‹ Paris, promenades dans les vingt arrondissements (volume 2)Chapitre 10 sur 56 · DESSIN DE Y. GILBERT · texte numérisé non relu

DESSIN DE Y. GILBERT

Eustache avec une solennité extraordinaire; mais l’église n’ouvre qu’une de ses portes aux fidèles, c’est celle du joli portail dont nous avons parlé et qui est situé, rue Montmartre, au fond de l’impasse Saint-Eustache.

Les Halles centrales, que nous allons parcourir maintenant, sont établies sur l’emplacement très agrandi qu’elles occupaient déjà sous le nom de marché Pcdu au temps où Paris tenait tout entier dans file de la Cité. Louis VI d’abord, puis Philippe-Auguste, puis saint Louis élargirent successivement le périmètre des Halles parisiennes.

Au treizième siècle, elles avaient acquis déjà un développement considérable ; les visiteurs, aujourd’hui, se feront difficilement une idée de tout ce qui s’y négociait alors : tisserands, pelletiers, tapissiers, chaussetiers, cordonniers, merciers, vendeurs de blé, de lin, de chanvre, de toile, de fruits et de légumes, s’entassaient sous d’obscures et mesquines échoppes que ne dédaignaient point de louer pourtant de riches marchands des localités voisines et même de villes lointaines; Lagny, Pontoise, Beauvais, Amiens, Douai, Bruxelles, Malines, Louvain ont eu leurs représentants aux vieilles Halles de ce Paris ancien, qui déjà était un des centres d’attraction les plus puissants du monde connu.

Au seizième siècle, les Halles tombaient en ruines et ne répondaient plus aux besoins de l’approvisionnement. On les agrandit, on assigna à chaque marchandise une localité distincte ; de là des dénominations de voies publiques dont vous retrouverez la trace sur les vieux plans plus facilement que dans le Paris actuel : telles les rues de la Chanvrerie, de la Tonnellerie, de la Cordonnerie, de la Cossonnerie, etc.

Bien que l’agrandissement des Halles fut à peu près continu et s’imposât par l’accroissement de la population, elles restèrent longtemps, et quelques vieux Parisiens se le rappellent, obscures, fangeuses, n’offrant aux denrées, aux marchands et aux acheteurs que des abris incommodes et mal aménagés.

Une première pensée de réédification complète et de

•réunion de tous les pavillons dans un ensemble grandiose date de 1801 et émane de Napoléon Rr. Les événements ne permirent pas d’en mener l’exécution à bonne fin, et le projet, repris sous Louis-Philippe, M. de Rambuteau étant préfet de la Seine, resta à l’état d’ébauche encore, grâce à la révolution de Février.

C’est seulement en 1854 qu’un décret impérial ordonna la reconstruction des Halles.

Un premier pavillon, construit à cette époque, était tout en pierre et affectait plutôt la forme d’une forteresse que celle d’un marché. Les plaisants parisiens le baptisèrent : fort de la Halle ; le mécontentement général eût son écho en haut lieu, l’Empereur visita les travaux, se déclara mal satisfait et demanda des plans nouveaux.

Ces plans, il faut le reconnaître, sont, sous tous les rapports fort habilement conçus; ils répondent aussi bien aux nécessités d’une incessante circulation qu’aux exigences, si négligées jadis, de la salubrité.

La construction, tout en briques et en fer, est à la fois légère, élégante et grandiose ; l’air circule librement dans ces douze pavillons, que de larges voies séparent ; la ventilation s’établit partout à deux mètres cinquante du sol, préservant acheteurs et marchands des courants d’air, aussi redoutables pour les uns que pour les autres.

Le soleil, dont l’action pourrait être nuisible à la conservation de certaines denrées, est tamisé dans les Halles par des lames de verre dépoli qui interceptent ses rayons tout en laissant passer partout une franche et uniforme lumière.

De vastes caves, aussi curieuses à visiter que les pavillons eux-mêmes, permettent les emmagasinements, les triages et tous les travaux préparatoires que subissent forcément les denrées avant d’arriver sur le carreau ; l’eau circule en abondance ; à la portée de tous, elle entretient partout la fraîcheur et la propreté. L’architecte de ce monument mérite d’être nommé, c’est M. Baltard.

Voulez-vous voir des spectacles pittoresques : allez aux

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