EGLISE SAINT-SÉ VERIN
valet (le chambre du roy qu'il leur avait envoyé sans vouloir parler à lui. A donc le lieutenant civil envoya quérir force sergens et commissaires pour le forcer ; mais voyant que la commune s'élevoit et que la plupart de ceux qu'il avoit envoyé quérir estoient gag^nezdu côté des mutins, futcon Iraint de sortir pour aller le tout faire entendre à Messieurs le chancelier et de Villeroy : que si lors sa majesté eût suivi leur conseil et celui du duc d'Espernon , Le Clerc et ses complices eussent été pris prisoniers, n'y ayant rien de plus aisé , et le même jour eussent été pendus et étranglez , qui eut été un grand coup d'état j mais il en fut empesché par Villequier et autres qui lui firent croire que le peuple l'aimoit trop pour attenter jamais quelque chose contre sa majesté^ et par ainsi Le Clerc et ses complices avertis par lui et par quelques autres du conseil, s'absentèrent pour quelque temps. »
L'Étoile nous apprend encore que ce même prévôt avait, de concert avec les ligueurs , fait mettre dans le cimetière de son église uu tableau qui étaitdestiné à exalter le zèle de ses ouailles pour le parti catholique, et qui représentait les persécutions dont ce parti était alors victime en Anglelorre. Nous terminerons par cette dernière citation ce que nous avions à dire touchant le curé Prévôt et l'histoire de Saint-Séverin.
« Le jeudi 9 juillet 1587 , fut ôlé du cimetière de Saint-Sévecin un tableau que les politiques appeloient le tableau de madame de Montpensier, [ arce que de son invention , comme l'on disoit , il y a.voit été mis par Jean Prévôt, curé de Saint-Séverin, le jour de la saint Jean précédent de l'avis de ceux de la ligue, et principalement de quelques pédans de la Sorbonne, mangeurs des pauvres novices de la théologie. En ce tableau étoient représentées, au vif, plusieurs étranges inhumanités exercées par la reine d'Angleterre contre les bons catholiques, et ce pour animer le peuple à la guerre contre les Huguenots. De fait, alloit ce sot peuple de Paris voir tous les jours ce tableau , et en le voyant crioit qu'il falloit exterminer tous ces méchans politiques et hérétiques, de quoy le roy adverti manda à ceux du parlement de le faire oster , mais secrettement, ce qui fut exécuté de nuit par Auroux conseiller du parlement et pour lors raarguiliier de Saint-Séverin. »
Auguste Vallbt,
Ne voir dans une ville comme Paris que les monumens qu'elle renferme, ses places, ses cours, ses promenades, tout ce qui frappe les yeux au premier regard , c'est se borner peut-être à ce qu'il y a de moins curieux c'est ressembler à l'enfant insouciant qui se contente de porter son attention passagère à l'apparence des choses dont il s'amuse un moment. Telle n'est pas la préoccupation de l'amateur intelligent qui recherche avidement tout ce qui a une véritable utilité et sait apprécier les documens qui lui en facilitent la connaissance.
Au nombre de ces objets, vraiment intéressans à connaître, sont ceux que présente la statistique , c'est-à-dire, l'état ou tableau du sol, des habitans et de leurs rapports, richesses et institutions. Tout cela est un peu matériel peut-être, et un tableau des mœurs, par exemple, pourrait paraître préférable à des imaginations poétiques ; mais il en est de cela comme de la question du corps et de l'ame. Le premier, disait une femme savante
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de Molière, n'est qu'une guenille. Guenille, soit , répondait son père , ma guenille m'est chère. Et puis ces notions toutes matérielles ont plus de rapport qu'on ne pense avec les mœurs, le génie, les arts, etc. Il est à croire que tel homme à Paris est devenu un personnage distingué , qui hors de ce mouvement d'une vaste population et de ses influences fût resté non seulement inconnu, mais très-digne de l'être.
Les premières recherches statistiques faites en France, dans la capitale, remontent à une époque mémorable, celle du ministère de Colbert. Depuis ce temps elles ont été fréquemment interrompues et reprises ; on remarque même une lacune de vingt-six ans pendant laquelle elles furent complètement négligées. Elles n'ont eu de l'importance et de l'exactitude que depuis le commencement de ce siècle.
Lesélémens recueillis depuis 1802 et 1803, ont été renouvelés en 1816 dans le département de la Seine. L'objet le plus essentiel et le plus difficile à opérer, le dénombrement de la population, a été atteint, en 1817, avec un degré d'exactitude qui ne laisse guère à désirer, et pour y parvenir on a eu recours non seulement à un dénombrement effectif, mais encore à des appréciations de calcul dont la répétition sur un certain nombre d'années. donne des bases suffisantes d'évaluation.
Depuis l'année 1821, l'administration public tous les ans un recueil des notions statistiques nouvellement acquises. Ainsi les chiffres que nous offrirons plus bas sont , on peut dire, officiels.
Mais , avant de présenter ces tableaux dont l'aspect est toujours un peu aride et dont nous essaierons de corriger la sécheresse par nos observations et des rapprochemens piquans, nous croyons faire plaisir en donnant une idée de la manière dont on parvient à fixer l'évaluation de la p pulation, objet, comme nous l'avons déjà dit, le plus important de la statistique, mais chose difficile et à laquelle on n'est parvenu que dans notre siècle. Jusque là on connaissait si imparfaitement le nombre des habitans qu'on l'estimait à une valeur trop faible d'un quart ou d'un cinquième.
Pour fixer le total d'une population , il y a d'abord le moyen tiré de l'examen pendant une année, 1800 par exemple, des registres des décès, pourvu qu'on ait eu soin d'y noter l'âge des décédés. Si vous connaissez , en effet, le nombre des individus qui sont morts âgés de moins d'un an, en retranchant ce nombre de celui des enfans nés dans l'année , vous saurez combien il y en a d'existans jusqu'à l'âge d'un an. De même connaissant tous ceux qui sont morts entre un an et deux ans, et retranchant leur nombre de celui des vivans âgés de moins d'un an , on aura les vivans de un à deux ans; car ceux-ci sont tous nés en 1799 puisqu'ils ont plus d'un
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aiij or, en supposant les naissances et la mortalité constantes d'une année à l'autre, il a dû Cn rester au commencement de Î800 précisément le même nombre Agés de moins d'un an que dans l'année suivante , on trouve donc en en retranchant le nombre des morts de un à deux ans celui des vivans de cet âge. On évalue de la môme manière le nombre des vivans de deux à trois ans, de trois à quatre ans, etc., et il est évident qu'en réunissant tous ces nombres, on doit avoir pour total celui de ia population tout entière dans l'année où l'on a opéré.
En général c'est une même chose de désigner exactement l'âge dans les registres annuels de décès, ou d'énumérer exactement pour tous les âges la population existante. Mais cette exactitude n'est point rigoureusement apportée , et l'on peut considérer l'erreur commise comme pouvant être d'un an environ. Dans ce cas, le calcul que nous venons d'mdiquer donnerait l'expression de la population à une erreur prés qui sera toujours moindre que la moitié du nombre des naissances annuelles ; ainsi cette erreur pour Paris ne serait que de douze mille environ, sur une population de près de huit cent mille âmes.
Le second moyeu de fixer la population est de faire le dénombrement effectif. Mais outre les ert^urs qui pement se glisser dans sa confection, on conçoit qu'il peut être fait dans une année qui différerait sensiblement des suivantes, et alors l'inexactitude deviendrait trop sensible. On ne peut cependant répéter souvent un pareil moyen trop difficile et surtout trop dispendieux. Ou a songé alors à chercher le rapport d'un dénombrement effectif opéré , avec les naissances annuelles, et pour éviter encore les trop grandes variations on a pris la moyenne du nombre des naissances de plusieurs années. Ce rapport pour Paris est de trente environ.
Il est certain que l'on ne pourrait acquérir aucune connaissance exacte de la quantité totale des habitaus et de leur distribution selon les divers âges de la vie, si l'on se bornait à observer dans les grandes villes le mouvement annuel de la population ; car la comparaison des registres de naissance, de décès et de mariage serait entièrement insuffisante pour former l'état général des habitans.
Mais si l'on a d'abord procédé , dans ces villes , à un dénombrement exact, en distinguant les âges, les sexes et l'état de mariage, et si, dans les années suivantes , on observe le mouvement annuel , on est assuré de connaître avec une approximation suffisante, et pendant un laps de temps considérable, l'état général des habitans de tout âge, car chaque partie principale de cet état ne pourra varier sans qu'on le reconnaisse , parce que le nombre moyen annuel des naissances reste sensiblement proprotionnèl à chacune de ces parties.
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L'état constant OU la population se main lient aune relation nécessaire avec les propriétés du climat, la richesse du sol, et l'élal politique de la nation. Aussi long-temps que cet ordre de causes, ou matérielles ou morales, subsiste sans aucun changement, la population conserve celte valeur déterminée. Mais quels que puissent èlrc les accidens et les variations qu'ils produisent, on obtient toujours des résultats aussi exacts qu'on peut le désirer en observant plusieursannées consécutives et prenant la movenne de ces observations; car il est une proposition générale sur laquelle on ne peut trop fixer son attention : c'est que la répétition d'une longue série d'événemens que l'on regarde comme fortuits fait disparaître tout ce qu'ils ont de variable , et démontre qu'il existe entre eux des rapports constans et nécessaires déterminés par la nature des choses.
Quant aux entrées et aux sorties des natifs ou des étrangers, outre les notes exactes qu'on en peut tenir, on en trouve le nombre moyen en comparant le dénombrement effectif avec le total de population obtenu par le calcul de comparaison des registres de naissances et de décès.
Nous avons pensé que ces observations que nous avons eu soin d'abréger de leur bagage scientifique ne pouvaient que satisfaire la curiosité et serviraient même à l'intelligence des résultats que nous allons présenter sur le premier objet de la statistique de la ville de Paris.