera pas muni d'un billet de confession. Cette persécution du clergé est combattue par le parlement, qui répond par un arrêt prohibitif au mandement fanatique de Christophe de Beaumont. C'est à l'occasion de ce confht qu'on entend Louis XV en colère s'écrier, en parlant du parlement : « Je déteste U^ grandes robes ;... ils voudraient me mettre en tutelle... O est une assemblée de républicains ! ... et il ajouta ces mémorables et prophétitjues paroles: uEn voilà, au reste, assez ; les choses comme elles sont, dureront autant cjue moi. »
Enfui Louis XV , forcé d'intervenir entre les deux partis, tente une mesure conciliatoire qui le fait traiter de persécuteur par les jésuites, et suscite contre sa personne une nouvelle sainte ligue. Le o janvier 1757 ' Robert François Damions le frappe au côté d'un coup de couteau. On trouva sur lui les Instructions et prières chrétiennes ! Au mois de novembre 1764, un édit du roi décida l'expulsion générale et définitive des jésuites
Maintenant que nous touchons à un ordre d'événeniens qui ouvrent pour la France un monde nouveau, et que leur importance a rendu familiers à toutes les mémoires , sinon à tous les cœurs , nous rétrécirons encore le cadre de cette revue analytique, déjà si rapide.
Louis XVI, à son avènement au trône, continue contre les parlemens la guerre que Louis XV et le chancelier Maupeou avaient déjà commencée. Cette royauté saisie de vertige veut abattre le dernier rempart qui la protégera encore quelque temps contre l'agression démocratique.
Cependant deux assemblées de notables, que la détresse des finances fait appeler , se retirent en demandant les états-généraux , qui furent convoqués pour le 5 mai 1789.
Une question grave et à laquelle tenaient les destinées de la nation se présente d'abord à l'attention des députés ; c'est celle de la réunion de trois ordres dans la même salle de délibérations ; le roi l'ordonne sans être obéi. Dans la séance du 1 7 juin , le tiers - état se constitue en assemblée nationale. Le 20 juin , trouvant les portes de la salle des états fermées, il se réunit au jeu de paume de Versailles, et y prête le serment de he se séparer qu'après la constitution faite.
INTRODUCTION. XXVIi
— Deux partis sv mettent en présence dans l'assemblée : celui d'une rénovation sociale ol politique , celui du système monarchique absolu. Le premier s'appuyant sur la nation, manifeste bientôt sa puissance au point d'effrayer la cour qui veut dissoudre l'assemblée par la force. Mais le 14 juillet, le peuple inaugure sa révolution, et en pose lui-même les bases par la prise de la Bastille. Le 17 juillet, une garde nationale s'organise spontanément , et le roi arbore la cocarde tricolore. Le 1 1 juillet, il rappelle le ministre Necker , qui était, à cette époque , en. possession d'une pleine popularité et qu'une faction de cour avait chassé. — Au bruit universel lement répandu d'une contre-révolution prochaine , le peuple se précipite sur Versailles, accomplitlesjournéesdes5et 6octobre,etramèneleroi à Paris, qu'il ne quittera plus qu'une seule fois, mais pour revenir y chercher sonéchafaud. Le 14 juillet 1790, le roi jure, devant la nation assemblée, de maintenir la constitution décrétée par l'assemblée nationale.
Nous passons sous silence les immortels travaux de cette assemblée: nous en avons tracé l'histoire dans un article spécial de notre ouvrage.
— Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, Louis XVI quitte Pans e> laisse une protestation contre tous les actes émanes de lui pendant sa captivité. Le mercredi 22 juin 1791, l'assemblée est instruite de l'arrestation du roi à Varennes. — Au mois d'août , l'émigration nobiliaire qui avait commencé après le 14 juillet, redouble et prend un caractère alarmant. Le 3 septembre, la constitution est terminée, et le 13 du même mois, le roi l'accepte. — Le l^"" octobre, l'assemblée nationale est remplacée par l'assemblée législative. — Le 1 4 octobre, leroi essaie, mais sans bonne foi, d'arrêter l'émigration qui continue. — Le 31 décembre, l'assemblée décrète d'accusation les frères du roi , et les traduit devant une haute cour nationale, comme coupables de trahison envers l'état. Le roi sanctionne ce décret. • — En févrierl792, l'assemblée décrète le séquestre des biens des émigrés. — Un décret du 5 avril supprime toutes les congrégations séculières , ecclésiastiques du royaume. — Le 1 1 mai, on voit à Paris le premier exemple d'un prêtre contractant mariage.
Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée à l'Autriche. Paris dépose sur l'autel de la patrie des offrandes patriotiques. — Journées du 20 juin et du 10 août: le Louvre est attaqué et pris par le peuple; le roi et sa fa mille se réfugient à l'Assemblée législative. — Journées de septembre ; les prisons de Paris sont envahies et les détenus égorgés. — Le 21 septembre, la Convention succède à l'Assemblée législative. Elle abolit la royauté, décrète le gouvernenient républicain, et met Louis XVI en jugement. — Louis XVI condamné à mort est. exécuté le 21 janvier 1793. — Lutte des Gii'ondins et de la Montagne après la mort du roi. — Une insurrection organisée par Robespierre, Marat, Danton, Pache, Ghauiuette,
XXVill INTROIIUCTION .
marche sur la Convention, le 31 mai, et demande la mise en jugemens des Girondins. —Le 13 juillet, Marat meurt assassiné par Charlotte Corday. — Création du Comité du salut public en mars. — Exécution de Marie- Antoinette et de Bailiy, le 16 octobre, et bientôt après des vingt-deux Girondins , qui , le 2 juin , avaient été décrétés d'arrestation. — Loi du maximum. — Loi des suspects. — Chute de la commune, le 24 mars 1794. — Supplice des Dantonistes, le 5 avril 1794. — Fête de l'Etre suprême, le 8 juin. — Chute de Robespierre le 9 thermidor ou 27 juillet. — Réaction contre les terroristes. — Les comités et le tribunal révolutionnaire renouvelés. — Clôture de la Société des Jacobins. — Exécution de Fonquier-Tinville, Carrier et Joseph Lebon. — La Convention rappelle les soixante-treize députés proscrits pour avoir pro testé contre les événemens du 31 mai. — Suppression de la loi du maximum et des décrets contre les prêtres et les nobles. — Journées du l'i" prairial ou 20 avril 1795 ; le peuple se porte à la Convention en demandant du pain et la Constitution de 93. —Le 4 prairial, la Convention abolit la Constitution de 93. — Constitution de l'an m (1795.)- — Journée du 13 vendémiaire ; la Convention est victorieuse des sections que Bonaparte disperse. — Clôture de la Convention, le 26 octobre 1795. — Installation du Directoire, le 27 octobre 1795. — Conspiration de Babeuf et son exécution. — Coup d'état du 18 fructidor ou 4 septembre 1797 ; Quarante-deux membres du Conseil des Cimi-cents, onze membi'es de celui des Anciens , et deux directeurs, Cai^not et Barthélémy, condamnés à la déportation. — Coup d'état du 18 brumaire: Bonaparte renverse le Directoire et se fait créer consul, le 10 noveinbrel799, en s'adjoignant Lebrun et Cambacérès.
— Acceptation par le peuple de la Constitution de l'an 8. — Machine infernale, le 24 décembre 1800. — Le 2 août 1802, Bonaparte est nommé consul à vie. — Sénatus- consulte organique de la Constitution (an x — 1802.) — Conspiration royaliste de Morean, Cadoudal et Pichegru en février 1804. — Exécution du duc d'Enghieu, en mars 1804. — Proclamation de l'empire, le 18 mai 1804. — Abolition du Tribunat, en 1805.— La presse enchaînée. — Mariage de Napoléon et de l'archiduchesse Marie- Louise, le 30 mars 1810. — Naissance du roi de Rome, le 20 mars 1811.
— Conspiration du général Malet, le 23 octobre 1812. — Le Corps-Légisappose aux volontés de l'empereur la première résistance qu'il falitti encore rencontrée ; une adi'esse lui demande l'abandon de ses conquêtes et lerétabhssement de la liberté. — Capitulation de Paris, le 31 mars 1814-
— Abdication de Napoléon, le 14 avril 181 4 , à Fontainebleau.— Première restauration de la maison de Bourbon, en avril 1814.
Qu'il nous soit permis ici de quitter la forme chronologique pour reprendre le récit.
INTHOUUCTION. XXIX
Louis XVIII se tait précéder dans Paris par la déclaration datée de Saint- Ouen, le 2 mai , qui garantissait aux Français la jouissance des libertés promises par la constitution sénatoriale. Le lendemain, le roi entre dans la capitale, escorté par la vieille garde, ci-devant garde impériale. Les espérances que la déclaration de Saint-Ouen avait données à la nation, s'évanouirent eu partie à la formation du nouveau ministère , où parurent les hommes les plus antipathiques à la nation.
Le traité de Paris, du 30 mai 1814 , délivra le royaume de l'occupation étrangère.
Ce fut le 4 juin 1814 que fut promulguée la Charte constistutionnelle, dont les dispositions principales reproduisaient celles de l'acte du sénat et de la déclaration de Saint-Ouen. Les premiers actes du ministère signalèrent une réaction dans un sens royaliste et absolutiste. La vieille armée fut insultée ; la nation humiliée dans sa gloire et ses plus glorieux souvenirs révolutionnaires. Une pareille conduite, de la part de la royauté ■restaurée, indigna le pays, qui se partagea en plusieurs partis , le parti impérialiste, le parti républicain, le parti constitutionnel, et le plus dangereux de tous , le parti ultra royaliste.
Le 27 février un brick de guerre traverse la Méditerranée. Ce brick débarque Napoléon à Cannes, le l^*" mars 1815. Napoléon traverse au milieu d'un frénétique enthousiasme les populations françaises, et le 20 mars rentre dans la capitale sans avoir tiré un coup de fusil. Louis XVIII avait quitté précipitamment le palais des Tuileries, la veille de celte solennelle entrée. L'acte additionnel qui reproduisait les principales dispositions de la Charte de 1814 refroidit tout-à-coup l'enthousiasme qui avait accueilli l'empereur; de nombreuses protestations se firent entendre, et scindèrent le pays en factions politiques, au moment oij il avait besoin de se rallier en masse au seul homme qui pût le sauver d'une nouvelle invasion.
Après Waterloo, Napoléon revient à Pai'is, offre aux représentans d'abdiquer de nouveau , et de prendre sous les murs de Paris le commandement des débris de son armée. La chambre, influencée par Lafayetle, accepte l'abdication, et va jusqu'à repousser le général Bonaparte.
Le 28 juin, Louis XVIII rentre dans Paris, et avoue les fautes de son gouvernement; à son retour des listes de proscription sont dressées, et une nouvelle réaction s'organise. L'armée de la Loire, dernière espérance de la France , est licenciée le 1^' août 1815 ; la garde royale la remplace.
Le 20 août 1815, le roi élimine plusieurs pairs quiavaient siégé pendant les cent jours, en nomme quatre-vingt-douze nouveaux, et rend la pairie héréditaire.
Le duc de Richelieu, chef du ministère qui succéda à celui du prince de