‹ Paris pittoresqueChapitre 81 sur 104 · COXSEIL DES A>CIF.\S ET CONSEIL DES CINQ-CENTS · texte numérisé non relu

COXSEIL DES A>CIF.\S ET CONSEIL DES CINQ-CENTS

législatif voulut commencer cette importante opération par un acte qu'on appela de réparation. Il annonça une loi qui levait le séquestre apposé par la Convention sur les biens des pères et mères des émigrés , mais qui en même temps déclarait domaines nationaux les portions de ces biens dont auraient hérité les enfans. On décréta ensuite que l'impôt direct porté par la Constituante à 240. millions serait maintenu au même taux ; mais tombant à la charge de l'état qui possédait encore une grande quantité de biens nationaux, le produit de cet impôt fut beaucoup moindre. On fixa h 60 millions la contribution foncière et personnelle ; elle comprenait les taxes les plus minutieuses sur les portes, les fenêtres, les cheminées, les chevaux et autres objets de luxe. Les droits d'enregistrement et de timbre formèrent, avec les deux contributions directes, le principal revenu. On créa des douanes qui ne produisirent que 8 millions la première année; on établit aussi des droits sur le tabac , la navigation , les canaux , les billets de spectacle; on fit pajer des patentes pour chaque profession, mais elles étaient peu coûteuses.

Cependant la division s'était mise dans le Directoire. Carnot et Lctoupneur (de la IManche) auraient voulu se débarrasser des lois révolutionnaires pour donner plus d'étendue et de force à la constitution : Laréveillère Lèpaux , jaloux de l'influencequ'exerçaitun collègue qui avait rendu de si grands services, s'élevait contre Carnot ;Rewbel le contrariait avec aigreur, et Barras soulevait contre lui les républicains extrêmes en l'accusant d'avoir seul conduit l'affaire de Grenelle, où les Babouvistes étaient venus se jeter inconsidérément dans le piège que leur avait tendu le Directoire. Ces différends furent cause de nouvelles divisions dans les conseils. On approchait de l'époque où devaient avoir lieu les élections ; les deux partis opposans se tenaient prêts , les royalistes travaillaient avec succès le corps électoral, et la Convention, représentée au Corps législatif par les deux tiers de ses', membres , était à la veille de s'y trouver en minorité et à la merci d'un parti implacable qui avait tant de haines et de crimes à venger

Ceux des membres qu'on appelait les modérés et qui au fond étaient royalistes , quoiqu'ils ne se déclarassent pas ennemis de la constitution , attaquaient aussi le Directoire 5 quelquefois même ils lui faisaient éprouver des échecs au conseil des anciens , où Tronchet , Lebrun , Tronçon Ducoudrai, Portails et Muraire, s'attachaient à contrarier tous ses projets. Siméon, Vaublanc, Boissy-d'Anglas et Pastoret suivaient le même plan de conduite, maisnonpas aveclemême succès, au conseil des Cinq-Cents. Une foule de journalistes qui avaient su profiter des circonstances pour attirer à eux toute l'influence qu'exerçaient auparavant les clubs, étaient

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(les ennemis plus dangereux peut-être pour le Directoire. Ils comptaient si bien sur leur crédit qu'ils osaient se dire les magistrats de Vopiniuu publique. Certes le titre était beau, mais la charge était aussi bien difBciie à remplir, plus difficile et surtout plus honorable que de nos jours, où la plupart des journaux acceptent complaisamment l'opinion du public pour que le public s'abonne. La même tactique dont se servirent les royalistes contre le Directoire et les deux conseils , a été constamment employée depuis contre les républicains, surtout depuis 1830, elle consiste à représenter les crimes de 93 comme l'expression du gouvernement que les républicains veulent établir. Fatigué d'entendre ces éternelles déclamations, le Directoire songea b. faire porter une loi contre la liberté illimitée de la presse , mais il se désista bientôt de ce projet.

Tandis qu'il se trouvait impuissant contre l'esprit de propagande royaliste qui, du sein de la capitale, se répandait dans les départemens, et qu'à grand' peine il y pouvait faire face dans les deux conseils, on affectait d'annoncer que le comte de Lille accepterait volontiers la royauté constitutionnelle. De nombreuxagens de l'émigration sedirigeaient sur tous les points de la France, des bandes s'organisaient dans le midi, les chouans s'apprêtaient à renouveler la guerre civile dans la Vendée, et la trahison s'insinuait par toutes les voies dans les collèges électoraux. Ce fut dans ces circonstances qu'eurent lieu les élections de germinal, et l'on devine quel dut en être le résultat. Dans beaucoup de collèges on avait osé parler ouvertement du rétablissement de la royauté. Toutefois on ne saurait dire que ce fut précisément l'opinion du nouveau tiers élu, il siéga pendant trop peu de temps dans les conseils pour qu'on ait pu bien connaître ce qu'il voulait.

Dès le début il entra de la manière la plus inconsidérée en guerre ouverte avec le Directoire, il mit l'anarchie dans les conseils par des propositions déraisonnables. Il parlait d'abolir toutes les lois de la révolution; un de ses députés souleva l'indignation de l'armée en demandant de quel droit Bonaparte avait attaqué Venise; et Camille Jourdan, par sa proposition tendant à faire restituer les cloches aux communes, excita des cris de fureur dans le conseil des Cinq-Cents.

Cependant trois directeurs, Rewbel, Larèveillère et Barras méditaient un coup d'état contre un parti qu'on ne pouvait plus ménager sans consentir à la ruine de la république; ils avaient vu avec plaisir ce déchaînement des passions, qui, en mettant à découvert les projets de leurs ennemis, devait justifier, aux yeux de la nation, l'emploi des moyens auxquels ils allaient recourir pour en empêcher l'accomplissement. Ils songèrent d'abord à prémunir le public contre ceux de leurs collègues qui auraient

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pû s'opposer à l'exécution des mesures projetées. Lctourneur ( de la Manche) avait été remplacé par Barthélémy qui leur était suspect, mais qui ne jouissait d'aucun crédit. Ils élevèrent contre Carnot l'accusation de royalisme, et celui-ci, voyant combien les chances étaient périlleuses pour la patrie, accepta sa défaite. Il se tint à l'écart pour ne point prêter l'appui de son nom à un parti dont il ne voulait pas la victoire. Les ministres Bénézech et Cochon furent renvoyés. En même temps les trois directeurs recueillaient des renseignemens qui révélaient les plus secrets détails de la conspiration royaliste : Dufresne du Presle, fatigué d'une longue détention, avait fait connaître les instructions données par le comte de Lille sur les élections, sur l'organisation des commissaires royaux; des pièces saisies au pouvoir de l'émigré d'Antraigues qui avait été arrêté en Italie, faisaient connaître l'intelligence de Pichegru avec les ennemis, et Pichegru venait d'être nommé député. Muni de ces précieux renseignemens, le Directoire attendait en silence, et laissait les royalistes s'engager toujours davantage. Il avait fait avancer des troupes vers Paris; Augereau devait en prendre 'e coumiandement, et Hoche se disposait à marcher sur la capitale avec une partie de son armée; déjà ce général avait écrit des lettres menaçantes aux deux conseils. Tout était prêt, le mouvement éclata le 18 fructidor.

Les députés furent surpris et effrayés en voyant les préparatifs qu'on avait faits contre eux. Incertains sur le parti qu'ils devaient prendre, ils ne surent arrêter aucune mesure. En vain Pichegru et Villot cherchèrent à les rassurer; ils offraient de marcher, à la tête de quelques soldats dévoués, contre les directeurs et de les égorger; on ne les écouta pas. On discutait encore dans les conseils lorsque le canon se fit entendre. A ce signal dix mille hommes qui campaient aux portes de Paris se mirent en marche, et la garde du corps législatif se joignit à eux, malgré tout ce que put faire Ramel pour la retenir. Pichegru lui-même fut obligé de se rendre; on le conduisit au Temple, et le lendemain des placards dénoncèrent à tout Paris sa trahison, que les révélations de Moreau vinrent confirmer encore. Plusieurs députés furent arrêtés aux portes de l'assemblée, tandis que d'autres, réunis chez leur président Lafond Ladebat, rédigeaient de vaines protestations. Bientôt ils furent chassés de cet asile, et les arrestations continuèrent. Carnot s'était échappé, Barthélémy fut conduit en prison avec un grand nombre de députés et de journalistes.

Cependant la minorité des deux conseils s'était réunie à l'Odéon, et le lendemain 19, elle prononça la déportation à la Guyanne de la majorité des deux assemblées , de deux directeurs, et des auteurs, entrepreneurs, rédacteurs ou propriétaires de quarante-deux journaux. Laharpe, Fon-

tancs, Sicard firent partie de ces derniers. Les conseils prononcèrent toutes ces condamnations en moins de trois jours. La même loi annulait les élections de quarante-huit départcmens, et bannissait de la république tous les émigrés , même ceux qui avaient obtenu leur radiation provisoire de la fatale liste ^ on ne leur accorda que quinze jours pour préparer leur départ j passé ce délai, ils devaient être traduits devant des commissaires militaires et fusillés. Un autre article autorisait le Directoire à déporter, par de simples arrêts motivés, les prêtres qui troubleraient la tranquillité publique. La même loi excluait du sol de la patrie tous les membres de la famille des Bourbons; ce qui obligea le prince de Conti et la duchesse d'Orléans à quitter la France. Elle conférait au Directoire de si grands pouvoirs qu'il se trouvait investi d'une véritable dictature. Telles furent les premières conséquences de la journée du 18 fructidor, que les royalistes avaient rendue nécessaire , et qui. en introduisant le pouvoir exécutif et les conseils dans une carrière de coups d'état, devait perdre la cause publique.

Aux difficultés de la position politique venaient s'ajouter encore les embarras des finances; héritier de la banqueroute que lui avait léguée la Convention, après avoir dévoré plusieurs milliards de biens nationaux, le Directoire fit la faute grave de ne pas la décréter tout de suite ; on voulut en quelque sorte l'en rendre responsable lorsqu'il la déclara après le 1 8 fructidor. On cria d'autant plus contre lui que le nombre des opposans s'était beaucoup augmenté par la crainte qu'on avait qu'il n'abusât du pouvoir immense dont il s'était fait investir. Les républicains extrêmes attendaient avec impatience le mois de germinal pour faire, dans les collèges électoraux, la contre-partie des royalistes aux élections précédentes; et le Directoire, qui n'aimait pas mieux les Jacobins que les royalistes, préparait de nouveau ses armes du 18 fructidor. Toutefois, comme il redoutait d'en venir au point de faire prononcer la déportation contre un parti qui n'était pas d'humeur à s'y soumettre, il essaya d'abord de lutter d'intrigues aux élections.

Il y avait vraiment du courage à s'offrir au choix des électeurs entre deux partis qui semblaient sur le point d'en venir aux mains. D'un côté ré<ynait la démagogie la plus effrénée : on réclamait à grands cris la constitution de 93, tandis que les agens du Directoire cherchaient à augmenter le désordre . pour amener des scissions, et engager la minorité des collé» es où ils n'étaient pas en force à faire séparément leurs élections. Par ce moyen ils parvinrent à se rendre favorable à peu près le cinquième des votans. De leur côté les Jacobins corrigés par tant de déplorables expériences, et pdur ôter tout prétexte de casser leurs élections, donnèrent

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