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LA STATUE DE SA1>T-SÉVER1.V

Le portail de Saint-Séverin , quoique d'une architecture assez simple et

(1) Celte égliee uLv-l ouvcile au public que le diaiauclio . auv licunj de l'office, el l'i inaliii daus la ^^cinaiue

ÉtJLISE SAl.M-SKVERIN. 387

peu chargé d'ornemcns et de bas-reliefs, mérite cependant l'attention de l'amateur. Des deux inscriptions qui sont gravées sur la pierre on caractères dits gothiques ( et techniquement scholastiques ) , à la hauteur d'un homme à genoux , l'une se compose de deux vers qui font allusion au cimetière où l'on entrait jadis par une porte pratiquée à peu de distance :

Bones geas qui pat cy passez Priez Dieu pour les trespasset.

L'autre inscription^ dont le milieu est excessivement fruste et dont une partie a été coupée pour l'alignement de la baie actuelle du portail , con* tient les charges des fossoyeurs de l'église et commence ainsi : « Veci l'ordenence des fossoyeurs , etc. »

Il a déjà été parlé dans ce volume, page 313, des lions que l'on voit aux deux côtés du portail. Ces lions de pierre, vraisemblablement rapportés et encastrés dans le mur, ont pour objet, selon Thabile antiquaire que j'ai déjà cité , de remplacer d'autres lions également en pierre qui autrefois servaient de piliers au siège du doyen, officiai ou archiprétre qui y rendait la justice. Ainsi qu'on l'a déjà dit, on possède plusieurs sentences qui portent cette formule : datum inter leones ou donné entre les deux lions. Dans la préface qui se lit aux messes de dédicace ou retrou\ e encore un passage qui témoigne de cette ancienne coutume de rendre la justice à la porte des églises j il y est dit :

Inveniat apud te , domine, locumveniœ quicuînque satisfaciens hue confugerit; hincpietas absoluta redeatj, hinc iniquitas emendata discedatt

Que celui-là. Seigneur, trouve chez toi un lieu de grâce, qui s'y réfugiera pénitent ; que de ce lieu l'innocence revienne absoute, et que l'iniquité s'en éloigne amendée !

Autrefois la porte de Saint -Séverin , ainsi que de plusieurs autres églises enFrance,ètaitcouverte de fers à cheval^ les uns neufs, lesautres usés parle service j voici l'explication de ce fait : cet ornement singulier était une offrande à saint Martin, et prouvait que l'église sur la porte de laquelle il se voyait,recounaissait pour patroncesaint personnage. Saint Martin, comme l'on sait, étaitprcsque toujours représenté à chevaletencostumedevoyagej et par cette raison il était principalement invoqué par les pèlerins et les voyageurs. Or, c'était une coutume lorsqu'un homme aisé se disposait à un voyage de long cours, d'aller d'abord faire ses dé\otious au saint pa Iron et de suspendre en son honneur un fer à clie\al neuf à la porte de son

^'tȕ< l'AUlS friTUHESQUK.

églisej puis, lorsqu'on était de retour, il était d'usage de revenir rendre au saint d'humblos actions de grâces et de fixer encore au portail de l'église qui lui était dédiée , un fer usé , comme gage, en quelque sorte, de la prospérité du vovage accompli. Quelques-uns même avaient coutume de faire marquer leur monture avec la clé de la chapelle du saint qu'un prêtre faisait chauffer lui-même et appliquait sur une partie visible du corps de l'animal. Au reste , on ne doit pas s'étonner de l'étrange corrélation ainsi établie par les fidèles du moyen-âge entre l'attitude de saint Martin pendant sa vie, et la protection qu'on lui demandait après sa mort. Pour implorer les grâces de leurs patrons , nos faciles aïeux se contentaient de trouver dans la forme et les attributs sous lesquels on les représentait d'ordinaire , ou tout simplement dans leur nom , au risque même, parfois, de les estropier étrangement, la moindre analogie avec l'objet de leurs prières. L'étude des mœurs au moyen-âge nous en offre les exemples les plus fréquens et les plus bizarres : Ainsi les repasseuses avaient pris pour patron saint Laurent , à cause de son gril; les confréries de maçons célébraient V Ascension, parce qu'en bâtissant ils montent vers le ciel; les cordiers, Ia conuersion rie saint Paul, parce que leur profession les oblige k marcher à reculons comme ce soldat apôtre, sur la route de Damas, lorsqu'il entendit la voix miraculeuse. Un fidèle avait-il mal au genoul , a\oTsi\im]^\oTait saint Gengoul; sainte Tanche étanchaitles hémorrhagies; &aint Fort guérissait les valétudinaires; saint Lié , les enfans noués; les aveugles invoquaient saint Clair; etc. , etc. , etc. Enfin ne doit-on pas rapporter à une sorte de paralogisme de cette espèce le culte éminent dont on honorait saint Pierre, ce disciple pusillanime du Christ, qui se montra d'ailleurs si inférieur eu science . en mérite, en puissance à tant d'autres apôtres moins honorés que lui; et qui, comme le disait un contemporain , doit à un calembourg de son maître (1) la plus belle part de la réputation qu'on lui a faite?

Avant de quitter le portail pour entrer dans la nef, nous dirons encore que la statue, aujourd'hui mutilée , que l'on voit dans sa niche de pierre, placée à Tangle de la rue, représente, à ce que l'on croit . saint Séverin, abbé d'Agaune, l'un des patrons de cette église.

(1) Tu es pk'iTf t't sur celle pierre je bâtirai mon église.

ÉCLISE SAINT-SÉVERIN. -îS!)

ïlï.

l'intérieur, — SCULPTURES, VITRAUX, MAÎTRE-AUTEL, BUFFET d'ORGUES, LE TREILLIER QUI EST EMMY (1 ) , LA NEF , LE MANTEAU DE KELEVAILLES , LE PIGEON Di; LA PENTECÔTE, LA SACHETTE , SEPULTURES.

L'intérieur de Saint-Séverin, malgré les disparates qu'ont produites les nombreuses réparations et les agrandissemens qu'on lui a fait subir , est encore un des plus agréables et des plus curieux morceaux que nous présentent aujourd'hui les églises de la capitale. La distribution assez régulière de l'ensemble, l'ordonnance de l'abside éclairée par un double rang de croisées, la recommandent à l'attention du visiteur; les culs de lampe et les sculptures de toute espèce qu'on y trouve répandues avec profusion, aux chapiteaux des colonnes, aux points de jonction et d'arrêt des nervures des voûtes, surprennent le regard et le retiennent long-temps fixé par la grâce ou la bizarrerie, et le laisser-aller inimitable des sujets qu'ils représentent. Les colonnes de la galerie inférieure du chœur et dont le travail dénote un temps voisin du xv'' siècle, sont d'une exécution et d'une légèreté délicieuses; celles des bas-côtés de la nef portent en grande partie, en guise de chapiteaux (probablement par allusion au Titulaire), des couples de religieux couchés tète-à-tête et tenant ensemble une banderolle. Les arrêts des nervures des voûtes sont marqués par les figures les plus comiques et les plus amusantes ; on remarque entre autres un mascaron des plus scurriles, situé près de la voûte, à gauche au dessus de l'un des piliers de l'ogive qui sépare de ce côté le sanctuaire du chœur et dont la grimace diabolique devait peu édifier les yeux du pieux desservant alors que ses regards venaient à la rencontrer sur la route du ciel.

Les vitraux qui décorent l'abside sont d'un fort beau travail ; ils représettent des prophètes, des apôtres et des sybilles, et sont l'ouvrage du célèbre Jacob Bunel de Blois qui portait le titre de peintre du roi (Henri IV). Unepetite partie de ces vitraux a vraisemblablement été brisée et remplacée par d'autres également d'une belle exécution, mais beaucoup plus anciens, et qu'un œil exercé peut facilement reconnaître.

En 1684, le chœur subit de grandes modifications, et le maître autel fut remplacé par celui dont on peut voiries restes aujourd'hui. Il se compose

(i) Au milieu de.

do huit colonnes de marlm*, de l'ordre composite, soutenant une domicoupolc et est enrichi d'ornemens en bronze doré. Cette construction, bien qu'elle forme avec le reste de l'édifice une véritable disparate, et qu'elle soit conçue dans un goût éminemment païen et par conséquent impropre à décorer le sanctuaire d'une église chrétienne^ est loin toutefois d'être, ensoi, dépourvuede science et de mérite. Cette œuvre coûta, dit-on, 2i,i00 li^res; elle est duc au ciseau de Baptiste Tubi, célèbre sculpteur, qui l'exécuta sur les dessins de Charles le Brun , premier peintre de Louis XIV, et aux libéralités d'Anne-Marie-Louisc-d'Orléans, duchesse de Montpensier, plus connue sous le nom de Mademoiselle , la même qui s'empara d'Orléans et l'occupa militairement, tira sur les capitaines du grand roi le canon de la Bastille, et qui, vingt fois l'épouse en espérance des plus hautes têtes couronnées, en arriva, de mécompte en mécompte, à ne pouvoir , sur le déclin de sa jeunesse, donner publiquement sa main à un simple gentilhomme, à l'époux selon son cœur, au fameux comte de I^uzun.

L'église Saint-Séverin est l'une des premières dans lesquelles on ait entendu des orgues. On lit dans un nécrologe manuscrit : « L'an 1358, le » lundv après l'Ascension, maistre Régnault de Douy eschoUier en » théologie à Paris et gouverneur des grandes escholles de la pa- » rouesse de Saint-Séverin donna à l'église unesbones orgues et bien or- )) denées. «

Ces orgues, qui étaient fort petites, furent, en 1512 , remplacées par d?autres auxquelles, à leur tour, on substitua, en 1747, le magnifique buffet que l'on voit aujourd'hui et qui fait le plus grand honneur à Dupré fils, son auteur.

En 1415, on remarquait à Saint-Séverin, près des fonds-baptismaux, et scellée dans un pilier vers l'endroit le mieux éclairé de l'église, une cage de fer que l'on nommait le treiUier qui est emmy la nef. C'était en effet un treillis dont les barreaux étaient assez espacés pour permettre d'y passer la main et d'y tourner les feuillets d'un bréviaire manuscrit qui s'y trouvait. Ce livre avait coûté 112 sous parisis, environ 62 francs de notre monnaie. Avant l'invention de l'imprimerie, les livres étaient, comme l'on sait, fort chers et le prix que nous venons de citer, bien que modique, peut en fournir un exemple. Aussi était-il d'usage, dans presque toutes les églises , d'exposer en un lieu clair un bréviaire public afin que les pauvres prêtres pussent le lire sans en faire la dépense.

Il existait autrefois dans la même paroisse une coutume qui mérite, ce nous semble, d'être rapportée. Lorsque les femmes pauvres, après leurs couches, venaient à Saint-Séverin célébrer leurs relevailles, afin de les

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préserver du froid on leur mettait sur les épaules un manteau que fournissait l'église.

Une autre coutume qu'on y pratiquait encore, était, au jour de la Pen^ técôte, de lâcher à un certain endroit de la messe, au beau milieu des voûtes , un pigeon blanc qui devait figurer la descente du Saint-Esprit sur les apôtres.

Ainsi qu'à la plupart des églises paroissiales de Paris, il y avait, au moyenâge, auprès de Saint-Séverin, une cellule ou réduit dans lequel venait, de génération en génération, s'enfermer pour le reste de ses jours quelque pénitente contrite et résignée. Ces malheureuses ne prenaient que la nourriture la plus chétive et la plus grossière, et se rouvraient pour tout vêtement d'une sorte de cilice ou de sac d'où leur vint le nom de sachette, sous lequel elles étaient populairement désignées. Un obituaire de l'abbaye de Saint-Victor, écrit du temps de Charles V , nous fournit le nom d'une deces récluses, qui était, à ce qu'il paraît, une grandedame (1)5 car on trouve son obit ainsi conçu au onzième jour du mois d'avril : Obitus dominœ Floriœ reclusœ de sancto Severino, obit de madame Flore, récluse de Saint-Séverin. M. Victor Hugo , dans son beau roman de Notre-Dame de Paris, a représenté dans la Sachette du trou-aur-Rats l'un des personnages les plus intéressaus de son intéressant ouvrage.

Indépendamment du cimetière dont nous allons parler, il y avait dans l'église même de nombreuses sépultures parmi lesquelles on comptait un certain nombre de savans distingués, tels que Etienne Pasquier, auteur des Recherches de la France j les frères Scévole et Louis de Sainle-Marthe, historiographes célèbres j Louis de Moréri, auteur du Dictionnaire historique: Eustache Lenoble, Louis-Élie-du-Pin ; etc. , etc , elr

in.

LE CIMETIÈRE . — INSCRIPTIONS, l'hOM.ME EXTERRÉ VIVANT, l'aRCHER DE M£UDO\ , JEAN PRÉVÔT, CURÉ DE SAINT-SÉVERIN ; LE TABLEAU DE MADAME MONTPENSIER.

On lisait autrefois sous la porte du passage qui conduisait à la rue de la Parcheminerie, prés du cimetière Saint-Séverin, l'inscription suivante

(1) La (lame, domina, était proprement la femme d'un chevalier; la damoiselle. domicella, était celle d'un écuyer ou d'un gentilhomme.

3yJ l'ATiIS PITTORKSOUE.

qui V i'ut posée en 1660. Nous laissons à la pénétration de nos le( leurs le soin de décider s'il faut y découvrir quelque profonde pensée, ou si l'on ne doit y voir qu'un jeu de mots stérile.

Passant , penses-tu pas passer par ce passage ,

Où pensant j'ai passé , Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage. Car ciï n'y pensant pas tu te verras passé.

Sur la porte du cimetière même étaient écrits ces deux vers qui furent composés pour servir d'épigraphe à ce champ de repos, par le célèbre imprimeur Vitré, alors marguillier de cette paroisse :

« Tous ces morts ont vécu : toi , qui \is , tu mourras ! • Linslaut fatal approche; et tu n'y penses pas! •

Au milieu de ce cimetière on remarquait une tombe plus élevée que les autres, construite en l'honneur d'un jeune seigneur étranger, mort en 1545, dans le cours de ses études, à l'université de Paris où il avait été attiré parla réputation immense dont ce corps savant jouissait encore à cette époque. La statue qui s'élevait sur ce tombeau a donné lieu à une méprise quia été reproduite entre autres par MM. Béraud et Dufey dans leur Dictionnaire historique, in-8°, 1825, tome '2 , page 587. Sauvai , le bon et facile Sauvai, relève lui-même cette erreur en ces termes ( Antiquités de Paris, in-folio, tome 2, livre IV, page 415. ) :

« A côté de l'église, dans le cimetière, est un tombeau élevé sur lequel » est la figure, à demi couchée, d'un jeune seigneur de la Frise orien- » taie, qui mourut étant écolier de l'université; il se nommait Ëmbda. » Cette figure, qui a le bras cassé, a donné lieu à une histoire populaire » et fabuleuse, que c'était le tombeau d'un jeune homme enterré tout » vivant en l'absence de son gouverneur qui, à son retour, fit déterrer » son maître que l'on trouva avoir mangé son bras : ce qui est faux en ce )) qu'il a été cassé par accident. Ce tombeau a été construit par sa mèrt » qui fut extraordinairement touchée de sa mort parce qu'il était til« » unique et présomptif héritier de la principauté de Frise. »

C'est dans le cimetière de Saint-Séverin qu'eut lieu, sous Louis XI, la première opération de la taille pour l'extraction de la pierre (1). Cette opé-

(1) Le fait historique a fourni au bibliophile Jacob le canevas d'nn coûte asseï agréable , intitulé la Pierre. C'est le cinquième du premier volume de «es contes intitulés : te» Soirées de Walter Scott.

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ration, prélude grossier quoique très heureux d'un traitement qui, mémo de nos jours, est loin d'avoir atteint à la perfection, nous a paru néanmoins d'un intérêt assez positif et assez universel pour que nous cro^'ions ne pas abuser de l'attention de nos lecteurs en leur retraçant sommairement les circonstances de cette tentative jusqu'alors inouïe chez nos ancêtres, et considérée par eux comme impie. Nous substituons à nos propres paroles le récit de Jean de Troyes qui s'exprime ainsi dans son histoire de Louis XI . connue sous le nom de chronique scandaleuse.

« Au dit mois de janvier 1474 (1), advint queung franc archier de h Meudon, prés Paris, estoit prisonier es prisons du Chastelet pour )) occasion de plusieurs larrecins qu'il avait faites en divers lieux et » mesmement en l'église du dit Meudon. Et pour les dits cas et comme )) sacrilège, fut condempné à estre pendu et estranglé au gibet de Paris^ » nomméMoulfaulcon , dont il appela en la cour du parlement où il fut )) mené pour discuter de son appel, par laquelle court et par son arrest, » fut le dit franc archier déclairé avoir mal appelé et bien jugié par le » prévost de Paris, par devers lequel fut renvoyé pour exécuter sa sen- » tence. En ce mesme jour futremonstré au roy par les Médecins et Ci- M rurgiens de la dite ville, que plusieurs et diverses personnes estoient fort » travaillez et molestez de la pierre, colicque, passion et maladie du » costé, dont pareillementavoit été molesté le dit franc archier. Et aussi, » des dites maladies estoit lors fort malade monsieur du Bocaige (2', » et qu'il seroit fors requis(3) de veoirles lieux ou les dites maladies sont » concréés dedens les corps humains ; la quelle chose ne pouvoit mieux » estre sceue que inciser le corps d'un homme vivant, ce qui pouvoit » bien estre fait en la personne d'icelluy franc archier que aussi bien » estoit prest de souffrir mort, laquelle ouverture et incision fut faicte au » corps du dit franc archier et dedens icelluy quiset regardé le lieu des » dites malladies. Et après qu'ils eurent esté veues fut recousu et les en- » trailles remises dedens; et fut, par l'ordonnance du roi, fait très bien » penser, et tellement que dedens quinze jours après il fut bien guéry et » eut rémission de ses cas sans despens et si (4) lui fut donné avecques » ce argent. »

La cure de Saint-Séverin fut de bonne heure érigée par l'évêque de

(1) Pour nous 1475. Ce n'est que sous Charles IX que l'on fi t commencer l'année au 1" janvier : auparavant elle commençait à Pâques.

(2) Seigneur de la courdeLouis XI.

(3) Fort curieux

(4) Et encore.

TuuE I. 50

394 l'AinS PITTORESOUK.

Paris en archiprêtré. L'arcliiprêtre exerçait, sur un certain nombre de curés , une surveillance analogue à celle des doyens et des archidiacres dans leurs décanies et leurs archidiaconés. En outre, il précédait les curés au synode, et, le jeudi saint, il assistait l'évêque (plus tard l'archevêque) à la bénédiction des huiles. Au reste, les archiprêtresdeSaint-Séverin, à ce que nous apprend l'histoire, ne firent pas toujours tourner au profit de César et du monde temporel l'autorité spirituelle dont ils se trouvaient investis. Car, au temps de la lig^ue, sous Henri III, Jean Prévôt, curé de Saiut-Séverin, avec J. Boucher, curé de Saint-Benoît et Mathieu de Launay, chanoine de Soissons, se réunissaient très souvent au collège de Forteret, situé au haut de la montagne Sainte-Geneviève, près de Saint-Etiennedu-Mout, et qui fut appelé le Berceau de la ligue. Là, ils tenaient les discours les plus incendiaires en présence des ligueurs, et fomentaient leurs inimitiés; mais c'était surtout dans leurs églises qu'ils se livraient à leurs débordemens; et, du haut de leur chaire ils poussaient la population à la révolte contre le roi , qu'ils signalaient à leurs paroissiens comme un lâche tyran et un chrétien indigne, plus vil qu'un apostat, envers lequel , par conséquent , ils se trouvaient déliés de tout respect et de toute obéissance. Le passage suivantextrait du journal de l'Etoile, auteur contemporain, peut donner une idée de l'ascendant qu'exerçait à cette époque un curé de Saint-Séverin, et permettra en même temps de voir un coin du curieux et triste tableau qu'offrait alors nolro histoire.

« Les prédicateurs, dit-il, se chargèrent de parler fort et ferme contre le roy et le dénigrer envers le peuple plus qu'ils n'avoient jamais fait; et ce, pour provoquer le roy à faire prendre quelqu'un d'eux afin d'avoir sujet de s'élever contre lui. Ce qui advint enfin par la sédicieuse prédication d'un des leurs, à Saint-Séverin , auquel ils firent vomir en chaire tant de villaines injures contre le roy, que sa majesté fut contrainte de l'envoyer quérir pour parler à lui. Incontinent, ils firent courir le bruit qu'on le vouloit prendre et se saisir de tous les prédicateurs. Et là dessus Le Clerc (1), avec sa compagnie, s'arme secrètement et se met en embuscade au logis d'un notaire , près Saint-Séverin , nommé Hatte , pour empêcher le dit prédicateur d'être pris. De quoi le roy averti, envoya le lieutenant civil Séguier au logis du dit Hatte, pour savoir que vouloient ces gens armez là dedans ; mais ils ne voulurent le laisser entrer et retinrent un

(1) D'abord maître en fait d'armes, puis gouverneur de la Bastille et chef de la faction des Seize. Il finit par reprendre sa première profession, et mourut dans une profonde misère.

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