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CONSEIL DES ANCIENS ET CONSEIL DES CINQ-CENTS

ferma leur club. Cette démarche était d'autant plus hardie qu'il devait s'attendre à de violentes récriminations de la part des Cinq-Cents, et aux reproches de quelques directeurs ; mais soit que les Jacobins eussent indisposé leurs partisans dans les assemblées et au Directoire, soit que la démarche de Fouché imposât à tout le monde, il reçut des remerciemens de tous côtés. Néanmoins les Cinq-Cents poussaient toujours à des mesures absurdes contre les royalistes. Ils acceptèrent, sous prétexte de salut public, plusieurs projets de loi qui auraient été trés-préjudiciables si les Anciens n'y avaient apposé leur veto ; mais les Anciens ne purent empêcher l'adoption de la loi des otages et de celle d'un emprunt forcé et progressif. On les avait proposées dans le but de venir au secours du trésor public, et d'intimider les royalistes qui avaient pris les armes sur plusieurs points de la France et qui semblaient prêts à les prendre dans quelques autres ; loin de guérir le mal elles l'aggravèrent.

Des bandes s'étaient organisées dans le midi ; la guerre civile était dans l'ouest; nos armées venaient d'éprouver des revers en Italie, et le Directoire et les conseils restaient inactifs au milieu de partis dont quelques uns ne savaient pas trop ce qu'ils voulaient à la place d'une constitution que les fautes des gouvernans avaient discréditée , lorsqu'on apprit toutà-coup que Bonaparte venait de débarquer à Fréjus.

A ce sujet , nous ne saurions manquer de consigner une observation qui nous parait importante. On a dit et le public a fini par croire que nos armées étaient perdues sans ressource, et que la France eût été envahie si Bonaparte n'était revenu d'Egypte, et n'avait ramené la victoire sous nos drapeaux. Sans nous arrêter à relever le peu de convenance qu'il y a de la part de gens qui se disent républicains , à soutenir de tels faits , à se faire les échos des courtisans et des journalistes de l'Empire, nous nous bornerons à rappeler que Masséna avait battu Souwaroff à Zurich le 3 vendémiaire , et que le duc d' Yorck , vaincu dans plusieurs batailles par le général Brune , avait évacué la Hollande , à la faveur d'une capitulation, le 14 du même mois. Bonaparte ne débarqua à Fréjus que le 17. C'est assez dire qu'il ne préserva point la France de l'invasion. Nos armées n'avaient point attendu son retour pour ressaisir la victoire, non plus qu'elles n'avaient eu besoin de sa présence à leur tête pour vaincre l'Europe coa Usée au commencement de la révolution. Bonaparte ne nous préserva jamais de l'invasion ; Napoléon est cause que nous avons été envahis deux fois.

Bonaparte passa les trente premiers jours qui suivirent son arrivée dans la capitale à lier des intrigues avec plusieurs membres du conseil des Anciens, avec les ministres Fouché, Cambacerès, Tallcyrand et le directeur

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Sieyès. Cduici avait préparé la voie par laquelle Bonaparte allait arriver au pouvoir, mais les moyens qu'il proposait pour opérer le coup d'état préliminaire indispensable à un si grand changement, ne convinrent pas au futur premier consul qui leur en substitua d'autres, comme il devait bientôt aussi s'attribuer un autre rôle que celui pour lequel on l'avait appelé. Il fut décidé que la première attaque contre les Cinq-Cents serait faite dans le conseil même des Anciens dont une bonne partie était gagnée aux projets do Sioy es. En conséquence, le 18 brumaire, un mois juste après le débarquement de Bonaparte à Fréjus , trente membres du conseil des Anciens se réunirent long-temps avant l'heure où se tenaient les séances ; ils avaient averti de s'y trouver ceux de leurs collègues sur qui ils croyaient pouvoir compter. Les députés Carnotet Régnier portèrent la parole pour préparer les esprits au coup d'état j ils prononcèrent le nom de Bonaparte de manière à le faire désirer, mais sans dire rien de positif sur le rôle qu'on lui destinait ; ils se bornèrent à proposer de lui donner le commandement de Paris , et de transporter le conseil des Cinq-Cents à Saint-Cloud. A peine ces décrets étaient-ils rendus que Bonaparte luimême, accompagné des généraux les plus renommés, se montra à la barre. Il annonça que les mesures décrétées ne suffisaient pas j qu'il fallait de grands changemens dans l'état , et il fit entendre des menaces contre quiconque oserait s'y opposer.

Cependant quel futl'étonnemeut des Cinq-Cents lorsqu'en se rendant à leur poste ils traversèrent les rangs de nombreux militaires armés. Un peu déconcertés d'abord de ce qu'ils voyaient, les députés démocrates se séparèrent bientôt pour aller se réunir ailleurs. Dans le même temps Sieyés et Roger Ducos étaient accourus à la commission du conseil des Anciens qui avait pris la direction du mouvement; et peu de temps après leur départ, Bonaparte fit demander impérieusement à Barras sa démission qui fut donnée d'assez mauvaise grâce, mais Bonaparte voulait être obéi, et il le fut.

Le 19, les deux conseils se réunirent à Saint-Cloud où ils avaient été convoqués. Il y avait des opposans dans les deux , mais aux Anciens ils étaient en minorité et peu passionnés; au contraire, dans le conseil des Jeunes , ils étaient les plus nombreux et extrêmement énergiques ; on les fit entourer par la troupe. Lucien y présidait.

A peine sont-ils réunis qu'une sourde fermentation règne dans l'assemblée et porte la terreur parmi les conjurés. Emile Gandin ose prendre la parole; il parle des dangers de la patrie, de la reconnaissance qu'on doit à Bonaparte pour ses grandes victoires, pour ses deux campagnes immortelles; il demande qu'on nomme une commission pour prendre des

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