CONSEIL DES ANCIENS ET CONSEIL DUS CINQ-CENTS
mesures extraordinaires, A cette proposition les murmures redoublent, des cris s'élèvent contre l'orateur, contre le président qui ne veut pas lui ôter la parole,- et comme le président persiste, les députés se lèvent de toutes parts, l'entourent en s'écriant à bas h dictateur , à bas le tyran, la constitution ou la mort! quelques uns proposent de demander compte aux Anciens de la mesure qu'ils ont prise la veille, d'autres jurent de mourir à leur poste. Enfin au milieu d'un trouble que rien ne saurait rendre, on décide qu'il sera prêté un nouveau serment à la constitution. Deux heures sont consacrées à l'appel nominal. A peine cette opération, certes bien inutile dans un pareil moment, fut-elle terminée qu'on vient annoncer la démission de Barras : alors les députés ne savent plus quel parti prendre. Ils se demandent si le Directoire existe réellement encore, ils veulent faire une loi aux directeurs de revenir à leur poste.
Cependant Bonaparte avait annoncé aux Anciens la fin du règne de la constitution j il avait trouvé dans cette assemblée de l'irrésolution, mais point de ces passions vives et opiniâtres qu'il aurait à vaincre aux Cinq- Cents. Un député l'ayant interrompu pour demander la mise en vigueur de la constitution : « La constitution , répliqua Bonaparte , vous convientil de l'invoquer! Qu'est-elle à présent autre chose qu'une ruine? N'a-t-elle pas été successivement le jouet de tous les partis? Ne l'avez-vous pas foulée aux pieds au 18 fructidor, au 22 floréal, au 28 prairial? La constitution! n'est-ce pas en son nom qu'on a organisé toutes les tyrannies depuis qu'elle existe? A qui peut-elle désormais offrir une garantie réelle? son insuffisance n'est-clie pas attestée parles nombreux outrages que lui ont prodigués ceux mêmes qui lui jurent en ce moment une fidélité dérisoire? » Cette réponse juste et vigoureuse imposa à tous les opposans; ils se turent. Après s'être assuré de cette assemblée, Bonaparte se rendit aux Cinq-Cents.
Ici la tâche était plus difficile qu'il ne l'avait jugé, tout le prouve. On l'annonce; à son nom un transport de fureur éclate dans toute la salle; il avance vers le bureau, tous les députés quittent leur place, tous l'entourent, les uns pour le frapper, les autres pour le défendre, dit-on. On n'entend que les cris de : à bas le tyran , hors la loi le tyran. Le désordre, la fureur sont à leur comble. Bonaparte se trouble, recule; il veut se retirer, Lefebvre se présente à la tête de ses grenadiers ; ils font un rempart de leurs baïonnettes; sous cet abri Bonaparte gagne la porte.
Alors toute la fureur de l'assemblée se tourne contre son président Lu- ■cien Bonaparte. On veut le forcer à mettre aux voix la mise hors la loi de son frère; il résiste; il se dirige vers la tribune, il veut parler, mais sa voiK est étouffée par les cris de tous. On lui ordonne de remonter au fau-
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teuil. Il )' revient lentement, il dit qu'il va se démettre de ses fonctions, il dépose sur le bureau successivement et avec lenteur son manteau , sa toge, son écharpe, enfin une à une tous les insignes de la présidence. Ces lenteurs calculées augmentent encore l'exaspération générale, les menaces redoublent.
Taudis qu'il lutte encore contre l'assemblée, Bonaparte est retrouvé au milieu des soldats. Pâle, défait, il articule, dit-on, des mots emphatiques et vides de sens tels que ceux-ci : « Je suis le dieu de la guerre, je porte la foudre avec moi j ils ont voulu me frapper, mais la gloire me rend invulnérable. « Pourtant il fait battre au cercle, monte à cheval et ha- ;rangue la troupe. L'indécision semble régner dans ses rangs. Mais Lucien paraît, il a son affront à venger et la gloire de son frère à reconquérir ; il adresse aux soldats une courte harangue qu'il termine par ces mots : « Je vous somme d'aller dissoudre une assemblée factieuse, en révolte contre les lois, contre son président, où l'on a tenté d'assassiner le plus Illustre des défenseurs de la patrie. » Murât obéit le premier à cet appel, Lefebvre suit sou exemple, la troupe se forme en colonnes, et entre dans la salle des séances la baïonnette croisée. Les députés cherchent à fuir de toutes parts, les portes sont obstruées par la troupe , ils sautent par les fenêtres. Ceux des membres des deux conseils qui étaient dans le secret de la conspiration, se réunirent pendant la nuit et décrétèrent l'abolition du Directoire et l'exclusion des membres du conseil des Jeunes dont les noms suivent :Joubert,Jouenne, Talot, Duplantier, Aréna, Garau, Quirot, Leclerc, Briche, PouMain de Grand-Prey , Bertrand , Goupillau, Marchesi, d'Aubermenil, Guerdon, de Grandmaison, Groscanaut, Frison, Desaix, BergassC; Montpellier, Constant, Briot, Destrein, Garrère de !a Carrière, Gorrand, Legot, Blin, Boulay Dupaty , SouilliCj Dcmoor, Bfgonnet, Mentor, Boissier, Bailly, Bouvier, Brichet, Declerck, HoussetGastaing, Laurent, Beytz, Prudon, Porto, Truck, Delbret, Lcry, Doch, Stevenotte, Jourdan, Lesage-Senault , Charmel, André, Dimartinelly , Collombel, Philippe, Moreau, Jourdain, Le Tourneux, Citadella, Bor das. Us s'ajournèrent ensuite au 20 février 1800, après avoir nommé dans chaque conseil une commission de vingt-cinq membres dont les fonctions devaient durer jusqu'au moment où se réunirait la nom*elle assemblée. La commission des Cinq-Cents devait avoir l'initiative, et celle des Anciens devait approuver ou improuver. Toutes deux étaient chargées de préparer les changemens à faire dans la constitution, et de rédiger un code civil. Sieyès, Roger Ducos, et le général Bonaparte furent nommés consuls et investis du pouvoir dictatorial .
L'église Saint-Séverin dout la tour, avec sa lléche aiguc et ses huit oJochelons dentelés, domine majestueusement le pâfé de maisons noires et tortueusement disposées au milieu desquelles elle se trouve , est un de ces vieux monumens sur lesquels l'antiquaire aime encore à poser ses regards, soit qu'habitant cette ancienne portion de Paris il eu regarde croître et se dessiner plus nettement l'aiguille à chaque pas qu'il fait pour regagner son cher quartier latin , soit que, monté sur les hautes tours de Notre-Dame, et rebâtissant dans sa pensée la ville du moyen-Age , il se plaise à chercher des yeux et à nommer tour- à-tour chacun de ces antiques édifices dont les cimes élevées sont pour lui les jalons de cette reconstruction imaginaire. Jadis, c'était de cette tour que, le soir, descendait sur l'université la voix de la cloche sonnant le couvre-feu.
L'origine et le patron de Saint-Séverin ne sont point parfaitement connus.
Vers l'an 506, un saint homme nommé Séverin, abbé d'Agaune en Valais, vint à Paris, et, par ses prières, délivra le roi Clovis d'une grave maladie qui le tourmentait , puis se retira à Château-Landon, ou il mourut
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l'année suivante. Mais, sousChildebert, un autre Séverin vint également à Paris, s'enferma dans une cellule de l'un des faubourjîs et s'attira par sa haute piété les soins de saint Clodoald ou saint Cloud des mains duquel il reçut l'habit monastique. Or, est-ce en l'honneur de saint Séverin abbé d'Agaune, ou de saint Séverin le moine, autrement dit le Solitaire, que fut construite notre église?
De graves probabilités s'élèvent à la fois pour et contre l'assertion qui attribuerait à l'un ou à l'autre personnage le patronage exclusif de cet édifice. Pour nous, nous croyons pouvoir concilier les deux versions; et, nous rangeant à l'avis de l'abbé Lebeuf , nous pensons que l'église reçut successivement les deux invocations. 11 est également probable que, dans l'origine, Saint-Séverin était un oratoire dépendant de Saint-Julien-le- Pauvre, charmante petite église maintenant enfouie et tronquée, et qui sert de chapelle à l'Hôlel-Dicu (1). Saint Jean -Baptiste était aussi l'un des patrons de cette église. Lorsque l'usage de porter les enfans à la cathédrale pour les faire baptiser eut cessé , le clergé de Saint-Julienle-Pauvre se servit de l'oratoire où fut depuis construite l'église paroissiale, pour y administrer le baptême. Parmi les vitraux qui décorent le sanctuaire, onvoyaitun panneau qui représentait saint Séverin-le-Solitaire soutenu par saint Jean-Baptiste et qui faisait foi de cette dévotion à cet intrépide apôtre du Christ. L'égbse fut ensuite brûlée par les Normands et resta en ruines jusqu'en 1050 j elle fut reconstruite vers ce temps, puis de nouveau au xiv" siècle, époque à laquelle on doit assigner la construction de la tour et de la plus grande partie du monument tel que nous le voyons aujourd'hui.
Après ces généralités sur la construction de l'édifice , nous allons entrer d.'ins quelques détails relatifs à chaque partie , et nous rappellerons les particularités curieuses ou les souvenirs qui s'y rattachent.
LE PORT.UL : LliS LIONS DE PIERKE. — LES FERS A SAIM-MARTIN.